‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 51 sur 96 · HT»£ AU CHRIST · texte numérisé non relu

HTȣ AU CHRIST

Mais tu Tenais asseoir snr lear trône abattu

Le Dieu de Térité, de grâce et de vertu !

Leurs lois se trahissaient devant les lois chrétiennes!

Mais où sont les vertus qui démentent les tiennes ?

Pour éclipser ton jour quel jour nouveau paraît?

Toi qui les remplaças, qui te remplacerait?

Ah ! qui sait si cette ombre où pâlit ta doctrine Est une décadence — ou quelque nuit divine, Quelque nuage faux prêt à se déchirer, Où ta foi va monter et se transfigurer, Gomme, aux jours de ta vie humaine et méconnue, Tu te transfiguras toi-même dans la nue.

Quand , ta divinité reprenant son essor.

Un jour sorti de toi revêtit le Thabor, Dans ton vol glorieux te balança sans ailes.

Éblouit les regards des disciples fidèles , Et, pour les consoler de ton prochain adieu.

Homme prêt à mourir, te montra déjà Dieu?

Oui ! de quelque faux nom que Tavenir te nomme. Nous te saluons Dieu l car tu n^es pas un homme ! L^homme nVût pas trouvé dans notre infirmité Ce germe tout divin de Fimmortalité , La clarté dans la nuit, la vertu dans le vice. Dans Pégoïsme étroit la soif du sacrifice !

Dans la lutte la paix, Pespoir dans la douleur.

fis HYMNE AU CHRIST.

Dans rorgneil révolté rhumilité dn cœur, Dans la haine Famour, le pardon dans Poffense, Et dans le repentir la seconde innocence !

Notre encens à ce prix ne saurait s*égarer.

Et jVn crois des vertus qui se font adorer!

Repos de notre ignorance, Tes dogmes mystérieux Sont un temple à Pespérance Montant de la terre aux cienx !

Ta morale chaste et sainte Embaume sa pure enceinte De paix, de grâce et d^amour, Et Pair que Tâme y respiré A le parfum du zéphire Qu^Eden exhalait un jour î

Dès que Fhumaine nature Se plie au joug de ta foi, Elle s^éléve et s^épure Et se divinise en toi !

Toutes ses vaines pensées Montent du cœur, élancées Aussi haut que son destin ; L^homme revient en arrière, Fils égaré de lumière Qui retrouve son chemin !

HTHNE AU GHUIST. 913

Les troubles du cœur s^apaisent, L*âine n^est qu^un long soupir ; Tous les vains désirs se taisent Dans un immense désir I La paix 9 volupté nouvelle, Sens de la vie éternelle, En a la sérénité !

Du chrétien la vie entière N^est qu^une longue prière Un hymne en* action à IHmmortalité!

Et les vertus les plus rudes

Du stoïque triomphant

Sont les humbles habitudes

De la femme et de Fenfant !

Et la terre transformée

NVst qu^une route semée

D^ombrages délicieux,

Où rhomme en Thomme a son frère !

Où rhomme à Dieu dit : Mon père !

Où chaque pas mène aux cieux !

O toi qui fis lever cette seconde aurore, Dont un second chaos vit Tharmonie éclore, Paroles qui portais avec la vérité Justice et tolérance, amour et liberté !

Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine. Et de rhomme à son Dieu sois la divine chaîne !

914 HTHNE AU CHUSt.

Illumine sans fin de tes feux éclatans

Les siècles endormis dans le berceau des temps !

Et que ton nom, légué pour unique héritage,

De la mère à Penfant descende d^âge en âge,

Tant que Tœil dans la nuit aura soif de clarté,

Et le cœur d^espérance et dUmmortalité !

Tant que Pbumanité plaintive et désolée

Arrosera de pleurs sa terrestre vallée,

Et tant que les vertus garderont leurs autels,

Ou n^auront pas changé de nom chez les mortels !

Pour moi, soit que ton nom ressuscite on succombe, Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe! Plus la nuit est obscure et plus mes faibles yeux S^attacheot au flambeau qui pâlit dans les cieux ! Et quand Pau tel brisé que la foule abandonne S'écroulerait sur moi !... temple que je chéris. Temple où j*ai tout reçu, temple où j^aî tout appris, J^embrasserais encor la dernière colonne, Dussé-je être écrasé sous tes sacrés débris!

