‹ HebbelChapitre 168 sur 425 · Cf. les vers · texte numérisé non relu

Cf. les vers

Wo Finsternis aus dem Gesträuche Mit hundert schwarzen Augen sah.

Der Mond von einem Wolkenhügel Sah kläglich aus dem Duft hervor.

2. P. 41; VI, 260, Munich, 13 janvier 1839; cf. T., 1865. — 3. Le leitmotiv du lis et de la rose reparaît; cf. supra, 309 et n. 4.

k. Cf. Engelhard, 23 et 24 : da haben wir wieder die « gesetzmässige Naivität » in der das Gesetz sich von selbst vollzieht »; cf. supra, 201-207. Hebbel était très fier de ce sonnet: cf. Bw., III, 6; IV, 417; VI, 25 VII, 257; VIII, 19 et Oskar Walzel (Deutsche Rundschau, mars 1913, p. 437).

5. P. 159; VI, 226; Munich, 17 octobre 1838; cf. Kuh, 1, 240 et 21: Bw., I, 354 (à Charlotte Rousseau, 14 novembre 1838) et supra, 2?8 et n. 8.

6. Cf. supra, 270, n. 8 et 312. — 7, Cf. Scheunert, D. 7. H., 65, n. 1, et 73.

Aber den Schlummer Führten sie leise heran.

Und im Entschweben, Immer empor, Kommt mir das Leben Ganz wie ein Schlummerlied vor.

En comparant cette pièce aux vers de Wesselburen exprimant le même état d’âme!, on se rend compte des progrès accomplis et de l'importance de la forme que Hebbel, nous l'avons vu, ne se lasse pas d'affirmer dans son esthétique. Eminemment musical, ce morceau fut mis en musique, ainsi que le Nachtlied, das letzte Glas et der junge Schiffer?.

Il est certain que le poids même des événements qui l’accablaient, la dureté même de la condition qui lui était faite finirent par provoquer en Hebbel, au moment où sa résistance était à bout, une espèce de détente grâce à laquelle il se ressaisit*. Après s'être apaisé lui-même, il songe à consoler les autres * et dédie un quatrain an ein weinendes Kind® : la larme qu'il verse à propos d’une violette perdue en fera éclore une autres.

Nous voici parvenu à des productions plutôt épigrammatiques que lyriques, environ une douzaine de pièces par lesquelles nous terminerons l'étude du groupe de Munich. Une des plus curieuses est certainement Blume und Duft' qui reprend un des leitmotivs du symbolisme mystique de Hebbel :

In Frühlings Heiligthume, Wenn dir ein Duft an’s Tiefste rührt,

Da suche nicht die Blume, Der ibn ein Hauch entführt.

Der Duft lässt Ew’ges ahnen, Von unbegränztem Leben voll; Die Blume kann nur mabhnen, Wie schnell sie welken soll 8.

Nous trouverions à la même époque, dans le journal du poète, de nombreux échantillons analogues, caractéristiques de sa « Grübelei » pansymboliste”, Plus personnelle paraît la pièce Heimkehr.

Si elle avait été écrite lors du deuxième séjour à Hambourg, on 1ÉCEPEZTANTLSS5 6 MIs-210 supra, k4.

2. Cf. Bw., I, 381 (12 janvier 1839). Tandis que dans l'édition de 1857 elle figure aux Vermischte Gedichte, Hebbel cite alors la pièce parmi ses Zieder. « In der letzten Zeit habe ich die grosse Freude gehabt, mehrere meiner Lieder (il nomme ici les quatre poésies en question) componiert zu sehen. Die Melodieen sind den Gedichten in ausserordentlichem Grade angemessen, und ich habe von dem Talent des noch jungen UE eine hobe Meinung bekommen. » Il s’agit ici de Franz Gartner; cf. supra, 155, 297 et Engelhard, 23.

3. Cf. supra, 249 : Sprüche und Gleichnisse et la fin du cycle dem Sehmebz sein Recht, supra, 282 F suiv.

L. Cf. supra, 254. yP. 33; VII, 265; Munich, 12 janvier 1839; cf. Bw., I, 381; Rheënisches Con 1810, P. 42 : an ein Kind. 6. Cf. Scheunert, D. j. 146, Dr el A V2 60; Munich, 10 février

1838; Morgenblatt du 12 die 1839.

