INTRODUCTION
Le jour où Joseph Haydn fut présenté au roi d'Angleterre, Georges II!, celui-ci lui ayant dit, en manière de compliment : « Docteur Haydn, vous avez beaucoup composé », il répondit avec une modestie qui, chez lui, était sincère : « Oui, Sire, un peu plus qu'il n'eût été sage. » Au cours d'une vie longue et jusqu'au bout laborieuse, il avait tant écrit, çn effet, qu'il né se souvenait même plus d'un grand nombre de ses œuvres ; beaucoup de ses manuscrits s'étaient perdus ; il savait que les obligations de son emploi ou Timportunité de ses admirateurs lui avaient arraché quantité de pages hâtives : et il pouvait finalement n^attribuer de véritable importance qu'à une partie de ses travaux, ceux auquels il devait certainement ses succès et sa renommée.
A mesure que ses successeurs progressaient dans la voie dont il avait été l'un des pionniers, Haydn. i
le public, avec eux, s'accoutumait à le perdre de vue ; et Ton a vu ainsi chaque dizaine d'années marquée au cadran des siècles rétrécir l'espace occupé par son œuvre dans la mémoire des foules. En théorie, la place qui lui appartient entre Bach et Beethoven dans la généalogie spirituelle des grands musiciens, ne lui est pas contestée ; pratiquement, la rareté relative des exécutions de ses œuvres a limité leur connaissance à ce choix minimum d'anthologie, par quoi il est convenu qu'on doit « se faire une idée » d'un poète ou d'un artiste. Non sans quelque dédain, nos contemporains relèguent volontiers Haydn parmi les classiques de l'eiifance, et pensent que pour l'aimer il faut être très jeune, ou se trouver déjà dans la seconde, moitié de la vie. Les débutants lui portent une affection naïve ; ils le regardent comme un grand-père qui sait dire en souriant de très jolies histoires. Lorsqu'ils arrivent à l'âge où rhomme cherche dans l'œuvre d'art le mirage changeant des mouvements de son âme, ils se détournent d'un maître heureux, paisible, raisonnable, qui n'a jamais senti l'inquiétude de la destinée ni la véhémence des passions : et ceuxlà seuls, dirait-on, savent attentivement l'écouter et se plaire à son langage, qui ont appris par la fuite des ans, à regarder de plus loin et à