SIXiâHE

ER EÉPOHSE A DES TERS ADRESSÉS PAR LVl A l'* AUTEUR.

Oui , mon cœur s^en souvient, de cette heure tranquille Quk Fombre d^un tilleul , loin des toits de la ville, Nous passâmes ensemble au jardin des Chartreux ; Je voix encor dMci le tronc large et noueux, Et les mots qu^à ses pieds, de mon bâton d^érable, En t^écoutant rêver, je traçais sur le sable; Nous parlâmes du cœur, comme deux vieux amis.

Au foyer Fan de Pantre, à la campagne, admis, Heureax, après dix ans , du soir qui les rassemble , A table, sans témoins, s^entretiennent ensemble, - Tandis qne le flambeaa par les heures rongé, S^use pour éclairer Tentretien prolongé.

Et qu^un yin go'utte à goutte épuisé dans le Terre, Rougit encor le fond de la coupe sincère.

Pavais pourtant noté d^un doigt réprobateur Tes Tcrs trop tôt ravis à Tamour de Fauteur, Tes vers où Fhyperbole, effort de la faiblesse. Enflait d^un sens forcé le vide ou la mollesse; Tes vers, fruits imparfaits d^un arbre trop hâté. Qui les laisse tomber au sou£Qe de Tété, Mais à qui sa racine étendue et profonde.

Et ce ciel amoureux qui lui prodigue Fonde, Assurent, pour orner ses rameaux paternels, Une sève plus forte et des jours éternels !

Ces vers en vain frappés d^un pénible anathème. Mon cœur plus indulgent les excuse et les aime ; Sous ces mètres rompus qui boîlçnt en marchant, Sous ces fausses couleurs au contraste tranchant, Sous ce vernis trop vif qui fatigue la vue.

Sous cette vérité trop rampante ou trop nue, On y sent ce qu^à Fart Fhomme demande en vain , Ce foyer créateur où couve un feu divin.

Feu dont les passions alimentent la flamme.

Chaleur que Fâme exhale et communique à Fâme * ;

* M. de Saint'BeuYe n'avait pas encore publie /m ContotatiùHt, qui ont justlU ]M«sfévances i«s >bU de aoa talent «I Intinie et il oiginal.

Deyant le sentimeiit le goût est désarmé , Et mon.oœar ne retient que ce qui Ta charmé ! Gomme an sein d^nne nuit où tout regard expire , Si quelque feu lointain sur un mont vient à luire, L^œil, Tolant de lui-même à la vive clarté, Franchit, sans j toucher, des champs d^obscurîté. Et, s^attachant dans Tombrean seul pointquî rayonne» Oublie, en Padmirant, la nuit qui Penvironne I

Et tu veux aujourd'hui qu'oeuvrant mon cœur au tien.

Je renoue en ces vers notre intime entretien ?

Tu demandes de moi les haltes de ma vie ?

Le compte de mes jours ?... Mes jours ? je les oublie.

Comme le voyageur, quand il a dénoué

Sa ceinture de cuir, et quHl a secoué

De ses souliers poudreux k boue et la poussiéve ,

Redoutant de porter un regard en arriére.

Dédaigne de compter tous les pas qu'il a faits

Pour arriver enfin à son foyer de paix!

Ainsi dans mon esprit ma route est effacée )

Je n'en rappelle rien à ma triste pensiée,

Que la source où j'ai bu dans le creux de ma main,

L'arbre qui répandit l'ombre sur mon chemin !

La fleur, que sur set bords ma main avait dioîtie

Afin d'en respirer jusqu'au soir l'ambroisie ,

Et qui , dès le matin , cédant à la obalenr,

Se peneha languissante et mourut sur mon ceetir !

Et de nui vie obscure, hélas ! qu'aurais-je à dire ? Elle fuUé*. ce qu'elle est pour tout ce qui respire $

318 GONYEUSATiOK.

Un rére du matin , qui commeDce éclaUnt

Par de divins amours dans un palais fibtlant.

Se poursuit dans le ciel, et finit sur la terre

Par du pain et des pleurs sur un lit de misère!

