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Hebbel

Notre époque de spécialisation à outrance ne manifeste pas seulement sur le terrain économique ses tendances essentielles; elle les suit également dans le domaine de la critique littéraire. Tant qu'il s’agit d'un classique du « régime patriarcal », nous consentons encore à le faire bénéficier d’un traitement de faveur. Ainsi, en entendant nommer Gœthe et Schiller, nous ne songeons pas tour à tour à un poète lyrique et à un dramaturge, bien que la nature de Gœthe soit foncièrement lyrique, celle de Schiller, par contre, essentiellement dramatique. Nous nous rappelons que Schiller n'a pas uniquement composé des drames, mais aussi de nombreuses poésies lyriques, d'importants ouvrages historiques, de célèbres traités de critique littéraire et qu'il y aurait ingratitude et sottise à négliger sa précieuse autant que volumineuse correspondance. Quant à Gœthe, il n’est pas un écolier, de nos jours, qui n'apprenne, presque en même temps que son nom, le caractère éminemment universel de son génie, de son activité et de sa production. Mais qu'on nous parle d’un écrivain du xix° siècle et à plus forte raison d’un auteur moderne, notre premier soin est de lui assigner une « spécialité » : le rangerons-nous parmi les poètes lyriques, ou le déclarerons-nous dramaturge, ou sera-t-1l institué romancier ?

Il n’est pas un poète à qui cet esprit de classification systématique ait porté plus longtemps préjudice qu'à Christian Friedrich Hebbel. Sa vie durant, les circonstances le desservirent comme poète dramatique ; longtemps après sa mort, ses compatriotes ne parurent le connaître qu'en tant que poète dramatique. De son vivant et jusqu'à la fin de sa car-

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