‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 89 sur 104 · A M. A. DE LAMARTINE SUR LA MORT DE SA FILLE · texte numérisé non relu

A M. A. DE LAMARTINE SUR LA MORT DE SA FILLE

.... Elle avait seize ans !... C'est bien tôt pour mourir....

Lamartine.

Lorsque le crépuscule , abandonnant la terre , Jette un dernier reflet sur la voûte des deux, Aux lueurs du flambeau de l'astre du mystère , Seule j'aime à gravir les monts silencieux.

I. Cette pièce de vers est extraite d'un recueil de poésies publiées par Mlle Elise Moreau, sous le titre de Rêves d'une jeune Jïlle.

A M. DE LAMARTINE

Comme un ange qui vole aux plaines immortelles, Mon âme, recouvrant toute sa pureté, Sélance d'ici-bas, et, déployant ses ailes, Se plonge dans l'immensité.

Là , voguant au travers de ces mondes sans nombre Que n'entrevit jamais un profane mortel, Au temple de l'Agneau se glissant comme une ombre, Elle vient s'incliner aux pieds de l'Éternel.

Palais du Roi des rois, régions fortunées, Qu'en songe le poëte aime à vous parcourir! Heureux il n'entend plus le torrent des années Qui murmure aux humains: «Vous naissez pour souffrir ! »

Digne objet de mes chants, ô vous dont le génie Inventa des accords si magiques, si doux, N'est-ce pas, la douleur du poëte est bénie? Chantre du Tout-Puissant, qui le sait mieux que vous ?

Quelle ardeur vous guida vers ces cités antiques, Que le Christ arrosa de son sang précieux, Où de Jérusalem les vallons romantiques Comme un songe d'amour éblouirent vos yeux ?

Ah ! sans doute, le soir, dans ces vastes prairies Que baigne le Jourdain avec ses flots dorés, Vous veniez égarer vos saintes rêveries, Et chanter de David les cantiques sacrés!...

A M. DE LAMARTINE

Puis un ange était là!... L'étoile qui scintille, Quand la nuit sur le ciel fait flotter ses cheveux, Est moins douce aux regards que cette jeune fille Q ui vous nommait son père et comblait to us vos vœux . . .

Combien ses tendres soins parfumaient votre vie ! Vos jours coulaient près d'elle inondés de bonheur; Tout à coup , ô destin ! elle vous est ravie ! Morte ! ! ! morteàdouze ans ! ... Tu l'as voulu , Seigneur ! . . .

Moi, je sais la douleur, inconsolable père. Je suis jeune, et pourtant j'ai déjà bien pleuré; Et j'ai compris vos maux, quand votre enfant si chère S'enfuit comme une sainte au palais éthéré.

Il est cruel, poignant, de perdre ceux qu'on aime; C'est un énorme poids qui tombe sur le cœur. La mort, monstre inhumain, qui fit pâlir Dieu même, Enveloppe nos jours d'un réseau de douleur.

Qui vous eût dit, hélas! que la vierge naïve Que vous veniez baiser au front chaque matin Serait comme la fleur dans les déserts captive , Qu'un souffle du simoun finirait son destin?

Mais sur ce globe sombre, où toujours le génie A chacun de ses pas brise une illusion, Et ne trouve en passant dans les champs de la vie Que chagrins et déception; m. 25.

A M. DE LAMARTINE

Ah ! dites, qu'aurait fait votre fille, ô poëte ! Si dès le frais matin de ses joyeux quinze ans, Émue au bruit des vents jouant dans la tempête , Elle avait essayé de timides accents ?

Ah ! ce qu'elle aurait fait?... Dans un jour de délire, Au livre de la gloire elle aurait voulu lire ! Sous ses doigts délicats votre harpe eût vibré; Sa belle âme eût plané loin, bien loin de la terre; Elle eût voulu des cieux sonder le grand mystère, Et triste, ainsi que moi, peut-être elle eût pleuré!...

Elle ne pleura point.... De son jeune visage

Le soleil d'Orient dévorait les couleurs;

Dieu lui dit : « Viens, enfant, fuis cette aride plage,

Viens, dirige tes pas vers le sacre rivage;

D'une gloire immortelle on y cueille les fleurs.... •

Loin d'un pi re adore si l'on peut être heureuse, Elle Lest au séjour du bonheur éternel; Mais de ce lieu d'exil son ombre vaporeuse Sans doute quelquefois descend toute rêveuse. Et vient errer le soir près du toit paternel....

\ l'heure ou ton! s'endort 5 lorsqu'une fraîche brise. Passe comme un oiseau sur les bords de l'Autise1, Sous un bosquet ombreux, Lamartine, je fuis, Pour pleurer Julia dans le calme des nuits:

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