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LES OPERAS

En rapportant à Artaria les compliments qu'il venait de recevoir de Le Gros, au sujet de Texécution de son Stahat mater à Paris, Haydn ajoutait avec un gros soupir : « Si seulement les Français pouvaient connaître mon opérette l'Isola disabitata et mon dernier opéra la Fedeltà preiiiiata ! Je suis certain que Ton n'a pas encore entendu de pareil travail à Paris, et peut-être pas davantage à Vienne. » C'était se faire de grandes illusions sur le mérite de ses ouvrages dramatiques et témoigner en même temps d'une ignorance naïve à l'égard des productions d'autrui. La lettre à Artaria est du 27 mai 1781 : à cette date, Gluck avait donné à Paris ses immortelles tragédies lyriques, Piccinni son Atys et son Iphigénie en Taiiride^ et Grétry, la meilleure moitié de son œuvre. Plus près de Haydn, à Munich, Mozart venait de faire jouer Idome-

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iieo^ dans lequel il osait déjà secouer les chaînes du vieil « opéra séria ». Mais on connaît des ports si reculés, qu'au plus fort des tempêtes les vagues de l'Océan n'y viennent pas déferler. Haydn, à Esterhaz, habitait un de ces ports et Ton ne doit lui faire aucun reproche de n'avoir pas su ce qui se passait au large, — et moins encore, de n'avoir pas lutté, sur le terrain dramatique, avec ses contemporains. L'eiit-il souhaité, en eùt-il trouvé la force dans son génie, qu'il n'aurait pas pu l'essayer. Le genre, les dimensions, le style de ses opéras lui étaient commandés par les circonstances. Il fallait en premier lieu plaire à son prince, ensuite, se conformer au cadre local et aux ressources médiocres du personnel. De cette limitation des moyens mis à sa portée, Haydn, d'ailleurs, ne se plaignait pas. Elevé dans les traditions anciennes du chant italien, le disciple de Porpora restait docilement soumis aux « modèles » sur la perfection desquels ne s'élevait, en son esprit, aucun doute.

On compte dans son œuvre cinq opéras italiens écrits pour les spectacles d'Eisenstadt et onze pour ceux d'Eslerhaz. De la première série ne subsistent (|ue des fragments ; de la seconde, l'on possède toutes les partitions, en manuscrits autographes ou en copies, non sans

lacunes. La plupart appartiennent au genre du dramma giocoso, que le prince Nicolas chérissait et en vue duquel étaient recrutés ses chanteurs. Lo Speziale est une bouffonnerie teintée de Torientalisme comique dont alors on abusait et qu'on retrouve dans Ulncontro improvisa. — Lliifedeità delusa porte le titre de « burletta per musica ^> qX, Orlando paladino, celui de « dramma eroi-comico w. Le Pescatrici et U Isola disahilala se rapprochent du genre sérieux auquel appartient Arniida « dramma eroico », que Haydn désigne, au moment de sa composition, comme (( le meilleur » de tous ses ouvrages, « jusqu'à présent ».

Pas plus que ses rivaux, le maître d'Esterhaz ne cherchait des livrets inédits. L'usage approuvait la mainmise par n'importe quel musicien sur n'importe quel poème. Pour lo Speziale^ pour le Pescatrici^ pour il Moiido delta luna^ Haydn prit les livrets de Goldoni, mis l'un ou l'autre en musique par Vincenzo Pallavicini ou Domenico Fischietti, Bertoni ou Galuppi. Son ami le ténor Friberth lui confectionna le poème de Ulncontro improviso en retaillant la pièce de Dancourt, la Rencontre imprévue, que Gluck avait donnée à Vienne même, en 1765. Les paroles àe la Vera Costanza, qui étaient de Francesco Puttini et Pietro Travaglia, celles à^Orlando paUidino et

iXWrmida, dont les auteurs s'appelaient Xunziato Porta et Durandi, avaient été traitées par Anfossi. Une seule fois, Haydn recourut à un livret de son ancien voisin et protecteur, Métastase, V Isola disabitdta, qui avait déjà servi à Bonno, à Scarlatti, à Xaumann, à Traetta, à Jommelli.

