‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 41 sur 96 · JÉHOYA, OU VIDÉE B£ DIEU · texte numérisé non relu

JÉHOYA, OU VIDÉE B£ DIEU

Et de cpioiparlez-yous, marbres, bronzes, portiques, Colonnes de Paimyre ou de Persépolis !

Panthéons sous la cendre ou Fonde ensevelis , Si vides maintenant, autrefois si remplis !

Et vous, dont nous cherchons les lettres symboliques, D*iui passé sans mémoire incertaines reliques. Mystères d^un vieux monde en mystères écrits ! Et vous, temples debout, superbes basiliques. Dont un souffle divin anime les parvis !

Vous nous parlez des dieux! des dieux! des dieux encore! Chaque autel en porte un, qu^un saint délire adore Holocauste éternel que tout lieu semble offrir. L^homme et les élémens, pleins de ce seul mystère, ITont eu quVne pensée , une œuvre sur la terre : Confesser cet être et mourir !

Mais si Phomme occupé de cette œuvre suprême Épuise toute langue à nommer le seul Grand , Âh ! combien la nature , en son silence même. Le nomme mieux encore au cœur qui le comprend ! Voulez-vous, 6 mortels, que ce Dieu se proclame? Foulez aux pieds la cendre où dort le Panthéon Et le livre où l'orgueil épèle en vain son nom ! De Fastre du matin le plus pâle rayon Sur ce divin mystère éclaire plus votre âme Que la lampe au jour faux qui veille avec Platon.

Montez sur ces hauteurs d^oû les fleuves descendent,

JÊHOYA, OU riDÉE DE DIEU. 135

£l dont les mers d^azur baignent les pieds dorés , A Pheure où les rayons sur leurs pentes s^étendent, Comme un filet trempé ruisselant sur les prés ! Quand tout autour de nous sera splendeur et joie, Quand les tièdes réseaux des heures de midi En TOUS enveloppant comme un manteau de soie, Feront épanouir votre sang attiédi !

Quand la terre exhalant son âme balsamique De son parfum vital enivrera vos sens, Et que Pinsecte même, entonnant son cantique, Bourdonnera d^amour sur les bourgeons naissans !

Quand vos regards noyés dans un vague atmosphère, Ainsi que le dauphin dans son azur natal, Flotteront incertains entre Tonde et la terre, Et des cieux de saphir et des mers de cristal,

Ecoutez dans vos sens, écoutez dans votre âme Et dans le pur rayon qui d^en-haut vous a lui ! Et dites si le nom que cet hymne proclame N^estpas aussi vivant, aussi divin que lui?

hbuviAmb

SUITE DB JÉHOYA*

St €tj!tnu

Voilà ce chêne solitaire Dont le rocher s^est couronné, Parlez à ce tronc séculaire, Demandez comment il est né.

Un gland tombe de Parbre et roule sur la terre, L^aigle à la serre vide, en quittant les vallons, S^en saisit en jouant et remporte à son aire Pour aiguiser le bec de ses jeunes aiglons ; Bientôt du nid désert qu^emporte la tempête

Il roule confondu dans les débris mou vans, Et sur la roche nue un grain de sable arrête Celui qui doit un jour rompre Paile des vents,*

L^été vient, Paquilon soulève La poudre des sillons, qui pour lui n^est qu^un jeu, Et sur le germe éteint où couve encor la sève

En laisse retomber un peu !

Le printemps de sa tiède ondée

L*arrose comme avec la main ;

Cette poussière est fécondée,

Et la vie y circule enfin !

La vie ! à ce seul mot tout œil, toute pensée, SUnclinent confondus et n^osent pénétrer ; Au seuil de Tlnfini c^est la borne placée , Où la sage ignorance et Paudace insensée Se rencontrent pour adorer !

Il vit, ce géant des collines !

Mais avant de paraître au jour, Il se creuse avec ses racines Des fondemens comme une tour.

n sait quelle lutte s^apprête, Et qu*il doit contre la tempête Chercher sous la terre un appui ; Il sait que Fouragan sonore L*attend au jour!... ou, s^il Pignore, Quelqu^un du moins le sait pour lui !

