SCÈNE TI
JONATHAS, endormi; SAUL, fugitif arrivant lente^ ment sur la scène sans voir son fils,
SAVL.
Où fuir?... où retrouver dans ces ombres funestes De mes guerriers détruits les déplorables restes? Sous le fer ennemi sont-ils donc tombés tous ? Et moi, qui les bravais, seul j*écbappe à leurs coups! . . •
(U cherche à reconnaître le lieu où il se trouve.)
Oi\ suis-je ?.. . cVst le camp ! voici ces mêmes tentes. Muettes maintenant, naguères si bruyantes !... Peuple qu^entre mes mains le ciel avait remis, G^est donc là ce retour que je t^avais promis ? Qu^un moment a changé ton héros et ton maître ! D^une heure à Tautre, ô ciel ! qui peut Je reconnaître? Où sont tous tes enfans, dont les cris belliqueux Réjouissaient mon camp? — Je te reviens sans eux!
Seul je yis! — • et le ciel, constant à me poursuivre, BTarrache le triomphe et me condamne à vivre ! Et je vivrais ! — honte ! et je viendrais m^offîrîr A la pitié d^un peuple ardent à m^avilir ?
A Porgueilleux dédain des fils du sanctuaire ? Lâches, qu^enhardirait Texc^s de ma misère, Et qui, sur mes malheurs mesurant leur affront, D^un reste de bandeau dépouilleraient mon front ! Non, non; plutôt cent fois de ma main forcenée. Moi-même, en roi, du moins, faire ma destinée, Et puisque Dieu remporte, et quMl est le plus fort, Chercher contre sa haine un abri dans la mort !
(Il tire son ^p^.)
Frappons ! — Mais Jonathas peut-être vit encore ? Faut-il Tabandonner au rival qui Pabhorre ?
^ Comment ce faible enfant, de traîtres entouré. Sortirait-il du piège à ses pas préparé ?
Que recueillera-t-il de mon triste héritage ? Un trône s^écroulant, la honte e% Fesclavage ! Non, non; bravons pour lui les derniers coups du sort! Vivons, puisqu^il le faut pour prévenir sa mort ! Malgré le ciel encor conservons Pespérance !
Aux destins, jusqu^au bout, opposons ma constance, Et sUl me faut tomber, eh bien ! tombant en roi, Que toute ma maison s^engloutisse avec moi !
( Saôl cherche une issue et s'approche da sycomore au pied dnqud son fils
est ëtenda et endormi. )
— Mais ou porter mes pas? — Où le chercher? — L^aurore Sur ces sommets sanglans ne brille point encore ! Qui sait si ses rayons ne me montreront 'pas