‹ Harmonies poétiques et religieuses (volume 2)Chapitre 90 sur 96 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

Ttt ne dors pas, sou£Qe de vie, Puisque Vunivers vit toujours !

Ta saiute haleine vivifie Les premiers et les derniers jours !

Cest toi qui répondis au Verbe qui te nomme ! Quand le chaos muet tressaillit comme un homme Que d^une voix puissante on éveille en sursaut i C^est toi qui t*agitas dans Tinerte matière, Répétas dans les cieux la parole première,

A LISPRIT SAINT. 547

Et comme un bleu tapis déroulas la lumière Sous les pas du Très-Haut !

Tu fis aimer, tu fis comprendre

Ce que la parole avait dit ;

Tu fis monter, tu fis descendre

Le Yerbe qui se répandit ; Tu condensas les airs, tu balanças les nues, Tu sondas des soleils les routes inconnues, Tu fis tourner le ciel sur Fimmortel essieu ; Tel qu^un guide avancé dans une voie obscure, Tu donnas forme et vie à toute créature, Et, pour tracer sa route à l^aveugle nature, Tu marchas devant Dieu !

Mais tu ne gardas pas sans cesse

Les mêmes formes à ses yeux !

Tu les pris toutes, ô Sagesse,

Afin de glorifier mieux !

Tantôt brise et rayons, tantôt foudre et tempêtes, Son terrible ou plaintif des harpes des prophètes. Colonne qulsraël voit marcher devant soi, Parabole touchante, ou sanglant sacrifice, Sueur des oliviers la veille du supplice, Grâce et vertu coulant de ce divin calice, G^est toi ! c'est toujours toi !

Le genre humain n'est qu'un seul être

Formé de générations,

Comme un seul homme on le voit naître.

Ton souffle est dans êcê passions !

Jeune, son âme immense, orageuse et profonde. Déborde à flots dVcume et ravage le monde.

Tu sèmes ses flocons de climats en climats ; Ton accent belliqueux a Féclat du tonnerre.

Ton pas retentissant secoue au loin la terre, Et le dieu qui te lance est le dieu de la guerre Servi par le trépas !

Tu revêts la forme sanglante D^un héros, d^un peuple, d^un roi!

Tu foules la terre tremblante Qui passe et se tait devant toi !

Hais quand le sang glacé dans ses veines s^arréte, Le genre bumain, qui sent que son heure s^apprête, S^élève de la vie à Timmortalité ; Tu marches devant lui, sous Tombre d^une idée ! D^un immense désir la terre est possédée, Et dans les flols d^erreurs dont elle est inondée. Cherche une vérité !

Alors tu descends I tu respires

Dans ces sages, flambeaux mortels,

Dans ces mélodieuses lyres !

Qui soupirent près des autels !

La pensée est ton feu ! la parole est ton glaive ? L^esprit humain flottant s^abaisse et se relève. Comme au roulis des mers le mât des matelots! Mais tu choisis surtout les bardes dans la foule,. Dans leurs chants immortels Tinspiration coule.

Cette onde harmonieuse est le fleuve qui roule Le plus d^or dans ses flots !

Où sont-îls, âme surhumaine, Ces instrnmens de tes desseins?

Od sont-ils dès que ton haleine A cessé d^embraser leurs seins ?

Us meurent les premiers !... Foyer qui se consume, Flots qui rongent la rive et fondent en écume. Arbres brisés du vent sous qui Therbe a ployé! En néant avant nous ils viennent se résoudre, Tu jettes leur orgueil et leur nom dans la poudre , Et ton doigt les éteint, comme il éteint la foudre Quand elle a foudroyé !

Il se fait un vaste silence !

L^esprit dans ses ombres se perd.

Le doute étouffe Tespérance

Et croit que le ciel est désert !

Puis tel qu^un chêne obscur, long-temps a va ntPorage, Dont frémit tout-à-coup rimmobfle feuillage, Et dont Poiseau s^enfuit sans entendre aucun son ; Le monde où nul éclair ne te précède encore, D^un inquiet ennui se trouble et se dévore, Et comme à son insu, de Pesprit qu^il ignore Sent le divin frisson !

Et le ciel se couvre; et la terre Croit qu^un astre s'est approché, Et nul ne comprend ce mystère,

SSO A L'ESPRIT SAINT.

Car ton maître est un Dieu caché!