Ainsi quand le jeune navire Où s^élancent les matelots,

Avant d^affronter «on empire, Veut s^apprÎToiser sur les flots, Laissant filer son vaste câble.

Son ancre ya chercher le sable Jusqu^au fond des vallons mouvans, Et sur ce fondement mobile Il balance son mât fragile Et dort au vain roulis des vents !

Il vit ! le colosse superbe

Qui couvre un arpent tout entier,

Dépasse à peine le brin d^herbe

Que le moucheron fait plier !

Mais sa feuille boit la rosée.

Sa racine fertilisée

Grossit comme une eau dans son cours,

Et dans son cœur quUl fortifie

Circule un sang ivre de vie

Pour qui les siècles sont des jours !

Les sillons où les blés jaunissent Sous les pas changeans des saisons, Se dépouillent et se vêtissent Gomme un troupeau de ses toisons; Le fleuve naît, gronde et s^écoule; La tour monte, vieillit, sMcroule ; L'hiver effeuille le granit; Des générations sans nombre Vivent et meurent sous son ombre; Et lui ? voyez ! il rajeunit !

LE CHtNB. 139

Son trooc que Pécorce protège, Fortifié par mille nœuds, Pour porter sa feuille ou sa neige S*élargît sur ses pieds noueux; Ses bras que le temps multiplie, Comme un lutteur qui se replie Pour mieux ff^élancer en avant, Jetant leurs coudes en arrière, Se recourbent dans la carrière Pour mieux porter le poids du vent !

£t son vaste et pesant feuillage, Répandant la nuit alentour, S^étend comme un large nuage, Entre la montagne et le jour ; Comme de nocturnes fantômes, Les vents résonnent dans ses dômes, Les oiseaux y viennent dormir.

Et pour saluer la lumière S^élèvent comme une poussière.

Si sa feuille vient à frémir !

La nef dont le regard implore Sur les mers un pbare certain.

Le voit tout noyé dans Paurore, Pyramider dans le lointain !

Le soir fait pencber sa grande ombre Des flancs de la colline sombre Jusqu^au pied des derniers coteaux.

Un seul des cheveux de sa tête

140 LE CHtNE.

Abrite, contre la tempête,

Et le pasteur et let troupeaux !

Et pendant qu^au vent des collines Il berce ses toits habités , Des empires dans ses racines , Sous son écorce des cités ; Là , près des ruches des abeilles , Arachné tisse ses merveilles , Le serpent si£Qe , et la fourmi Guide à des conquêtes de sables Ses multitudes innombrables Qu^écrase un lézard endormi !

Et ces torrens d^âme et de vie ,

Et ce mystérieux sommeil ,

Et cette sève rajeunie

Qui remonte avec le soleil ;

Cette intelligence divine

Qui pressent, calcule, devine

Et s^organise pour sa fin ;

Et cette force qui renferme «

Dans un gland le germe du germe

D^êtres sans nombres et sans fin !

Et ces mondes de créatures Qui , naissant et vivant de lui , Y puisent être et nourritures Dans les siècles comme aujourd'hui ; Tout cela n'est qu*un gland fragile

Qui tombe, sur le roc stérile, Du bec de Paigle ou du vautour !

Ce n^est qu^uue .aride poussière Que le TCDt sème en sa carrière , Et qu^échauffe un rayon du jour !

Et moi, je dis : Seigneur ! c^est toi seul, c^estta force,

Ta sagesse et ta volonté ,

Ta Tie et ta fécondité ,

Ta prévoyance et ta bonté !

Le ver trouve ton nom gravé sous son écorce , Et mon oeil dans sa masse et son éternité !

dixiAhb

SUITE DB JÉHOYA.

iT'i^utnanttt*

A de plus hauts degrés de Péchelle de Tétre , En traits plus éclatans Jéhova va paraître , La nuit qui le voilait ici s^évanouit !

