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Les esthéticiens avaient, du reste, peut-être autant de part que la lecture des œuvres mêmes dans le culte que Hebbel professait désormais pour Gœthe. Il connaissait non seulement les célèbres lettres dans lesquelles Schiller s'efforce de définir son grand ami,
-et les fameuses dissertations de Fr. Schlegel sur le génial auteur
de Wilhelm Meister’, mais sans doute aussi la récente apologie de Gutzkow : Ueber Gaœthe im Wendepuncte zweier Jahrhunderte*, et en 1838, il lit volume par volume les traités de Solger”’. Rien d'étonnant donc à ce que Gœthe prit dans l’esprit de Hebbel une autorité chaque jour plus forte et telle que l’on peut dire que le
‘disciple est comme hanté et possédé par l'esthétique du maître de
Weimar. +
Aussi ne convient-il pas de s’en tenir à telle ou telle vue de détail qui leur serait commune. Nous avons vu, par exemple à propos de la ballade dramatique, Hebbel lui-même en faire les honneurs à Uhland avec, sans doute, une arrière-pensée de satisfac-
MDI CRUE, 278; 10h 1Bw. 178207), 212 0560, 040: Br, 112176. — 3BwW., 1,159. . : :
4. T., 868; cf. 2149 : « nur Gœthe in seinen Jugendliedern, stellt die reine Seligkeit, die Seligkeit an sich, die aus dem Daseyn selbst entspringt, dar ; andere nur die errungene Seligkeit »; cf. Bw., I, 140 et note « wie lebt das Wasser in Gœthes Fischer ». EAU :
5. Bw., I, 68; cf. supra, 80. — 6. Schiller, Briefe an Gæthe, 23 et 81 août 1794; 7 janvier 1795. Je ee
7. Ur. Schlegels Jugendschriften, hrg. v. Minor, I, 114-116, IT, 165-182; 376 ; 381, 2. — 8. Guizkows ausg. Werke, brsg. von Houben, Bd VIII, 230-314.
9, Nachgelassene Schriften, cf. sur Gœthe, I, 179-180 (la Nature remplace chez Gœthe l'antique Destin), I, 122-123 (apologie de la perfection gœthéenne).
tion personnelle. Mais il ne serait pas difficile d'établir avec. Gœthe le rapprochement des théories. Lorsque Hebbel écrit, bien plus tard, il est vrai, en 1853 : « le lyrisme atteint son apogée dans la ballade chantée, qui est à la fois épique, dramatique et musicale? », il ne fait que développer des thèmes analogues de 1840 ?, lesquels ne sont eux-mêmes que la reprise des théories gæthéennes dans cette correspondance avec Zelter que notre poète lisait assidûment *.
Mais le parallélisme dépasse de beaucoup la ressemblance fortuite ou la similitude consciente de détails isolés. C’est l’esthétique entière de Hebbel qui est tout imprégnée de celle de Gœthe ou pour mieux dire calquée sur elle : semblable conception de la Nature de l'Art et de leurs rapports; mêmes idées sur l'origine et la marche de l'inspiration poétique; développements identiques sur la technique. à
« L'homme, écrit Gœthe à Zelter, a reçu de la nature la tierce mineure (la volonté) pour exprimer l’ineffable, le nostalgique avec la plus intime satisfaction. L'homme est partie intégrante de la nature et c’est lui qui est capable de percevoir les plus subtils rapports de tous les phénomènes élémentaires, de les régler et de les modifier ÿ. » « La nature, reprend Hebbel, a donné à I homme la volonté, afin de continuer par ses propres forces, si par hasard elle le laisse en panne à mi-chemin. » Et, comme Gœthe, il aperce-vait la véritable liberté dans cette faculté poétique et l'opposait, comme Gœthe, à son simulacre : la liberté politique. e
Gœthe mettait son orgueil et son humilité à « laisser parler en lui » la Nature. Hebbel lui accorde le témoignage qu'il y a pleinement réussi : « Heureux seul est celui en qui la nature agit en quelque sorte immédiatement et sans se voir opposer les barrières individuelles, comme en Gœthe et Shakespeare? ». Et ailleurs, il complète ainsi cette déclaration : « De nos jours on ne devrait point écrire, à moins d'être un Shakespeare ou un Gœæthe 1°. Rien de plus vil et de plus ridicule qu'un poète homme d’affaires !. Hebbel ne s'intéresse qu'à l’art désintéressé !?, bafoue la production indus-
1. Cf. supra, 192. — 2. W., XII, 70; cf. Oskar Walzel (Deutsche Rundschau, mars 1913, p. 439). — 3. « .. Das Lied ist ein dem Herzen abgelauschtes Selbstgespräch, Ballade und Romanze geben die Wechselrede zwischen dem Herzen und dem Geschick. » (W., X, 402): cf. « die Ballade sollte immer von dem geheimnisvollen Hauch erfüllt seyn, der die echte Tragôüdie durchweht ». (W., NI 418) "efencore, Bw., L.: 183.
k. Cf. an Zelter, 26 août 1799; 12 décembre 1802; 12 juin et 30 décembre 1809.
