T., 2573 (23 juillet
2, L'éditeur critique fait suivre la date « juillet » du journal d’un point d'interrogation: cf. T., If, p.185 à 190 et tant au n° 2571 qu'au n° 2574, il date de Juin. Le n° 2563 est pourtant déjà du 30 juin et le n° 2575 du 29 juillet. En tout cas, Hebbel avait vu un exemplaire de ses poésies avant juillet mt II, 122-194): cf. Bw., I, 254-255; VILL, 18.
3. T., 2573; cf. supra, 206; ZLyrik und Lyriker, &19; cf. édition crilique VII, 451-461 : Chronologisches Verzeichnis der Geburistage der Gedichte. Nous indiquerons avec la référence de chaque pièce ses lieu et date de naissance ainsi que les autres circonstances de son état civil (publication dans les périodiques, remaniements, etc.). Voir de plus, à la fin de notre ouvrage, le tableau chronologique des poésies.
4. Gedichte von K. Hebbel, Gesamtausoabe, stark vermehrt und serbessert Stuttgart und Augsburg. J. G. Cottascher Verlag (1857). :
5. Cf. E. Lichtenberger. Etudes sur les poésies lyriques de Gœthe (introduction) et V. Hehn. Ueber Guwthes Gedichle, Gotta, 1911, p. 70-72.
6. Au volume \I de l'édition critique est reproduit exactement, Le recueil de 1857. Le /nhaltsrerzseichnis comprend les divisions suivantes : Lieder — Balladen und Verwandtes — Vermischte Gedichte — Dem Schmerz sein Recht — Des Dichters Testament — Sonette — Epigramme und Verwandtes.
son ami avec les meilleurs matériaux que lui fournissaient son cœur et son esprit !. C’est à sa mémoire qu'il est dédié? et avant même la table des matières ?, se trouve, dans l'édition de 1842, une Widmung *. Nous savons déjà que Rousseau était mort le 2 octobre 1838, pas même un mois après la mère de Hebbel5. Ce dernier n'avait dédié à son ami de son vivant qu'une feuille d'album de contenu didactique et édifiant. Aux vers enthousiastes du fervent disciple, assurant à son Jeune maître qu'aucune de ses paroles n’était perdue, que jamais il ne tournait le dos à la vérité, même sévère et qu'ainsi, à force de persévérance, il espérait réussir, Hebbel répondit par ce Stammbuchblatts :
In’s Unermessliche verschweben Das ist kein Trost für ail die Leere, Der Tropfe muss als Tropfe leben, Im Meer verschwimmt er mit dem Meere; Du kannst die Gränzen nicht erweitern, Die Dich zum Ich zusammendrängen, Verschütten heisst's den Trank, nicht läutern, Die zwingende Retorte sprengen.
On retrouve maintes fois dans son journal et sa correspondance? ce même conseil de concentration individualiste ä propos duquel Hebbel ajoute, dans la même lettre où il recopie pour Elise les vers de Rousseau et sa réponse : « Ces vers contiennent tout ce qui peut être dit sur l’art et la vie »; il espère qu'ils agiront sur son ami comme l'électricité; certes, il laisse de grand cœur à la jeunesse ses espérances, et d'autant plus volontiers que les siennes ont été détruites si prématurément, mais, s’écrie-t-il, « quand je vois un homme qui pourrait très bien remplir son rôle normal, maigrir à la poursuite de ses idéals jusqu’à devenir son propre fantôme, je considère qu'il est de mon devoir de détruire ses rêves alin que ceux-ci ne le détruisent pas * ». Hebbel n'avait omis qu'un point : indiquer sa source, Gœthe !.
Un an après, c’est encore à Elise qu’il adresse les Verse !!, dont le refrain exprime comme le pressentiment des deuils cruels qui vont s’abattre sur lui :
1. Bw., I, 123. — 2. Dem Andenken meines Freundes Emil Rousseau. Geboren in München, gestorben im 2len Juhre seines Afters.
3. Reproduite au vol. VII de l'édition critique, 252-254, — 4. Le titre devint en 1857 : Alte Widmung dieser Gedichte (NX, 274). — 5. Of. supra, 158.