Mais moi, je te comprends, car je baisse la tête ! Pentends venir de loin la céleste tempête, Et d'un effroi stupide impassible témoin, Quand de Pan tique jour les clartés s*affaiblissent. Que des lois et des mœurs les colonnes fléchissent. Que la terre se trouble et que les cieux pAlissent, Je dis : Il n'est pas loin !

Les Yoilà ces heures divines !

Les voilà ! mes yeux ouvrez-vous !

La poussière de nos raines

S*élève entre le jour et nous!

De quel vent sou£Qera Fesprit que Phomme appelle ? L'âme avec plus de soif jamais l'en tendit-elle? Jamais passé sur nous crou1a-t>il plus entier? Jamais l'homme vit-il à l'horizon des âges Gronder sur l'avenir de plus sombres orages?

Et te prépara>t-il entre plus de nuages Un plus divin sentier?

Fends la nue, et suscite un homme !

Un homme palpitant de toi !

Que son front rayonnant le nomme

Aux regards qui cherchent ta foi !

D'un autre Sinaî fais flamboyer la cime.

Retrempe au feu du ciel la parole sublime , Ce glaive de l'esprit émoussé par le temps !

De ce glaive vivant arme une main mortelle, Parais, descends, travaille, agite, et renouvelle.

Et ranime de Pœil, et du vent de ton aile Tes derniers combattans !

Que la mer des erreurs s^amasse!

Qu'elle soulève son limon

Pour engloutir Theureuse race

De ceux qui marchent en ton nom !

Sur la mer en courroux que ta droite s'élende! Que ton souffle nous creuse une route, et suspende Ces flots qui sous nos pas s'ouvrent comme un tombeau! Que le gouffre trompé sur lui-même s'écroule ! Que Fécume des temps dans ses abîmes roule, Et que le genre humain la traverse et s'écoule, Yers un désert nouveau !

Je le vois! mon regard devance Les pas des siècles plus heureux !

La colonne de Tespérance Marche et m'éclaire de %^% feux !

Tu souffleras plus pur sur des plages nouvelles ! Ton aigle pour toujours n'a pas plié ses ailes, La nature à son Dieu garde en cor de l'encens, Il est encor des pleurs sous de saintes paupières, Du ciel dans les soupirs, dans les coeurs des prières, Et sur ces harpes d'or qui chantent les dernières Quelques divins accens !

Oh ! puissé-je, souffle suprême.

Instrument de promission.

Sous ton ombre frémir moi-même,

Comme nne harpe de Sion !

Poitsé-je, écho mouraot des paroles de vie.

De rhymne aniversel être noe voix choisie.

Et quand j^aarai chaoté mon cantique au Seigneur, Plein de Pesprit divin qui fait aimer et croire. Ne laisser ici-bas pour trace et pour mémoire. Qu'une toîk dans le temple, un son qui dise : Gloire An souffle créateur!

TftSIZIÂHB

£» lltoolutuma*

Quand PArabe altéré dont le puits n*a plus d^onde A plié le matin sa tente vagabonde Et suspendu la source aux flancs de ses chameaux. Il salue en partant la citerne tarie Et, sans se retourner, va chercher la patrie Où le désert cache ses eaui.

Que lui fait qu^au couchant le vent de feu se lève. Et, comme un océan qui laboure la grève,

Comble derrière lai Pomière de ses pas.

Suspende la montagne où courait la Tallée , Ou sème en flots durcis la dune amoncelée ?

Il marche, et ne repasse pas.

Mais vous, peuples assis de POccident stupide. Hommes pétrifiés dans votre orgueil timide. Partout oà le hasard sème vos tourbiUons Tous germez comme un gland sur vos sombres collines. Vous poussez dans le roc vos stériles racines, Tous végétez sur vos sillons !

Vous taillez le granit, vous entassez les briques, Tous fondez tours, cités, trônes ou républiques ; Vous appelez le Temps qui ne répond qu^à Dieu ; Et, comme si des jours ce Dieu vous eût fait maître, Vous dites à la race humaine encore à naître : Vis, meurs, immuable en ce lieu!

Recrépis le vieux mur écroulé sur ta race.

Garde que de tes pieds Tempreinte ne s^efface. Passe à d*autres le joug que d^antres t^ont jeté! Sitôt qu^un passé mort te retire son ombre, .Dis que le doigt de Dieu se sèche, et que le nombre Des jours, des soleils est compté !

