‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 50 sur 96 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Où mes neveux un jour, de ta gloire héritiers , Trouveront nos deux noms unis dans leurs quartiers : Voilà, voilà mes droits, plus chers que les tiens même. On est toujours, crois-moi, du pays que Ton aime; Mais si ton cœur jugeait ces titres mal acquis, Paimerais malgré toi la terre où tu naquis !...

GINQUIÂMB

%mne au Cijrbt*

A M. BIÂNZONI.

Verbe incréé ! source féconde

De justice et de liberté !

Parole qui guéris le monde ! «

Rayon vivant de vérité !

Est-il vrai que ta voix d^âge en âge entendue, Pareille au bruit lointain qui meurt dans Fétendue, N^a plus pour nous guider que des sons impuissans? Et qu^une voix plus souveraine

HTM19E AU CHRIST. 901

La Yoix de la parole humaine , Étouffe à jamais tes accens ?

Mais la raison cVst toi ! mais cette raison même Qu'était-elle avant Pheure où tu vins Téclairer ? Nuage, obscurité, doute, combat, système, Flambeau que notre orgueil portait pour s^égarer !

Le monde n^était que ténèbres, Les doctrines sans foi luttaient comme des flots, Et trompé, détrompé de leurs clartés funèbres, LVsprit humain flottait noyé dans ce chaos ; L^espérance ou la peur, au gré de leurs caprices, Ravageaient tour à tour et repeuplaient les cieux, La fourbe s^engraissait du sang des sacrifices. Mille dieux attestaient Fignorance des dieux !

Fouillez les cendres de Palmyre ,

Fouillez les limons d^Osiris

Et ces panthéons où respire L^ombre fétide encor de tous ces dieux proscrits !

Tirez de la fange ou de Therbe, Tirez ces dieux moulés, fondus, taillés, pétris, Ces monstres mutilés, ces symboles flétris.

Et dites ce quêtait cette raison superbe

Quand elle adorait ces débris !

Ne sachant plus nommer les exploits ou les crimes, Les noms tombaient du sort comme au hasard jetés, La gloire suffisait aux âmes magnanimes,

Et les vertus les plus sublimes

N^étaient que des vices dorés !

Mi HTHNS AU CHRIST/

Tu parais ! ton rerbe Tole, Comme autrefois la parole Qu^ntendit le noir chaos , De la nuit tira Taurore, Des cienx sépara les flots, Et du nombre fit éclore L^harmonie et le repos !

Ta parole créatrice Sépare vertus et vice, Mensonges et yérité ; Le maître apprend la justice, L*esclaye la liberté, LMndigent le sacrifice, Le riche la charité !

Un Dieu créateur et père.

En qui Tinnocence espère, S^abaisse jusqu^aux mortels !

La prière qu^il appelle S'élève à lui libre et belle Sans jamais souiller son aile Des holocaustes cruels !

Nos iniquités, nos crimes.

Nos désirs illégitimes.

Voilà les seules victimes Qu*on immole à ses autels !

L'immortalité se lève Et brille au-delà des temps ; L'espérance, divin rêve, De l'exil que l'homme achève Abrège les courts instans;

HTISNË AU CHRIST. 303

L^amour céleste soulève Nos fardeaux les plus pesans^ Le siècle éternel commence, Le juste a sa conscience, Le remords son innocence; L^humble foi fait la science Des sages et des en fans !

Et rhomme qu^elle console Dans cette seule parole Se repose deux mille ans !

Et Tesprit éclairé par tes lois immortelles, Dans la sphère morale où tu guidas nos yeux, Découvrit tout-à-coup plus de vertus nouvelles Que, le jour où d^Herschell le verre audacieux Porta Tceil étonné dans les célestes routes, Le regard qui des nuits interroge les voûtes Ne vit d^astres nouveaux pulluler dans les cieux !

Non jamais de ces feux qui roulent sur nos têtes , Jamais de ce Sina qu'embrasaient les tempêtes , Jamais de cet Horeb, trône de Jéhova,

Aux yeux des siècles n'éclata Un foyer de clarté plus vive et plus féconde Que cette vérité qui jaillit sur le monde

Des collines de Golgotha !

L^astre qu^à ton berceau le mage vit éclore, L^étoile qui guida les bergers de Paurore

9M HTMNE AU CHUST,

Mais Fère où ta naquis, toujours, toujours BOuveDe, Luit au-dessus de bous comme une ère éternelle ; Une moitié des temps pâlit à ce flambeau, L^autre moitié s^éclaire au jour de tes symboles. Deux mille ans, épuisant leurs sagesses frivoles. N'ont pas pu démentir une de tes paroles, Et toute Térité date de ton berceau l

Et cVst en vain que Thomme, ingrat et las de croire. De ses autels brisés et de son souvenir Comme un songe importun veut enfin te bannir i Tu règnes malgré lui jusque dans sa mémoire.

Et du haut d*un passé rayonnant de ta gloire, Tu jettes ta splendeur au dernier avenir !

Lumière des esprits, tu pâlis, ils pâlissent! Fondement des états, tu fléchis, ils fléchissent ! Sève du genre humain, il tarit si tu meurs!

