‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 81 sur 96 · DIXIÈME · texte numérisé non relu

DIXIÈME

St ptmxtr Htgrei^

Sar la plage sonore où la mer de Sorrente Déroule ses flots bleus, aux pieds de Toranger Il est, près du sentier, sous la haie odorante, Une pierre petite, étroite, indifférente Aux pas distraits de Tétranger !

La giroflée y caché un seul nom sous ses gerbes, Un nom que nul écho n^a jamais répété !

Quelquefois seulement le passant arrêté , Lisant Tâge et la date en écartant les herbes,

Et sentaDt dans ses yeux quelques larmes courir, Dît : Elle avait seize ans ! c^est bien tôt pour mourir !

Mais pourquoi m^entrainer vers ces* scènes passées ? Laissons le vent gémir et le flot murmurer; Revenez, revenez, 6 mes tristes pensées !

Je veux rêver et non pleurer !

Dit : Elle avait seize ans ! — Oui, seize ans ! et cet âge

N^avait jamais brillé sur un front plus charmant !

Et jamais tout Péclat de ce brûlant rivage

Ne s^était réfléchi dans un œil plus aimant !

Moi seul, je la revois, telle que la pensée

Dans rame où rien ne meurt, vivante Ta laissée ;

Vivante ! comme à Theure où les yeux sur les miens.

Prolongeant sur la mer nos premiers entretiens.

Ses cheveux noirs livrés au vent qui les dénoue,

Et Pombre de la voile errante sur sa joue ,

Elle écoutait le chant du nocturne pêcheur,

De la brise embaumée aspirait la fraîcheur.

Me montrait dans le ciel la lune épanouie,

Comme une fleur des nuits dont Paube est réjouie,

Et Pécume argentée ; et me disait : Pourquoi

Tout brille-t-il ainsi dans les airs et dans moi?

Jamais ces champs d^azur semés de tant de flammes,

Jamais ces sables d^or où vont mourir les lames,

Ces monts dont les sommets tremblent au fond des cieux.

Ces golfes couronnés de bois silencieux,

Ces lueurs sur la côte, et ces chants sur les vagues,

N^avaient ému mes sens de voluptés si vagues l

Pourquoi comme ce soir n^ai-je jamais rêvé ?

Un astre dans mon cœur s^esUil aussi levé?

Et toi, fils du matin ! dis, à ces nuits si belles Les nuits de ton pays, sans moi, ressemblaient-elles? Puis , regardant sa mère assise auprès de nous , Posait pour s^endormir son front sur ses genoux.

Mais pourquoi m^entraîner vers ces scènes passées ! Laissons le vent gémir et le flot murmurer; Revenez, revenez, 6 mes tristes pensées !

Je veux rêver et non pleurer !

Que son œil était pur, et sa lèvre candide !

Que son ciel inondait son âme de clarté !

Le beau lac de Némi qu^aucun sou£Ele ne ride

A moins de transparence et de limpidité !

Dans cette âme, avant elle, on voyait ses pensées,

Ses paupières, jamais sur ses beaux yeux baissées,

Ne voilaient' son regard d'innocence rempli,

Nul souci sur son front n'avait laissé son pli 3

Tout folâtrait en elle ; et ce jeune sourire

Qui plus tard sur la bouche avec tristesse expire,

Sur sa lèvre entr'ouverte était toujours flottant,

Comme un pur arc-en-ciel sur un jour éclatant !

Nulle ombre ne voilait ce ravissant visage,

Ce rayon n'avait pas traversé de nuage !

Son pas insouciant, indécis, balancé,

Flottait comme un flot libre où le jour est bercé,

Ou courait pour courir ; et sa voir argentine,

Echo limpide et pur de son âme enfantine,

Elle sVnveloppa d^nn muet désespoir,

Et sVndormit aussi ; mais, hélas ! loin da soir?

Mais pourquoi m^en traîner y ers ces scènes passées? Laissons le yent gémir et le flot murmurer; Revenez, revenez, ô mes tristes pensées !

Je veux rêver et non pleurer !

Elle a dormi quinze ans dans sa couche d*argile,

Et rien ne pleure plus sur son dernier asile ;

Et le rapide oubli, second linceul des morts,

 couvert le sentier qui menait vers ces bords ;

Nul ne visite plus cette pierre effacée.

Nul n^ songe et n*y prie !..« excepté ma pensée,

Quand, remontant le flot de mes jours révolus.

Je demande à mon cœur tous ceux qui n^ sont plus !

Et que, les yeux flottans sur de chères empreintes.

Je pleure dans mon ciel tant d^étoiles éteintes !

Elle fut la première, et sa douce lueur

D^un jour pieux et tendre éclaire encor mon cœur !

Mais pourquoi m^entraîner vers ces scènes passées ? Laissez le vent gémir et le flot murmurer ; Revenez, revenez, ô mes tristes pensées !

Je veux rêver et non pleurer !

Un arbuste épineux, à la pâle verdure, Est le seul monument que lui fît la nature ; Battu des vents de mer, du soleil calciné.

Comme un regret funèbre au cœur eoraciné.

