VIII AVERTISSEMENT
nés que je n'ai fkît qu'ébaucher, c'est assez ; c*est tout ce que j'aurais voulu obtenir, c'est plus que je n'ose espérer!
Paris, mai 1850.
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Toi qui donnas sa voix à Toisean de Paurore , Pour chanter dans le ciel Phymne naissant du jour; Toi qui donnas son âme et son gosier sonore A Poiseau que le soir entend gémir d^amour ;
Toi qui dis aux forêts : Répondez au zéphire f Aux ruisseaux : Murmurez d'harmonieux accords ; Aux torrens : Mugissez ; à la brise : Soupire f A Pocéan : Gémis en mourant sur tes bords !
Et moi, Seigneur, aussi, pour chanter tes meryeilles, Tu m^as donné dans Tâme une seconde voix Plus pure que la voix qui parle à nos oreilles. Plus forte que les vents, les ondes et les bois !
Les cieux Pappellent Grâce, et les hommes Génie ; Cestun sou£Qe affaibli des bardes d^Israél, Un écho dans mon sein, qui change en harmonie Le retentissement de ce monde mortel !
Mais c^est surtout ton nom, ô roi de la nature, Qui fait vibrer en moi cet instrument divin ; Quand j^invoque ce nom, mon cœur, plein de murmure. Résonne comme un temple où Ton chante sans fin !
Comme un temple rempli de voix et de prières,
Où d^échos en échos le son route aux autels ;
Eh quoi ! Seigneur, ce bronze, et ce marbre, et ces pierres
Retentiraient-ils mieux que le cœur des mortels ?
Non, mon Dieu, non, mon Dieu, grâce à mon saint partage, Je n^ai point entendu monter jamais vers toi D^accords plus pénétrans, de plus divin langage, Qne ces concerts muets qui s^élèvent en moi !
Mais la parole manque à ce brûlant délire, Pour contenir ce feu tous les mots sont glacés ; Eh! quMmporte, Seigneur, la parole à ma lyre? Je Tentends, il suffît ; tu réponds, c^est assez l
Don sacré du Dieu qui m^enflamme.
Harpe qui fais trembler mes doigts,
Sois toujours le cri de mon âme, A Dieu seul rapporte ma voix ; Je frémis d^amour et de crainte Quand, pour toucher ta corde sainte, Son esprit daigna me choisir !
Moi, devant ]ui moins que poussière | Moi, dont jusqu^alors rame entière N^était que silence et désir !
Hélas ! et j^en rougis encore.
Ingrat au plus beau de ses dons.
Harpe que Pange même adore.
Je profanai tes premiers sons; Je fis ce que ferait Timpie, Si ses mains, sur Tautel de vie.
Abusaient des vases divins, Et s*il couronnait le calice, Le calice du sacrifice, Avec les roses des festins î
Mais j^en jure par cette honte Dont rougit mon front confondu.
Et par cet hymne qui remonte Au ciel dont il est descendu !
J^eo jure par ce nom sublime Qui ferme et qui rouvre Tabime, Par Tceil qui lit au fond de^ coeurs.
Par ce feu sacré qui m'embrase.
Et par ces transports de Pextase Qni trempent tes cordes de pleurs l
De tes accens mortels j'ai perdu la mémoire.
Nous ne chaoterons plus qu'une étemelle gloire Au seul digne, au seul saint, an seul grand, auseulbon; Mes jours ne seront plus qu^un étemel délire, Mon âme qu'un cantique, et mon cœur qu^une lyre, Et chaque souffle enfin que j^exhale ou j'aspire, Un accord à ton nom !
Élevez-vous, voix de mon âme, Avec Paurore, avec la nuit !
Elancez-vous comme la flamme.
Répandez-vous comme le bruit !
Flottez sur l'aile des nuages.
Mêlez-vous aux vents, aux orages, Au tonnerre, au fracas des flots ; L'homme en vain ferme sa paupière ; L'hymne éternel de la prière Trouvera partout des échos !
Ne craignez pas que le murmure De tous ces astres à la fois.
Ces mille voix de la nature.
Etouffent votre faible voix !
Tandis que les sphères mugissent, Et que les sept cieux retentissent Des bruits roulans en son honneur. L'humble écho que l'âme réveille Porte en mourant â son oreille La moindre voix qui dit : Seigneur !
£levez->vous dans le silence  rheure où dans Fombre du soir La lampe des nuits se balance , Quand le prêtre éteint Pencensoir; Elevez-vous aux bords des ondes Dans ces solitudes profondes Où Dieu se révèle à la foi !
Chantez dans mes heures funèbres, Amour , il nVst point de ténèbres , Point de solitude avec toi !
Je ne suis plus qu*une pensée, L*univers est mort dans mon cœur , Et sous cette cendre glacée Je n'ai trouvé que le Seigneur.
Qu'il éclaire ou trouble ma voie , Mon cœur, dans les pleurs ou la joie, Porte celui dont il est plein :
Ainsi le flot roule une image ^ Et des nuits le dernier nuage Porte l'aurore dans son sein.
Qu'il est doux de voir sa pensée , Avant de chercher ses accens , En mètres divins cadencée, Monter soudain comme l'encens ; De voir ses timides louanges.
Comme sur la harpe des anges , Édore en sons dignes des cieux, Et jusqu'aux portes éternelles
S^élever sur leurs propres ailes Avec un Tol harmonieux !
Un jour cependant, 6 ma lyre ,
Un jour assoupira ta voix !
Tu regretteras ce délire
Dont tu f enivrais sous mes doigts :
Les ans terniront cette glace
Où la nature te retrace
Les merveilles du saint des saints!
Le temps, qui flétrit ce qu^il touche,
Ravira les sons sur ma bouche ,
Et les images sous mes mains.
Tu ne répandras plus mon âme En flots d^harmonie et d^amour , Mais le sentiment qui m^enflamme Survivra jusqu^au dernier jour ; Semblable à ces sommets arides Dont Page a dépouillé les rides De leur ombre et de leurs échos.
Mais qui, dans leurs flancs sans verdure, Gardent une onde qui murmure Et dont le ciel nourrit les flots.
Âh ! quand ma fragile mémoire.
Comme une urne dont Tonde a fui , Aura perdu ces chants de gloire.
Que ton Dieu t^inspire aujourd'hui , De ta défaillante harmonie
Ne rougis pas , d mon génie ! Quand ta corde n^aurait qu^un son , Harpe fidèle , chante encore Le Dieu que ma jeunesse adore , Car c^est un hymne que son nom !
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Le jour s^ëteînt sur tes collines , terre où lang^nissent mes pas!
Quand pourrez-Tous, mes yeux, quand pourrez-vous, hëlas! Saluer les splendeurs divines Du jour qui ne s^éteindra pas ?
Sont-ils ouverts pour les ténèbres Ces regards altérés du jour ?
De son éclat , à Nuit ! à tes ombres funèbres Pourquoi passent-ils tour à tour?