5. 1bid., le 11 mars 1831. Ce passage n'est qu'un apercu des théories des Wahlverwandischaften que Webbel connaissait et par lui-même et par Solger. Nachselassene Schriften, I, 180. ‘
6. T., 1162; cf. 1163, 1864; cf, supra, 181 et Bw., I, 189. — 7. T., 140.
8. « Natur... sie hat mich hereingestellt, sie wird mich auch herausführen, ich vertraue mich ihr. Sie mag mit mir schalten. Sie wird ihr Werk nicht hassen. Ich sprach nicht von ihr. Nein, Was wahr und falsch ist, alles hat sie gesprochen. Alles isL ihre Schuld, alles ist ihr Verdienst ! » (Die Natur, II, 11, 9.) C£. Gespräche, 23 février 1831; an Zelter, 31 mars 1531. /
9. T., 115, — 10. Bw., I, 218: cf. Bw., 1,225. — 11 T., 195,459. "197 Bw. 1275809 VERS 202 MIO 77 MORTE à
trielle de certains poètes !, méprise les coteries et proclame l’indépendance hautaine de tout artiste de valeur ?; comme le héros, le poète est au-dessus des intérêts, des modes et des contingences mesquines et même les flèches du premier amour sont inoffensives pour lui?; il ne vit que pour son art, le met au-dessus de tout, lui consacre un culte; car la poésie représente la vérité humaine la plus haute, la sphère supérieure où s’épanouissent en une harmonie suprême toutes les facultés de l'âme et celui qui s’y voue peut et doit lui faire, en quelque sorte, don de lui-même ‘. « La poésie est ma religion, écrit Hebbel à Uhland, et me conduit à la vérité; ce qui améliore mes poèmes, m'ennoblit moi-même’. » Bref, il se fait le champion de ce qu'on pourrait appeler le droit divin des poètes et déclare que toute poésie est une révélation par laquelle le poète se fait le représentant de l'humanité éternelle, de ses joies, de ses douleurs, de ses angoisses et exprime quelque mystère profond, conditionnant une existence ou une de ses phases °.
Ici encore, qui ne reconnaîtrait les idées et presque les expressions gœthéennes sur les rapports de l’art avec la religion et la morale 7? Pour Gœæthe, l’art n’est pas immoral, il est l'expression la plus pure de toute moralité. Il crée, comme la nature, sans poursuivre de finalités $ et cependant ses créations sont belles et bonnes comme celles de la nature et pour les apprécier les unes et-les autres, il ne saurait y avoir qu’un seul mot d'ordre: santé?!
Hebbel lui aussi pense que la poésie est partout et se rencontre jusque dans les manifestations les plus ordinaires, jusque chez les représentants les plus humbles de la vie de tous les Jours et qu'il serait absurde de concevoir l'art comme transcendant par rapport. à la nature !°. L'activité poétique n’est, après tout, qu’une illusion, un pis aller, le moins décevant des mirages sur la route des mystères !!. Hebbel se rend compte que sa prédestination le condamne, nouveau Tasse, à ressentir plus vivement toutes les douleurs, de même qu'elle l’initie à de plus hautes joies ©?. Mais il sait très bien aussi qu'il est beaucoup plus facile à l’homme sain de trouver sa voie dans la nature que dans l’art et il reconnaît « qu'une seule rose vaut mieux que toutes les œuvres des poètes bons ou mauvais 5»,
1. « Die Poesie ist, wie das Blut : wohl dem, der frisches Blut hat, aber man soll sich’s nicht abziehen, um es zu verkaufen. » (T., 2148.) — « Viele Poeten besingen Nichts, als ihre Speise; ist’s ein schôner Morgen, so dichten sie über den Morgen, sind sie in Rom, über Rom. » (T., 2351.)
9. Bw., LE, 70, 130, 141, 201, 287, 339, 344, 369, etc, — 3. T., 1112. — 4. T., 611, 1216, 1838, 2102, 2148.
5! Bw,, 1, 111, T., 1586, 1792, 1805, 1906, 2835: cf. Theobald Bieder, op. cit. 95-28. — 6. Bw., I, 176, 194: T., 645, 2024, 2169; W., X, 417. k
7. Cf. Gespräche, 2 mai 1824; an Zelter, 18 mars 1811; calienische Reise, 6 septembre 1787; cf. Victor Hehn. Gedanken über Gœthe, op. cit., Gæœthe und das Publikum, 116 et encore 153, 154, 195.
8. An Zelter, 29 mai 1827; 29 janvier 1830; 8 juillet 1831. ,
9. Schiller à Gaæthe,7 janvier 1795; Gespräche, 24 juillet 1827; 2 avril 1829; cf. Hebbel, T., 1772 et supra, 181.
10. T., 737, 750, 2061..— 11. Bw., LI, 108. — 12. Bw., II, 109; T., 2143, 2267. — 13. T., 949; Bw., I, 108.
Donc, si l’art s'élève au-dessus des phénomènes par la synthèse et l'ironie, il faut cependant bien se garder d'oublier qu'il n'est qu'une émanation de la vie et ne saurait être supérieur à l'homme qui l'élabore. La poésie ne peut être que le fard de la vie, elle cherche à en rehausser les couleurs !. Mais cela ne veut point dire
qu’elle s’asservira à elle et se proposera un but éthique. L’artne
se confond pas avec la morale?. Îl est vrai que tout ce qui est susceptible de progrès ne peut que gagner à son rayonnement *, La vie du poète n'est point nécessairement un chef-d'œuvre, en
ce sens qu'il est moins à son aise au milieu des réalités pratiques
que dans le domaine des formes; mais au moins a-t-on plus de chances de rencontrer chez un grand poète une âme d’aristocrate qu'une âme poétique dans la poitrine d'un monsieur à particule *.
