INTRODUCTION
juger de plus haut, et avec plus de tolérauce.
Autant pour cette cause cachée d'une interruption de courant entre Tart dç Haydn et le sentiment des masses, que par le fait du nombre énorme de ses compositions et de la difficulté qu'il y a à toutes les reconnaître, les rassembler et les classer, il est très naturellement arrivé que rpn a vu s'achever ou s'entreprendre la publication des « Œuvres complètes » de presque tous les grands maîtres du passé, depuis Palestrina, Lassus, Vittoria, jusqu'à Beethoven, Schubert, Berlioz, en passant par Purcell, Schùtz, Haendel, Bach, Mozart, Rameau, Grétry, avant qu'un effort soit tenté ou une décision prise à l'égard de celles de Haydn.
L'approche du centième anniversaire de sa mort et des fêtes de sa célébration en 1909 a déterminé enfin le lancement d'une aflFaire dont l'achèvement demandera pour le moins quinze années, quatre-vingts volumes et seize mille pages in-folio.
Différer jusqu'à la réalisation d'un si vaste plan tout nouvel essai d'une étude sur Haydn, parce que seulement alors la tâche deviendrait aisée et sûre, serait mal entendre le rôle que l'heure actuelle assigne vis-à-vis de lui à la critique historique. Il ne s'agit ni de réhabiliter un compositeur dont la gloire est unanimement
respectée, ni de réformer un jugement dès longtemps arrêté sur son œuvre, mais simplement de maintenir présent à l'oreille distraite des jeunes générations, qu'entraînent d'autres héros vers des horizons agrandis, l'écho déjà lointain, mais toujours captivant, de la musique de Haydn.
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Un village de la Basse-Autriche, sans importance ni beauté, Rohrau, situé tout auprès de la frontière hongroise et du cours de la Leitha ; une très pauvre maison dont le rez-de-chaussée supportait directement une toiture de chaume, abritèrent le berceau de Haydn. Son père^ Mathias Haydn, exerçait le métier de charron ; sa mère, Maria-Anna Koller, avait été cuisinière chez les seigneurs du lieu. « Franz-Josef », né dans la nuit du 3i mars au i^' avril 1782, baptisé le même jour en Téglise catholique de Rohrau, fut le second de douze enfants dont moitié moururent en bas âge. Avec lui survécurent deux garçons, «Johann-Michael », né le i4 septembre 1787, et « Johann-Evangelist », plus jeune de quelques années, tous deux devenus musiciens comme leur aîné, et trois sœurs, « Franziska »^ la première-née ; « Anna-Maria », qui épousa
un forgeron nommé Philippe Frôhlich, et « Anna- Katharina », qui prit pour époux un certain Nâher, arquebusier. Leur mère mourut le 23 février i744> àTâge de quarante-quatre ans; leur père, qui s'était remarié, et avait eu de sa seconde femme cinq enfants, dont aucun ne vécut, mourut à soixante-cinq ans, le 12 septembre 1763.
Ce charpentier de village était un grand amateur de chansons. Sans savoir lire les notes, il chantait, en voix de ténor, et s'accompagnait d'instinct, sur une harpe. Les dimanches, sa chaumière retentissait d'airs de danse, de lieder, de cantiques, qu'il ne se lassait pas de dire et redire avec femme, enfants et voisins. Un jour qu'était venu se joindre au concert un violoniste, le petit Joseph se fit, de deux bouts de planches ramassés dans l'atelier, un instrument imaginaire, sur lequel on s'émerveilla de le voir imiter tous les gestes de l'étranger. Un sien cousin, maître d'école, crut deviner dans cet amusement l'indice de facultés musicales qu'il voulut développer. Sepperl, ainsi qu'on appelait l'enfant, par un diminutif de son prénom, lui fut confié et le suivit à Hainburg.
