‹ Haute-CombeChapitre 2 sur 32 · L’ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

L’ARCHITECTURE

Italie, Italie ! ù riante contrée Par tant de souvenirs à jamais illustrée; L'Eternel te créa pour charmer ses regards ; Sous ton ciel enchanté nacquirent les beaux arts Et ton nom immortel d’un long reflet de gloire À travers trois mille ans a sillonné l’histoire. Chaque pas sur ton sol éveille un souvenir,

Car ici le passé défia l’avenir:

Soit, que se couronnant de gloire et de ruines Home surgisse encor du sein des sept collines,

l’architecture

Et montre ses débris, ses temples renversés,

Cet immense cercueil des siècles effacés,

Cés restes immortels où gît le Capitole,

Dont vingt siècles de gloire ont formé l’auréole;

Ou , soit qu’aux nations dictant encor des lois Elle abrite le monde à l’ombre de la croix.

Reine de l’univers dont la main colossale Impose encor des fers à l’Europe vassale;

De la religion symbole glorieux ,

Rome, ô sainte cité liant la terre aux cieux !

A. ton nom révéré pieuse je m’incline,

Et baise avec respect la poussière divine !

Deux fois reine du monde , ô puissante cité Dont le nom est encor tonnant de majesté!

Dans les décrets du ciel deux fois prédestinée,

De quel divin éclat n’es-tu pas couronnée !

Les palmes des martyrs ornent aussi ton front;

Ton passé radieux au présent se confond;

Et l’Italie unie à ta brillante histoire Se réchauffe au soleil de ton immense gloire.

0 sublime pays! toujours cher et sacré,

Combien de fois, liélas, ton sein fut déchiré!

Quand tes lils agités par les guerres civiles Chassaient et rappelaient l’étranger dans leurs villes,

CHANT PREMIER

Et, que de la discorde allumant le flambeau Ils transformaient ton sol en un vaste tombeau.

0 peuple malheureux que le Ciel a fait naître Pour dominer le monde , ou ramper sous un maître Toujours esclave ou roi , monument colossal Qui domine le faîte, ou gît au piédestal.

Mais secouant enfin ta poussière sacrée ,

Italie, à nos yeux rayonnante, inspirée,

Le front brillant de srloire et d’immortalité

cr

Viens nommer tes enfants à la postérité :

Pares-toi seulement des lauriers du eénie.

Dis nous ces noms fameux, l’honneur de l’Ausonie: Dante créant d’un mot un magique univers;

Le Tasse révélant de sublimes concerts ;

Colomb aux flots jaloux ravissant une terre ;

Michel Ange prêtant sa pensée à la pierre;

Fia vio surprenant l’amour mystérieux Qui d’un lien secret suspend la terre aux deux , Quand du sein palpitant de l’ardente boussole L'aimant par un soupir s’élance vers le pôle. Ouvrant à la science un chemin triomphal , Arrachant aux métaux le fluide vital ,

Voila de la nature a résout le problème

L ARCHITECTl RE

Italie, liai ie ! ô ravissant séjour!

Où tout parle à nos cœurs de génie et d’amour; Où le sol embaumé des vapeurs d’ambroisie Exhale à larges flots l’antique poésie;

Où l’histoire du monde a semé des tombeaux,

Où la muse a laissé des noms et des lambeaux , Où le peuple exalté, d’une éternelle ivresse Encense les beaux arts, la gloire et la tendresse; Où du parfum des fleurs l'air embaume les flots, Où les deux étoilés se mirent dans les eaux ,

Où comme un fruit du sol croît l'inculte génie, Où des mots cadencés la suave harmonie Pi •été à la voix humaine un accord si touchant, One le lançaere émeut comme ferait le chant,

V O QJ

Lorsque de flots en flots la lyre harmonieuse Exhale les soupirs d’une plainte amoureuse.

Dieu sur tes bords fonda son empire éternel Italie, et le Christ ici mit son autel,

CH AVI' PREMIER

Quand Jupiter vaincu, renversé sur la poudre Vit briser dans sa main son impuissante foudre :

Un nouveau jour parut, un Dieu de vérité Versa partout la vie et U immortalité.

Envain l’impiété vomissant le blasphème

Crut lancer jusqu’aux deux l’insulte et l’anathème:

L’homme n’altère pas l’œuvre de l’Éternel :

Son souffle éteindrait-il un astre dans le ciel? Pourrait-il dire aux mers: cherchez d autres rivages. Aux vents: sous d’autres cieux emportez vos orages.

A l’éclatant soleil: ne brille que pour moi.

Mon, c’est Dieu qui l’a dit, l’univers suit sa loi,

La matière l’entend, et les efforts de l’homme Atteignent aussi peu le soleil que l’atome;

Tourmenté par l’instinct de l’immortalité,

Un pied dans le néant rêvant l éternilé ,

11 voit qu’autour de lui tout est tombé, tout tombe, Que sous la faux du tems tout se broie et succombe , Que l’enfance du globe est un livre effacé,

Que vingt cultes divers tour-à-tour ont passé , Qu’empires, nations, tout s’éteint, tout s’écroule, Sans laisser rien de soi , comme une eau qui s’écoule; Qu’hors le culte éternel, tout meurt ou doit mourir, Et ([vie l’œuvre de l’homme avec lui doit périr.

l’architecture

Mais pour éterniser sa puissante pensée,

Pour consacrer les pas d’une race passée L’homme sème des monuments:

L’histoire de la terre est écrite en ruines,

Et des peuples divers les vagues origines Ont des débris pour fondements.

Ces monuments vainqueurs qui traversent les âges Sont des siècles passés les éloquentes pages,

Que le teins ne pourra ternir.

Nous devinons leur gloire en voyant leur puissance Envain le morne oubli sous son linceul immense Nous dispute leur souvenir.

Nous venons demander à ces pierres muettes,

De ces âges lointains sublimes interprètes Le mot des générations;

CHANT PREMIER

Car, lorsque (oui s’éteint, seule encor la ruine Du haut des teins passés connue un phare domine Sur l’océan des nations.

Ainsi la liberté, la gloire, l’esclavage,

Divinisent leur teins ou flétrissent leur ài>e

Sur les feuillets de l’avenir.

L’œuvre de l’homme même a témoigné l'histoire, Et ces restes épars, tels qu’un lambeau de gloire, Trahissent un grrand souvenir.

La mousse ronge envain les hautes colonnades Oui ceignaient de Memphis les superbes arcades , Sa gloire surgit du néant;

Et ces temples brisés , ces œuvres colossales Portent sur leurs frontons les puissantes annales

Que laissait un peuple géant.

Une blanche colonne indique seule encore Le cap , où s’inspirant à la vague sonore Venait parfois rêver Platon.

Athène a vu tomber les dieux de sa jeunesse;

Le teins n’a respecté des gloires de la Grèce Que les restes du Parthénon.

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