Ami, voilà la vie universelle! hélas!

Et la mienne; et pourtant je ne raocuse pas!

Juste envers le destin dont la coupe est diverse,

je le bénis du miel que dans la mienne il verse.

D^autres n^ontque Pabsinthe ; et moi, grâce au Seigneur,

J*ai ce que la misère appelle le bonheur !

Un toit large et brillant sur un champ plein de gerbe»,

Des prés où Taquilon fait ondoyer mes herbes.

Des bois dont le murmure et Tombre sont à moi.

Des troupeaux mugissans qui paissent sous ma loi.

Une femme, un enfant, trésors dont je m*enivre ,

L^une par qui Ton vit, Fautre qui fait revivre!

Un foyer où jamais Pindigent éconduit ,

NVntre sans déposer son bâton pour la nuit.

Où Phospitalité, la main ouverte et pleine.

Peut donner sans peser le pain de la semaine,

Ou verser à Tami qui visite mon toit

Un vin qui réjouit la lèvre qui le boit;

Que dirais-je de plus? la douce solitude,

Le jour semblable au jour lié par Phabitude,

Une harpe, humble écho d^spérance et de foi,

Et qui chante audehors quand mon cœur chante en moi ;

Le repos, la prière, un cœur exempt d*alarmes.

Et la paix du Seigneur, joyeuse dans les larmes;

D^un seul de tous ces dons qui ne serait jaloux ?

Mais combien manque-t-il à qui les reçut tous !

De qaelque jus divin que Dieu nous la remplisse, Tonte Pean de la y'te a le goût du cairce; La joie a son ennui, le plaisir sa langueur, Pèrreorda malheureux c'est de croire au bonheur! Que sert de jeter Tancre et de dire à sa barque : a Arrét<H)s-nous, voilà le port que je te marque ! » Tu dormiras ici comme une Ile dès mers » Que ne peut soulever Teffort des flots amers? • Tandis que nous parlons, une vague éternelle SVnfle sous le navire et remporte avec elle; Sur les mers de ce monde il n'est jamais de port; £t le naufrage seul nous jette sur le bord !

Jeune encor j'ai sondé ces ténèbres profondes : La vie est un degré de l'échelle des mondes Que nous devons franchir pour arriver ailleurs ! Souvent les pieds meurtris, le front blanc de suçlurs, Comme un homme essou£9é qui monte un sentier rude Se repose un moment, vaincu de lassitude ; Sur cette marche même, hélas ! qu'il faut franchir Ou pour reprendre haleine ou pour se rafraîchir. On s'arrête, on s'assied, on voit passer la foule Qui sur fétroit degré se coudoie et se foule, On reconnaît de l'œil et du cœur ses amis, Les uns par le courage et l'espoir affermis.

Montant d'un pas léger que rien ne peut suspendre, Les autres chancelans et prêts à redescendre. C'est parmi ces derniers que mon œil te trouva : Tu tombais! je criai ! le Seigneur te sauva ! Tu repris ton élan vers la céleste porte !

Honneur en soit rendu, non à cette voix morte,

Mt C0NTER8ATI0N.

Quand la «ouroe à la mer a versé ton eau pure, QuHmporte si Pabîme étouffe son murmure ? Qu^importe si les vents dispersent sur les mers Le cri qu^a jeté Taigle en traversant les airs ? Quand Foiseau s*élevant des rochers du rivage Plane dans le rayon au-dessus du nuage, Qu^il n^entend plus la vague, et qu^il voit sons ses yeux Ces abîmes d^aznr qui sont pour nous les cieux !

SBPTràME

St Sombeau Vunt Ûthct.

Un jour, les yenx lassés de veilles el de larmes, Comme un lutteur vaincu prêt à jeter ses armes, Je disais à Taurore : En vain tu vas briller; La nature trahit nos yeux par ses merveilles, Et le ciel coloré de ses teintes vermeilles Ne sourit que pour nous railler !

Rien n'est vrai , rien n'est faux ; tout est songe et mensonge , Illusion du coeur qu*un vain espoir prolonge. Nos seules vérités, hommes,. sont nos douleurs! Cet éclair dans nos yeux que nous oommoDS la vie,

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