Selon la coutume du temps, ce premier maître de Haydn, qui se nommait Johann Matthias Frankh, cumulait l'emploi d'instituteur, ou rec-
leur d'une école rurale, avec celui de maître de chapelle à l'église catholique. Ses leçons, maigre semence répandue en une terre extraordinairenient fertile, menèrent en peu de mois le petit paysan à pouvoir chanter sa partie dans une messe, jouer « de petites choses » sur le clavecin et le violon, et, — prouesse qui fut remarquée, — tenir àTimproviste le rôle de timbalier, dans l'orchestre d'une procession.
Malgré ses « dispositions », la carrière de Haydn se serait vraisemblablement déroulée sans gloire, dans un rectorat pareil à celui que son cousin Frankh possédait, si le hasard ou la Providence n'eussent amené à Hainburg un personnage considérable, Johann-George Reuter junior, compositeur de la cour impériale et maître de chapelle de la cathédrale Saint-Etienne, à Vienne. En tournée de recrutement d'enfants, pour le chœur de cette église, il avait fait halte chez le curé de Hainburg, qui, d'accord avec Frankh, avait tenu à faire montre des ressources musicales de sa paroisse. Soit que Reuter ait lui-même distingué la voix « faible mais agréable » de Haydn, soit que le maître d'école lui eût spécialement présenté son jeune parent, toujours est-il que, satisfait d'un examen sommaire, il l'engagea.
L'entrée de « Sepperl » à Saint-Etienne iut
cependant retardée d'un an. 11 était dans Sa huitième année lorsqu'il prit le chemin de Vienne.
Une maîtrise de cathédrale, dans la capitale de TAutriche, ne différait guère alors que par le répertoire des institutions analogues de notre vieille France. Là-bas, comme chez nous, un petit nombre d'enfants, quatre, six, huit au plus, choisis en raison de leurs capacités vocales, vivaient en commun sous la garde d'un maître, et recevaient, en échange de leurs fréquents services au chœur, des leçons de catéchisme, de langue latine et de chant. Tantôt en qualité d'élèves, tantôt en celle de maîtres, presque tous les compositeurs de l'ancien régime ont traversé les maîtrises, catholiques ou protestantes, qui ont été les serres chaudes où s'est ouvert et développé leur génie.
L'un des commentateurs du grand Bach a été en droit de dire que l'auteur des Cantates d'église dut en majeure partie son adresse de combinaison des voix à l'exercice du métier d'enfant de chœur* : le séjour de Haydn à la cathédrale viennoise, en lui iaisant acquérir l'habileté dans le chant et en l'accoutumant aux formes du style polyphonique, fixa dans
I. W. RûsT, cité par A, Pirro, V Esthétique de J.-S. Bach, p, 402.
son esprit les principes essentiels du développement mélodique et de la future construction du quatuor instrumental.
Ce fut surtout pratiquement et à cause de sa participation quotidienne aux exécutions, que le jeune musicien profita de son séjour à Saint- Etienne ; car le maître de chapelle en titre, celui qui l'avait engagé, Reuter, s'occupa très peu de lui, non plus que de tous ses élèves.
C'était un homme affairé et très en vue depuis qu'en 1740 l'Empereur l'avait anobli. Né à Vienne en 1707, élève de son père auquel il avait succédé, il écrivait sans relâche les opéras, les cantates dramatiques, les sérénades, les messes, les oratorios, les motets, que réclamait son triple service de « compositeur de la cour », de maître de chapelle de Saint-Etienne, et, plus tard, de maître delà chapelle impériale. Depuis la mort de Fux, Reuter était dans la monarchie autrichienne le prototype du musicien officiel. M. StoUbrock, son biographe, Ta facilement justifié du reproche de n'avoir pas pris en main l'éducation de Haydn* : il avait bien d'autres choses à faire que d'enseigner le solfège, le plain-chant, l'exécution musicale, à des enfants,
I. Stollbrock, Leben und Wirken des kk. Hofkapellnieisiers J.-G. Reuter junior , dans Vierteljahrsschrift fur Musikwissenschaft, 8« année, 1892, p. 198.
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et l'usage Tautori^ait à déléguer ses pouvoirs à quelques membres expérimentés du chœur.
