‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 11 sur 104 · A MADAME LA PRINCESSE ALDOBRANDINI BORGHÈ SE · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRINCESSE ALDOBRANDINI BORGHÈ SE

Salut, ô sacrés tabernacles Où tu descends , Seigneur, à la voix d'un mortel 1

Salut, mystérieux autel Où la foi vient chercher et son pain immortel,

Et tes silencieux oracles !

Quand la dernière heure des jours

A gémi dans tes vastes tours, Quand son dernier rayon fuit et meurt dans le dôme. Quand la veuve, tenant son enfant par la main, A pleuré sur la pierre, et repris son chemin

Comme un silencieux fantôme; Quand de l'orgue lointain l'insensible soupir Avec le jour aussi semble enfin s'assoupir,

Pour s'éveiller avec l'aurore; Que la nef est déserte, et que, d'un pas tardif, Aux lampes du saint lieu le lévite attentif

A peine la traverse encore, Voici l'heure où je viens, à la chute des jours,

Me glisser sous ta voûte obscure, Et chercher, au moment où s'endort la nature, Celui qui veille toujours!

Vous qui voilez les saints asiles Où mes yeux n'osent pénétrer, A\\ pied de vos troncs immobiles, Colonnes, je viens soupirer.

Versez sur moi , versez vos ombres ; Rendez les ténèbres plus sombres Et le silence plus épais !

Forêts de marbre et de porphyre , L'air qu'à vos pieds l'âme respire Est plein de mystère et de paix !

Que l'amour et l'inquiétude , Égarant leurs ennuis secrets , Cherchent l'ombre et la solitude Sous les verts abris des forêts!

0 ténèbres du sanctuaire !

L'œil religieux vous préfère Au bois par la brise agité ; Rien ne change votre feuillage; Votre ombre immobile est l'image De l'immobile éternité!

Le cœur brisé par la souffrance , Las des promesses des mortels,

S'obstine, et poursuit l'espérance Jusqu'au pied des sacrés autels!

Le flot du temps mugit et passe; L'homme passager vous embrasse, Comme un pilote anéanti , Battu par la vague écumante , Embrasse au sein de la tourmente Le mât du navire englouti !

Où sont, colonnes éternelles, Les mains qui taillèrent vos flancs?

Caveaux, répondez : où sont-elles?

Poussière abandonnée aux vents, Nos mains qui façonnent la pierre Tombent avec elle en poussière, Et F homme n'en est point jaloux ; Il meurt, mais sa sainte pensée Anime la pierre glacée, Et s'élève au ciel avec vous.

Les forum, les palais s'écroulent, Le temps les ronge avec mépris, Le pied des passants qui les foulent Écarte au hasard leurs débris ; Mais sitôt que le bloc de pierre Sorti des flancs de la carrière , Seigneur, pour ton temple est sculpté , Tl est à toi! Ton ombre imprime A nos œuvres le sceau sublime De ta propre immortalité!

Le bruit de la foudre qui gronde Et s'éloigne en baissant la voix , Le sifflement des vents sur Fonde , Les sourds gémissements des bois , La bouche qui vomit la bombe, Le bruit du fleuve entier qui tombe Dans un abîme avec ses eaux , Sont moins majestueux encore Qu'un peuple qui chante et t'adore Sous tes mélodieux arceaux !

Quand l'hymne enflammé, qui s'élance De mille bouches à la fois , De ton majestueux silence Jaillit comme une seule voix ; Plus fort que le char des tempêtes, Quand le chant divin des prophètes Roule avec les flots de l'encens , N'entends-tu pas les vieux portiques , Les tombeaux, les siècles antiques, Mêler une âme à nos accents?

Seigneur, j'aimais jadis à répandre mon âme Sur les cimes des monts , dans la nuit des déserts, Sur Técueil où mugit la voix des vastes mers, En présence du ciel et des globes de flamme Dont les feux pâlissants semaient les champs des airs !

Il me semblait, mon Dieu, que mon âme oppressée Devant l'immensité s'agrandissait en moi,

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