‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 24 sur 104 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

L'orient jaillit comme un fleuve;

La lumière coule à long flot, La terre lui sourit et le ciel s'en abreuve, Et de ces cieux vieillis l'aube sort aussi neuve Que l'aurore du jour qui sortit du Très-Haut.

Soleil , voile de feu dont ton maître se couvre , Quand tu reviens frapper les voûtes de la nuit , Le firmament résonne et l'espace s'entr'ouvre , Et Jéhovah se montre à l'ombre qui te fuit.

La terre , épanouie au rayon qui la dore , Nage plus mollement dans l'élastique Ether, Comme un léger nuage enlevé par l'aurore Plane avec majesté sur les vagues de l'air.

Les dômes des forêts, que les brises agitent, Bercent le frais, et l'ombre, et les chœurs des oiseaux -,

Et le souffle plus pur des ondes qui palpitent Parfume en s' exhalant le lit voilé des eaux.

Et des pleurs de la nuit le sillon boit la pluie, Et les lèvres des fleurs distillent leur encens, Et d'un sein plus léger l'homme aspire la vie , Et l'esprit plus divin se dégage des sens.

Et tandis que le vice, amoureux des ténèbres, Ferme les yeux au jour et regrette la nuit, Et que l'impur serpent presse ses nœuds funèbres Pour échapper plus vite au rayon«qui le suit,

Celui qui sait d'où vient l'aurore qui se lève Ouvre ses yeux noyés d'allégresse et d'amour; Il reprend son fardeau que la vertu soulève, S'élance et dit : « Marchons à la clarté du jour! »

Mais déjà les rayons remontent des vallées, Et le chant des pasteurs, plus plaintif et plus lent, Comme la triste voix des heures écoulées, Comme le vent qui meurt sur les cimes voilées , Semble pleurer en s' exhalant.

L'œil, aux flancs des coteaux poursuivant la lumière, Sent le jour défaillir sous sa morne paupière; Les brises du matin se posent pour dormir ; Le rivage se tait, la voile tombe vide, La mer roule à ses bords la nuit dans chaque ride, Et tout ce qui chantait semble à présent gémir, m. 8

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