En vain la Mort vous suit et décime sa proie, En vain le Temps qui rit de vos Babels, les broie. Sous son pas éternel insectes endormis !

En vain ce laboureur irrité les renverse,

Ou, secouant le pied, les sème et les disperse Comme des palais de fourmis !

Vous les rebâtissez toujours, toujours de même. Toujours dans votre esprit vous lancez anathème A qui les touchera dans la prospérité î Et toujours en traçant ces précaires demeures. Hommes aux mains de neige et qui fondez aux heures» Vous parlez d^immortalité !

Et qu^un siècle chancelle, ou qu^une pierre tombe^ Que Socrate vous jette un secret de sa tombe, Que le Christ lègue au monde un ciel dans son adieu! Vous vengez par le fer le mensonge qui règne, Et chaque vérité nouvelle ici-bas saigne

Du sang d^un prophète ou d'un Dieu !

De vos yeux assoupis vous aimez les écailles,. Semblables au guerrier armé pour les batailles Mais qui dort enivré de ses songes épais, Si quelque voix soudaine éclate à votre oreille. Vous frappez, vous tuez celui qui vous réveille. Car vous voulez dormir en paix !

Hais ce nVst pas ainsi que le Dieu qui vous somme Entend la destinée et les phases de Thomme, Ce nVst pas le chemin que son doigt vous écrit ! En vain le cœur vous manque et votre pied se lasse. Dans Fœuvre du Très-Haut le repos n'a pas place; Son esprit n'est pas votre esprit l

850 LBS RÉVOLUTIONS.

Marche t sa voix le dit à la nature entière^ Ce nVst pas pour croupir sur ses champs de lumière Que le soleil s^allume et s^éteiut dans ses mains ! Dans celte œuvre de vie où son âme palpite.

Tout respire, tout croit, tout grandit, tout gravite. Les cieux, les astres , les humains !

L^cravre toujours finie et toujours commencée Manifeste à jamais réternelle pensée.

Chaque halte pour Dieu n^est qa^un point de départ ! Gravissant l^infini qui toujours le domine, Plus il s*élève et plus la volonté divine S^élargit avec son regard !

Il ne s^arréte pas pour mesurer Pespace, Son pied ne revient pas sur sa brûlante trace, Il ne revoit jamais ce qu^il vit en créant; Semblable au faible enfant qui lit et balbutie. Il ne dit pas deux fois la parole de vie; Son Verbe court sur le néant!

Il court, et la Nature à ce Verbe qui vole Le suit en chancelant de parole en parole, Jamais, jamais demain ce quelle est aujourd'hui! Et la création toujours, toujours nouvelle.

Monte éternellement la symbolique échelle Que Jacob rêva devant lui t

Et rien ne redescend à sa forme première ;

Ce qui fut glace et nuit devient flamme et lumière ;

Dans les flancs da rocher le métal devient or; En perle an fond des mers le lit des flots se change; L^ëlher en s^allumant devient astre, et la fange •Devient homme et fermente encor !

Puis un souffle d^en-haut se lève, et toute chose Change, tombe, périt, fuit, meurt, se décompose, Gomme au coup de sifflet des décorations ; Jéhova d^un regard lève et brise sa tente.

Et les camps des soleils suspendent dans Pattente Leurs saintes évolutions !

Les globes calcinés volent en étincelles,

Les étoiles des nuits éteignent leurs prunelles,

La comète sVchappe et brise ses essieux,

Elle lance en éclats la machine céleste,

Et de mille univers en un souffle il ne reste

Qu^un charbon fumant dans les cieux !

Et vous ! qui ne pouvez défendre un pied de grève, Dérober une feuille au souffle qui Penlève, Prolonger d^un rayon ces orbes éclatans.

Ni dans son sablier qui coule intarissable, Ralentir d'un moment, d*un jour, d^un grain de sable La chute étemelle du temps !

Sous vos pieds chancelans si quelque caillou roule , Si quelque peuple meurt, si quelque trône croule, Si Faile d^un vieux siècle emporte ses débris. Si de votre alphabet quelque lettre 8*efface,

35S LES RiVOLUTIONS.

Si d^un insecte à Tautre un brin de paille passe. Le ciel s^ébranle de vos cris ?