LE PREniER REGRET. 307

Il vit dans le rocher sans lui donner d^ombrage; La pondre du chemin y blanchit son feuillage, Il rampe près de terre, où ses rameaux penchés, Par la dent des chevreaux sont toujours retranchés ; Une fleur, au printemps, comme un flocon de neige, Y flotte un jour ou deux 3 mais le vent qui Tassiége L^effeuille avant qu^elIe ait répandu son odeur, Gomme la vie, avant qu^elle ait charmé le cœur! Un oiseau de tendresse et de mélancolie S^y pose pour chanter sur le rameau qui plie ! Oh! dis, fleur que la vie a fait si tôt flétrir, NVst-il pas une terre où tout doit refleurir?...

Remontez, remontez à ces heures passées !

Vos tristes souvenirs m^aident à soupirer !

Allez où va mon âme ! Allez, ô mes pensées!

Mon cœur est plein, je veux pleurer !

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It0ot00tma tlerba^

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HOR AHB EST TRISTE JVSÇU^ Là HOAT,

La nuit roule en silence autour de nos demeures Sur les vagues du ciel la plus noire des heures; Nul rayon sur mes yeux ne pleut du firmament , Et la brise n^a plus même un gémissement, Une plainte, qui dise à mon âme aussi sombre : Quelque chose avec toi meurt et se plaint dans Tombre l Je n^entends au dehors que le lugubre bruit Du balancier qui dit : Le temps marche et te fuit f Au dedans, que le pouls, balancier de la vie,

NOYISSIMA YERBA. 309

Dont les coups inégaux, dans ma tempe engourdie, M^annoncent sourdement que le doigt de la mort De la machine humaine a pressé le ressort , £t que, semblable au char qu^un coursier précipite, Cest pour mieux se briser quMl s^élance plus vite!

Et c^est donc là le terme ! — Ah ! sUl faut une fois Que chaque homme à son tour élève enfin la voix, Cest alors ! cVst avant, qu^une terre glacée Engloutisse avec lui sa dernière pensée ! Cest à cette heure même, où prête à s^exhaler, Toute âme a son secret qu^elIe veut révéler, Son mot à dire au monde, à la mort, à la vie, Avant que pour jamais, éteinte, évanouie, Elle n^ait disparu, comme un feu de la nuit, Qui ne laisse après soi ni lumière, ni bruit ! Que laissons-nous, ô vie, hélas! quand tu Renvoies? Rien, que ce léger bruit des dernières paroles, Court écho de nos pas, pareil au bruit plaintif Que fait en palpitant la voile de Tesquif, Au murmure d^une eau courante et fugitive, Qui gémit sur sa pente, et se plaint à sa rive; Ah ! donnons>nous du moins ce charme consolant D*entendre murmurer ce souffle en Texhalant ! Parlons ! puisqu^un vain son que suit un long silence Est le seul monument de toute une existence , La pierre qui constate une vie ici-bas !

Gomme ces marbres noirs qu^on élève au trépas,

Dans ces champs, du cercueil solitaire domaine^ Qui marquent d^une date une poussière humaine, Et disent à notre œil de néant convaincu :

Un homme a passé là ! cette argile a vécu !

Paroles, faible écho qui trompez le génie!

Enfantement sans fruit! douloureuse agonie

De rame consumée en efforts impuissans,

Qui veut se reproduire au moins dans ses accens,

Et qui, lorsqu'elle croit contempler son image.

Vous voit évanouir en fumée, en nuage !

Ah ! du moins aujourd'hui servez mieux ma douleur!

Condensez-vous, semblable à Tardente vapeur

Qui, s'élevant le soir des sommets de la terre,

Se condense en nuée et jaillit en tonnerre ;

Gomme Peau des torrens, parole, amasse-toi ,

Afin de révéler ce qui s'agite en moi !

Pour dire à cet abîme appelé vie ou tombe,

A la nuit d'où je sors, à celle où je retombe,

A ce je ne sais quoi qui m'envie un instant ;

Pour lui dire à mon tour, sans savoir s'il m'entend ^

Et moi je passe aussi parmi l'immense foule

D'êtres créés, détruits, qui devant toi s'écoule;

J'ai vu, pensé, senti, souffert, et je m'en vais.

Ebloui d'un éclair qui s'éteint pour jamais,

Et saluant d'un cri d'horreur ou d'espérance

La rive que je quitte et celle où je m'élance,

Gomme un homme jugé, condamné sans retour

A se précipiter du sommet d^une tour.

Au moment formidable où son pied perd la cime,

D^un cri de désespoir remplit du moins Tabîme !

J^aî vécu ; c^est-à-dire à moi-même inconnu Ma mère en gémissant m^a jeté faible et nu; Pai compté dans le ciel le coucher et Taurore D^un astre qui descend pour remonter encore, Et dont rhomme qui s^use à les compter en vain Attend, toujours trompé, toujours un lendemain; Mon âme a, quelques jours, animé de sa vie Un peu de cette fange à ces sillons ravie , Qui répugnait à vivre et tendait à la mort.