Racine de nos lois dans le sol enfoncée.

Partout où tu languis on voit languir les mœurs. Chaque fibre à ton nom s^émeut dans tous les cœurs, Et tu revis partout, jusque dans la pensée, Jusque dans la haine insensée De tes ingrats blasphémateurs î

Phare élevé sur des rivages Que le temps n*a pu foudroyer.

Les lumières de tous les âges Se concentrent dans ton foyer !

Consacrant Thnmaine mémoire,

HTMNE AU CHRIST. 907

Tu guides les yenx cle l'histoire Jusqu'à la source d'où tout sort !

Les sept jours n'ont plus de mystère, Et l'homme sait pourquoi la terre Lutte entre la vie et la mort !

Ton pouvoir n'est plus le caprice Des démagogues ou des rois } Il est l'éternelle justice Qui se réfléchit dans nos lois !

Ta vertu n'est plus ce problême, Rêve qui se nourrit soi-même D'orgueil et d'immortalité !

Elle est l'holocauste sublime D'une volonté magnanime A l'éternelle volonté !

Ta vérité n'est plus ce prisme Où des temps chaque erreur a lui, L'éclair qui jaillit du sophisme Et s'évanouit avec lui !

Rayon de l'aurore éternelle, Pure, féconde, universelle, Elle éclaire tous les vivans j Sublime égalité des âmes.

Pour les sages foudres et flammes.

Ombre et voile à l'œil des enfan»!

Aliment qui contient la vie, Chaleur dont le foyer est Dieu,

106 KTIIHE AU GB1I8T.

Germe qui cmt et fracUfie, Ton verbe la •ème en tout lieu !

Vérité palpable et pratique, L^amour divin la communique De Tœil à rœil, du coeur au cœur!

Et sans proférer de paroles.

Des acti<ms sont ses symboles, Et des vertus sont sa splendeur !

Chaque instinct à ton joug nous lie , Phomme naît, vit, meurt avec toi.

Chacun des anneaux de sa vie, Christ, est rivé par ta foi l SoufiPrant, ses pleurs sont une offrande.

Heureux, son bonheur te demande De bénir sa prospérité; Et le mourant que tu consoles Franchit, armé de tes paroles, L^ombre de Pimmortalité !

Tu gardes, quand Phomme succombe.

Sa mémoire après le trépas,

Et tu rattaches à la tombe

Les liens brisés ici-bas ;

Les pleurs tombés de la paupière

Ne mouillent plus la froide pierre;

Mais de ces larmes s^abreuvant,

La prière, union suprême.

Porte la paix au mort quVUe aime»

Rapporte Pespoîr au vivant !

HYMNE AU CHiaST. M0

Prix divin de tout sacrifice,

Tout bien $e nourrit de ta foi !

De quelque mal qu^elle gémisse

L^humanité se tourne à toi !

Si je demande à chaque obole,

A chaque larme qui console,

A chaque généreux pardon,

A chaque vertu qu^on me nomme :

En quel nom consolez-vous Thomme ?

Ils répondent : En son nom !

G^est toi dont la pitié plus tendre Yerse Faumône à pleines mains , Guide Paveugle et vient attendre Le voyageur sur les chemins !

G*est toi qui, dans Tasile immonde Où les déshérités du monde Viennent pour pleurer et souffrir, Donne au vieillard de saintes filles, A Venfant sans nom des familles.

Au malade un lit pour mourir !

Tu vis dans toutes les reliques.

Temple debout ou renversé.

Autels, colonnes, basiliques , Tout est à toi dans le passé !

Tout ce que Phomme élève encore, Toute demeure où Ton adore.

Tout est à toi dans Tavenir!

Les siècles n^ont pas de poussière,

910 BTHNE AU CHUST.

Les collines n^ont pas de pierre Qui ne porte ton souvenir !

Enfin, Taste et puissante idée.

Plus forte que Tesprit humain, Toute âme est pleine, est obsédée De ton nom qu^elle évoque en vain ! Préférant ses doutes funèbres, L^faomme amasse en vain les ténèbres, Partout ta splendeur le poursuit !

Et, comme au jour qui nous éclaire, Le monde ne peut s^y soustraire Qu^en se replongeant dans la nuit !

Et tu meurs ? Et ta foi dans un lit de nuages S^enfonce pour jamais sous Phorizon des âges, Gomme un de ses soleils que le ciel a perdus. Dont Pastronome dit? C^était là quMl n^est plus ! Et les fils de nos fils dans les lointaines ères Feraient aussi leur fable avec tes saints mystères ! Et parleraient un jour de Phomme de la croix Gomme des dieux menteurs disparus à ta voix, De ces porteurs de foudre ou du vil caducée.

Rêves dont au réveil a rougi la pensée ?

Mais tous ces dieux, 6 Ghrist! n^avaient rien apporté Qu^nne ombre plus épaisse à notre obscurité ! Mais du délire humain lâche et honteux symbole. Ils croulèrent d^eux-méme au bruit de ta parole;

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