XIV, 167-195; XVI
9. Gæœthe à Schiller, 17 août 1794; à Zelter, 1* septembre 1805, et 27 mars 1830.
10. Gespräche, 29 octobre 1823; cf. V. Hehn : über Gœthes Gedichte, op. cil., PAROLES
11. Jbid., 18 septembre et 29 octobre 1823. De plus, Gœthe indiquait qu’en choisissant le particulier sain et normal, l’artiste n’aurait point de peine à
qu'un voulait mépriser les arts sous prétexte qu'ils ne font qu'imiter la nature, on pourrait répondre à cela. que les arts n’imitent pas précisément ce que les yeux aperçoivent, mais qu'ils remontent Jusqu'à ce principe rationnel qui est l'essence de la nature et la norme selon laquelle elle agit! ». En ce sens, il ne saurait y avoir tâche plus haute, pour l’art comme pour la nature, que « de donner une forme et une forme spécifique de façon que chaque être devienne, soit et reste quelque chose de particulier et de significatif? », Gœthe résume lui-même les trois phases de la création poétique : perception du particulier, perception du général, synthèse. Chacun, ajoute-t-il, voit le sujet; le contenu n'est saisi que par ceux qui le recherchent; quant à la forme, elle reste un secret pour la plupart?.
Comparons Hebbel. Il insiste, lui aussi, sur l'importance du métier en poésie comme dans les arts plastiques, se préoccupe des rapports des différentes branches de l’art, s'intéresse à l’architecture comme à la sculpture et à la peinture, réfléchit, en particulier, sur les œuvres des Egyptiens‘. Il va jusqu à affirmer qu’un travailleur médiocrement doué, mais consciencieux et persévéran, pourra de temps en temps produire des œuvres acceptables, « car ce qui dans l’art est métier est certes infiniment plus haut que tout autre métier”. » Schlegel avait raison de voir dans la forme le mérite suprême du Wilhelm Meister, et quel soin minutieux cette œuvre ne dissimule-t-elle pas sous son apparente simplicité7! La forme est le tout de l’art5. « À mes yeux, écrit Hebbel, la forme est expression de la nécessité; elle est donc, au sens le plus vrai du mot, ie fluide conducteur qui, par le médium de l'esprit humain, dépose sa force la plus intime dans une œuvre d’art. Il est vrai que, pour l'esthétique courante, elle est quelque chose de beaucoup plus simple et consiste en rimes de mirliton et en cabrioles métriques $. »
Le lyrisme reste toujours, pour Hebbel, avant tout mise en forme, délimitation *. C’est aussi, ne l’oublions pas tout à fait en songeant uniquement à Gœthe, l'esthétique d'Uhland : « L’essence de la poésie, disait le maître souabe, — et on doit la retrouver, dans
représenter du même coup le général, c’est-à-dire la norme : « Der Poet soll das Besondere ergreifen, und er wird, wenn dieses nur etwas Gesundes ist, darin ein Allgemeines darstellen. » Zbid., 11 juin 1825.
1. Gœthe à Zelter, 1* septembre 1805. — 2. An Zeller, 30 octobre 1808 (cité par Hebbel : T., 201); cf, an Zelter, 27 mars 1830 (cité par Hebbel : T., 263); cf. Gespräche, 29 janvier 1826, et supra, 81, et n. 1.
3. Maximen und Reflexionen, 182. — 4. T., 151, 220, 262, 371, 374, 715, 1524. HAT. 1208 0 6, T.: 1131. = 7, T., 1370, 1588: Bw. J, 344, etc.
8. Bw., I, 344; cf. T., 1588 et 2397; cf. l’idéal esthétique de Gœthe : italien. Reise, 6 septembre 1787 : « Alles Willkürliche, Eingebildete füllt zusammen, da ist die Notwendigkeit, da ist Gott»; cf. V. Hehn, op. cit., chapitre Gleichnisse,
9. Cf. supra, 168 et 173; cf. T., 111; cf. T., août 1840 (2081) : « Ein lyrisches Gedicht ist da, sowie das Gefühl sich durch den Gedanken im Bewusstsein scharf abgränzt ». T., 2238; Ueber Kürner und Kleist, W., IX, 35; Telegraphenaufsätze, W., X, 338, 376, 377, 378, 381-384, 390, 391, 401 el 402; 405; cf. V. Hehn, Ucber Gœthes Gedichte, 64, 65 et suiv., et Scheunert, Pantrag., 225 : Gefühl und Reflexion als Stoff und Form der Lyrik.
