‹ Harmonies de la natureChapitre 37 sur 49 · BALA.BOII · texte numérisé non relu

BALA.BOII

Rien n'est plus rrai. C'est d*abord le diable qui leur a appris Finvention de la poudre à canon. Il n'y a point de prise européenne où Foa ne trouve quelque nouvelle invention diabolique : tantôt c'est du feu qui se conserve dans un flacon d'eau, et qui s'enflamme dès qu'il est à Fair ; tantôt ce sont des verres qui font descendre le feu du soleil. Pendant que j'étudiois à Fez, on y apporta, au moyen d'une machine prise sur un vaisseau anglois, une boule de verre qui jetoit des étincelles et frappoit sans qu'on vît d'où venoit le coup; mais ce qu'il y avoit de plus étrange, c'est qu'elle faisoit descendre la foudre du ciel. ïl y eut un ordre de nos docteurs de la jeter à la mer, et d'envoyer bien loin dans le désert Fesclave qui en avoit fait Fexpérience...» Mais tous les moyens des blancs pour avoir du feu les mèneront un jour au feu de Fenfer. Je crois que, s'ils Fentreprenoieut , ils monteroient en l'air.

Avec de si grandes liaisons avec le diable , ils devroient exterminer tous les noirs?

2>B LÀ NATXni£* . 4/3

' BKLXBOV.

Ils ne peuvent rien sur les fidèles Musulmans : c'est un privilège que Dieu a donné aux Irritables disciples de son prophète.

ÀKmBA.L.

Gomment les blancs apprennent-ils la magie?

BÀLA.BOU.

Avec des livres.

ANNIBAL

Qu'est-ce qu^un livre ?

BALABOIX.

Tiens I en voilà un.

AimiBAt.

■ Comment! c'est cet assemblage de petits feuillets? Chaque feuillet est rempli de caractères noirs.

BALABOV.

Us ^renferment précisément le secret de leur sortilège. Il n'y a que leurs prêtres qui les entendent et qui les leur expliquent.

AnmBAL.

Obi je vondrois bien savoir y lire.

BAXJUIOV.

Comment I tu voudrois savoir leurs sciences diaboliques ? Elles les précipiteront dans l'enfer.

474 " RAILMOHIE9 '

fions avons des livres plus pnissans, qui nous mènent en paradis.

( Le Père de la Merci s'avance atp^deuant de Zoraîde ^ suivie de Rosa Alba , de Margueriêe et du juif Jacob. )

ZOEÀÏDE.

Seigneur Jacob y je vous ai prié de passer ici pour, m'aidera soulager des esclaves bien malbeuretix.

JACOB

Madame 9 mon plus grand bonheur est de faire des heureux. Cest moi qui ai vendu dernièrement deux belles Géorgiennes pour le sérail de Tempereur. Elles ont aujourd'hui l'honneur d'être au service de ses femmes noires , et elles

ji^ivoient pas de pain dans leur pays. Je courte bientôt faire une tournée dans une partie de l'Europe et en amener beaucoup d'esdaves. Je trouverai en Russie^ en Pologne et en Livonie des paysans que l'on j mène *à coups de bâton y et qui y sont à bon marché. De là , j^irai en Italie. H y a à Rome et à Naples quantité de pauvres g^s qui aimeront mieux me vendre leurs enfans , que de les mutiler pour en faire des musiciens. Si je pouvois m'introduire en Espagne et en Portugal y je vous amènerois de là des esclaves , . les plus malheureux et les plus soumis qu'il y ait au mcmde.

DE LA. NATURE. ^ ^jS.

ZORAIDE.

• Il ne s'agit pas de me procurer de nou* Teaux esclaves ^ mais de secourir quelques-uns de ceux qui sont ici.

JACOB

. Je reconnois bien là ^ madame y votre grande vertu. Je désire participer à votre bonne œu-< vre y si vous le permettez. Voulez -vous les ra« cheter ou les échanger? Je ne prendrai rien pour mes droite y vous n'avez qu'à parler ; on fait tout avec l'argent : il est plus puissant que la beauté même ; oh ne vit que pour en gagner y et on n'en gagne que pour avoir de quoi vivre.

ZORAIDE.

Vous savez qu'Empsael ne vend aucun de ses esclaves.

