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de plus réel en elle, son âme, accordée à l'âme du poète. En un mot, la seule vérité dont il ait à se préoccuper est la vérité poétique, celle que Gœthe définissait : Dichtung und Wahrheüt?.
C'est de ce point de vue qu’il faut examiner toute la série des pièces où revivent les premières amours de Hebbel et d’abord le joli cycle ein frühes Liebesleben®. Des onze pièces quile composent dans l'édition de 1857, six seulement figuraient au recueil de 1842, dont une écrite pendant le premier séjour de Hambourg, une autre à Munich, mais incontestablement inspirées toutes par les souvenirs du pays dithmarse. À ce groupe vinrent se joindre dans le recueil d'ensemble quatre autres pièces composées à Vienne en 1856 et une dernière, de date incertaine, clôt le cycle ?. Il va sans dire que nous respecterons les raisons de ces remaniements et que nous nous garderons bien de séparer par un scrupule pédant ce que l'art a uni. Anticipons donc pour certains numéros, mais présentonsles dans leur succession définitive.
Nous nous rappelons le réquisitoire du jeune Hebbel contre Mobr : il lui reprochait de s'être rendu compte de sa valeur et de l'avoir cependant exploité et maintenu dans une situation misérable *. Une des poésies qu'il cite pour démontrer l'écart entre son talent et sa condition d'alors est précisément la première du cycle. Elle a pour titre : die Jungfrau* et se rapporte à Doris Voss, dont le biographe a très délicatement tracé le portrait. Hebbel lui avait voué un attachement moins passionné qu'à sa sœur Emilie, mais plus tendre peut-être et plus fidèle. Gracieuse plutôt que belle, réservée et timide, Doris acceptait avec un mélange de curiosité et d’inquiétude les gages de cet attachement. Et pour son ami ce n'étaient plus les hauts et les bas d'un emportement violent, suivi de dépression mélancolique, mais une paisible émotion, égale et réconfortante. Les parents de la jeune fille voyaient sans méfiance cette