‹ HaydnChapitre 14 sur 63 · LA MUSIQUE INSTRUMENTALE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE INSTRUMENTALE

Haydn est chez lui dans la musique instrumentale. C'est là que, délivré de la contrainte des textes, il peut donner cours à cette abondance de pensée, qu'à propos de sa musique religieuse il comparait lui-même au jet qui s'échappe d'un réservoir débordant. Certes, Teau vive qui se fraye un lit, bruissante et bondissante, à travers bois, parmi les pierres moussues, abreuvant les écureuils et les oiseaux, et jouant à cache-cache avec les rayons de soleil, sous Tombre dentelée des fougères, n'est pas plus fraîche et plus reposante au voyageur redescendu des cimes, que n'est la musicjuede [laydn au musicien longuement retenu près des œuvres souveraines de l'art ancien et moderne. La petitesse du cadre, faite pour étonner d'abord et dont quelques passants sourient, enveloppe les moindres choses d'une atmosphère d'intimité où s'exerce le charme d'un langage très simple. On y cède volontiers, et il faut arriver au temps de l'analyse et de la rédexion pour sentir combien

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est erronée rimpression première, d'un art insouciant, enfantin, spontané : Haydn chante naïvement et du fond de son cœur ; il compose sciemment, avec toute son intelligence.

Que l'on essaie de démonter les rouages de sa composition instrumentale. On les trouvera peu nombreux et quoique, au cours des années, tirant profit de l'expérience dautrui, il ait su les faire jouer avec plus d'adresse et de sécurité, leurs modifications ne sont pas si profondes, qu'elles les rendent méconnaissables. Rarement pourrait-on remarquer une si constante unité, une progression si paisible, dans le développement d'une carrière d'artiste. Au lieu de réclamer des délimitations, des partages en stades distincts ou en genres opposés, la production instrumentale de Haydn pourrait être regardée comme un tout dont il est, à la rigueur, possible de généraliser la définition, sans presque avoir égard à la chronologie des numéros qui la composent.

Si Ton en croit Michel Kelly, l'auteur de la Création mettait au-dessus de tout l'invention mélodique. Le propos que le chanteur anglais lui attribue dans ses Réminiscences Q?>ià\\ngT^nà intérêt pour l'étude de son style. « C'est Yair\ aurait dit Haydn, qui fait le charme de la musique, et (^cst aussi ce qu'il est le plus diffi-

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cile de produire. La patience et l'étude suffisent pour assembler des sons agréables, mais l'invention d'une belle mélodie est le fait du génie. La vérité est qu'une belle mélodie n'a besoin ni d'ornements, ni d'accompagnement, pour plaire; afin desavoir si elle est réellement belle, il Tant la chanter sans accompagnement. »

La constitution de la mélodie, chez Haydn, a donc ajuste titre retenu l'attention des musicologues, et si certaines hypothèses auxquelles cette recherche a donné lieu ont en réalité dépassé le but, c'est que. aux mobiles de pure érudition, étaient venus se joindre d'autres intérêts capables d'entacher l'enquête de quelque partialité. Le patriotisme local « particulariste » ou « sé[)aratiste », qui se manifeste de nos jours dans les provinces disparates de Tempire austrohongrois, a voulu revendiquer Haydn comme un représentant des races slaves, et l'a hardiment déclaré « un compositeur croate ». Le j)oint d'appui de cette allirmation a été choisi par un folk-loriste, M. le D' Kuhac, dans des rapprochements tentés entre un assez grand nombre de thèmes ou de fragments de thèmes de Haydn, empruntés surtout aux œuvres les plus connues de sa maturité, et autant de parcelles mélodicpies provenant de ballades, de cantiques, de chansons et d'airs de danses popu-

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laires, nouvellement recueillis d'après des renseiofnements oraux dans les districts delà Basse- Autriche où subsistent plus ou moins nettement des éléments ethnogéniques d'origine slave. Les analogiesthématiques remarquées par le D'Kuhac lui ont paru révéler des emprunts directs faits par Haydn au répertoire national des chanteurs et des ménétriers croates, et il les a interprétés comme les signes visibles de germes ataviques slaves S Pour expliquer comment ces ressemblances n'existent que dans des compositions d'une date tardive, il suppose que le séjour de Haydn adolescent à Vienne et les influences subies pendant sa jeunesse avaient du momentanément effacer chez lui les souvenirs natifs, beaucoup plus tard ravivés, sur les bords du Neusiedler See, par le voisinage de populations issues de la même souche.

La thèse de M. le D"" Kuhac a été adoptée avec empressement par un musicologue anglais, M. W.-H. Hadow, qui s'en est fait le principal propagateur^ Pour y souscrire, nous demande-

I . Haydn serait le descendant d'immigrants croates lixés cent cinquante à deux cents ans avant sa naissance tout autour de Rohrau ; son nom représenterait une altération de la forme normale Hajden. et celui de sa mère devrait s'écrire Kolar au lieu de KoUer. Pour soutenir ces suppositions, on fait état d'une signature où il est arrivé au maître d'introduire dans son nom un e, Giuseppe Ilayden.

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