La santé, voilà donc le critérium suprême pour l'œuvre d'art comme pour la créature vivante: Est bon, ce qui est sain; est mauvais, ce qui est morbide, malade, caduc. Et, tout comme « le but de la vie est la vie elle-même * », l’œuvre d'art porte en ellemême sa propre justification. L'union de l’art et de la vie, de la poésie et de la vérité, Gœthe l’avait démontrée, non seulement par des théories, mais par son existence etses œuvres. Et c'est pourquoi toutes les doctrines romantiques le laissaient froid : il n’attendait pas des doctrines, mais des faits, ne demandait pas des auteurs, mais des hommes. Tout a été dit sur son antisubjectivisme. Gœthe appelle la subjectivité « la maladie universelle de l’époque actuelle 5 ». Hebbel se plaint de même qu'un individualisme sans contrepoids ni limites ait tout envahi et que tous les genres littéraires soient devenus subjectifs 7. Sa correspondance ne tarit pas à ce sujet.
Sans doute il ne saurait y avoir à ses yeux de dogmatisme en art et Hebbel affirme avant tout les droits imprescriptibles de l’individualismef. Maïs individu ne signifie pas pour lui original et bel esprit : toute affectation, toute enflure lui est odieuse* et nous avons eu l’occasion de voir quelle guerre il faisait aux demi-talents. Tout comme Gæthe, il attaque sans trêve les dilettantes !. Il ne peut souffrir ces gens qui se tiennent « à la limite de deux mondes », éprouve « du dégoût » contre « tout ce qui n’est que demi-talent » et
1. T., 746, 1469, 1532, 1805, 2179, 2299, 2949, 2330, 2595, 2946. — 2. T.. 1388, 1873. — 3. T., 1273. — 4. T., 138. — 5. Gœthe à Meyer, 8 février 1796.
6. Gespräche, 29 janvier 1826. Parlant d’un de ses protégés, Gœthe dit:
« er leidet an der allgemeinen Krankheït der jetzigen Zeit, an der Subjectivität, und davon môchte ich ihn heilen ».
7. W., VITE, 417. Vorwort (il y est question d'éviter le raisonnement, la dialectique, cf. W., VIII, 421 (où il s’agit de nécessité intérieure [innere Notwendigkeit], en opposition avec la confusion fondamentale de l’époque [principielle Verworrenheit der Zeit].
10. T., 441, 747, 748, 1732, 1804, 1941, 2351, 2377; cf. T'elegraphenaufsätze, W., X, 362, ligne 31 et suiv.; W., X, 375 et suiv.; W., X, 383, 4; cf. Gœthe, Schema über den Dilettantismus, 47, 299; cf. à Zelter, 26 octobre 1831, 24 août 1823: à Knebel, 19 août 1825. Westüstlicher Divan, Noten, 7, 111, 176. l'arbenlehre, didaktischer Teil, 1, 373; Sprüche, 48, 170, 210, 744, Gespräche du 12 septembre 1823 et 13 décembre 1826, ete. x
méprise cette « manie de génialité qui sévit aujourd'hui dans ce monde comme une fièvre contagieuse !». « Toute médiocrité en poésie, écrit-il, mène à l'hypocrisie du caractère et de la conduite ? » ; qui dit poète ne dit point poésie et si les rossignols le charment, il se rit des prétentieux coucous ?. |
Les coucous, ce sont, pour Hebbel, comme pour Gœæthe, avant tout les modernes et il n'hésite point, pour les exécuter, à reprendre la définitive sentence du grand classique : il voit en eux des malades *. Et il ne tolère pas plus le persiflage inconsistant et léger que ne lui en impose la haute pathologie; il dédaigne l'inspiration de mots ÿ. Il ne veut point d’à peu près en art, pas d’analogies et rejette la littérature française contemporaine qui, d’après lui, s'appuie sur trop d'hypothèses au lieu d’avoir en elle-même son centre de gravité®. Le vrai poète est sévère pour ses propres œuvres parce qu'il se fait de son art une idée sérieuse et hauteï.
Gæœthe avait opposé au jeune Schiller une fin de non-recevoir absolue parce qu’il le trouvait trop subjectif $ et, plus tard, s'était détourné du romantisme, dès qu'il y avait flairé la morbidesse, l’aveulissement, la décadence ?. Hebbel, nous l'avons vu, désavoue de même Schiller et les romantiques, et pour les mêmes raisons 1°. Il a maintenant, lui aussi, la nostalgie, traditionnelle chez les classiques allemands, de l'Italie, et sans pousser, comme nous le verrons, aussi loin son hellénisme que Gœthe, il va élaborer à son tour dans ses aphorismes une sorte de théorie de l’art naïf.
« Toutes mes poésies, disait Gœthe, sont des poésies de circonstance, elles sont provoquées par le réel et y ont leurs racines. De poésies bâties en l'air de toutes pièces, je ne fais aucun cas !?, » Hebbel reprend : « La prose représente le pensé, la poésie le vécu. C’est leur différence fondamentale ©. » Et, de la même manière, il serait facile de rapprocher des théories gœthéennes à ce sujet de nombreuses citations de Hebbelt#. Mais laissons conclure Gœthe lui-même : « Qu'est-il besoin de tant définir? Sentir vivement une situation, et être capable d'exprimer ce sentiment, c’est tout l’art du poète ©. » Hebbel ne dit pas autre chose dans les nombreuses définitions qu'il ne se lasse pas de donner de son art en général et de son lyrisme en particulier !°. « Et puis, recomman-
1 D ETer ss "ST 717 — 207, 4971604, 1732: cf NW. X 88L. — k. T., 1804, 1399; Telesraphenaufsätze, W., X, 381; cf. Gœthe, Gespräche, 2 avril 1829. — 5. T., 1477, 1767. — 6. T., 908, 927.