8. Of. T. 27 et 1909; cf. supra, 265 : Rosenleben; Scheunert, D. 7. H., 147. — 9. Cf. Lyrik und Lyriker, 2810289%%et0P.,-1520, 1598, 1606, 1654, 17022: W, X, 396. — 10. P. 104; VII, 155; Munich, 1837.

pourrait supposer qu'entendant de nouveau une cloche familière,

Hebbel faisait la question et la réponse, émues toutes deux :

Was hattest du mir da zu sagen?

Das Alte Alles noch einmal.

Mais datée de Munich, cette poésie ne fait que traduire éloquemment ce lieu commun : le premier son du clocher connu nous replônge dans le souvenir des joies et des douleurs passées.

Trois autres pièces résument en quelque sorte l'éthique de Hebbel à Munich. Hôchstes Gebot! répète, au premier vers de ses trois quatrains, le commandement :

Hab’ Achtung vor dem Menschenbild ?

et voici le commentaire de l’auteur : « Ecrite dans la nuit de Noël, je transcris cette poésie dans mon journal parce qu'elle date dans ma vie morale. Elle sera la norme de ma conduite, Mais à quoi bon s'appeler soi-même pécheur, si l’on ne cesse pas de pécher? et c'est là mon cas. Je n’enfreins par rien tant l'inviolabilité d’une personne humaine que par ma maudite et effrénée susceptibilité contre laquelle elle ne peut ni s’abriter ni se défendre, croyant avoir à ménager en elle maladie et dispositions maladives®. » Et voici sa « profession de foi », en février 1838, « en ce qui concerne les choses du cœur » : « entre l'humanité tout entière est réparti un bien infini; en chaque être arde un rayon spécial et particulier de l'éternel soleil. Aussi ce que j'aime chez l’un, je ne l'aime pas chez un autre, parce qu'il ne l’a pas. Pour cette raison, beaucoup d'amis je pourrais même dire, si impie que cela paraisse, beaucoup d'amours sont possibles, sans doute seulement pour le cœur richement doué. Je sais bien que l'amitié et l’amour sont égoïstes, mais ils ne le sont qu'aux degrés les plus bas. Ce n’est que lorsqu'il embrasse l'humanité tout entière aussi bien que l'individu d'élite que l'homme a accompli le cercle qui lui est prescrit. Tout cela est contenu dans mon poème: /Aüchstes Gebot'». D'accord! mais rien de tout cela n’est poésie. Le morceau est intéressant surtout en ce qu'il montre en raccourci le ressort essentiel de la dramaturgie de Hebbel. L’âme humaine en sera le centre :

Und denke, dass, wie auch verborgen,

Darin für irgend einen Morgen Der Keim zu allem Hôchsten schwillt.

Und denke, dass, wie tief er stecke, Der Lebensodem, der ihn wecke, Vielleicht aus deiner Seele quillt.

1. P.11; VI, 235; Munich, 31 décembre 1836; Neue Pariser Modeblätter, 1837, nec y deL7e

2. Cf. W., VII, 391 : « dass ich zu jedem Menschen über alles spreche, und vor Keinem in der fremdesten Stadt, ohne Errôthen, etwas Zweideutiges thun kônnte, wie sich mir oft erprobte : tiefe Achtung vor der Menschen- Natur ». — 3. T., 576.

k. Bw., 1, 166 (quelques jours après le 15 février 1838); cf. Bw., IL, 63, son plaidoyer « pro domo » dans le mémorial adressé à Amalie Schoppe le 25 mai

C'est la théorie classique du destin immanent, l'os àoore Gluwv opposé au « Deus ex machina », et ces vers ont pu être très judicieusement rapprochés de l’épigramme qui sert de devise à l’un des drames les plus caractéristiques de Hebbel : Gyges und sein Ring *. Au point de vue philosophique, on pourrait être tenté de rapprocher ces conseils des préceptes évangéliques : « Aimer son prochain comme soi-même ». « Ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas quil vous fit », et des règles de l'éthique kantienne : « Agis de telle sorte que la ligne de ta conduite puisse être érigée en norme générale », « traite la personne humaine toujours comme une fin. jamais comme un moyen ». Mais iln’est pas plus nécessaire d’éloigner Hebbel de Gœthe que d’apercevoir en lui un précurseur de Nietzsche. Nous retrouvons ici seulement une déclaration fondamentale de l’individualisme humaniste : méconnaître les droits d’une personnalité, c'est offenser en elle l'humanité tout entière. De même que Hebbel conseille à l'individu de se défendre, de se concentrer, de ne pas se disperser, de ne point oublier qu'il est essentiellement goutte d’eau et non océan, de même il lui rappelle que l’atome n’est point isolé, détaché, mais au contraire partie intégrante du grand tout et qu'il le contient en puissance. Ici comme là, il reste d'accord avec son grand maïître?.