JACOB

Je sais aussi , madame y que personne n'a plus de pouvoir que vous sur son esprit: vous pouvez lui dire qu'il n'y a point de trafic plus riche, plus noble et plus joli que celui des esclaves. Les marchands de chevaux y de chameaux , d'é« léphans^ d'or^ d'argent, de pierreries ^ ne sont rien auprès des marchands d'hommes ; car y enfin y il n'y a rien au-dessus de l'espèce huloiiaine.

47^ BJLRHONIES

ZOEAiDB.

C'est un commerce affreux et inhumain. Vendre son semblable ! c'est pêcher contre toutes les lois de la nature.

JA.C0B

La morale peut être bonne pour des particuliers ; mats elle ne vaut rien en politique* Est-ce que l'Afrique pourroit se soutenir sans esclaves européens? Il faudroit donc qu'Alger, Tunis y Tétouan ^ Salé , et tant d^autres villes florissantes y mourussent de faim ?

ZORAÏDE

Il s'agit pour le présent de donner quelques secours à des malheureux qui viennent d'arriver^ et qui n'ont pas encore l'habitude de souffrir. Vous avez la confiance d'Empsael^ vous pouvez aller librement dans les prisons des esclaves^ et donner à ceux qui en ont le plus besoin quelques matelas ^ du linge et un peu de vin.

JACOB

Ce que vous demandez là est fort difficile^ et Coûtera ch€r. Vous savez qu'Êmpsael veut que l'ordre s'observe dans le bagne : il £aat que je gagne d'abord les gardes noirs, et surtout que j'évite la jalousie naturelle aux Européens; ce qui est presque impossible. Si on donne des

rafratchissemens à quelqu'un d'entre eux; il faut en distribuer à toiis, Anglois^ François ^ Portu* gais^Italiens^etmême^dans la même nation,ils se haïssent à la mort ^ les uns pour la religion , les autres pour la nation^ d'autres pour la nais* fiance, pour la province , 'pour leur métier* Donner quelque aumône à im esclave au milieu de ses compagnons, c'est jeter un os au milieu d'une meute de chiens.

ZORAÏDE

Je Toudrois au moins que vous aidassiez un blanc et un noir qui sont inséparables.

JACOB

Âh ! yoilà qui est rare, et ce que je n'ai jamais vu. Je les aiderai; madame. Combien Toulez-vous leur donner ?

20RAIDE

Je n'ai plus d'argent ; mais voici une boite d'or, vendez-la, et distribuez-leur en le prix.

JACOB

Je suis uu parfait honnête homme , je ne voudrois pas avoir un denier à ceux qui n'ont rien ; je vais vous dire en conscience ce que pèse votre boite d'or. ( // tire des, balances de sa poche , et pesé la boîte ^ il la touche ensuite uvec une pierre. ) Votre boite pèse trois onces

47B fiARIIOflIES '

deux gros sil grains bien trébuchans; c'est de Tor à vingt--deux carats : c'est peu de chose an fond. Vous savez que , depuis le retour de la caravane de Tombut et de Gago, l'or perd beaucoup ici ; il est maintcfnant presque aussi commun que Targént. Mais vous avez des dia* mans et des perles que vous ne portez jamais?

ZORAÏDE

Ce sont des présens de mon époux j je n'en peux disposer : ce que je vous donne provient des fruits de mon travail.

JÀCOB.

De quelle religion est ce blanc ? S'il est luthérien^ calviniste^ anglican, ou de telle autre communion chrétienne, je l'aiderai très-volontiers ; mais s'il est catholique, je n^n ferai rien. Je suis né en Portugal, où l'Inquisition ,> 9ftès m avoir dépouillé de tous mes biens , m^a mis en prison , d'où j'ai eu bien de la peine à m'échapper. Je ne donnerois pas une datte pour racheter la vie d'un catholique. Mais pour le noir ^ il profitera de vos bienfaits; j'aurai soin qu'on lui donne la unit une bonne natte , et le jour de Teau à discrétion.

ZORAÎDE.

; A joute^7 un peu de vin , afiii que son ancieii

maître^ auquel il est si attaché^ nen manque pas.

JACOB

Yous' savez que la loi de Mahomet ne permet pas l'usage du vin.

ZOKAÎDE*

Le Père catholique aidera donc le blanc^ et le juif le noir. Cependant je ne suis pas tran« • quille^ je voudrois faire quelque chose de mieux en faveur de ces deux esclaves infortunés et du malheureux équipage de ce vaisseau espagnol. Jfe veux aller trouver moi-même EmpsaeL

ROSA ALBA

Gomment! dans la forêt?

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