7. T., 135; Bvw., I, 16, 97. Telegraphenaufsätze : Wissenschaft und Universität in threr Stellung zu den praklischen Interessen der Gegenwart. W., X, 364, ligne 23 et suiv. dé ol = 8, Gespräche, 14 novembre 1823, Schiller à Gæœthe, 19 mars 1799 et 20 février
1802. — 9, Gespräche, 2 avril 1829. — 10. Cf. supra, 187 et 198 et suiv. — MD 273Bw.,2178:
12. Gespräche, 18 septembre 1823; cf. an Zeller, 14 octobre 1821. Cf. V. Hehn, Ucber Gæœthes Gedichte, Gotta, 1911, p. 61 et suiv.
13. T., 1408, cf. Bw., I, 253, ligne 17 et suiv.; cf. Lyrik und Lyriker, 94, 101, 102, 243.
14. Cf. Gespräche, 29 octobre, 14 novembre et 4 décembre 1823; Hebbel, T., hi, 868, 891, 985, 1307 et 2415; Bw., I, 211, 401, etc. ne
15. Gespräche, 11 juin 1825. — 16. On peut, par exemple, ajouter aux citations
dait Gœthe, datez chacune de vos poésies... vous aurez ainsi, du même coup, un journal de vos états d'âme’. » Hebbel mit le conseil à profit. $
L'analyse des états d’âme, voilà donc, pour Hebbel,le domaine et la tâche du poète lyrique. La réflexion, la spéculation ne sont pas $on affaire. « Tout raisonnement (et on peut ranger sous cette rubrique également cetie poésie de contrebande que Schiller essaie d'introduire sous la marque du « sentimental ») tout raisonnement est unilatéral et ne fournit à l'esprit et au cœur d'autre activité que celle de la simple négation ou de la pure affirmation. Tout ce qui est réel et objectif, au contraire, (et il ÿ faut compter ce qu'on appelle les « Naturlaute » où se manifeste ce qu'il y a de “plus intime dans une situation où une individualité) est infini et ouvre à ceux qui y participent comme à ceux qui ny participent point les plus vastes perspectives ?. » Et si du Journal nous passons à la correspondance, c'est le même thème : « La vraie poésie n’a rien à voir avec ce qu'on nomme la pensée (Gedanken), qui, toujours, exprime seulement le rapport entre les objets, mais jamais l'âme même d’un objet; l’idée poétique (die poetische Idee) est le produit merveilleux d’une conception systématique de la vie et le poème est achevé lorsqu'il a réussi à révéler cette der nière à J'Âme; il n'a pas à se soucier du corbeau affamé qui crie toujours famine dès qu'il voit manger, l'intelligence (der Verstand *) ».
Un autre passage va nous découvrir (nous la connaissons d'avance) sa source : « [l y a des moments où l’homme, par l’action ou par la parole, exprime ce qu'il y à en lui de plus intime, de plus individuel, sans s’en rendre compte lui-même; la force du poète se manifeste en s'en emparant. C'est cela que Heïne appelle « Naturlaute » et Gœthe, naïveté‘. »
Les théories gœthéennes sur l'inconscient ne pouvaient manquer dans cette esthétique. Nous les rencontrons par exemple à propos de Platen : « Le « Gefühi » ne peut pas se prendre lui-même pour objet, il ne peut pas se sourire dans le miroir, mais le « Gedanke » le peut; en revanche, le « Gedanke » est plus plastique que le « Gefühl »; pour cette raison déjà, il devait prédominer dans la littérature ancienne. Le « Gemüt » comprend les forces cachées de l’homme et de ses facultés conscientes, les régions moins éclairées ; ce n'est que par le « Gemüt » qu'il se rattache au monde supérieur, sans lequel celui d'à présent serait vide de contenu et de sens. Le « Gemüt » se manifeste dans les divers états du « Gefühl » et ceux-ci, en tant que résultant de tels ou tels événements extérieurs et d'impressions naturelles, mettent les secrets les plus cachés du
référées à la note 14 de la page 205, les suivantes : T., 126; W., IX, 3 et 4. Cf. Scheunert, Pantrags., 223 el suiv.
1. Gespräche, 29) octobre 1823; —2. T°,.887;: cf. W.,:X,358,0377-378— 8, Bw., 1, 253;.cf. T., 1731, 2002, 2003, 2081, 2276; cf. Scheunert, Pantras., 234 : das Gedankenhafte in‘der Lyrik. È
4, T.,£68 ; cf. Scheunert, Pantrag., 231 : das Zusländliche und seine Behandlung.
cœur humain en contact intime et fécond avec la vie et l'univers. Entre le « Gedanke » et le « Gefühl » n'existe qu'un rapport de convention!. » ;
Nous n'avions pas besoin de toute cette dissertation pour nous représenter l'antithèse Schiller-Gœthe ? et le maître du chœur avait lui-même exprimé plus sobrement et plus clairement ce que, sans nul doute, il concevait mieux que son disciple : « Je crois, écrivait-il à Schiller, que tout ce que le génie produit naît inconsciemment, en tant que c'est le fruit du génie. Un homme de génie peut aussi agir raisonnablement de propos délibéré, mais c’est un domaine distinct. Aucune œuvre de génie ne saurait être corrigée par la réflexion *. » Hebbel atténue seulement la même formule.