Le même critique qui n'hésite pas à assimiler Hebbel à Schiller reconnaît que, d'une part, toute son esthétique proteste contre la poétique « sentimentale », c’est-à-dire celle où le sentiment est supplanté par la raison et la réflexion, que. d'autre part, on ne pourrait guère à Munich signaler que deux pièces intéressantes au seul point de vue philosophique, et, au point de vue poétique, inexistantes?. Mais alors, gardons-nous de généraliser! Dirons-nous que Gœthe doit être, lui aussi, rangé parmi les « sentimentaux », ramené d'Hellade en Judée, éloigné de Spinoza et rapproché de Kant pour avoir écrit das Gütiliche"? F:

La réflexion s'accompagne de sentiment et d'imagination dans les deux pièces de Munich réunies sous la rubrique de Zebensgeheimnissÿ. La première date du 31 mai 1838. La vague de vie qui clapote doucement autour de la poitrine du poètef lui communique un frisson d'effroi et de plaisir, la volupté du danger et du

combat :

Kônntest du mich nicht verschlingen, Môgt’ ich wohl ringen”?

C'est la déclaration que l’on retrouve dans une lettre de la même époque : « la vie est un combat, et voilà précisément sa plus belle

1. Eine Tragôdie in fünf Acten, 1856. W., II, 238; cf. Theobald Bieder 14-18. 2. Cf. supra, 227 et n. 10 et Tibal, 189 : l'univers et l'individu. — 3. Cf. Tibal, 255 et 256. — 4. Vermischte Gedichte, 1782. à

5. Les deux pièces parurent dans le Morgenblatt du 27 juillet 1840; la première fut recopiée, le 2 avril 1840, pour la Cornelie; cf. T., 1955 et 2002, note. Toutes deux figurent au recueil de 1842, p. 186 et dans la Nachlese, VIT, 159; CHENE XI 398

6. Cf. v. 2 : « Spülst mir so lind um die Brust » et le vers de Wilhelm Tell, Fischerknabe : « Da spülen die Wasser ihm um die Brust ».

qualité’ ». Le second morceau reprend la métaphore de la vague, mais la montre réfléchissant les étoiles et les cieux lointains; en y plongeant, nous constatons le magique mirage et sommes déçus; mais devons-nous, à chaque déception, nous en prendre à l'idéal même, l’accuser ou le renier? e

Schilt nun nur nicht in deinem Schmerz

Die ew’gen Sterne Lügen,

Sprich nicht : die Hofinung will mein Herz

Mit Heuchelglanz betrügen!

C’est la reprise des motifs Schmerz ist der Durst nach Wonnen et und musst du denn ?.

Hebbel exprime également en un symbole son Ziebesgeheimniss* :

Du nennst die Liebe ein entzückend Träumen, Ich nenne sie ein schmerzliches Erwachen.

Ce début ne promet guère qu'une dissertation et les vers suivants la développent en effet : à certaines heures, l'amour secoue notre somnolence; en vain, ce rapide essor vers une existence supérieure! nous retombons à l’invincible fatigue, à l’engourdissement quotidien. Mais voici la solution, toute poétique et métaphorique :

Ein müder Pilger # kommt aus weiter Ferne, Er streckt sich hin, zu dumpfem Schlaf ermattet. Durch milden Blüthenregen ÿ weckt ihn gerne Der Baum, der still und freundlich ihn beschattet, Halb wacht er schon. Da leuchten alle Sterne, Ihn kühlt ein Hauch, mit dem ein Duft sich gattet, Der ganze Himmel neigt sich auf ihn nieder, Er seufzt : ein Traum ! und schliesst die Augen wieder 6.