Une fête patronymique, un anniversaire, un mariage, une réception, étaient les occasions marquées pour la composition et la représentation d'un opéra nouveau chez le prince Esterliazy : plus d'une fois le « maître de chapelle » fut forcé d'improviser ses partitions avec une hâte que dévoile l'écriture des manuscrits. Par le fait même de leur origine, qui en faisait des spectacles de circonstance, ces œuvres étaient condamnées à un sort obscur, à une durée éphémère, que les démarches tentées par Haydn et par ses amis réussissaient rarement à élargir ou à prolonger. Les traductions allemandes de C Incontro improvisa et de la Vcra Costaiiza, faites par un musicien du comte Erdody pour le château de ce seigneur, et celles de la Fedclta prcniiata et à^Orlando paladino, furent représentées du vivant de Haydn sur de petits théâtres, à Vienne, puis à Presbourg, à Graz, à Briinn, et dans quelques villes de l'Allemagne du Xord. Ce fut au concert, ou, comme on disait alors, en a Académie », que furent exécutées les partitions de

L'ŒUVRE loi

V Isola disahitata^ à Vienne, en 1780, à'Annida^ à Vienne, en 1797, et à Tarin, en 1808, et celle inachevée à'Orfeo ed Eui'idice, à Konigsberg-, en 1808. Un essai malheureux fut tenté en 1791 pour acclimater à Paris la Vera Costaiiza, traduite, ou plutôt adaptée en français par Dubuisson, sous le titre de Laurette ^ : lunique représentation donnée sur le « théâtre de Monsieur » fut écoutée avec un « calme patient » qui ne se maintint pas même jusqu'à la fin. « Le nom de Haydn, dit un journaliste anonyme, a soutenu Topinion générale en faveur de la musique. On y a trouvé la belle facture de ce maître en plusieurs morceaux d'un chant fort agréable. Cependant les connaisseurs sévères n'y ont pas aperçu cette originalité piquante qui distingue sa musique instrumentale. Il semble que le génie de ce symphoniste célèbre, amoureux de l'indé-

I. Dubuisson était l'auteur de quelques livrets et de la traduction du Roi Théodore de Paisiello, jouée en 1786 à la cour, à Fontainebleau et à Versailles. Dans son arrangement de la Vera Costanza, l'ordre des morceaux est interverti, de sérieuses coupures sont pratiquées dans le finale du premier acte, transporté au deuxième, et louverture est remplacée par celle d'Arniida. La représentation de Laurette eut lieu le •21 janvier 1791. La partition en fut gravée à Paris, chez Iinbault. — Nous rattachons au t'ait de cette traduction la présence, parmi les partitions de l'ancien théâtre italien vendues en 1879. du manuscrit presque entièrement autographe de la Vera Costanza, daté par Haydn, à la dernière page, de 1785, et «iu titre, de 1788. Ce manuscrit appartient aujourd'hui à la bibliothèque du Conservatoire de Paris.

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pendance, perde toute sa force sous le joug des paroles. Le plus grand des compositeurs, lorsqu'il commande aux instruments d'exprimer ses idées, redescend dans la classe moyenne, lorsque le poète lui commande à son tour V » Un peu plus tard, à Berlin, à propos de la traduction iVOrlando paladino, Reichardt jugeait exactement de même : « Je crois que les meilleurs critiques sont d'accord avec moi pour préférer la musique instrumentale de Haydn à sa musique vocale. Peut-être son génie est-il gêné par les paroles ; beaucoup de cantatrices ne sont pas satisfaites de sa façon d'écrire pour les voix. Le théâtre n'est pas son affaire -. »

A ces derniers mots, « les meilleurs critiques » du xx^ siècle ne verraient rien à changera Nulle part, dans les opéras de Haydn, le formalisme conventionnel de l'école de Hasse ne se trouve compensé par un développement intéressant du rôle de l'orchestre , tel que l'on croirait pouvoir le découvrir, au moins par éclairs, chez l'un des créateurs du quatuor et de

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