Ce qui le frappe, c’est le jaillissement soudain et spontané de l’inspiration”. On ne fait pas de la poésie sur commande, comme Schiller se faisait gloire d'y réussir; il faut se garder d’abuser de l’introspection et ne pas plus confondre talent et génie que comédien et poètef. La poésie est un impératif catégorique, l’idée surgit des profondeurs de l'inconscient et, immédiatement, mène et possède l'artiste, car le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas'. Nous reconnaissons les idées d'Uhland'. Mais nous songeons également à ce que Gœthe disait de l'état d'âme ténébreux et fécond qu'il appelait « Dumpfheit » et auquel il devait, pensait-il, le meilleur de son œuvre”. Hebbel est si pénétré de cette foi qu’il ne dédaigne d'analyser aucun phénomène de la vie affective et attache en particulier une grande importance au rêve!?,
On naît poète, on ne le devient pas, c’est là une de ses affirmations les plus nettes!!. Se croit-il prédestiné ? Il ne craint pas de le déclarer : « Je sais que mon évolution, qu'il me faut d’abord, je
1. T., 1523. Le lecteur nous excusera d’avoir respecté le texte dans quelques antithèses verbales; notre langue se prête mal à la traduction de certain jargon esthétique. Est-ce effet d’entrainement? Il nous parait moins barbare dans sa langue originale. Cf. Scheunert, Pantrag., 225, Gefühl und Reflexion als Stoff und l'orm der Lyrik.
2. Cf. Schiller à Gœthe, 2 janvier 1798 et 5 mars 1799 et Gespräche, 14 no- -vembre 1823,
3. Gœthe à Schiller, 6 avril 1801; cf. V. Hehn, leber Gæthes Gedichte; op. cit., 63. — 4, « Der Verstand mag an einem entstehenden Dichterwerk manches wegnehmen, aber nie darf er etwas hinzuthun. » T., 2003.
5:00, 621; cf, W., X, 418. — 6: Bw., I, 132, 228: T., 704, 858, 1630, 1695. Telegraphenaufsälze, X, 376 et suiv. — 7. T., 441, 1014, 1570, 1585, 2205, 2595,
8. Cf. Holland, op. cit., 82; cf. Uhlands Gedichte, Vorwort, v. 39-40. — 9. Cf. dans une lettre à Merck : « ich mache manches in der Dumpfheit, was vielleicht wohl das Beste ist »; cf. la pièce Das Schicksal, 1776 :
« Du hast für‘uns das rechte Mass getroffen,
In reine Dumpfheit uns gehüllt,
Dass wir von Lebenskraft erfüllt
In holder Gegenwart der lieben Zukunft hoffen. »
Cf. Riemer, Mitteilungen über Gœthe, W, 34, Gœthes Ausspruch aus dem Tivffurter Journal : « Dumpfheit haben bloss gescheite Menschen, sonst ist’s Dummheit. Es ist die Qualilät aller Künstler und aller Liebenden, es ist der schüne zauberische Schleier, der Natur und Wahrheit in ein heimlich Licht stellt. » :
10, T., 868, 1265, 1385, 1386, 1390, etc. -— 11. T., 107; Bw., I, 56.
n’en doute pas, poursuivre sous beaucoup d'autres rapports, est achevée en ce qui concerne le lyrisme et que ce sont mes productions mêmes qui fournissent ce témoignage! ». C'est là un leitmotiv de sa correspondance et de son journal à cette époque. Il proclame
que le lyrisme est sa force et sa vocation, qu'il se sent solide de ce
côté, que toutes les épreuves réservées au poète, il les accepte avec
joie parce qu'il sait qu'en revanche l’âme du poète est le refuge de
la divinité?.
Le poète doit donc, d’après lui, se taire tant que dans son sein le dieu demeure muet. Gœthe le pensait aussi. C’est sous l'empire d’une nécessité intérieure et parfois même au prix de mille tourments que, dès sa jeunesse et jusque dans sa vieillesse, il écrivait”. Il comparait le vrai poète aux femmes, qui mettent au monde de beaux enfants sans approfondir le mystère de leur naissance".
Nous nous rappelons la déclaration toute semblable de Hebbel à Munichÿ. Il y reste fidèle. C'est pour obéir au démon intérieur et non point pour complaire à un méprisable public qu'il continue à écrire. [l écrit comme le ver à soie fait son cocon et tisserait encore alors que le monde entier cesserait de porter des étoffes de soie. -
Mystère à l’origine de l’œuvre d'art, mystère dans son élaboration, mystère encore dans ses effets. Que le poète abandonne au critique le souci de dégager de ses éléments primordiaux l’idée centrale d'une œuvre et de faire apparaître clairement au dehors son évolution interne : en art, au contraire, il importe que la mise en forme se dissimule, et elle y parviendra dans la mesure même du génie de l’artisteÿ,.