Pour que notre inventaire du lyrisme de Munich soit complet, signalons, à part le fragment Æinleitungsgedicht, qui devait servir d'introduction au cycle de poésies dithmarses demandées par Gustav Schwab”, cinq pièces épigrammatiques : en 1836, un quatrain satirique contre la pruderie hypocrite*; en 1837, cinq autres intitulés Stille! Stille !° dont Hebbel résumera plus tard l’idée dans l’'épigramme der Dümon und der Genius : il faut se réjouir sans bruit, sans jubilation, de peur que le mauvais esprit, qui n’est que conjuré et endormi, ne se réveille et ne réapparaisse aussitôt; observons la modestie dans la joie; en 1838, enfin, trois épigrammes formant une sorte d’appendice au cycle dem Schmerz sein Recht,

1. Cf. Bw., 1, 396 (19 février 1839). — 2, Cf. supra, 249, 289 et Scheunert, D'Y7; HS "etmet

3. P. 131; VIE, 145: Munich, 6 novembre 1836. Morgenblatt du 10 décembre 1836; cf. Bw., I, 122, note; 176, 183 et suiv.

4. Cf. supra, 53 : der Quell. — 5. Cf. supra, 136, n. 10 : ein Miltag.

6. Of. Scheunert, D. 7. H., 82, n. 2. 102, 147 et supra, 243 : der Schäfer. Au point de vue des rimes, toutes féminines, Môller (7) rapproche les strophes de la pièce d’Uhland : Katharina (Oktaven).

FAN db ct Bw., 1099410 138% Kub, 1,172 173 1et supra, 151; cf, encore Bornstein, If, 370 et suiv.

8. Mir will das zimperliche Wesen, NI, 145; cf. T., 405, Munich, 19 octobre 1836, Patzak, 66.

9. VIE, 154; cf. Bw., IL, 239 (23 novembre 1837). — 10. VI, 338.

AS

marquant la même progression d'optimisme grave, résigné et vaillant : notre vie n'est qu'un passage dans le temple de la nature, mais d'instinct nous cherchons les traces de la réalité suprême, et nous nous consolons d'être éphémères parce que nous buvons à une source éternelle !; il n’est pas une fleur qui ne s'incline sous la rosée du soir, mais féconde est l'épreuve et plus la fleur se sera abaissée, plus haut elle montera?: il y a tant à gagner, l’homme est un fou de s’attarder dans le deuil de ce qu'il a perdu?,

XIT

Pendant le voyage à pied de Munich à Hambourg, trois poésies témoignent que son amour de la nature consola Hebbel de la longueur et des difficultés de la route, et que les moindres péripéties du trajet tinrent en éveil sa fantaisie. Le 13 mars 1839, par une matinée ensoleillée, sur la route d'Eichstädt, il compose Sommerreiseï, dédié à une jeune fille dont il aperçoit le frais visage à une fenêtre : gracieusement, elle rend au passant son salut et le rideau, un instant écarté, retombe aussitôt. Et avant de perdre de vue la maison située en plein bois, au sommet d’une colline, le poète a plaisir à se représenter toute la plénitude heureuse de cette vie paisible. On se rappelle stillstes Leben‘, mais aussi la scène de Faust pénétrant dans la chambre de Gretchen?, à lire ces vers :'

Nun hat das reiche Leben, Das ringsum sich ergiesst In deinem stillen Weben Den Punct, in dem es schliesst.

Seulement ce n’est pas l'atmosphère morale et le milieu social qui importent ici, une transposition très délicate montre l'harmonie entre une heureuse destinée individuelle et la débordante vie de la nature associées en deux créations merveilleuses de sa toute-puissante magie : la luxuriante forêt en été, la charmante jeune fille qui s'y épanouit comme si elle en était un produit, comme cette baie bientôt mûre qu'elle cueillera, la rose que voici dans son cadre de verdure et dont elle se parera. Tous les détails gardent leur frai-

1. Und ist ein blosser Durchgang denn mein Leben, VIN, 159; Munich, mai 1838; cf. T., 1154, 2314; supra, 291 : nicht darf der Staub; Patzak, 66; Scheunert, DNUH NS TLet ns.

2. Jedwede Blume muss sich neigen, NII, 160; cf. T., 1159; Munich, 1° septembre 1838. ,

3. Es ist so viel zu gewinnen, VII, 160, cf. T., 1292 (Munich, 15 septembre 1838) eë supra, 104 et n. 6 : die Musik. — k. CF, supra, 159 et n. 1.

5. P. 120, sous-titre an ein Mädchen; NI, 276; T., 2654, ligne 27.

Page 1