Faisait pour se dissoudre un éternel e£Port, Et que par la douleur je retenais à peine ; La douleur! nœud fatal, mystérieuse chaîne.

Qui dans Thomme étonné réunit pour un jour Deux natures luttant dans un contraire amour, Et dont chacune à part serait digne d^envie, L^une dans son néant et Pautre dans sa vie, Si la vie et la mort ne sont pas même, hélas ! Deux mots créés par rhomme et que Dieun^entend pas! Maintenant ce lien que chacun d^eux accuse.

Prêt à se rompre enfin sous la douleur qui Tuse, Laisse s^évanouir comme un rêve léger L^inexplicable tout qui veut se partager ; Je ne tenterai pas d'en renouer la trame,

JTabaDdoDoe à leur chaDce et mes sent et mon âme : Qu^iU aillent où Dieu sait, chacun de leur côté. Adieu monde fuyant! nature, humanité, Vaine forme de Pétre, ombre d^un météore, Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore !

Oui, je te connais trop, à vie ! et j^ai goûté

Tous tes flots d^amertume et de félicité.

Depuis les doux flocons de la brillante écume

Qui nage aux bords dorés de ta coupe qui fume,

Quand Penfant enivré lui sourit , et croit voir

Une immortalité dans Paurore et le soir^

Ou ^ue, brisant ses bords contre sa dent avide,

Le jeune bomme d*un trait la savoure et la vide

Jusqu*à la lie épaisse et fade que le temps

Dépose au fond du vase et mêle aux flots restans,

Quand de sa main tremblante un vieillard la soulève

Et par seule habitude en répugnant Pachève ;

Tu n^es qu^un faux sentier qui retourne à la mort !

Un fleuve qui se perd au sable dont il sort.

Une dérision d*un être habile à nuire,

Qui s^amuse sans but à créer pour détruire,

Et qui de nous tromper se fait un divin jeu !

Ou plutôt, n*es-tn pas une échelle de feu •

Dont Péchelon brûlant s^attache au pied qui monte,

Et quHl faut cependant que tout mortel affronte?

NOTISSIMA YERBA. 315

Que tu tais bien dorer ton magique lointain ! Qu'il est beau rhorizon de ton riant matin !

Quand le premier amour et la fraîche espérance Nous entr^ouvrent Pespace où notre âme s'élance , N*emportant avec soi qu'innocence et beauté, Et que d'un seul objet notre cœur enchanté Dit comme Roméo : « Non, ce n'est pas l'aurore! » Aimons toujours ! l'oiseau ne chante pas encore ! • Tout le bonheur de l'homme est dans ce seul instant; Le sentier de nos jours n'est Tert qu'en le montant! De ce point de la vie où l'on en sent le terme On voit s'évanouir tout«e qu'elle renferme; L'espérance reprend son vol vers l'orient; On trouve au fond de tout le vide et le néant ; Avant d'avoir goûté l'âme se rassasie ; Jusque dans cet amour qui peut créer la vie On entend une voix : Vous créez pour mourir ! Et le baiser de feu sent un frisson courir !

Quand le bonheur n'a plus ni lointain ni mystère. Quand le nuage d'or laisse à nu cette terre, Quand la vie une fois a perdu son erreur, Quand elle ne ment plus, c'en est fait du bonheur !

Amour, être de l'être ! amour, âme de l'âme ! Nul homme plus que moi ne vécut de ta flamme ! Nul brûlant de ta soif sans jamais l'épuiser N'eût sacrifié plus pour t'immortaliser !

Nul ne désira plus dans l'antre âme qu'il aime

314 NOVISSIMA TERBA.

De concentrer sa vie en se perdant soi-même.

Et dans un monde à part, de toi seul habité , De se faire à lui seul sa propre éternité !

Femmes ! anges mortels ! création divine !

Seul rayon dont la vie un moment s^illumine ! Je le dis à cette heure, heure de vérité, Gomme je Taurais dit, quand devant la beauté Mon coeur épanoui qui se sentait éclore Fondait comme une neige aux rayons de Taurore ! Je ne regrette rien de ce monde que tous !

Ce que la vie humaine a d^amer et de doux, Ce qui la fait brûler, ce qui trahit en elle Je ne sais quel parfum de la vie immortelle, C^est vous seules ! Par vous toute joie est amour ! Ombre des biens parfaits du céleste séjour.

Vous êtes ici-bas la goutte sans mélange Que Dieu laissa tomber de la coupe de l'ange ! L*étoile qui, brillant dans une vaste nuit.

Dit seule à nos regards qu'un autre monde luit ! Le seul garant enfin que le bonheur suprême. Ce bonheur que Tamour puise dans Pamour même, NVst pas un songe vain créé pour nous tenter, Qu'il existe, ou plutôt qu'il pourrait exister Si, brûlant à jamais du feu qui nous dévore, Vous et rêtre adoré dont Tâme vous adore.

L'innocence, Pamour, le désir, la beauté, Pouvaient ravir aux dieux leur immortalité !

