‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 91 sur 96 · IH · texte numérisé non relu

IH

Marchez ! Thumanité ne vit pas d'une idée !

Elle éteint chaque soir celle qui l'a guidée, Elle en allume une autre à l'immortel flambeau; Comme ces morts vêtus de leur parure immonde, Les générations emportent de ce monde

Leurs vêtemens dans le tombeau !

Là, c'est leurs dieux; ici les mœurs de leurs ancêtres, Le glaive des tyrans, Tamulette des prêtres, Vieux lambeaux, vils haillons de cultes ou de lois; Et quand après mille ans dans leurs caveaux on fouille, On est surpris de voir la risible dépouille De ce qui fut l'homme autrefois !

Robes, toges, turbans, tunique, pourpre, bure, Sceptres, glaives, faisceaux, hache, houlette, armure, Symboles vermoulus fondent sous votre main.

Tour à tour au plus fort, au plus fourbe, au plus digne. Et TOUS vous demandez vainement sous quel signe Monte ou baisse le genre humain !

Sous leTÔtre, ô chrétiens! Ilioinme en qui Dieu travaille Change éternellement de formes et de taille; Géant de Pavenir à grandir destiné, Il use en yieillissant ses vieux vêtemens; comme Des membres élargis font éclater sur Fhomme Les langes où Tenfant est né t

Inhumanité n^est pas le bœuf à courte haleine, Qui creuse à pas égaux son sillon dans la plaine; Et revient ruminer sur un sillon pareil; C^est Taigle rajeuni qui change son plumage, Et qui monte affronter de nuage en nuage De plus hauts rayons du soleil !

Enfans de six mille ans qu^un peu de bruit étonne, Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui tonné, D'un empire éboulé, d^un siècle qui s'en va ! Que vous font les débris qui jonchent la carrière? Regardez en avant et non pas en arrière.

Le courant roule à Jéhova !

Que, dans vos cœurs étroits vos espérances vagues Ne croulent pas sans cesse avec toutes les vagues ! Ces flots vous porteront, hommes de peu de foi ! Qu^importent bruit et ve^t, poussière et décadence? Pourvu qu^au-dessus d^eux la haute Providence Déroule Féternelle loi?

Vos siècles page à page épellent PÉvangile !

Vous n^Y lisiez qu^un mot et vous en lirez mille ! Vos enfans plus hardis y liront plus avant !

3M LIS liTOUmOMS.

Ce livre est c«— e eeoz des sibylles antkines Dont Paogiire trofnrait les feoîDets profhétàqa» Siècle à siède arradiés an TCBt.

Dans la fbadie et Fédair Totre Ycrbe aussi vole ! Montes à sa Inenr, eonrez à sa parole.

Attendes sans effiroi Fbenre lente à Tenir!

Tons ! enfans de eehii qui fannonçant d*aTi Dn sommet d*ane croix vit briller Fespéranee Sur Fhorixon de

Cet oracle san^ant chaque jour se rcYèle; L^esprit en renversant élève et renouvelle | Passagers ballottés dans vos siècles flottans ï Yoas croyez reculer snr Focéan des %es. Et TOUS voBs remontrez après mille naufrages Plus loin sur la route des temps !

Ainsi quand le vaisseau qui vogue entre deux mondes A perdu tout rivage et ne voit que les ondes S^élever et crouler comme deux sombres murs.

Quand le maître a brouillé les nœuds nombreux quHl file. Sur la plaine sans borne il se croit immobile Entre deux abîmes obscurs.

(Test toujours, se dit-il, dans son cœur plein de doute, Même onde que je vois, même bruit que j^écoute. Le flot que j^ai franchi revient pour me bercer, A les compter en vain mon esprit se consume.

C'est toujours de la vague, et toujours de Fécnme, Les jours flottent sans avancer !

£t les jours et les flots semblent ainsi renaître, Trop pareils pour que Toeil puisse les reconnaître, Et le regard trompé s*use en les regardant; Et rhomme que toujours leur ressemblance abuse, Les brouille, les confond, les gourmande et t^accuse. Seigneur!... Us marchent cependant!

Et quand sur cette mer, las de chercher sa route. Du jQrmament splendide il explore la voûte.

Des astres inconnus s^y lèvent à ses yeux ; Et moins triste, aux parfums qui soufQent des rivages. Au jour tiède et doré qui glisse des cordages, Il sent qu^il a changé de cieux !

Nous dojic, si le sol tremble au vieux toit de nos pères, Ensevelissons-nous sous des cendres si chères. Tombons enveloppés de ces sacrés linceuls !

Mais ne ressemblons pas à ces rois d^ Assyrie Qui traînaient au tombeau femmes, enfans, patrie. Et ne savaient pas mourir seuls !

Qui jetaient au bûcher, avant que d*y descendre. Famille, amis, coursiers, trésors réduits en cendre, Espoir ou souvenirs de leurs jours plus heureux. Et livrant leur empire et leurs dieux à la flamme. Auraient voulu qu^aussi Tunivers n'eût qu'une âme, Pour que tout mourût avec eux !

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