‹ Harmonies poétiques et religieusesChapitre 90 sur 104 · Petite rivière · texte numérisé non relu

Petite rivière

A M. DE LAMARTINE. 443

Puis je crois voir un ange aux deux ailes de flamme , Qui me montre une étoile en disant : « C'est son âme ! » L'astre charmant sur moi jette un regard d'amour, Et son rayon se glisse au terrestre séjour...

ÏI

Écoutons : la nuit en silence Roule son char vers le couchant; La pâle lune se balance Entre des nuages d'argent :

Oh ! quel charme dans la nature !

Le zéphyr mollement murmure, La blanche colombe a gémi ; Le rossignol plaintif soupire Des airs doux comme le sourire D'un enfant qui dort à demi!

Combien d'images gracieuses A mes regards viennent s'offrir!

Des ombres en robes soyeuses Autour de moi semblent courir; Des voix qui n'ont rien de la terre Parlent tout bas avec mystère Près de moi , pauvre solitaire , Qui rêve quand le jour a fui ; Qu'il est sublime, ce langage!

Le doux bruit des flots sur la plage Est moins harmonieux que lui !

A M. DE LAMARTINE

Vous dont la parole magique Semble un soupir du Roi des cieux, Poëte à la voix séraphique, Vous, l'Ovide des cœurs pieux, N'est-ce pas? oui, c'était bien l'heure Où pensif au pied des autels, Comme un timide enfant qui pleure, Vous disiez vos vers immortels?

Oh! reprenez encor la lyre, Invoquez le grand Jéhovah; Gomme un chérubin qui délire, Chantez... la terre applaudira...

Mais si vous gardez le silence, Si désormais l'on n'entend plus Cette harmonieuse cadence Qui vibrait au cœur des élus;

Quel autre après vous, grand poëte, Osera louer le Seigneur?

Qui saisira cette palette Éblouissante de fraîcheur ?

Qui serait assez téméraire

Pour vous suivre au plus haut des cieux,

Et jusqu'au sacré sanctuaire

Poser un pied audacieux?

Qui pourrait, planant dans l'espace, Comme l'aigle, amant des déserts,

A M. DE LAMARTINE

Du Très-Haut contempler la face Que voile le feu des éclairs?

Quel autre le soir, sur la grève , Modulerait des chants plaintifs Au bruit de l'onde que soulève La rame des légers esquifs ?

Oh ! reprenez encor la lyre , Invoquez le grand Jéhovah; Comme un chérubin qui délire , Chantez... la terre applaudira...

Hier, à l'heure où la nuit pale Vient couvrir le vaste univers , Un fantôme à robe d'opale Glissa lentement sur les airs ; Puis une douce symphonie Roula des torrents d'harmonie Enivrants à faire mourir ; Et l'ombre au céleste visage Fit entendre au vallon sauvage Sa voix faible comme un soupir...

« Chantre du Dieu puissant qui nous donna la vie , Doux ami qui souvent m'endormis sur ton cœur, Mon père , entends la voix de ton enfant chérie : Oh! célèbre encor le Seigneur!

« Et puis souris aux chants d'une humble jeune fille , Pauvre fleur du désert, faible étoile qui brille,

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Ou plutôt qui s'éteint sous un ciel tout en deuil. A peine de la vie elle a touché le seuil , Que la main du malheur pâlit son front qui penche : Mon père , souviens-toi de cette rose blanche Qu'elle jette sur mon cercueil.*. »

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