tous les genres littéraires — c'est que l’idée et la forme sont indissolublement unies en un organisme vivant! ». — « Seulement, remarque Hebbel, le poète lyrique est strictement réduit au symbolisme intérieur : la poésie lyrique est absolument comme un plongeon en vue d’un sondage dans les richesses de l’âme; elle doit découvrir les sources cachées de l’homme et n’a pas à s'occuper de l'univers, mais uniquement de son image dans l'esprit et le cœur?. » C’est bien la formule gæthéenne : atteindre, par l’intermédiaire du particulier, le général*. XNA
De ce qu'aux yeux de Hebbel, le lyrisme reste plus que Jamais l'expression, ou mieux, l'indication d'un état d'âme, il ne s’ensuit ancunement qu'il se fasse personnel. Sur ce point nous trouvons dans sa correspondance la déclaration la plus catégorique. « En moi, écrit-il le 29 décembre 1838, les rapports du poète et de l’homme sont tout à fait étranges. Pour des souffrances qui ne me concernent pas, je trouve facilement le mot libérateur, mais ce qui me bouleverse moi-même puissamment et m'emplit l’âme, je ne puis jamais le transformer en poésie ou bien cela n’est possible que plus tard, trop tard*. » Nous nous rappelons qu'à propos d'Uhland, Hebbel déclare avec insistance que les motifs du vrai lyrisme sont éternels5. Or, dans le tumulte d'une passion, en pleine exubérance de joie ou sous l’aiguillon cruel de la douleur, il manque au poète la clarté et le calme nécessaires à qui doit considérer toute agitation « sub specie aeterni ». Pour donner de la poésie vécue, il ne s’agit pas de puiser uniquement dans sa propre existence et de découper le plus consciencieusement possible des tranches de réalité"; n'importe quelle matière peut devenir poétique, mais pas n'importe comment : la souffrance, par exemple, mais dans la mesure où elle est intérieurement productive’. Le souci de la beauté n’interdit pas au poète lyrique de pénétrer « dans les régions sombres » du frisson et du pressentiment, mais il lui prescrira jusque dans ce domaine la conduite à observer : il évitera l'arbitraire, le fantastique et le mauvais goût, en se laissant guider par « la voix du peuple et la légende », en se maintenant toujours en contact àvec la nature et l'humanité, considérées dans leurs élémenis durables et généraux $. Le lyrisme, en un mot, doit être cosmique”. Comme représentants de ce panthéisme esthétique Hebbel cite toujours Gœthe et Uhland !, et pour lui, il déclare que le monde et la vie n'existent que par l’art'!,
Les formules de sa technique sont absolument identiques à
1. Holland, op. cit., 32, — 2. Telegraphenaufsätze, W., X, 401, 402; cf. T.,
2034, 2300. — 3. Cf. T., 2981; cf. V. Hehn, Ueber Gæœthes Gedichte, op. cit., 66 et 67. —"4, Bw.. I, 375.
5. T., 1083; cf. Gæœthe à Eckermann, 18 janvier 1895 : « die Welt bleibt immer dieselbe.. ».
6. T., 110, 136, 1711; Bw., I, 253; cf. Gœthe : « die Wirklichkeit soll die Motive hergeben, die auszusprechenden Puncte, den eigentlichen Kern, aber ein schônes, belebtes Ganze daraus zu bilden, ist Sache des Dichters ». (Gespräche, 18 septembre 1823.) — 7. T., 1482; on songe ici aux théories développées dans les Wanderjahre. — 8. T., 93, 1055; cf. W., X, 416. — 9, T., 4707. — 10. T., 244; Bw., L, 102. — 11. T., 417; cf. Schiller à Gœthe, 18 juin 1797.
celles de Gœthe, et n'est-ce pas un peu parce qu'il en a conscience quil insiste tant sur l’immutabilité des règles de l'esthétique depuis que les anciens les ont définies 1?