Qaand vous vous desséchez sur le cœur qui vous aime, Ou que ce cœur flétri se dessèche lui-même, Quand le foyer divin qui hrûle encore en noua Ne peut plus rallumer sa flamme éteinte en vous, Que nul sein ne bat plus quand le, nôtre soupire, Que nul front ne rougit sous notre œil qu^il attire, £t que la conscience avec un cri d'effroi Nous dit : Ce n'est plus toi qu'elles aiment en toi i Alors, comme un esprit exilé de sa sphère Se résigne en pleurant aux ombres de la terre. Détachant de vos pas nos yeux voilés de pleurs. Aux faux biens d'ici-bas nous dévouons nos cœurs ^ Les uns, sacrifiant leur vie à leur mémoire, Adorent un écho qu'ils appellent la gloire ; Ceux-ci de la faveur assiègent les sentiers Et veulent au néant arriver les premiers !

Ceux-là, des voluptés vidant la coupe infâme, Pour mourir tout vivans assoupissent leur âme; D'autres, accumulant pour enfouir encor.

Recueillent dans la fange une poussière d'or ; Mais mon œil a percé ces ombres de la vie ; Aucun de ces faux biens que le vulgaire envie. Gloire, puissance, orgueil, éprouvés tour à tour. N'ont pesé dans mon cœur un soupir de l'amour, D'un de ses souvenirs même effacé la trace.

Ni de mon âme une heure agité la surface.

Pas plus que le nuage ou l'ombre des rameaux Ne ride en s'y peignant la surface des eaux.

Après l'amour éteint si je vécus encore.

C'est pour la vérité, soif aussi qui dévore !

516 NOTISSIHA YERBA.

Ombre de nos désirs, trompènse vérité, Que de nuits sans sommeil ne m'as-tu pas coûté ? A moi, comme aux esprits fameux de tous les âges Que Pignorance humaine, hélas! appela sages, Tandis qu'au fond du cœur riant de leur vertu. Us disaient en mourant : Science, que sais->tu? Ah ! si ton pur rayon descendait sur la terre, Nous tomberions frappés comme par le tonnerre f Mais ce désir est faux comme tous nos désirs ; C'est un soupir de plus parmi nos vains soupirs ! La tombe est de Tamour le fond lugubre et sombre, La vérité toujours a nos erreurs pour ombre.

Chaque jour prend pour elle un rêve de l'esprit Qu'un autre jour salue, adore et puis maudit!

Avez- vous vu, le soir d'un jour mêlé d'orage,

Le soleil qui descend de nuage en nuage,

A mesure qu'il baisse et retire le jour.

De ses reflets de feu les dorer tour à tour ?

L'œil les voit s'enflammer sous son disque qui passe,

£t dans ce voile ardent croit adorer sa trace;

Le voilà ! dites- vous, dans la blanche toison

Que le souffle du soir balance à l'horizon !

Le voici dans les feux dont cette pourpre éclate !

Non, non, c'est lui qui teint ces flocons d'écarlate!

Non, c'est lui qui, trahi par ce flux de clarté.

NOTISSIKA YERBA. 817

A fendu d*uii rayon ce nuage ar^nté !

Voile impuissant! le jour sous Tobstacle étincelle !

C^estlui ! la nue est pleine et la pourpre en rnittelle !

Et tandis que votre oeil à cette ombre attaché

Croit posséder enfin Pastre déjà couché,

La nue à vos regards fond et se décolore ;

Ce n^est qu^une vapeur qui flotte et s^évapore ;

Vous le cherchez plus loin, déjà, déjà trop tard!

Le soleil est toujours au^'-delà du regard !

Et le suivant en vain de nuage en nuage.

Non, ce n*est jamais lui, cVst toujours son image !

Voilà la vérité ! Chaque siècle à son tour

Croit soulever son voile et marcher à son jour.

Mais celle qu^aujourd^hui notre ignorance adore

Demain n^estqu^un nuage; une autre est près d^édore!

A mesure qu^il marche et la proclame en vain,

La vérité qui fuit trompe Tespoir humain,

Et rhomme qui la voit dans ses reflets sans nombre.

En croyant Tembrasser nVmbrasse que son ombre !

Mais les siècles déçus sans jamais se lasser

Effacent leur chemin pour le recommencer!

La vérité complète est le miroir du monde ; Du jour qui sort de lui Dieu le frappe et Tiaonde, Il t^ voit face à face, et seul il peut s^ voir ; Quand Thomme ose toucher à ce divin miroir, Il se brise en éclats sous la main des plus sages, Et ses fragment épars sont le jouet des âges !

519 NOYISSIMA VERBA.

Chaque siècle, chaque homme, astemblantMS débris.

Dit : Je réunirai ces lueurs des esprits,

Et dans un seul foyer concentrant la lumière,

La nature à mes yeux paraîtra tout entière !

Il dit, il croit, il tente, il rassemble en tous lieux

Les lumineux fragmens d^un tout mystérieux,

D^un espoir sans limite en rêvant il s^embrase,

Pes systèmes hupains il élargit la base.

Il encadre au hasard, dans cette immensité,

Système, opinion, mensonge, vérité!

Puis, quand il croit avoir ouvert assez d^espace

Pour que dans son foyer IHnfini se retrace.

Il y plonge ébloui ses avides regards.