C’est que, quels que soient ses rapports avec la science, l’art ne saurait se confondre avec elle. Mais quels doivent être, aux yeux de Hebbel, ces rapports? Le 29 novembre 1836, il écrit : « Que personne ne méprise la science ou même n'ose lui refuser son culte; moins que personne, l'artiste, ce représentant de l’âme cosmique, chez qui création et acte créateur doivent se refléter l’un l’autre? », Gœthe pensait de même que, pour que l'artiste n'ait plus qu'à. secouer l'arbre, il lui fallait d'abord aider la venue et la maturité
des fruits par la belle ordonnance de sa vie, un effort patient et une culture universelle t?. :
PBw., 12253. — 2: Bw:, TL, 20; 38, 90,97, 111,193, 236, 253: IL MS, -etc.. T., 548, 1113, 1550, 1586, 1792, 1986, 2024, 2143, 2181, 2182, 2267, 2319. 3. À Zeller, 3 mai 1813 ; 22 avril 1898, Aus meinem Leben, L° partie, livre XVI. L, Gespräche, 24 février 1825; cf. Gespräche du 6 avril 1829 : « ich wüsste auch nicht zu sagen, wie ich dazu gekommen bin; wie uns denn dieses sechr oft geschieht ». La comparaison est du reste reprise par Hebbel, T., 1018. 5. CF. supra, 176. — 6. T., 1930. — 7. T., 2417; ef. Gœthe : Ich singe wie der Vogel singt, Der in den Zweigen wohnet Das Lied, das aus der Kehle dringt, Ist Lohn, der reichlich lohnet.
8. Bw., IL, 10, VIIT, 16, 38; T., 994, 1371, 2259; Teleoraphenaufsätlze, W., X, 357, 385, 386, 419.
9. Bw., 1, 120; cf. Bw., I, 261; T., 252, 253, 256, 265, 317. — 10. À Meyer,
Hebbel se plaint des lacunes de sa carrière d’autodidacte. Il écrit le 25 mai 1837 : « Je n’étudie qu’au point de vue de mes besoins intellectuels et point du tout en vue d'un but extérieur; je ne me prépare à aucun emploi, car jamais Je n'en chercherai ni n'en accepterai un; Je n’ai pas à me préoccuper d'une famille, bien résolu que je suis à ne jamais me marier; mais je m'applique sérieusement et fortement à acquérir des connaissances scientifiques, car, en un siècle qui n’est point voisin de la guerre de Troie, on ne saurait concevoir nul poète, que dis-je, nul écrivain, dépourvu de connaissances scientifiques. Un homme auquel les six siècles écoulés n'auraient pas légué un seul fenin serait à l'humanité ce que l'enfant est à l'homme‘. » Il précise encore dans une autre lettre de la même époque : « l'étude patiente et minutieuse ne saurait suppléer à l'inspiration, si celle-ci fait défaut; mais de là à la mépriser, il y a loin; elle est un organe de plus pour l’exploraion de l'infini. » Et puis, il importe de distinguer entre l'érudition scolastique et la science. « Et enfin, au- de de l'art et de la science, il y a l'artiste qui doit être un représentant? de l'humanité conçue dans son énergie et sa volonté vitales et dans l'ensemble de ses efforts ». S'enrichir d'un côté n’est pas forcément s'appauvrir d'un autre et le poète, qui a pour rôle d'exprimer les rapports les plus fugitifs et les plus délicats du moi et de l’univers, « ne doit se sentir étranger à aucune question concernant en quoi que ce soit l'âme et l'esprit ». Il lui faut parcourir l’un après l’autre les mille chemins du paysage cosmique avant d’en embrasser et d’en rendre le panorama. « C’est ce qu'ont bien senti tous les grands prêtres de l’art. Gœthe était une encyclopédie et Shakespeare est une source pour l'histoire d'Angleterre? »
Sur ce point Hebbel est intarissable*. Et il est clair que sur ce point encore c’est l’évangile gœthéen qu'il ne se lasse pas de précher5. Dans son journal il recopie le passage du Winckelmann où Gœthe célèbre en l'artiste de génie le faîte de la création, une nouvelle nature, supérieure à l’autre’. La même époque marque incontestablement l'apogée de l'humanisme de Hebbel : esthétique, scientifique, hellénisant et internationalisant, nous y retrouvons tous les caractères de celui de son grand maître”.
L'artiste donc, s'il doit utiliser la science, n’a pas à s’anéantir devant elle. Et surtout, qu'il se garde bien de faire parade de son érudition; elle ne doit fournir que les matériaux de son œuvre;
21 juillet 1797; cf. soore de Hebbel.:"T:,.71462—"1:Bw., 1, 207;:°cf. supra, 16 = RAICT Bw., I, 42. — 3. Bw., [, 210. Sur Shakespeare, cf, Gœthe : Skakespeare 70 kein Fhdel Bd XVI, Abt. I, p. 53, 57. Wülhelm Meisters Lehrjahre, livre LIT, chap. visx et xr.
LUB\w., 1140; T., 41, 140, 648, 746, 879, 894, 906, 913, 917, 1523, 1655, etc. — 5. Cf. R. M. Werner, Gæœthe Jahrbuch, XXV, 171-184.
G. T., 560; cf. Gæœthe, Winckelmann, ouverture de la division Antikes et italienische Reise, 11 août 1787.
7. Cf. T., 217 et Gespräche, k janvier 1827 et 17 février 1832; an Zelter, 23 février 1832, C£. V. Hehn : Gedanken Don ane op. cit., 116 et suiv. — 8.1,.4213, 2560 :0W.,,X, 385.