Regardez donc, race insensée.

Les pas des générations !

Toute la route n'est tracée Que des débris des nations !

Trônes, autels, temples, portiques.

Peuples, royaumes, républiques.

Sont la poussière du chemin.

Et PHistoire, écho de la tombe, N^est que le bruit de ce qui tombe Sur la route du genre humain!

Plus TOUS descendez dans les âges.

Plus ce bruit s'élève en croissant.

Gomme en approchant des rivages Que bat le flot retentissant; Voyez passer Pesprit de Fhomme, De Thèbe et de Memphis à Rome, Voyageur terrible en tout lieu, Partout brisant ce qu^il élève.

Partout de la torche ou du glaive Faisant place à Pesprit de Dieu !

Il passe au milieu des tempêtes Par les foudres du Sinaï, Par la verge de ses prophètes,

LES KÉYOtUTiONS. 359

Par les temples d^Âdonaî !

Foulant ses jougs, brisant ses maîtres,

Il change ses rois pour ses prêtres,

Change ses prêtres pour des rois;

Puis, broyant palais, tabernacles,

Il sème ces débris dWacles

Avec les débris de ses lois !

Déployant ses ailes rapides, Il plonge au désert de Memnon; Le voilà sous les Pyramides, Le voici sur le Parthénon !

Là, cachant aux regards de Thomme Les fondemens du pouvoir, comme Ceux d*un temple mystérieux !

Là, jetant au vent populaire.

Comme le grain criblé sur l'aire.

Les lois, les dogmes et les dieux ?

Las de cet assaut de parole.

Il guide Alexandre au combat ; L'aigle sanglant du Capitole Sur le monde à son doigt s'abat ; L'univers n'est plus qu'un empire; Mais déjà l'esprit se retire, Et les peuples poussant un cri, Comme un avide essaim d'esclaves Dont on a brisé les entraves, Se sauvent avec un débri !

360 LES KÉVOLUTIOirS.

Leyez-Tons, Gaule et Germanie,

L*heure de la Tengeance est là !

Des ruines c^est le génie

Qui prend les rênes d* Attila !

Lois, Forum, dieux, faisceaux, toat croule,

Dans Tornière de sang tout roule,

Tout sVteint, tout fume ; il fait nuit.

Il fait nuit, pour que Tombre encore

Fasse mieux éclater Faurore

Du jour * où son doigt vous conduit !

L^liomme se tourne à cette flamme Et revit en la regardant, Gbarlemagne en fait la grande âme Dont il anime TOccident; Il meurt; son colosse d^empire En lambeaux vivans se déchire Comme un vaste et pesant manteau Fait pour les robustes épaules Qui portaient le Rhin et les Gaules; Et Fesprit reprend son marteau !

De ces nations mutilées

Cent peuples naissent sons ses pas.

Races barbares et mêlées

Que leur mère ne connaît pas;

Les uns indomptés et farouches.

Les autres rongeant dans leurs bouches

* Le cfaristiMUSine.

LES RÉVOLUTIONS. 36t

Le mors de^ tyrans ou des dieux, MaU Tesprif par diverses routes À son tour leur assigne à toutes Un rendez-vous mystérieux.

Pour les pousser où Dieu les mène, L^esprit humain prend cent détours, £t revêt chaque forme humaine Selon les hommes et les jours.

Ici, conquérant, il balaie Les vieux peuples comme Pivraie; Là, sublime navigateur, L^instinct d^une immense conquête Lui fait chercher dans la tempête Un monde à travers Péquateur 1

Tantôt il coule la pensée

£n bronze palpable et vivant,

Et la parole retracée

Court et brise comme le vent;

Tantôt, pour mettre un siècle en poudre.

Il éclate comme la foudre

Dans un mot de feu, Liberté !

Puis, dégoûté de son ouvrage,

D^un mot qui tonne davantage,

n réveille Phumanité !

Et tout se foad^ croule ou chancelé, fit comme un flot du flot chassé , Le temps sur le temps s^amoncèle,.

Si

363 LES KÉVOLUTIONS.

Et le présent sur le passé ! Et sur ce sable où tout s^enfooce, Quoi donc, ô mortels ! vous aunonce L'immuable que vous cherchez ?

Je ne yois que poussière et lutte, Je n'entends que Pimmense chute Du temps qui tombe et dit : Marchez !

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