Partir du particulier?, atteindre l’universel ? .—— réaliser ainsi, comme la nature, le mystère de l’individuation ‘. Et il résume presque dans les mêmes termes que son grand modèle les phases de cette mise en forme : « Avant que le poète ne réalise rien, une double opération doit avoir lieu : la matière brute doit se résoudre en une idée et l’idée à son tour se condenser en une figure‘ », La forme est l'équilibre, l'harmonie de ces deux éléments. L'artiste atteindra donc par induction à la loi générale, mais n’en donnera dans son œuvre que l’incarnation concrète et vivante. Hebbel mettait, à cette époque, tous ses soins à ne jamais employer de formule générale qui eût pu sentir la métaphysique ou la prose et dérouter une âme ingénue, fraîche, simple, normale. Il en prend à témoin Elise avec un sérieux et une insistance un peu naïfs'. L'’objectivité absolue n’est pas possible, ille sait bien, mais du moins l'artiste s'efforcera de représenter, non pas un schème purement intérieur, abstrait, sans couleur ni vie, mais la chose même, telle qu'il la voit et dans son atmosphèref. La poésie sera ainsi un miroir de la nature, comme chez Shakespeare, ou de la civilisation humaine, comme chez Calderon *. Ce n’est que dans ce sens que Hebbel aperçoit dans le lyrisme l'expression suprême d’une nationalité (l'Allemagne étant la nation lyrique par excellence !°). Nous savons déjà que Hebbel était l'adversaire des poètes à tendance et des rimailleurs politiciens !,
Enfin, dans certains de ses aphorismes, Hebbel souscrit pleinement aux théories gœthéennes sur la correction de la nature par l'art ?. S'il n'hésite pas, nous l’avons vu, à mettre l'artiste audessus de l’art, d'autre part il est clair pour lui que l’art possède sur la vie une supériorité. Tandis que la vie n’est qu’une évolution illimitée et incessante, la forme d’art fixe les aspects de ces mouvements perpétuels et leur confère, en quelque sorte, une existence absolue, en les arrachant au torrent universel et en les isolant dans
3. T., 126: W., IX, 34; cf. T., 203% : « In jedem wahren Gedichte durchdringt sich das Allgemeinste und das Individuellste. Jenes giebt den Gehalt und dieses die Form. »
4, Bw., 1, 176,183, 227, 282, 303: T., 956, 1017, et surtout 2081 : « ein lyrisches Gedicht ist da, so wie das Gefühl sich durch den Gedanken im Bewusstsein scharf abgränzt ».
5. T., 1232: cf, 1761, 2318. — 6. T., 1761, 1798, 1896, 2587; W., X, 385.
7. Bw., I, 227; cf. Bw., I, 176; T. 956, 1408, 1636, 1731. Telegraphenau/sälze, W., X, 358, ligne 10 et suiv.; cf. V. Hehn, Ueber Gœthes Gedichle, 64, sur la « volksmässige Einfalt der gœtheschen Liedermuse ».
9. T., 259. — C’est encore à Gœthe que Hebbel emprunte les termes mêmes de l’antithèse : « Wie Natur und Poesie sich in der neueren Zeit vielleicht niemals inniger zusammengefunden haben als bei Shakespeare, so die hüchste Kultur und Poesie nie inniger als bei Calderon ». Cf. V: Hehn, Gedanken über Gaæthe, op. cit., 149,
10, T,,.1549, 1405; cf. W., X, 416. — 11- T., 1529. — 12. Cf. supra, 210,
leur perfection individuelle’. Hebbel ne se lasse pas de développer en de nombreux aphorismes et en métamorphores variées la grande devise de Gæœthe : Harmonie dans la Totalité ?.
Il n’est pas jusqu'à ses protestations d'autonomie vis-à-vis de Gœthe qui ne nous rappellent encore Gœthe. Pour établir son bilan de 1837, Hebbel écrit dans son journal : « Au premier rang des écrivains qui ont exercé sur moi une influence, je dois nommer Gœthe... ». Puis il se hâte d'ajouter : « Je me suis de plus en plus convaincu de la vérité du principe fondamental qui régit toute mon activité : chez l'homme, la lumière ne vient jamais du dehors, mais de l'aube qui se lève dans son propre cœur*... ». Gœthe avait déjà exprimé la même idée : « La question : quelle est la source du poète, ne concerne que le « quoi? »; pour ce qui est du « comment? », personne n’en saura Jamais rien “ ».
Dans tous les cas, nous pensons être maintenant en droit de conclure que, si Hebbel poète lyrique se refuse à reconnaître d'autres maîtres que Gæthe et Uhland, pour ces derniers il professe le plus sincère des cultes et tout son idéal est de marcher sur leurs brisées *. . Le centre de son esthétique semble bien être sa conception du rôle de l’idée dans l'art et en particulier dans le lyrisme. Ce serait une erreure grossière, de confondre, à ce propos; ce que l’on appelle « Gedankenlyrik » (poésie d'idées) et ce que Hebbel appelle « Poesie der Idee (poésie de l’Idée). La première, il l'oppose à la poésie de sentiments (Gemütspoesie) et nous lavons vu la lui subordonner complètement; l’autre, il l'oppose à la poésie de l'expression, l'identifie à la « Gemütspoesie » et elle est pour lui au cœur même de l’art". C’est en l’ « Idee » que s’incarne le
1. T., 2024, 2205, 2258; cf. Crœthe : « Wenn die gesunde Natur des Menschen als ein Ganzes wirkt, wenn er sich in der Welt als in einem grossen, schôünen, würdigen und werten Ganzen fühlt, wenn das harmonische Behagen ihm ein reines, freies Entzücken gewährt, dann würde das Weltall, wenn es sich selbst empfinden kônnte, als an sein Ziel gelangt aufjauchzen, und den Gipfel des eigenen Werdens und Wesens bewundern ». Antikes, 46, 22.