UWEBBEL. 1
l’âme en est impondérable, impalpable, diaphane: elle échappe à toute analyse : « Le suprême effet de l’art n’est possible que, s’il laisse une impression d’inachevé. Un mystère doit toujours subsister, ne serait-ce que dans l’obscure énergie du mot qui déchiffre l'énigme. Pour le lyrisme, cela est manifeste; que peut bien être une romance, une poésie, si elle n’est point incommensurable, si de chaque solution nouvelle apportée à l'énigme une nouvelle ne surgit pas!? » C'est là un des principes fondamentaux de son esthétique ?. Le mystère est, pour Hebbel, le dernier mot de la
oésie; « la beauté est la profondeur de la surface », tout ce qui n’est point illimité est trivial’. L'artiste est donc uniquement créateur, il évoque l'infini, mais ne saurait le comprendre et, à plus forte raison, l'expliquer.
Gœthe est par excellence l'évocateur de mystère, le sphinx poétique dont chaque énigme en fait naître d'autres indéfiniment, le grand charmeur dont la mélodie nous ravit et se prolonge en écho dans notre âme’. Mais notre poète avait trouvé également chez Uhland, sinon la théorie, du moins la mise en pratique d’une esthétique semblablef. Eichendortf en découvre le meilleur exemple dans la pièce Schäfers Sonntagsliedr.
Comme Gœthe, comme Uhland, Hébbel nous montre que le mystère est l'essence même de la poésie parce qu'il est dans son objet. Cet objet, c'est l’âme humaine avec ses recoins, ses profondeurs et ses abîmes. La poésie doit y apporter la lucidité de ses harmonies, l’enivrer, la réconforter. C’est ce que font, pour Hebbel, Gœthe et Uhland, et ce qu’il admire dans les œuvres de ces divins artistes, il croit l'avoir reproduit dans les siennes. Les poètes modernes au contraire « fournissent des idées ou des descriptions de la nature extérieure. Poésie qui peut avoir sa valeur, mais infiniment inférieure à la précédente. Elle est bien plus facile, commune. Si je voulais mettre mes idées en vers, je livrerais cent poésies par semaine au lieu que les heures n’apportent que bien rarement de telles intuitions profondesÿ. » Les mouvements et les états de l'âme, même les plus subtils, même les plus individuels, même l'humour, peuvent être l’objet du lyrisme. Uhland en est, aux yeux de Hebbel, la meilleure preuve”.
À n'envisager que leurs théories, iln’y a donc point entre Unland et Hebbel de différence de nature et il serait injuste de les opposer diamétralement à l’aide du cliché antithétique : « naïf et senti-
1: Bw., 1, 282; cf. T., 1717 : « Ein Gedicht soll seine ganze Atmosphäüre mitbringen »; W., X, 402. — 2, Bw., I, 151, 152; 183, 289, 303; T., 956, 1017, 1024, 1114. — 3. T., 1556, 1565, 2054. Cf. Scheunert. Pantrag., 235.
4, T., 948, 2595. Cf. Scheunert, Pantrag., 298 et suiv. : das Geheimnisvolle in der Lyrik und « die dunkle Kraft des entziffernden Wortes », etc.
5. T., 231. — 6. Cf. Uhlands Werke, hrg. von Kränkel, 1893. Bw., II, 347. Holland, op. cit., 47, 95 et supra, 79 et 80.
7. Eichendorff, Geschichte der poetischen Literatur Deutschlands (Sammlung Kôsel, 1906), p. 448-458; cf. Tibal, op. cit., 318.
8. Bw., 1, 402; cf. Bw.. I, 74, 262; T., 965, 1137, 1807, 1630,/1707, 1784, 1781, 1789, 2081, 2265, 2276. Cf. R. M. Werner : Hebbel und Gœthe. Gœthe Jahrbuch, XXV, p. 174-176. — 9. T., 639, 984, 985, 1547.
mental ». Tout au plus notera-t-on, dès leur esthétique, une différence de degré : tandis que, chez Uhland, la poésie se contente d’être mystérieuse, suggestive, chez Hebbel, on peut l'appeler probléma- ‘tique; le premier concentre son attention davantage sur la partie visible du poème, on sent au contraire que l’autre creuse et fouille du regard la région sombre et prolonge à plaisir toutes les lignes intro et extraspectives!. C’est ce trait qui lui a valu, à juste titre, la qualification de Grübler?.
- Pour Uhland théoricien, (et il n’est pas besoin de théories pour le constater à qui lit ses poèmes) les facultés essentielles sont l’imagination et la sensibilité, le « Gemüt ». C’est pourquoi sa source favorite est le moyen âge. C’est pourquoi il vise à la simplicité du langage et à la naïveté de l'évocation d’art?.