Voyez aux purs rayons de Pamour qui va naître La vierge qui s*épanouit !

Elle n^éblouit pas encore L^œil fasciné qu^elle suspend,

On voit qu^elle-même elle ignore La volupté qu'acné répand ; Pareille , en sa fleur virginale , '

A rheure pure et matinale Qui suit Fombre et que le jour suit , Doublement belle à la paupière , Et des splendeurs de la lumière Et des mystères de la nuit !

Son front léger s^élève et plane Sur un cou flexible , élancé , Comme sur le flot diaphane Un cygne mollement bercé ; Sous la voûte à peine décrite De ce temple où son âme habite , On voit le sourcil s^ébaucher , Arc onduleux d^or ou d^ébène Que craint d^effacer une haleine , Ou le pinceau de retoucher !

Là jaillissent deux étincelles

Que voile et rouvre à chaque instant ,

Comme un oiseau qui bat des ailes,

La paupière au cil palpitant !

Sur la narine transparente

Les veines où le sang serpente

S^entrelacent comme à dessein ,

Et de sa lèvre qui respire

Se répand avec le sourire

Le souffle embaumé de son sein !

Gomme un mélodieux génie De sons épars fait des concerts, Une sympathique harmonie Accorde entre eux ces traits divers ; De cet accord, charme des charmes, Dans le sourire ou dans les larmes Naissent la grâce et la beauté ; La beauté, mystère suprême Qui ne se revoie lui-même Que par désir et volupté !

Sur ses traits dont le doux ovale

Borne Pensemble gracieux.

Les couleurs que la nue étale

Se fondent pour charmer les yeux ;

A la pourpre qui teint sa joue ,

On dirait queTaube s^yjoue,

Ou qu^elle a fixé pour toujours.

Au moment qui la voit édore.

Un rayon glissant de Taurore

Sur un marbre aux divins contours !

Sa chevelure qui s^épanche Au gré du vent prend son essor, Glisse en ondes jusqu^à sa hanche.

Et là s^eiBle en franges d'or ; Autour du cou blanc qu'elle embrasse, Gomme un collier elle s'enlace.

Descend, serpente et vient rouler Sur un sein où s'enflent à peine

Deux sources d^où la TÎe humaine En ruisseaux d^amour doit couler!

Noble et légère, elle folâtre, Et rherbe que foulent ses pas Sons le poids de son pied d^albâtre Se courbe et ne se brise pas !

Sa taille en marchant se balance, Comme la nacelle , qui danse Lorsque la voile s^arrondit Sous son mât que berce Taurore , Balance son flanc vide encore Sur la yague qui rebondit !

Son âme n^est rien que tendresse, Son corps qu^harmonieux contour, Tout son être que Toeil caresse N^est qu^un pressentiment d^amour !

Elle plaint tout ce qui soupire ; Elle aime Pair qu^elle respire, Rêve ou pleure, ou chante à Pécart , Et sans savoir ce qu^il implore D^une volupté quVUe ignore Elle rougit sous un regard !

Hais déjà sa beauté plus mûre Fleurit à son quinzième été ; A ses yeux toute la nature N'est qu^innocence et volupté !

Aux feux des étoiles brillantes

Au doux bruit des eaux ruisselantes , Sa pensée erre avec amour ; Et toutes les fleurs des prairies Viennent entre ses doigts flétries Sur son coeur sécher tour à tour !

L*oiseau, pour tout autre sauvage, Sous ses fenêtres vient nicher, Ou, charmé de son esclavage, Sur ses épaules se percher ; Elle nourrit les tourterelles, Sur le blanc satin de leurs ailes Promène ses doigts caressans, Ou, dans un amoureux caprice, Elle aime que leur cou frémisse Sous ses baisers retentissans !

Elle paraît, et tout soupire.

Tout se trouble sous son regard ; Sa beauté répand un délire Qui donne une ivresse au vieillard !

Et comme on voit Phumble poussière Tourbillonner à la lumière Qui la fascine à son insu , Partout où ce beau front rayonne , Un sou£Qe d^amour environne Celle par qui Phomme est conçu !

