DU TROISIÈME FASCICULE
Après une interruption de plusieurs années, due à des circonstances diverses et en particulier au départ du Japon du rédacteur en chef, la publication du Hôbôgirin est reprise à Paris, où elle se poursuivra dorénavant. Les collaborateurs japonais ayant achevé leur part du travail en 1933, l'ensemble des matériaux préparés par leurs soins a été apporté en France par M. J. HASU- ZAWA, qui a passé à Paris, grâce à une bourse d'études accordée par le Gouvernement Français, une année et demie pour revoir, compléter et mettre au point ces matériaux avec le rédacteur en chef.
La mort de Sylvain LE VI, survenue le 31 octobre 1935, est pour le Hôbôgirin une Perte irréparable ; on s'efforcera néanmoins de mener à bien cette œuvre qui lui tenait à cœur. Il avait pu parcourir le manuscrit du présent fascicule, avant sa remise à l'imprimeur en juillet 1935. MM. A. FOUCHER, H. MASPERO et P. PELLIOT, membres de l'Institut, et M. J. HACKIN, conservateur du Musée Guimet, ont bien voulu accepter de former un comité de direction du Hôbôgirin pour remplacer Sylvain LÉ VI du côté français, M. J. TAKAKUSU, membre de V Académie Impériale du Japon, continuant à assurer la direction du côté japonais.
La publication de ce fascicule a été facilitée par une subvention du Gouvernement Français prélevée sur la Caisse des Recherches Scientifiques. On a bénéficié d'autre part de fonds provenant d'une donation faite naguère à Sylvain LÉ VI par plusieurs savants américains, notamment C. R. LANMAN et J. Haughton WOODS, en vue de la publication d'un Dictionnaire du Bouddhisme dont il avait été question lors des Assemblées Fédérales des Sociétés Asiatiques en 1919, 1920 et 1921.
Les articles rédigés par des collaborateurs non réguliers seront désormais signés. Dans le présent fascicule, l'article Chi (Jnâna) est dû à M. J. RAHDER, professeur à l'Université de Leide ; le reste est de la main du rédacteur en chef.
BUSSOKUSEKI
BUSSOKUSEKI
d'Adam, d'où le nom européen de la montagne. C'est un creux dans le roc du sommet ; on l'a orné d'une bordure de cuivre. Les Chrétiens l'attribuèrent soit à Satan, soit à Saint Thomas. Cf. Jarl Charpentier, Heilige Fussabdrûcke in Indien, Ost-Asiatische Zeitschrift, vu (1920), p. i sq., 179 sq., qui veut trouver dans ces empreintes gigantesques l'origine du nom pâli de l'Elephantiasis Arabum (enflure des extrémités inférieures ; en portugais, pejo do San Tome), sîpada <sk. *srîpada [mais le terme sk. est slîpada]. r-En Asie Centrale, près de Koutcha, une "pierre de jade" jaune clair portait une empreinte du B. longue de ip, 8, large de op, 8, qui rayonnait les jours de Sabbat, Ttt. 2087 1 (td. 1, 62). — En Chine, on montre actuellement en maints endroits des empreintes des pieds du B., mais plus ou moins tardives (Tokiwa et Sekino, dans Shina bukkyô shiseki ^ f £ #jj ffc £ JÊg, n'en signalent que des Ming et des Ts'ing). Au vne s. on en connaissait deux dans les environs du temple d'Asoka près de Ning po, l'une du pied gauche, l'autre du pied droit, distantes de 37 Lieues, Ttt. 2106 1 (405 a) ; la première se voit encore : c'est une fente naturelle dans un rocher (cf. Maspero, BEFEO, XIV, vin, 49). En 840, le pèlerin jap. Ennin PU -£ en vit une autre au Godaizan (Wou t'ai chan) ; sur le talon était gravée une inscription d'après laquelle cette empreinte était la copie d'un estampage levé en Inde, dans un temple d'Asoka, par une ambassade chinoise envoyée au cours des années 627-650 pour porter un Froc aux lieux saints ; les dimensions de cette empreinte originale) ajoutait l'inscription, étaient de ip, 8 sur op, 6, et l'estampage en était conservé à la capitale (Ngjg. 239 b). Ces dimensions correspondent à celles de l'empreinte de Pâtaliputra, rendue célèbre en Chine par les récits des pèlerins [cf. sup.] ; quant à l'ambassade que mentionnait cette inscription, il dpit y avoir confusion entre celle qui, d'après Ttt. 21J22, aurait apporté de l'Inde, en 648, la copie d'une jempreinte [cf. Pelliot, T'oung Pao, 1912, p. 378-380], et l'ambassade de ôgensaku (Wang Hiuan ts'ô) 3Î î£ 5H qui porta un Froc en Inde en 657 et rapporta de Bodh-Gayâ, en 662, la copie d'une image du Bs. Sâkya [Pelliot, ib. 1923, p. 270 sq.]