Un jour foudroyant sort de ces morceaux épars !

Mais son œil, partageant Pillusion commune.

Voit mille vérités où Dieu n^en a mis qu^une.

Ce foyer, où le tout ne peut jamais entrer,

Disperse les lueurs quMl devait concentrer;

Comme nos vains pensers Tun Tautre se détruisent.

Ses rayons divergens se croisent et se brisent ;

L^homme brise à son tour son miroir en éclats.

Et dit, en blasphémant : Vérité, tu n^es pas !

Non , tu n^es pas en nous ! tu n^es que dans nos songea ! Le fantôme changeant de nos propres mensonges ! Le reflet fugitif de quelque astre lointain.

Que rhomme croit saisir et qui fond sous sa main ! L^écho vide et moqueur des mille voix de rhomme^

Qui nous répond toujours par le mot qu^on te nomme î Ta poursuite insensée est sa dernière erreur ! Mais ce vain désir même a tari dans mon cœur, Je ne cherche plus rien à tes clartés funèbres, Je m^abandonne en paix à ces flots de ténèbres. Comme le nautonnier, quand le pôle est perdu, Quand sur Pétoile même un voile est étendu.

Laissant flotter la barre au gré des vagues sombres, Croise les bras et sifiQe, et se résigne aux ombres, Sûr de trouver partout la ruine et la mort.

Indifférent au moins par quel vent, sur quel bord!

Ah ! si TOUS paraissiez sans ombre et sans emblème.

Source de la lumière et toi lumière même.

Ame de Pinfîni, qui resplendit de toi !

Si, frappés seulement d^un rayon de ta foi,

Nous te réfléchissions dans notre intelligence,

Comme une mer obscure où nage un disque immense.

Tout s^évanouirait devant ce pur soleil.

Comme Pombre au matin, comme un songe au réveil ^

Tout s^évaporerait sous le rayon de flamme,

La matière, et Tesprit, et les formes, et Fâme,

Tout serait pour nos yeux à ta pure clarté

Ce qu^est la pâle image à la réalité !

La vie, à ton aspect, ne serait plus la vie,

Elle s^élèverait triomphante et ravie.

Ou, si ta volonté comprimait son transport.

Elle ne serait plus qu'une éternelle mort !

590 NOYISSIHA VERBA.

Malgré le Toile épais qui te cache à ma vue.

Voilà, voilà mon mal ! c^est ta soif qui me tue ! Mon âme n^est vers toi qu^un éternel soupir.

Une veille, que rien ne peut plus assoupir ; Je meurs de ne pouvoir nommer ce que j^adore. Et si tu m^apparais! tu vois, je meurs encore!

Et de mon impuissance à la fin convaincu.

Me voilà ! demandant si j^ai jamais vécu, Touchant au terme obscur de mes courtes années. Comptant mes pas perdus et mes heures sonnées. Aussi surpris de vivre, aussi vide, aussi nu. Que le jour où Pou dit : Un enfant m*est venu F Prêt à rentrer sous Therbe, à tarir, à me taire. Gomme le filet d^eau qui, surgi de la terre, Y rentre de nouveau par la terre englouti A quelques pas du sol dont il était sorti !

Seulement, cette eau fuit sans savoir qu*elle coule ; Ce sable ne sait pas où la vague le roule ; Ils n^ont ni sentiment, ni murmure, ni pleurs ! Et moi, je vis assez pour sentir que je meurs ! Mourir ! ah ! ce seul mot fait horreur de la vie ! L'éternité vaut-elle une heure d^agonie ?

La douleur nous précède, et nous enfante au jour, La douleur à la mort nous enfante à son tour ! Je ne mesure plus le temps qu^eile me laisse, Comme je mesurais, dans ma verte jeunesse.

En ajoutant aux jours de longs jours à venir;

NOVÏSSIMA VERBA. 321

Mais, en les retranchant de mon court avenir,

Je dis : Un jour de plus, un jour de moins; Paurore

Me retranche un de ceux qui me restaient encore ;

Je ne les attends plus, comme dans mon matin.

Pleins, brillans, et dorés des rayons du lointain.

Mais ternes, mais pâlis, décolorés et vides

Comme une urne fêlée et dont les flancs arides

Laissent fuir Peau du ciel quePhomme y cherche en vain;

Passé sans souvenir, présent sans lendemain,

Et je sais que le jour est semblable à la veille,

Et le matin n^a plus de voix qui me réveille.

Et j^envie au tombeau le long sommeil quHl dort,

Et mon âme est déjà triste comme la mort !

Triste comme la mort î Et la mort soufire-t-elle ?

Le néant se plaint-il à la nuit éternelle ?

Âh ! plus triste cent fois que cet heureux néant

Qui n^a point à mourir et ne meurt pas vivant,

Mon âme est une mort qui se sent et se souffre;

Immortelle agonie ! abîme, immense gouffre.

Où la pensée en vain cherchant à s^engloutir

En se précipitant ne peut s^anéantir !

Un songe sans réveil ! une nuit sans aurore.

Un feu sans aliment qui brûle et se dévore !•••

Une cendre brûlante où rien n^est allumé.