Son tort fut de ne pas deviner chez Haydn des facultés exceptionnelles, et de le traiter sur le même pied que les autres petits chantres : là aussi/ il a des excuses, car dans toutes les maîtrises abondaient les enfants bien doués, dont il s'agissait de faire le plus vite possible d'utiles chanteurs, et qui ne dévoilaient pas toujours avant leur sortie des capacités plushaujtes. Un sous-chantre, Adam Gegenbauer, qui était aussi violoniste et copiste, et un ténor, Ignaz Finsterbusch, personnage « élégant », amateur de tableaux, d'armes turques et d'habits à boutons d'argent, furent donc les deux maîtres de Haydn, et lui apprirent à chanter et à jouer un peu du clavecin et du violon. Leurs leçonsfurent sommaires, à tel point que Haydn, sur ses vieux jours, assurait n'avoir pas eu de « véritables maîtres », et s'être formé surtout en écoutant, lisant et observant toutes choses. Le désir qui de bonne heuïe s'était emparé de lui, d'écrire de la musique, n'avait reçu ni direction, ni encouragement. L'enseignement à Saint-Etienne ne comportait aucun cours théorique, et Reuter, ayant un jour jeté les yeux sur le manuscrit d'un Saline Regina que Tenfant, avec la puérile audace d'un collégien rimant une tragédie, venait de
composera douze voix^ ne fit qu'en rire, et renvoyer le « sot garçon » aux éléments de son art.
Le répertoire devait donc servir à Haydn d'enseignement par l'exemple. Ce répertoire, aussi mélangé qu'étendu, était formé des œuvres de Reuter et de celles de son père, le premier George Reuter (i656-i738),de celles toutes classiques de Johann-Joseph Fux (1660- 1741), et de Tabondante production des compositeurs d'origine ou de culture italienne, qui avaient vécu à Vienne ou s'y trouvaient encore pourvus de charges officielles : Caldara (1670- 1736) le plus fécond de tous ; Matteo Palotta, de Palerme (1689-1758) ; Giuseppe Bonno (1710- 1788), récemment venu de Naples, où un subside impérial lui avait facilité ses études. Par douzaines, les messes, les Te Deurriy les motets, de ces infatigables musiciens s'accumulaient sur les pupitres du chœur; quelques-uns étaient encore écrits a cappella ; la plupart requéraient un accompagnement d'orchestre. Presque aucun n'a survécu, presque aucun n'a traversé les frontières autrichiennes. Des publications récentes ont tiré seul de l'oubli le grand talent scolastique de Fux, dont la Missa canonica était une merveille d' « écriture » : si le petit Sepperl y chanta jamais sa partie, ce dut être pour lui la
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révélation des beautés austères dont peuvent s'envelopper les théorèmes contrapuntiques.
La municipalité de Vienne subvenait avec une si ingénieuse économie aux frais de nourriture et d'entretien des enfants de chœur de Saint- Etienne, qu'elle jugeait opportun de leur permettre de temps en temps d'aller gagner au dehors un repas plus substantiel ou quelques pièces de monnaie, soit comme chanteurs, en participant à des fêtes musicales, soit comme aides de cuisine, en s'enrôlant parmi les serviteurs d'un banquet ;etcomme, dans le premier cas, le programme se composait de « sérénades », ou cantates profanes, et que, dans le second, l'usage voulait que tout dîner d'apparat fût accompagné d'une « musique de table » ,les enfants faisaient connaissance avec les genres divers de compositions profanes. Peut-être fut-ce en courant, les bras chargés d'assiettes, de l'oflice à. la salle à manger, dans le palais de quelque grand seigneur, que Haydn entendit pour la première fois un orchestre jouer des menuets, des ouvertures et des symphonies.
Une preuve de ses bons services au chœur de Saint-Etienne pourrait être cherchée dans le fait qu'en 174^ son jeune frère, Johann- Michael,futadmisà venir l'y rejoindre ; il possédait une voix étendue et se montra assez s tu-
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dieux pour devenir après peu de mois de présence, Tun des suppléants de Torganiste.