2. T., 1535, 1717, 1804: W., X, 418. — 3. T., 552. — 4. Maximen und Reflexionen; cf. supra, 183 et n. 5.
5. Bw., I, 68, 74, 393, 401: II, 43, 66, 77, 160, etc.: T., 136, 1701, 1990, 2352, etc. Si le « consensus omnium » importait d'abord en matière esthétique, nul doute que le choix de Hebbel ne ralliât la presque unanimité des suffrages, au moins germaniques. La première place, incontestablement, revient à Gœthe. (V. Hehn à beau jeu pour l’affirmer après tous les autres.) Ueber Gaæthes Gedichte, 67 et suiv., et nous ne pensons pas que personne en France y contredise; cf. la conclusion d’Ernest Lichtenberger : Etude sur les Poésies lyriques de Gæœthe (Hachette). Quant à Uhland, il se trouvera peut-être maint lecteur français pour lui préférer Heine, que le même V. Hehn réprouve passionnément (Gedanken über Gœthe, 179, 180, 181). — Mais le public allemand souscrirait volontiers à ce jugement qu’il donne d'Uhland et qui nous rappelle presque les termes mêmes de celui de Hebbel (cf. supra, 119 et n. 2) : « In seinen Romanzen tritt die ganze Sittenwelt des Mittelalters und die mittelalterliche Volkssage vor uns hin; sie sind meistens so melodisch komponiert, die Zeichnung ist so duftig und flüchtig und doch so deutlich, der volksmässige Humor oft so graziôs-schalkhaft, dass wir dem Dichter in dieser Gattung den ersten Platz nach Gœthe einriumen müssen. » (Ueber Gœthes Gedichte, op. cit., 37).
6. Bw., I, 253, ligne 17 et suiv. Cf. supra, 194 et n. 6. — 7. T., 1054, 10°4,
« Geist » (il faut traduire par le vo des Hellènes); c’est par elle que le poète s’assimile, en quelque sorte, l’âme du monde, et en ce sens, la Réflexion, que Hebbel répudie comme stérile lorsqu’elle se confine dans la spéculation ou se disperse et s’égare en un naturalisme superficiel, ne sera au contraire jamais assez profonde à ses yeux, ni assez pénétrante, parce qu'’alors elle se confond avec l'intuition du Cosmos ?, que la Poésie qui en résulte agit sur l’homme dans sa Totalité*, et que le poète, tout en reproduisant les formes vivantes qui l’enchantent, nous montre l’évolution universelle et, sous l’écroulement indéfini des phénomènes, la permanence et la stabilité des lois “. | (
Mais Hebbel ira-t-il, comme Gœthe, jusqu'à devenir un fanatique de l’art antique? Son journal seul nous fixerait déjà à ce sujet. Sans doute, il copie des extraits du Winckelmann et se fait le champion de l'originalité de l’art grec; il cultive Socrate, Platon, dont le « Banquet » et « Phèdre » le ravissent, Homère, qu'il lit dans la traduction de Voss, et surtout les grands tragiques”. Mais avec la même ardeur qu'il met à défendre l’autonomie des Hellènes par rapport aux civilisations antérieures, il tient à revendiquer l’autonomie des modernes par rapport aux Grecs. À Hambourg, déjà, il s'efforce de « démontrer que nous comprenons mieux la nature que les anciens © ». Il raille les philologues qui voudraient faire sortir l’art moderne de l’art antique‘. Il condamne toujours limitation servile et en particulier l'emploi anachronique de la mythologie®, et se rapproche sur ce point des théories de Schiller, de Schlegel et des romantiques en déclarant que, « si l’art grec est supérieur à l’art moderne, il n’en est pas ainsi de l’artiste grec°». Or, nous venons de le voir, loin d’inféoder l'artiste à l’art, Hebbel le met bien au-dessus.
Son idéal nous semble donc bien exprimé par cette formule du journal : « art novantique, synthèse du moderne et de l'antique "? ». Mais l'étiquette seule est nouvelle et l'important pour nous est de revenir, pour apercevoir le « comment » de cette synthèse, à la personnalité du poète et à son œuvre.