6. VIX, 141, cf. supra, 139; cf. Anmerkungen, WAS; Bw., I, 89 et VIII, 89-90.
7. T., 720, 1320, 1362: Bw., I, 142; cf. encore supra, 104, les v. 17-18 de la pièce die Musik. à
8. Bw , I, 88 à 89 (Heidelberg, 3 septembre 1836), cf, 31; Bornstein (II, 370), incline à dater la pièce d’août.
9. Hebbel aime ces antithèses : cf. Bw., I, 9 et 26, supra, 61 et 65. — 10. Cf. dans Gott und Well, Eins und Alles. Les deux premiers vers
Im Grenzenlosen sich zu finden Wird gern der Einzelne verschwinden.
ont très bien pu inspirer le Séarimbuchblatt. Le poème gœthéen développe, il est vrai, la contre-partie, mais Hebbel ne se fera pas faute de la reprendre à
son tour. E 11. VIL, 151. Munich, 21 septembre 1837; Bw., I. 227.
Herz, mein Herz, du bist so traurig, Und wenn ich dich frag’ warum,
Giebst du Vieles zu verstehen.
Bleibst jedoch im Grunde stumm.
La perte de son ami lui inspira d'assez nombreux fragments qui constituent une sorte de préface à la dédicace du recueil. C’est d'abord, sur un feuillet envoyé à la sœur de Rousseau, deux quatrains, dont le début ? rappelle celui de Verse et dont les deux vers finaux résument tout le conteñu :
Der Freund ist todt : du schlägst noch immer, Weh! nun erträgst du jeden Schmerz.
Nous nous rallions à l'hypothèse de R. M. Werner et pensons que c’est bien là la seconde pièce que Hebbel mentionne dans la lettre à Charlotte Rousseau et dont il dit que, si l’allusion au cher disparu y est plus directe que dans l’autre *, l'effet en est moins apaisant*. Puis, toujours sous l'impression immédiate du regret, il écrit le fragment £mil qui reste à l’état d’aphorisme, tout comme le passage du journal qu'il met en vers’. Il a revu en songe son ami:
Ein Jüngling frisch und blühend Stand da im Morgenlicht,
Die Augen flammensprühend Und edel das Angesicht.
La pièce Xinderloos, très vraisemblablement de la même époque f, développe encore ce thème, sauf que le « Jüngling frisch und blühend » y est remplacé par un « Knäblein roth und munter ». Le leitmotiv de Wesselburen et le symbolisme des couleurs. reparaissent”. La prédilection de Hebbel pour les adjectifs composés s'affirme * encore. Au total cependant, rien de remarquable. Dans la pièce Æmil Rousseau également, l'émotion est encore trop récente pour que l'élaboration poétique soit possible; le poème reste fragmentaire et n'est qu'une mise en vers des passages de la lettre où
1. Cf. Heïine : mein Herz, mein Herz ist traurig (die Heimkehr) et la chanson de Joh. Rud. Wyss junior (d'avant 1812) Merz, mein Herz, warum so traurig…., avec sa reprise : Herz, mein Herz, analogue à celle que Hebbel emploie au début de chaque strophe, soit: Herz, mein Herz, soit liebes Herz. Le rythme est identique dans les deux pièces. Là se bornent, du reste, les ressemblances, qui peuvent fort bien n’ètre que des coïncidences:; d’autres détails rappellent des motifs antérieurs (cf. v. 14, Hüre, was der Weise spricht et v. 24 du fragment Mensch o hoher Name.…., VII, 46; cf, supra, 61, n. 6 et la métaphore macabre de la 6° strophe à Bw,, 1, 32*) ou en annoncent d’ultérieurs (cf. dernière strophe à T., 3395; Anmerkungen, 421). Hebbel ajoutait d’ailleurs lui-même à propos de ces vers : Halte diese Verse aber um’s Himmels willen nicht für ein Gedicht! hier ist der Unterschied zwischen Geist und Poesie. (Bw., I, 227.)