Mais où tout ce qu^on jette est soudain consumé ;

Un délire sans terme, une angoisse éternelle!

Mon âme avec effroi regarde derrière elle

Zn NOYISSIMA VERBA.

Et voit son peu de jours, passés, et déjà froids

Gomme la feuille sèche autour du tronc des bois ;

Je regarde en avant et je ne Tois que doute

Et ténèbres, couvrant le terme de la route !

Mon être à chaque souffle exhale un peu de soi,

G^était moi qui souffrais, ce n^est déjà plus moi !

Chaque parole emporte un lambeau de ma vie ;

L^homme ainsi s'évapore et passe ; et quand j'appnie

Sur Pinstabilité de cet être fuyant,

 ses tortures près tout semblable au néant,

Sur ce moi fugitif insoluble problème

Qui ne se connaît pas et doute de soi-même,

Insecte d'un soleil par un rayon produit,

Qui regarde une aurore et rentre dans sa nuit.

Et que sentant en moi la stérile puissance

D'embrasser Tinfini dans mon intelligence.

J'ouvre un regard de Dieu sur la nature et moi.

Que je demande à tout : Pourquoi ? pourquoi? pourquoi ?

Et que pour seul éclair, et pour seule réponse, ^'

Dans mon second néant je sens que je m'enfonce,^

Que je m'évanouis en regrets superflus,

Qu'encore une demande et je ne serai plus ! ! !

Alors je suis tenté de prendre l'existence

Pour un sarcasme amer d'une aveugle puissance.

De lui parler sa langue ! et semblable au mourant j

Qui trompe l'agonie et rit en expirant,

D'abîmer ma raison dans un dernier délire

Et de finir aussi par un éclat de rire !

NOYISSIMA VERBA. 323

Ou de dire : Vivons ! et dans la volupté Noyons ce peu d^instansau néant disputé!

Le soir vient ! dérobons quelques heures encore Au temps qui nous les jette et qui nous les dévore^ Enivrons-nous du moins de ce poison humain Que la mort nous présente en nous cachant sa main ! Jusqu^aux bords de la tombe il croît encor des roses, De naissantes beautés pour le désir écloses, Dont le cœur feint Pamour, dont Tœil sait Timiter, Et que Porgueil ou Tor font encor palpiter !

Plongeons-nous tout entiers dans ces mers de délices j Puis, au premier dégoût trouvé dans ces calices^ Avant rheure où les sens de Pivresse lassés Font monter Pamertume et disent : Cest assez ! Voilà la coupe pleine où de son ambroisie Sous les traits du sommeil la mort éteint la vie ! Buvons ; voilà le flot qui ne fera qu^un pli Et nous recouvrira d^un éternel oubli, i.

Glissons-y ; dérobons sa proie à Pexistence ! A la mort sa douleur, au destin sa vengeance, Ces langueurs que la vie au fond laisse croupir. Et jusqu^au sentiment de son dernier soupir ; Et fût-il un réveil même à ce dernier somme.

Défions le destin de faire pis qu^un homme !

Mais cette lâche idée où je m^appuie en vain, N^est qu^un roseau pliant qui fléchit sous ma pain !

S24 NOYISSIHA VERBA.

Elle éclaire un moment le fond du précipice, Mais comme Tincendie éclaire Pédifice, Comme le feu du ciel dans le nuage errant Eclaire Thorizon, mais en le déchirant!

Ou comme la lueur lugubre et solitaire De la lampe des morts qui veille sous la terre. Éclaire le cadavre aride et desséché Et le ver du sépulcre à sa proie attaché.

Non ! de ce noir chaos, dans ce vide sans terme. Mon âme sent en elle un point d^appui plus ferme, La conscience ! instinct d^une autre vérité, Qui guide par sa force et non par sa clarté, €omme on guide Vaveugle en sa sombre carrière. Parla voix, par la main, et non par la lumière* Noble instinct ! conscience ! 6 vérité du cœur ! D^un astre encor voilé prophétique chaleur !

Tu m^annonces toi seule en tes mille langages Quelque chose qui luit derrière ces nuages !

Dans quelque obscurité que tu plonges mes pas. Même au fond de ma nuit tu ne ^égares pas !

Quand ma raison s^éteint ton flambeau luit encore ! Tu dis ce qu^elle tait ; tu sais ce qu^elle ignore | Quand je n^espère plus. Tempérance est ta voix ; Quand je ne crois plus rien, tu parles et je crois!

Et ma main hardiment brise çt jette loin d^elle La coupe des plaisirs, et la coupe mortelle |

Et mon âme qui veut vivre et souffrir encor.

Reprend vers la lumière uo généreux essor,

£t se fait dans Tabîme où la douleur la noie

De Texcès de sa peine une secrète joie;

Comme le voyageur parti dès le matin.

Qui ne voit pas encor le terme du chemin,

Trouve le ciel brûlant, le jour long, le sol rude,

Mais fier de ses sueurs et de sa lassitude,

Dit en voyant grandir les ombres des cyprès :

J'ai marché si long-temps que je dois être près !

k ce risque fatal, je vis, je me confie;

Et dût ce noble instinct, sublime duperie.