. Un ouvrage ch. de l'époque des Cinq Dynasties, daté de 954, rapporte qu'on voyait à cette époque au Gyokkaji ( Yu houa chan) ^ jpl |||f temple au Nord de Chôan (Tch'ang ngan) ^;$ où travailla et mourut (en 664) le pèlerin Genjô (Hiuan tsang) ^^, une empreinte gravée sur pierre, avec une inscription : cette empreinte, avec son ornemenjtation, passait pour être imitée d'un dessin ou d'un estampage rapportés de Pâtaliputra par Genjô (Hiuan tsang) en 645 [cf. Naitô Tôichirô ft$jjj|s — &B
dans la revue Tôyô bijutsu jftv^f- 41 Hf, n° x, (mai 1931), p. 1-16]. Cette tradition s'est perpétuée en Chine, et toutes les empreintes décrites par Tokiwa et Sekino reposeraient, d'après les inscriptions qui les accompagnent, sur un modèle indien rapporté par Genjô (Hiuan tsang). — Au Japon, la plus ancienne empreinte des pieds du B. est celle qui fut gravée en 752 sur une pierre conservée au Yakushiji ^ fjiîi ^, près de Nara (fig. 67, sup. p. 188). L'ornementation de cette empreinte est du reste identique à celle qui figure, gravée au trait, sur la plante du pied gauche de la grande statue en bronze de Bhaisajyaguru, dans le même temple ; cette statue date de la fin du vne siècle (680-697), elle est donc antérieure à l'empreinte sur pierre [cf. Naitô, loc. cit., fig. p. 14]. L'empreinte mesure, pour chacun des deux pieds, ip, 57 sur op, 53 ; elle est surmontée d'une stèle sur laquelle sont gravés 21 poèmes jap. écrits en "manyôgana" (caractères ch. employés pour transcrire phonétiquement les mots jap., comme dans le Manyôshû J| m Ht)- Ces poèmes sont attribués à l'impératrice Kômyô jfc Bft (701-760) : 17 célèbrent l'empreinte, 4 portent sur la Transmigration ; ils comptent parmi les plus anciens monuments de la langue jap. Quant aux empreintes elles-mêmes, assez abîmées, elles sont décorées de la Roue, du double poisson, d'un vase à fleurs, d'un foudre, de motifs en forme de coquillages, etc. et, sur le talon, d'un emblème qui est sans doute le "signe de la coiffure de Brahmâ" [cf.. sup.]. Sur le pourtour de la pierre est gravée une inscription en ch., dont on trouvera un déchiffrement soigneux dans Dnbz. cxvm, 292-296. Cette inscription rappelle la plupart des passages de T. 643 et Ttt. 2087 cités ci-dessus, puis ajoute que l'empreinte fut gravée en 752, par les soins d'un seigneur jap., d'après une copie qui avait été rapportée de Chine par l'ambassadeur Kibumi Motozane (?) ^ ^ ^C *gjf ; copie reproduisant, dit l'inscription, un modèle rapporté de l'Inde Centrale par Ogensaku (Wang Hiuan ts'ô) et qui était conservé au Fukôji ^ jfc ^p en Chine. C'était là [cf. Naitô, loc. cit.] le nom d'un des principaux temples de Chôan (Tch'ang ngan) ; fondé en 631, il reçut au vme siècle les noms de Chûkôji t|J H-^F puis de Ryûkôji H'| jfe ^f ; le nom de Fukôji se retrouve dans un ms. ch. du Shôsôin [cf. N. Sasaki fëfè7fcfê$i Zuikyô pff jj&, Tôkyô, 1929]. Quant à l'ambassade jap. qui rapporta de ce temple le modèle de l'empreinte, c'est vraisemblablement entre 653 et 671 qu'elle se serait rendue en Chine [cf. Naitô, loc. cit., et aussi un article de T. Itabashi $t ^îf fô fT dans Tôyô bijutsu, n° 1 ( avril 1929), p. 68-70] ; elle était accompagnée du moine jap. Dôshô iftflS. qui fré-