2} NI, 162 ‘ach Herz, mein Herz, du kannst noch schlagen; cf. v. 3 : Ach llerz, mein Herz. È
3. Abendgefühl (NI, 226) que nous rencontrerons plus loin. — 4, Bw., I 354 (Munich, 14 novembre 1838), Anmerkungen, 494, — 5, NII, 162; cf. T,, 1316 (21 novembre 1838). — 6. VII, 162; Anmerkungen, 424.
7. Cf. supra, 104, 109, 110. Poésies sur l'enfant. Rapports avec la mère. Pour le symbolisme, supra, 58, n. 7, 95, n.9, 98, n. 5.
8. Aux strophes 3 et &: lächelnd- heitern, maienhaft- yerschämte, Gottheitschwere.
est racontée en détail la dernière rencontre des deux amis. Hebbel composa deux Grabschriften? pour Rousseau. Même si son existence, dit la première de ces épitaphes, avait été aussi longue qu’elle fut brève, quatre mots suffiraient à la caractériser : « Treu! edel! fest und fromm! » L'autre est simple, mais n’a rien que de banal, n’en déplaise à l’auteur, trop enclin parfois à faire valoir luimême ses productions. La Widmung ne fut composée qu'à Hambourg en 1841 et, reprenant à la fois les motifs des fragments * et des épitaphes, en constitue la synthèse en cinq strophes de UIEWVErS M0
Nous avons vu Hebbel à Wesselburen garder jalousement par devers lui ses meilleures poésies et ne guère livrer à la publicité que des essais de versification ou même des pastiches. Nous connaissons donc, jusqu'ici, très peu de poésies d'inspiration personnelle *. Est-ce à dire qu'il va maintenant nous ouvrir son cœur et nous raconter avec émotion, mais aussi avec le recul nécessaire, les premières étapes de sa vie? L’étude de son esthétique nous a déjà avertis qu'une attente de ce genre serait déçue’. Après, comme
avant son départ de Wesselburen, sa discrétion reste extrême.
Autant Hebbel a dans son journal, sa correspondance, ses articles,’ exposé, étalé son « moi » de parti pris et parfois même apporté à ce soin une conscience un peu surprenante, autant sa réserve et l’on pourrait dire sa pudeur sont grandes dans son lyrisme. Ce qui le secouait avec force n'arrivait pas à s'exprimer avec calme et le calme est inséparable de la beauté, ennemie du « mouvement qui déplace les lignes ». Hebbel se rendait fort bien compte des nécessités plastiques. Nous venons de le voir déclarer et documenter son impuissance à traduire poétiquement le deuil cruel qui bouleversait son âme. Nous n'apercevrons qu'un tout aussi faible écho de ses passions. D'autre part, il est l'ennemi de la fiction, exige que toute poésie soit « vécue » et définit son propre lyrisme « la silhouette de sa vie? ». C’est qu’à ses yeux, même lorsque la poésie plonge ses racines dans, les souvenirs les plus intimes etles plus émouvanis, la fleur seule doit apparaître. Ce n’est point la « réalité » toute fruste qu'il importe de montrer, mais ce qu'il ya
1. VIL, 163; cf. Bw., I, 329 et 375; Les vers 7 et 8 indiquent deux motifs du lyrisme hebbélien : sprachen wir... | wenig von der Trennung Weh’n | aber viel vom Wiederseh’n | cf. VII, 109, 114, 134. ;
2. VII, 166: cf. lettres du 29 décembre 1838 et du 13 février 1839 à Charlotte Rousseau. Bw., I, 376, 406 et 407; T., 1497 (16 février 1839), cf. Bw., I, 404.
3. CE. « Er ist nur stumm für mich geworden — | So sprach er — ich nur blind für ihn. » et les deux derniers vers du fragment : Emil Rousseau :
Du wurdest stumm für mich, — | Und ich wurde blind für dich.
4. CE. supra, 36-39 et 129, 139, 143. — 5. Cf. supra, 214. — 6. Bw., 1, 375, et encore, Bw., I, 176 : « die begeisternde Stunde mit ihrem Inhalt ist nicht das kümmerliche Treibhausprodukt vorhergegangener äiusserer Eindrücke ».