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VI ‘ INTRODUCTION

rière, il suffit d’un rival, médiocre mais puissant, pour barrer obstinément la route à ses drames; il lui fallut un effort constant de création désintéressée et une persévérante tactique de résignation et d’aitente pour, finalement, conquérir de haute lutte la renommée et laisser en quelque sorte forcer par elle la porte des succès futurs. Mais à l'instant même où ses contemporains couronnaient Hebbel poète dramatique, où le duc de Weimar le proclamait « prince de la pensée » et traitait avec lui de « trône à trône », où la jeunesse organisait en son honneur d’enthousiastes manifestations, où ses adversaires n'avaient plus qu'à s’incliner, la mort déjà faisait signe et il ne restait à prononcer que l’adieu de mélancolie suprème : « Tantôt c'est le vin qui nous manque, tantôt c'est la coupe ». Cette consécration tragique n'épargna pas au poète une injustice posthume aussi grande que celle qui avait assombri ses dernières années : en vain il avait composé, à part ses drames, trois recueils de poésies lyriques, des nouvelles et des fragments de toutes sortes, de nombreux aphorismes, quatre volumes de Tagebücher et une importante correspondance, il restait aux yeux de ses compatriotes poète dramatique génial, mais sans plus *.

La publication des Tagebücher en 1885, mais surtout l'entrée dans le domaine publie des œuvres, en 1893, ouvrirent une ère plus équitable. On se remit à considérer Hebbel en étudiant non plus seulement ses drames, mais l’ensemble de sa production. Dix ans plus tard, R. M. Werner commençait à publier son édition critique. Dès lors, la réhabilitation de Îa « personnalité totale » du poète était assurée. Plus récemment encore et à l’occasion du centenaire, Paul Bornstein entreprit la publication d’une nouvelle édition critique, établie selon la plus rigoureuse classification chronologique. Entre ces deux éditions modèles, la critique moderne ne pouvait manquer de « découvrir » Hebbel. Il se peut même que la mode s’en soit mêlée et ait activement collaboré à la propagande. À ne considérer que les résultats, rien de moins déplorable : il était logique qu’une époque marquée au sceau génial d'un Ibsen et d’un Nietzsche se préoccupàt de restaurer le culte de l’individualité et rien ne pouvait mieux servir le prestige de Friedrich Hebbel.

1. Hebbel, de même qu'il affirme, au début de sa carrière, sa certitude d'avoir un jour un biographe, se prédit à lui-même le sort qui l'attend et la réparation lointaine mais glorieuse: cf. les lignes par lesquelles il ouvre son Tagebuch et T., 109, 919 (23 mars et 24 octobre 1835; 22 octobre 1837); cf. encore la lettre du 15 février 1853 (Neue Hebbeldokumente, 72-79) :

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