Ainsi nous retrouvons parallèles, tout au long de l'esthétique de Hebbel, l'influence d'Uhland comme celle de Gœthe et à lire tel ou tel aphorisme de son journal, on ne s’étonnerait pas‘ qu'il ait lu même la caractéristique suivante que Gutzkow donne de son‘maître souabe : « Pour la chanson et la ballade, ce qu'a fait Uhland est impérissable. S'il est vrai qu'il faille au poème lyrique un cadre qui le contienne, qui concentre la pensée de façon à lui donner corps en un de ses moments, alors le lyrisme d'Uhland est encore plus plastique que celui de Gæœthe. Chaque poème doit se composer de deux parties : une charpente visible et un écho si puissant qu'il contraigne l'auditeur à prolonger en lui-même le premier poème par un second et à s'expliquer ainsi ce qu'il a vu ou entendu. Souvent la vraie poésie est entièrement en dehors de la lettre et il faut, en quelque sorte, la faire de toutes pièces quand on a perçu les mots évocateurs. Grâce à la simplicité de sa Muse, les vers d'Uhland restent rarement sans effet et jamais, en particulier, dans la ballade, dont la conception lyrique, le jeu des questions et des réponses, force le lecteur à faire, à vrai dire, lui-même le poème, de sorte que voilà qu'on ferme le livre sans rester sur une impression de jouissance passive, mais on complète, on est actif”. »
1. Cf. T., 110 : « Wenn ich meinen Begriff der Kunst aussprechen soll, so môchte ich ihn auf die unbedingte Freïheit des Künstlers basieren und sagen : die Kunst soll das Zeben in all seinen verschiedenartigen Gestaltungen ergreifen und darstellen, Mit dem blossen Copieren ist dies natürlich nicht abgethan, das Leben soll bei dem Künstler etwas anderes, als die Leichenkammer, wo es aufgeputzt und beigesetzt wird, finden. Wir wollen den Punct sehen, von welchem es ausgeht, und den, wo es als einzelne Welle sich in das Meer allgemeiner Wirkung verliert. Dass diese Wirkung eine gedoppelte seyn, und sich sowohl nach énnen als nach aussen kehren kann, ist selbstverstündlich. Hier ist die Seite, von welcher aus sich eine Parallele zwischen den Erscheinungen des wirklichen Lebens und denen des in der Kunst fixirten ziehen lässt. »
2. Cf. Lyrik und Lyriker, 287 et 288, et supra, 15, 20, 24, — 3. Geschichte der altdeutschen Poesie. Einleitung, cf. Uhlands Leben, von seiner Witwe, 1874, p. 80-81. Cf. Hebbel, W., XII, 72; X, 391. — 4. Cf. Tibal, op. cit., 319, n. 6.
5. Gutzkow, Beiträge zur Geschichle neuester Literatur (Stuttgart, 1836), p. 62-63; — cf. Uhland dem Künstler, v. 17-24 (Fränkel, T1, 433) :
« Will deine Dichtung auch das All umfassen, Da schwindet oft die Form den schwachen Blicken :
La question de la forme est donc, en somme, la vraie, l’essentielle, l'unique; elle porte en elle tous les secrets de l’art et toutes les règles d'esthétique sont vaines si elles n'aboutissent pas à elle’. L'inconscient n’est pas tout et sa prédestination ne saurait dispenser le poète d’une étude approfondie de la technique de son art, s’il veut le porter à un degré quelconque de perfection. C’est ici que le conscient, la réflexion, l'étude reprennent leurs droits. On se rappelle que Hebbel se consolait de la médiocrité de ses poésies de Wesselburen à la pensée qu’elles ne contenaient pas trop d’absurdités et qu'il craignait, même alors, que ce ne fût un indice de pauvreté imaginative?. À présent il croit avoir fait ses preuves. Mais il déclare encore que « l'imagination n'est tolérable qu'en compagnie de la raison” ». C'est cette alliance de l'imagination et de la raison que les critiques d'Uhland retrouvent dans son lyrisme‘. Nous la retrouvons également conseillée tout au long de la correspondance échangée entre Gœthe et Schiller’, et que, sur ce point encore, Gœthe surtout soit resté le véritable maître de Hebbel, la critique nous paraît en avoir établi une démonstration trop définitive pour que nous ayons à l'essayer à nouveau,
D'après Gœthe, l'artiste part de la nature, maïs il la corrige, en vue de dégager du pêle-mêle apparent des faits l'harmonie, la réalité suprême, mais invisible, de la loi. C’est dans les entretiens avec Eckermann’, c’est dans les traités esthétiques de Gœæthe*, c’est dans sa correspondance * qu'il faut chercher la source principale des théories de Hebbel sur le symbole. Il faut toujours partir du particulier, de l’individuel !, et 1l s’agit de le transposer, de le généraliser . Gœthe traduit ce passage de Plotin : « Que si quel-
Am Kleinen wird sie leicht sich merken lassen, Da müssen Bild und Klang zusammenrücken; Du siehst die Ordnung nicht der Blumenmassen, Die weit zerstreut sind auf der Erde Rücken; Doch ordnest wen’ge du zum schüxen Kranze, Du triffst im Kleinen wohl das grosse Ganze. » 1. Sur la théorie de l « innere Form »; cf. Werner : Lyrik und Lyriker, 404-426, et A. Scheunert, Pantrag., 257-276. 20T 196; cf. supra; 143: 3. T., 1102. — 4, Hermann Fischer, Artikel de V’allgemeine deutsche Biographie. Du même : Beilrüge zur Literaturgeschichte Schwabens, erste Reihe, p. 40, 78. Du même, X/assisismus und Romantismus in Schwaben zu Anfang unseres Jahrhunderts, p. 73-74; cf. Tibal, 320 et 321. 5. Cf. Gæœthe à Schiller, 6 avril 1801; Schilter à Gaœthe, 18 mars et 28 novembre 1796. — 6, Cf. Tibal, 330 et notes, 331 et notes. 7. Gespräche du 11 et du 18 avril 1827; 9 février 1829; 17 février 1830 ; 30 mars 1831.
$. Maximen und Reflexionen über Kunst, Bd XLVIII, über Wahrheit und Wahrscheinlichkeit der Kunstwerke, Bd XLVII, Diderots Versuch über die
Malerei. Tibal (448, n. 5) cite encore : Euphorion, IV. 205 et 445. — Deutsche Literaturzettung, 1892, 170; Herrigs Archiv, 1896, 1-46 et surtout 7-13. — Gôttingische gelehrte Anzeigen, 1892, 26 et suiv. — Gœthe Jahrbuch, XII, 229-