Les deux Haydn passèrent ensemble près de trois ans à la maîtrise. Puis arriva pour Joseph le moment de la mue, qui rendait son départ inévitable. De toutes les historiettes contées à cette occasion, — queues dé perruques coupées, et autres espiègleries, punitions infligées, auxquelles le jeune homme se serait dérobé par un départ subit, — nous ne retiendrons que l'indication de son caractère enjoué, taquin, rieur ; ce sont des traits que Ton verra persister chez lui jusqu'à la vieillesse, et qui expliquent beaucoup de ses mélodies.
De quelque façon d'ailleurs qu'il fût sorti de la cathédrale, le fait demeure qu'à dix-sept ans, au mois de novembre 1749* il se trouvait jeté sur le pavé de Vienne, et à peine mieux pourvu de talent que de numéraire : car, sans voix, que lui servait son habileté de chanteur ? Le peu qu'il avait appris du jeu des instruments ne le mettait pas en état de se faire employer nulle part. Sa « vocation » de musicien était pourtant assez solide, son humeur assez courageuse, ses habitudes assez frugales, pour lui faire accepter gaiement un mariage avec la pauvreté, — sa compagne depuis l'enfance.
Le sort, qui avait mis à Hainburg Reuter sur
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ison chemin, devait lui procurer encore plu»
d'une lieureuse rencontre. La première fut celle d'un chantre de paroisse, Spangler, qu'au matin d'une nuit passée « à la belle étoile », Haydn reconnut en passant. Ce « confrère » n'était luimême qu'un pauvre diable ; marié, et père de famille, il avait cependant un domicile où il accueillit l'ex-enfant de chœur ; et celui-ci, assuré de dormir à couvert, sinon de dîner tous les jours, se mit à regarder autour de lui vivre la grande ville.
Il n'était dès lors, dans toutes les contrées de langue allemande, point de cité si aimable, si joyeuse, et si musicale, que Vienne. A cinquante ans de là, Reichardt devait la déclarer la seconde capitale de la musique, Paris tenant le premier rang. Il fondait son jugement sur l'affluence des compositeurs et des virtuoses célèbres, sur le nombre et l'importance des établissements publics, théâtres, concerts, maîtrises, qu'il avait remarqués en France ; en étudiant les choses de plus près, le voyageur prussien se serait aperçu que, des deux villes, Vienne était celle où la musique comptait le plus de fidèles et se mêlait le plus intimement à la vie de la nation. Haydn, en 17497 y pouvait trouver jusque dans les plus humbles milieux sociaux une atmosphère Raturée de musique, où sa carrière allait se dérouler en
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remontant, pour ainsi dire, des « grands fonds » inconnus jusqu'à la surface brillante de Tocéan artistique. Nulle marche n'était plus conforme à ses dons naturels. Né du peuple et lui appartenant jusqu'aux moelles, il s'y replongeait au sortiT de Saint-Etienne, comme un jeune arbre reporté de la serre à son sol nourricier. Les échos qui lui arrivaient des musiques à la mode n'étaient que des bouffées échappées par des fenêtres entr'ouyertes : le fumet d'un régal auquel il n'était pas convié, et qui l'eût peu réconforté, car non seulement les cercles aristocratiques de Vienne ne goûtaient guère que les œuvres brillantes et vides de l'école napolitaine, mais, de plus, le dilettantisme y sévissait sous la forme aiguë de la composition d'amateur. Un souverain, un seigneur pouvaient-ils mieux manifester leur bienveillance à l'égard de la musique, qu'en la cultivant eux-mêmes ? L'empereur Charles VI, dont la mort survint l'année même de l'admission de Haydn à Saint-Etienne, avait suivi l'exemple de Ferdinand III, de Léopold I*^ et de Joseph P*", et composé des Miserere avec orchestre*. Sa fille, Marie-Thérèse, nepoussa pas jusque-là l'éducation des archiducs et des
I . Les Musikalische Werke der Kaiser Ferdinand III y Leopold I und Joseph I ont été publiées en 2 voL in-folio, chez Artaria, à Vienne, en 1892, par les soins de M. Guido Adier.
