‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 58 sur 104 · RÉCITATIF · texte numérisé non relu

RÉCITATIF

Le temple de Sion était dans le silence, Les saints hymnes dormaient sur les harpes de Dieu ; Les foyers odorants que l'encensoir balance S'éteignaient, et l'encens, comme un nuage immense. S'élevait en rampant sur les murs du saint lieu.

Les docteurs de la loi, les chefs de la prière,

Étaient assis dans leur orgueil; Sous leurs sourcils pensifs ils cachaient leur paupière., Ou lançaient sur la foule un superbe coup d'oeil; Leur voix interrogeait la timide jeunesse. Les rides de leur front témoignaient leur sagesse ; Respirant du Sina l'antique majesté, De leurs cheveux blanchis, de leur barbe touffue, On croyait voir glisser sur leur poitrine nue

HARMONIES POÉTIQUES. 29 i

La lumière et la charité , Comme des neiges des montagnes Descendent, ô Sâron, sur tes humbles campagnes, Le jour et la fertilité !

Un enfant devant eux s'avança, plein de grâce; La foule, en l'admirant, devant ses pas s'ouvrait,

Puis se refermait sur sa trace;

Il semblait éclairer l'espace D'un jour surnaturel que lui seul ignorait.

Des ombres de sa chevelure Son front sortait , comme un rayon Échappé de la nuit obscure Éclaire un sévère horizon.

Ce front pur et mélancolique S'avançait sur l'œil inspiré , Tel qu'un majestueux portique S'avance sur un seuil sacré.

L'éclair céleste de son âme S'adoucissait dans son œil pur, Comme une étoile dont la flamme Sort plus douce des flots d'azur.

Il parla : les sages doutèrent De leur orgueilleuse raison, Et les colonnes Fécoutèrent, Les colonnes de Salomon.

PREMIÈRE YOIX.

0 merveilleuse histoire ! ô prodiges étranges Que la mère à ses fils se plaît à raconter !

DEUXIÈME VOIX

Que disait cet enfant?

PREMIÈRE VOIX

Interrogez les anges :

Eux seuls pourraient le répéter.

DEUXIÈME VOIX

D'où sortait ce Joas?

PREMIÈRE VOIX

De l'ombre de la vie, De l'exil, du silence et de la pauvreté.

DEUXIÈME VOIX

Comment disparut-il de la foule ravie?

PREMIÈRE VOIX

Il rentra dans l'obscurité.

Dans les humbles travaux d'une vie inconnue,

Comme l'aurore sous la nue , Il se cacha vingt ans dans son humilité ; On ne le revit plus qu'à la fin du mystère,

Enseignant le ciel à la terre, Sur le sable ou sur l'eau semant la vérité ; Puis, traînant son supplice au sommet du Calvaire,

De l'homme qu'il aimait victime volontaire ,

Revêtir l'iniquité , Arroser de son sang sa semence prospère,

Et payer à son Père

Le monde racheté.

LE CHOEUR

Du sage et de l'enfant c'est le maître sublime , C'est le flambeau qui nous luit, C'est l'âme qui nous anime, Le chemin qui nous conduit !

PREMIÈRE VOTX.

Tl disait à celui dont la main nous repousse : « Laissez-les venir à moi ! »

DEUXIÈME VOIX

Et voilà qu'une main mystérieuse et douce , Tout petits, jusqu'à lui nous mène par la foi.

PREMIÈRE VOIX

Il disait : « Faites-vous des trésors que la rouille Ne puisse pas ronger sous d'impuissants verrous. »

DEUXIÈME VOIX

Et voilà que des mains, que ce seul mot dépouille , S'ouvrent devant lui seul et s'épanchent sur nous !

PREMIÈRE VOIX

Il disait : « Espérez! et fiez-vous au Père! L'hirondelle n'a point de palais sur la terre :

29i HARMONIES POÉTIQUES

Elle trouve au sommet de ia tour solitaire

Une tuile pour ses petits.

Le passereau n'a pas semé la graine amère : Mais de tous ses enfants la Providence est mère. L'une a le toit du riche , et l'autre a ses épis ! »

LE CHOEUR

Nous sommes l'hirondelle errante et sans asile : Le toit de l'étranger nous prête ses abris;

Le passereau de l'Évangile :

Nous ne moissonnons pas, et nous sommes nourris!

DEUXIÈME VOIX

Que disait-il encor ?

PREMIÈRE VOIX

Voyez sur la verdure

Éclater le lis du vallon !

Pour se composer sa parure Il n'a filé ni lin ni tissé de toison ; Et pourtant sa tunique est plus riche et plus pure

Que les robes de Salomon !

LE CHOEUR

Nous sommes les lis des vallées :

Les tièdes laines des brebis Par nous n'ont point été filées, Et la main invisible a tissé nos habits î

DEUXIÈME VOIX

Et nous, enfants, que peut notre reconnaissance?

Nos toits sont sans trésor, et notre âge impuissant : Nous n'avons que nos mains à lever en silence

Vers cette Providence

D'où vient la récompense,

D'où le bienfait descend,

PREMIÈRE VOIX

Et que pourraient de plus les rois et leur puissance ?

Pour nos modestes bienfaiteurs Priez donc , élevez la voix de l'innocence : La prière s'épure en passant par vos cœurs.

DEUXIÈME VOIX

Heureux l'homme pour qui la prière attendrie

S'élève des lèvres d' autrui !

Il obtient, par la voix de l'orphelin qui prie, Plus qu'il n'a fait pour lui.

PREMIÈRE VOIX

La prière est le don sans tache et sans souillure Que devant l'autel du Très-Haut

L'homme doit présenter dans une argile pure Et dans des vases sans défaut.

Gomment offrir ce don dans ce métal profane Que sa sainteté nous défend?

Du cristal ou de l'or que notre encens émane,

Le vase le plus pur est le cœur d'un enfant.

DEUXIÈME VOIX

Le vœu souvent perdu de nos cœurs s'évapore;

Mais ce vœu de nos cœurs, par d'autres présenté, Est comme un faible son dans un temple sonore, Qui, d'échos en échos croissant et répété, S'élève et retentit jusqu'à l'éternité.

PREMIÈRE VOIX

Prions donc ! élevons la voix de l'innocence : La prière s'épure en passant par nos cœurs. Le^ anges porteront à la Toute-Puissance Nos bénédictions et l'encens de nos pleurs ! Prions donc ! élevons la voix de l'innocence : La prière s'épure en passant par nos cœurs.

Page 1