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figurent, mais fondus avec les ultérieurs et soumis à la classification nouvelle. Si, pour l'instant, nous nous en tenons à l’ordre dans lequel ils se succèdent au « livre » de 1842, nous trouvons d’abord un groupe d'inspiration sociologique. Le poète commence par considérer l’époque où il vit! :
Es ist die Zeit des stummen Weltgerichts.
Sans bruit, beaucoup de choses, qui ne peuvent à la longue subsister telles qu’elles sont, croulent d'’elles-mêmes et la face nouvelle du monde apparaît peu à peu. Le poète se contentera de refléter la vie, sans prendre parti, dans le chaste et pur miroir du poème, heureux de cueillir la première fleur du printemps, mais sans dédain aussi pour les présents tardifs de l'automne. Hebbel a fait son profit, on le voit, des conseils de Gœæthe?. Il semble cependant qu'il se départe de sa sereine impartialité, à lire le réquisitoire qu'il formule ensuite contre la société humaine’. Il la trouve absurde, inique et oppressive et ne lui cache pas son mépris : Da dürfte dir das schlimmte deiner Glieder,
Keck, wie es wollte, in die Augen schauen, Du müsstest ganz gewiss vor ihm errôten!
Der Räuber braucht die Faust nur hin und wieder, Der Môrder treibt sein Werk nicht obkne Grauen, Du hast das Amt, zu rauben und zu iôdten.
Et n’allons pas croire qu'il n’y ait là que pathétique entraînement poétique, car le sonnet ne fait que reprendre un aphorisme du Journal : « ses lois et ses institutions lui sont ce que le meurtre, le vol et l'assassinat sont à l'individu. Terrible, mais vrai! » Or pour - Hebbel « la loi suprême, pour les Etats comme pour les individus, est la loi de conservation” ». Et que représentent nos existences particulières, au prix de l'esprit de l’univers dont la véritable histoire est la critique‘? Le sonnet der Mensch und die Geschichte® vise à définir ces rapports :
Die Weltgeschichte sucht aus sprôden Stoflen Ein reines Bild der Menschheit zu gestalten, Vor dem, die jetzt sich schrankenlos entfalten, Die Individuen vergeh'n, die schroffen $.
Mais, en attendant que ce patient sculpteur” ait achevé l'idéale statue; nous n’en entrevoyons, par instants, quand s’écarte le voile, que tel ou tel trait profond et, pareils à des enfants dans un atelier, nous ramassons les éclats et en faisons nos idoles. On pourrait citer
1. Unsere Zeit, p. 229; VI, 315; Hambourg, 4 septembre 1841; le titre était d’abord : die Zeit und der Dichter; cf. Anmerkungen, 310; cf. supra, 176-181, et T., 1683, 2271; W., XI, 44, et Bw., VII, 151-2.
2. Cf. v. # à 8 à la 12° strophe; v. 9-14 à la fin de Zueignung.
3. Die menschliche Gesellschaft, p.230 ; VI, 316. Hambourg, 3 septembre 1841. Premier titre : an die Gesellschaft, cf. Anmerkungen, 310 et encore T., 1683.
5. Cf. T., 2040; cf. autobiographie, VIII, 93 et supra, 13 et suiv. — 4. Cf. T., 2335. — 6. T., 1530, sur les rapports de l'histoire et du drame; cf. Bw., I, 275 et W., XI, 53, 57 et suiv. Vorwort zur Maria-Magdalene.
7. P. 231: VI, 320, Hambourg, 5 septembre 1841; cf. T., 2061 et Patzak, 101. — 8. Sur ce vers, cf. Fries, 33, n. 3. — 9. Cf, Scheunert, D. j. H., 64, n. 2.
toute une série d'aphorismes du journal qui ne font que développer cette idée’. Mais voici où ils aboutissent : « Il n’y a qu’une seule nécessité, c'est que le monde subsiste. Comment les individus s'y trouvent, cela est indifférent. Un homme qui se consume de douleur et une feuille trop tôt flétrie ont la même importance devant la puissance suprême, et l'homme sera aussi peu dédommagé d'avoir souffert que la fleur de s'être fanée. L'arbre surabonde de feuilles et le monde, d'hommes?. » Est-ce à dire que Hebbel va se désintéresser des programmes politiques et se réfugier dans la tour d'ivoire de l’art? Son attitude, de ce côté, reste conforme à celle de ses maîtres et de même que l'on trouverait dans les Xenien, les Venetianische Epigramme et Hermann und Dorofhea des documents établissant que la modération n'exclut pas un foncier libéralisme, de même l’auteur de mein Päan* est de ceux qui ne désespèrent pas du progrès, mais l'attendent d'une lente et organique évolution, non d’un coup de révolution magique‘ et qui, cependant, ne veulent pas des paroles, maïs des actes
Ich môchte auch einmal von Freiheit singen,
Le meilleur hymne à la liberté sera de mettre flamberge au vent :
Auch dann noch fecht ich still und stumm gleich Allen, Die schweigend ihren Hass und Grimm getragen ÿ.
Alors seulement, quand il aurait scellé de son sang sa sincérité, il pense qu'il aurait le droit de chanter son péan.
Denn soviel Worte darf ich, glaub’ ich, wagen, Als Odem zwischen Fallen bleibt und Sterben,
Mais le sacrifice, l’'abnégation suprême, n’est réalisable que par la mort. Vie implique affirmation du moi, persistance dans l’individualité. Et c'est ce qu'exprime le sonnet suivant : an eine edle Liebende‘. L'amour lui-même est impuissant à faire tomber la barrière qui sépare deux êtres. Hebbel nous l’a déjà dit de l'amitié et le pense de tout rapport des individus entre eux”. A la femme qui souhaite, pour se donner tout entière au bien-aimé, de se fondre avec lui, de se perdre en lui, au point de ne plus rien conserver d'elle-même, il montre ce qu'un tel vœu a de dangereux et de chimérique :
O thu es nicht! Es giebt ein Widerstreben,
So rein von jedem selbstisch- rohen Tricbe,
Dass sich das Hüchste still zu nichts zerriebe, Erschlôüsse dies ihm nicht ein ew’ges Leben.
Formule bien tourmentée et cacophonique, pour expliquer que rester soi-même n'est aucunement égoïsme grossier, mais orga-