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archiduchesses, mais elle eut soin de leur faire acquérir, par les leçons de Wagenseil, de Joseph Steffan, de Wenzel Pùrck, de petits talents d'exécution. Les finances débiles de la monarchie y trouvaient leur avantage, car c'étaient des spectacles fort économiques, que ceux où tous les rôles se distribuaient aux membres de la famille régnante, et à leurs familiers.
Le public viennois, qui ne pénétrait dans la salle de Topera italien, au « théâtre du château », que les jours d'(( entrée libre », où se célébrait la fête de Timpératrice ou de Tempereur, trouvait au « théâtre près la porte de Carinthie » des spectacles en langue allemande, mêlés de comédie, de musique, de farces improvisées, et, sur de petites scènes populaires, en carnaval, des bouffonneries et des pièces de marionnettes.
Depuis 1750, il y eut dans la salle « du château » des ft Académies musicales » imitées des séances du « Concert spirituel » de Paris, célèbres dans toute l'Europe ; bientôt s'y ajoutèrent celles d'une entreprise analogue, dansle local Zwr Mehlgrube ; et l'on vit d'autres concerts, plus modestes, se multiplier dans les auberges, dans les jardins et dans les rues. Dès lors, on pouvait dire de la capitale autrichienne ce qu'en ont écrit les voyageurs modernes, que « nulle part les foules ne sont plus joyeuses et ne savent mieux s'ingénier
pour les amusements », et que, aux heures où cesse le travail, les maisons, les rues, les parcs deviennent « un immense lieu de bals ou de festins ». Au temps de Haydn, les « sérénades »
surtout étaient si bien entrées djans les mœurs, que pendant la belle saison, il se passait peu de soirées sans que quelques carrefours ne retentissent de musique instrumentale ou de chœurs, exécutés en guise de compliments à l'adresse des habitants d'uae maison, soit aux frais d'un bourgeois désireux de faire une politesse ou de souhaiter une fête, soit par Finitiative directe des musiciens toujours assurés de recevoir en vivres, boissons ou monnaie, le léger salaire attendu.
Se joindre à de petits orchestres de sérénades et battre avec eux chaque soir le pavé de la ville, un violon à Tépaule, était un métier suffisant pour nourrir à peu près son homme ; Haydn en vécut Tété, à la manière des cigales, et, rhiver, servit par son jeu et par la composition des menuets, le répertoire des « redoutes » et des tavernes.
Dans le galetas où Spangler lui donnait asile, il pouvait faire, cependant, d'inquiètes réflexions. Continuer indéfiniment cette vie de ménétrier, n'était pas chose admissible. Regagner Rohrau, où ses parents élevaient àgrand'peine leurnom-
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breuse famille, apparaissait comme une solution moins raisonnable encore. Sa mère l'engageait à entrer dans Tétat ecclésiastique, et, quoiqu'il s'y sentît médiocrement porté , il songeait à prendre Thabit des Servîtes, — un ordre fondé à Florence, vers 1282, en Thonneurde la Vierge Marie, et dont les derniers monastères subsistaient au xviii® siècle en Autriche et en Italie \ — Au dire de ses biographes, il appréciait surtout dans cette « vocation » la certitude « d'avoir à manger tous Jes jours » ; il est probable qu'il y entrevoyait aussi la possibilité de continuer dans le cloître ses études musicales ; non seulement il pouvait devenir l'organiste ou le maître de chœur d'un monastère, mais les exemples abondaient de religieux ayant acquis comme compositeurs ou comme théoriciens, une renommée étendue et durable*.
Un élan de piété conforme à de telles préoccupations décida Haydn à suivre, au printemps de 1760, des pèlerins qui se rendaient au sanctuaire de Mariazell, en Styrie^. Se présentant
I. Les Servîtes n'avaient fait que passer en France, où leur robe les avait fait surnommer les Blancs Manteaux.
'2, Le plus célèbre était le P. Martini, alors « l'Oracle de l'Europe » en matière de théorie musicale. Haydn pouvait avoir entendu vanter aussi les œuvres et les leçons du P, .Czernohorsky, longtemps maître de chapelle à Prague.