Nous avons vu Hebbel, à Heidelberg déjà, condamner résolument l’allégorie !!. Il reprend à Munich cette critique en l’appli-
1. T.. 886 et 1716. — 2. T., 538, 966, 1355, 1738: cf. Fischer, 46-51. — 3. T., 646, 964, 1459. Cf. supra, 172.
L. T., 538, 714, 726, 1174, 1988, 1522, 1757; cf. Gœthe (Weimar, 1902), XLVIIT, 179 : « Das Schüne ist eine Manifestation geheimer Naturgesetze, die uns ohne dessen Erscheinung ewig wären verborgen geblieben ». œd
ST 66 070 Be TM CAN NX et 5 7 TE 18887; 1716. — 9, T., 149, 1143. — 10. T., 433, 2464; cf. Dr. Albert Malte Wagner : Das Drama Fr. Hebbels: chapitre : der novantike Stil, 314 et suiv.
11. T., 197; cf. T., 2002 (Hambourg, 1840) : « Allegorie entsteht, wenn der Verstand sich vorlügt, er habe Phantasie ». Cf. supra, 172.
quant aux poésies d'Oehlenschläger qu'il exécute impitoyablement?, il se déclare adversaire de l'abus des métaphores et des périphrases? et repousse également l’ingéniosité des poétereaux qui, ne pouvant arriver à déchiffrer l'énigme cosmique, nous proposent à la place leurs propres rébus, leur arbitraire transposition. Ce qu'il veut, c'est un symbolisme vraiment organique, expression d'une conception individuelle et originale du monde”. C'est de ce point de vue qu'il étudie et admire l'esthétique de Solger et, en particulier, ses idées sur l'ironie‘. Ce qu’à Hambourg il affirmait purement et simplement, lorsqu'il déclarait que le symbolisme est le tout de l’art”, se précise un peu dans sa poétique de Munich, quoiqu'il ne faille la donner, ni comme bien neuve, ni comme bien explicite. Il revient sans cesse sur la nécessité pour l'artiste de ne symboliser que ce qui est en voie d'évolution indéfinie et de montrer comment, dans l'univers et dans l’âme, la fin d’un mystère ne peut être que l'avènement d’une nouvelle énigme‘.
Pendant son deuxième séjour à Hambourg, Hebbel spécule toujours sur les antithèses : « Gedanke » et « Gemüt », conscient et inconscient, subjectif et objectif, individuel et général”. Il délaye la doctrine gœthéenne en bizarres et pédantesques dissertations. Ainsi la comparaison si vraie du maître sur les poètes qui font leurs chefs-d'œuvre comme les femmes mettent au monde de beaux enfants $, il ne se contente pas de la reprendre”, il la développe dans toute une série d’aphorismes que le critique n'a qu'à rassembler pour avoir, de la bouche même de Hebbel, tantôt les éléments d’une sorte de spermatologie métaphysico-esthétique, où il s’agit « de la matière qui forme l'univers », des « organes générateurs de l'humanité (entendez : les poètes !), tantôt une petite leçon d'obstétrique poétique, où 1l est question de germe, de cordon ombilical et de délivrance ‘1.
C'est aussi l’époque où sa pensée s'oriente de plus en plus vers un champ nouveau : le symbolisme grandiose de l’histoire représentée au théâtre, où il croit découvrir dans l’œuvre de Sophocle la fleur même de l’hellénisme et déclare que toute poésie est dramatique !. La poésie lyrique elle-même est dramatique parce qu'elle exprime l’engendrement indéfini de la vie, laquelle n’est qu’un incessant renouvellement. Les rapports du lyrisme et du drame passent maintenant au premier plan des préoccupations de Hebbel !?,
1. T., 594 = 2, T:, 1535, 1768. 3. W., X, 402; cf. T., 1767 et Scheunert. Pantrag., 235 : Vermeidung von Trivialitäten.
LB PIN XS 858 417 SAC Te 1007, O0 MOL6 ENS M, 126.6: T., 1471, lignes 82 et suiv.; 2014, 2258.
7. T., 1585, 1587, 1588, 1655, 1953, 2003, 2023, 2026, 2034, 2081, 2206, 2260 2265, 2300, 2365, 2374. W., X., 402 et 420 : Fragment (1841 ?). :
8. Cf. supra, 208, n. 4. 9. T., 1018; cf. Lyrik und Lyriker, 554, le motto de Hebbel. — 10. Tibal, op. cit., kh9: cf. T., 2989, 2595. — 11. JZbid., k4G.
12. Bw., 1, 72; D (1024), 2079, 2216, 2275, 2405, 2419, 2393, 2405, 2537. — 13. T.,1548, 1585, 1781, 1897, 1953, 2365, 2449, cf. supra, 195.