Sacrifier en vain Texistence à la mort,

Paime à jouer ainsi mon âme avec le sort !

 dire, en répandant au seuil d^un autre monde

Mon cœur commeun parfum et mes jours comme une onde

Voyons si la vertu nVst qu^une sainte erreur,

LVspérance un dé faux qui trompe la douleur.

Et si, dans cette lutte où son regard m'anime.

Le Dieu serait ingrat quand Phomme est magnanime?

Alors, semblable à Fange envoyé du Très-Haut Qui vint sur son fumier prendre Job en défaut. Et qui, trouvant son cœur plus fort que ses murmures, Versa Phuile du ciel sur ses mille blessures ; Le souvenir de Dieu descend, et vient à moi.

Murmure à mon oreille, et me dit : Lève-toi ! Et ravissant mon âme à son lit de souffrance,

Sous les regards de Dieu remporte et la balance;

Et je vois rinfini poindre et se réfléchir

Jusqu^anx mers de soleils que la nuit fait blanchir;

Il répand ses rayons, et voilà la nature ;

Les concentre, et cVst Dieu ; lui seul est sa mesure,

n puise sans compter les êtres et les jours

Dans un être et des temps qui débordent toujours ;

Puis les rappelle à soi comme une mer immense

Qui retire sa vague et de nouveau la lance^

£t la vie et la mort sont sans cesse et sans fin

Ce flux et ce reflux de Tocéan divin !

Leur grandeur est égale et n^est pas mesurée

Par leur vile matière ou leur courte durée;

Un monde est un atome à son immensité;

Un moment est un siècle à son éternité;

Et je suis, moi, poussière à ses pieds dispersée,

Autant que les soleils, car je suis sa pensée !

Et chacun d^eux reçoit la loi qu^il lui prescrit,

La matière en matière et Tesprit en esprit!

Graviter est la loi de ces globes de flamme;

Souffrir pour eipier est le destin de Tâme ;

Et je combats en vain Tarrét mystérieux,

Et la vie et la mort, tout Tannonce à mes yeux.

L^une et Tautre ne sont qu^un divin sacrifice ;

Le monde a pour salut Tinstrument d^un supplice;

Sur ce rocher sanglant où Farbre en fut planté

Les temps ont vu mûrir le fruit de vérité.

Et quand Fhomme modèle et le Dieu du mystère,

Après avoir parlé, voulut quitter la terre.

Il ne couronna pas son front pâle et souffrant

NOYISSIMA VERBA. 327

Des roses que Platon respirait en mourant ; Il ne fit point descendre une échelle de flamme Pour monter triompluint par les degrés de Pâme ! Son échelle céleste, à lui, fut une croix, Et son dernier soupir, et sa dernière voix Une plainte à son père, un pourquoi sans réponse. Tout semblable à celui que ma bouche prononce!... Car il ne lui restait que le doute à souffrir. Cette mort de Pesprit qui doit aussi mourir !•••

On bien de ces hauteurs rappelant ma pensée,

Ma mémoire ranime une trace effacée,

Et de mon cœur trompé rapprochant le lointain,

A mes soirs pâlissans rend Pédat du matin,

Et de ceux que j^aimais Pimage évanouie

Se lève dans mon âme ; et je revis ma vie !

Un jour, c^était aux bords où les mers du midi Arrosent Paloès de leur flot attiédi. Au pied du mont brûlant dont la cendre féconde Des doux vallons d'Enna fait le jardin du monde ; C^était aux premiers jours de mon précoce été, Quand le cœur porte en soi son immortalité, Quand nulle feuille encor par Porage jaunie N^a tombé sons nos pas de Parbre de la vie,

3Î8 NOVISSIWA YEUA.

Qunnd chaque battement qai soulève le oœur Est un immense élan vers un vague bonheur.

Que Pair dans notre sein n*a pas assez de place. Le jour assez de feux, le ciel assez d^espace. Et que le cœur pins fort que ses émotions Respire hardiment le vent des passions, Gomme au réveil des flots la voile du navire Appelle Touragan, palpite, et le respire!

Et je ne connaissais de ce monde enchanté Que le cœur d^une mère et Tœil d^une beauté; Et j^aimais; et Pamour, sans consumer mon âme. Dans une âme de feu réfléchissait sa flamme, Gomme ce mont brûlant que nous voyons fumer Embrasait cette mer, mais sans la consumer!

Et notre amour était beau comme Pespérance, Long comme Pavenir ! pur comme Pinnocence.

Et son nom? — Eh! qu^importe un nom ! Elle n^est plus Qu^un souvenir planant dans un lointain confus. Dans les plis de mon cœur une image cachée, Ou dans mon œil aride une larme séchée!

Et nous étions assis à Pheure du réveil.

Elle et moi, seuls, devant la mer et le soleil. Sur les pieds tortueux des châtaigniers sauvages Qui couronnent PEtna de leurs derniers feuiUagee; Et le jour se levait aussi dans notre cœur.