Un homme! un fils, un roi de la nature entière! Insecte né de boue et qui vit de lumière !

Qai n^occupe qu'un point, qui n'a que deux insUns, Mais qui, de Tlnfîni par la pensée est maître, £t reculant sans fin les bornes de son élre.

S'étend dans tout l'espace et vit dans tous les temps.!

Il naît, et d'un coup-d'œil il s'empare du monde, Chacun de ses besoins soumet un élément.

Pour lui germe Tépi , pour lui s'épanche Tonde, Et le feu , fiîs du jour, descend du firmament!

L'instinct de sa faiblesse est sa toute-putssance ; Pour lui l'insecte même est un objet d'effroi. Mais le sceptre du globe est à l'intelligence ; L'homme s'unit à l'homme, et la terre à son roi !

Il regarde, et le jour se peint dans sa paupière; Il pense, et l'univers dans son âme apparaît ! Il parle, et son acaent, comme une autre lumière. Va dans l'âme d'autrui se peindre trait pour trait!

Il se donne des sens qu'oublta la nature.

Jette un frein sur la vague au vent capricieux, Lance la mort au but que son calcul mesure.

Sonde avec un cristal les abîmes des cieux !

Il écrit, et les vent» emportent sa pensée, Qui va dans tous les lieux vivre et s'entretenir ! Et son âme invisible, en traits vivans tracée. Ecoute le passé qui parle à l'avenir !

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SVITB Dl JÉIOTA.

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Heureux Pœîl éelairé de ce jour sans nuage Qui partout ici-bas le contemple et le lit !

Heureux le cœur ëpris de cette grande image, Toujours \ide et trompé si Dieu ne le remplit !

Ah ! pour celui-là seul la nature est sans ombre ! En vain le temps se voile et reculent les cSeux , Le ciel n*a point d^abîme et le temps point de nombre Qui le cache à ses yeux !

LIDÉE DE DIEU. 151

Pour qui oe Py voit pas tout est nuit et mystère, Cet alphabet de feu dans le ciel répandu Est semblable pour eux à ces vains caractères Dont le sens, s^ils en ont, dans les temps s^est perdu!

Le savant sous ses mains les retourne et les brise Et dit : Ce n^est qu^un jeu d^un art capricieux ; Et cent fois en tombant ces lettres qu^il méprise D^elles-même ont écrit le nom mystérieux !

Mais cette langue en vain par les temps égarée, Se lit hier comme aujourd'hui ;

Car elle n^a qu^un nom sous sa lettre sacrée : Lui seul ! lui partout ! toujours lui !

Qu^il est doux pour Pâme qui pense Et flotte dans F immensité Entre le doute et Tespérance, La lumière et Tobscurité, De voir cette idée éternelle Luire sans cesse au-dessus d^elle.

Comme une étoile aux feux constans, La consoler sous ses nuages Et lui montrer les deux rivages Blanchis de Pécume du temps !

En vain les vagues des années Roulent dans leur flux et reflux Les croyances abandonnées Et les empires révolus !

VntE DX DIIU.

En vain Topinioa qui tntte Dan* son triomphe on dan* m chute Entraîne un monde ■ ton déclin j Elle hrille *ut *a ruine, Et l'histoire qu'elle îllnmine Hafil aon mjalère au destin I

Elle est la tcieDce du sage , Elle est la foi de la vertu I Le soutien du faible , et le gage Pour qui le juste a combattu !

Ea elle la vie a ton juge Et riafartune son refnge , Et U douleur se réjouit.

Unique clef du grand mystère, Otei celle idée à la terre Et la raison s'évanouit !

Cependaut le monde qu'oublie L'âme absorbée en son auteur, Accuse sa foi de folie Et lui reproche son bonheur, Pareil à l'oiseau des ténèbres Qui, charmé des lueurs funèbres , Reproche à l'oiseau du matin De croire au jour qui vient d'éclore Et de planer devant l'aurore Enivré du rajon divin !

Hais qu'importe à l'âme qu'inonde

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