HYMNE DU SOIR
Seigneur ! j'aimais jadis à répandre mon âme Sur les cimes des monts , dans la nuit des déserts , Sur recueil ou mugit la voix des vastes mers , En présence du ciel et des globes de flamme , Dont les feux pâlissans semaient les champs des airs !
Il me semblait , mon Dieu , que mon âme oppressée Devant Pimmensité, s^agrandissait en moi, Et sur les vents , les flots , ou les feux élancée ,
De pensée en pensée ,
Allait se perdre en toi !
Je cherchais à monter, mais tu daignais descendre !
Ah ! ton ouvrage a-t-il besoin De s^élever si haut , de te chercher si loin ?
Où n^es-tu pas pour nous entendre !
De ton temple aujourd'hui j'aime Tobscurité , Cest une île de paix sur Tocéan du monde.
Un phare d'immortalité !
Par la mort et par toi seulement habité , On entend de plus loin le flot du temps qui gronde
Sur ce seuil de l'éternité !
11 semble que la voix dans les airs égarée,
Par cet espace étroit dans ces murs concentrée,
A notre âme retentit mieux!
Et que les saints échos de la voûte sonore Te portent plus brûlant , avant quMl s'évapore , Le soupir qui te cherche en montant vers les cieux !
Comme la vague orageuse
DANS LES TEMPLES. 5i»
S^apaise en touchant le bord , Gomme la nef voyageuse , S^abrite à Pombre du port; Gomme Terrante hirondelle Fuit sous Paile maternelle L^œil dévorant du vautour, A tes pieds quand elle arrive , L^âme errante et fugitive Se recueille en ton amour !
Tu parles , mon cœur écoute , Je soupire, tu m^entends; Ton oeil compte goutte à goutte Les larmes que je répands ; Dans un sublime murmure , Je suis , comme la nature , Sans voix sous ta majesté ; Mais je sens , en ta présence , L^heure pleine d^espérance Tomber dans réternité !
Qu^lmporte en quels mots s^exhale L^âme devant son auteur?
Est-il une langue égale A Textase de mon cœur?
Quoi que ma bouche articule , Ge sang pressé qui circule, Ge sein qui respire en toi , Ge cœur qui bat et s^élance , Ges yeux baignés , ce silence , Tout parle, tout prie en moi.
60 HTMKE DU SOIR
ÂÎDsi les Tagues palpitent Au lever du roi du jour, Ainsi les astres gravitent.
Muets de crainte et d^amour ; Ainsi les flammes s^élanoent , Ainsi les airs se balancent , Ainsi se meuvent les cieux , Ainsi ton tonnerre vole , Et tu comprends sans parole Leur hymne silencieux !
Ah, Seigneur! comprends-moi de même; Entends ce que je n^ai pas dit; Le silence est la voix suprême D^un cœur de ta gloire interdit!
G^est toi! cVst moi! je suis ! j^adore!
Le temps , Tespace s^évapore , J^oublie et Punivers et moi !
Mais cette ivresse de Pextase , Mais ce feu sacr.é qui m^embrase.
Mais ce poids divin qui m^écrase , C^est toi 9 mon Dieu , c^est encor toi !
Pourquoi vous fermez-vous , maison de la prière ? Est-il une heure , ô Dieu ! dans la nature entière ,
Où le cœur soit las de prier ?
OùThomme, qu^en ces lieux ta bonté daigne attendre, N^ait devant tes autels un parfum à répandre ,
Une larme à te confier?
Mais c^en est fait , d'un pas que le respect mesure ,