Long, serein, rayonnant, tout lumidre et chaleur;

NOYISSIMA YERBA. 5S9

Les brises qui du pin touchaient les krges faites, Y prenaient nne voix et chantaient sur nos tètes ! Par Taurore attiédis les purs sou£Qes des airs En vagues de parfum montaient du lit des mers, Et jusqu'à ces hauteurs apportaient par bouffées Des flots sur les rochers les clameurs étouffées, Des chants confus d'oiseaux, et des roucoulemens, Des cliquetis d'insecte ou des bourdonnemens, Mille bruits dont partout la solitude est pleine. Que l'oreille retrouve et perd à chaque haleine, Témoignages de vie et de félicité, Qui disaient ; Tout est vie, amour et volupté ! Et je n'entendais rien que ma voix et la sienne, La sienne, écho vivant qui renvoyait la mienne; Et ces deux voix d'accord, vibrant à l'unisson. Se confondaient en une et ne formaient qu'an son !

Et nos yeux descendaient d'étages en étages.

Des rochers aux forêts, des forêts aux rivages, Du rivage à la mer, dont l'écume d'abord D'une frange ondoyante y dessinait le bord, Puis, étendant sans fin son bleu semé de voiles. Semblait un second ciel tout blanchissant d'étoiles; Et les vaisseaux allaient et venaient sur les eaux, Rasant le flot de l'aile ainsi que des oiseaux, Et quelques-uns, glissant le long des hautes plages. Mêlaient leurs mâts tremblans aux arbres des rivages, Et jusqu'à ces sommets on entendait monter

830 N0VI8SIHA VEBBA.

Les Toix des matelots que le flot fait cbanteir !

Et rborizon noyé dans des vapeurs vermeilles

SY perdait ; et mes yeux plongés dans ces merveilles,

S^égarant jusqu'aux bords de ce miroir si pur,

Remontaient dans le ciel de Tazur à Tazur,

Puis venaient, éblouis, se reposer encore

Dans un regard plus doux que la mer et Taurore,

Dans les yeux enivrés d^un être ombre du mien,

Où mon délire encor se redoublait du sien!

Et nous étions en paix avec cette nature,

Et nous aimions ces prés, ce ciel, ce doux murmure.

Ces arbres, ces rochers, ces astres, cette mer;

Et toute notre vie était un seul aimer!

Et notre âme, limpide et calme comme Tonde,

Dans la joie et la paix réfléchissait le monde ;

£t les traits concentrés dans ce brillant milieu

Y formaient une image, et Timage était... Dieu!

Et cette idée, ainsi dans nos cœurs imprimée ,

N'en jaillissait point tiède, inerte, inanimée,

Gomme Torbe éclatant du céleste soleil.

Qui flotte terne et froid dans Pocéan vermeil,

Mais vivante, et brûlante, et consumant notre âme.

Comme sort du bûcher une odorante flamme !

El nos cœurs embrasés, en soupirs s'exhalaient,

Et nous voulions lui dire... et nos cœurs seuls parlaient;

Et qui m'eût dit alors qu'un jour la grande image

De ce Dieu pâlirait sous l'ombre du nuage,

Qu'il faudrait le chercher en moi, comme aujourd'hui,

Et que le désespoir pouvait douter de lui?

Paurais ri dans mon cœur de ma crainte insensée,

On j^auraii en pitié de ma propre pensée !

Et les jonrs ont passé courts comme le bonhenr, Elles ans ont brisé Timage dans mon cœur, Tout sVst éyanoui !... mais le souvenir reste ^

De Papparition matinale et céleste, ^.

Et comme ces mortels des temps mystérieux ^

Que visitaient jadis des envoyés des cienx, Quand leurs yeux avaient vu la divine lumière S^attendaientà la mort et fermaient leur paupièivè Au rayon pâlissant, démon soir obscurci, ^

Je dis : Tb\ vu mon Dieu ; je puis mourir aussi ! Mais celui dont la vie et Tamour sont Touvrage Wa. pas fait le miroir pour y briser Pimage !

Et sûr de Favenir, je remonte au passé ; Quel est sur ce coteau du matin caressé, Aux bords de ces flots bleus qu^un jour du matin dore, Ce toit champêtre et seul d^où rejaillit Paurore? La fleur du citronnier Pembaume, et le cyprès L^enveloppe au couchant d^un rempart sombre et frais, Et la vigne y couvrant de blanches colonnades. Court en festons joyeux d'arcades en arcades ! La colombe au col noir roucoule sur les toits, Et sur les flots dormans se répand une voix, ^Une voix qui cadence une langue divine, , Et d^un accent si doux que Pamour s'y devine. Le portique au soleil est ouvert ; une enfant Au front pur, aux yeux bleus, y guide en triomphant

359 NOYISSIHA TERBA.

Un lévrier folâtre aussi blanc que la neige.

Dont le regard aimant la flatte et la protège; De la plage voisine ils prennent le sentier Qui serpente à travers la myrte et Féglantier ; iJne barque non loin, vide et légère encore, Ouvre déjà sa voile aux brises de Taurore, Et berçant sur leurs bancs les oisifs matelots, Semble attendre son maître, et bondit sur les flots !

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