U HARMONIES POÉTIQUES
Et les songes menteurs , et les vaines pensées , Que du front des mortels la lumière a chassées , Et que la nuit couvait sous ses ailes glacées, Descendent avec elle et voilent l'horizon ; L'illusion se glisse en notre âme amollie , Et l'air, plein de silence et de mélancolie , Des pavots du sommeil enivre la raison.
Et l'oiseau de la nuit sort des antres funèbres, Ouvre avec volupté ses yeux lourds aux ténèbres , Gémit et croit chanter, dans l'ombre où son œil luit; Et l'homme dont les pas et le cœur aiment l'ombre, Dit, en portant les yeux au firmament plus sombre : « Sortons, Dieu s'est caché; sortons, voici la nuit! »
Et la foule ressemble , en son bruyant délire ,
A ces aveugles passagers Qui prolongent leur veille aux accords de la lyre, Et dansent sur le pont pendant que le navire De l'ombre et de la vague affronte les dangers.
Mais nous, enfants du jour, qui croyons aux étoiles, Nous qui savons Fécueil sous l'écume caché, Aux hasards de ces nuits ne livrons pas nos voiles : Sur le phare immortel veillons l'œil attaché. Rassemblons-nous, prions! Pendantque le jour tombe, Craignons , craignons la nuit , image de la tombe ; Dieu seul tient la lumière et l'ombre dans sa main. Qui sait si, dans le vide où son vieux disque nage, Le soleil de nos bords reprendra le chemin?
Prions ! le jour au jour ne donne point de gage , Et le dernier rayon , en sortant du nuage , Ne nous a pas juré de remonter demain.
En Dieu seul, ô mortels ! fermons donc nos paupières ! Et, du jour à la nuit remettant l'encensoir,
Endormons-nous dans nos prières , Comme le jour s'endort dans les parfums du soir.
Chaque heure a son tribut, son encens, son hommage, Qu'elle apporte en mourant aux pieds de Jéhovah; Ce n'est qu'un même sens dans un divers langage : Le matin et le soir lui disent : « Hosannah ! »
La nature a deux chants, de bonheur, de tristesse, Qu'elle rend tour à tour, ainsi que notre cœur; De l'une à l'autre note elle passe sans cesse : Homme, l'une est ta joie, et l'autre ta douleur!
L'une sort du matin et chante avec l'aurore*, L'autre gémit le soir un triste et long adieu ; Au premier, au second, le ciel répond : « Adore! » Et de l'hymne éternel le mot unique est Dieu !
COMMENTAIRE
Écrite à Florence , sur le bord de PArno , un soir, en voyant coucher le soleil.