‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 13 sur 104 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

Tombez, larmes silencieuses, Sur une terre sans pitié, Non plus entre des mains pieuses, Ni sur le sein de l'amitié !

Tombez comme une aride pluie Qui rejaillit sur le rocher, Que nul rayon du ciel n'essuie, Que nul souffle ne vient sécher.

Qu'importe à ces hommes mes frères Le cœur brisé d'un malheureux?

Trop au-dessus de mes misères , Mon infortune est si loin d'eux!

Jamais sans doute aucunes larmes N'obscurciront pour eux le ciel; Leur avenir n'a point d'alarmes, Leur coupe n'aura point de fiel.

Jamais cette foule frivole , Qui passe en riant devant moi, N'aura besoin qu'une parole Lui dise : « Je pleure avec toi! »

Eh bien ! ne cherchons plus sans cesse La vaine pitié des humains ; Nourrissons-nous de ma tristesse, Et cachons mon front dans mes mains.

A l'heurè où lïime solitaire S'enveloppe d'un crêpe noir Et n'attend plus rien de la terre, Veuve de son dernier espoir ;

Lorsque l'amitié qui l'oublie Se détourne de son chemin* Que son dernier bâton i qui plie ^ Se brise et déchire sa main ;

Quand l'homme faible, et qui redoute La contagion du malheur, Nous laisse seul sur notre route, Face à face avec la douleur;

Quand l'avenir n'a plus de charmes Qui fasse désirer demain, Et que l'amertume des larmes Est le seul goût de notre pain :

C'est alors que ta voix s'élève Dans le silence de mon cœur, Et que ta main , mon Dieu , soulève Le poids glacé de ma douleur.

On sent que ta tendre parole A d'autres ne peut se mêler, Seigneur! et qu'elle ne console Que ceux qu'on n'a pu consoler.

Ton bras céleste nous attire Gomme un ami contre son cœur; Le monde, qui nous voit sourire, Se dit : « D'où leur vient ce bonheur? »

Et l'âme se fond en prière Et s'entretient avec les deux, Et les larmes de la paupière Sèchent d'elles-même à nos yeux ,

Comme un rayon d'hiver essuie, Sur la branche ou sur le rocher, La dernière goutte de pluie Qu'aucune ombre n'a pu sécher.

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