‹ HebbelChapitre 195 sur 425 · Bw., II · texte numérisé non relu

Bw., II

8. (Hannover, 1844, p. 299 et suiv.) Voici les pièces que le critique recueillit : das alte Haus, auf ein schlummerndes Kind, der junge Schiffer, Scheidelied, let 2; der junge Jäger, der Sonnenjüngling, mein Päan, das Kind am Brunnen, Leben, Well und Ich; cf. Bw., II, 6 et note; VIII, 17-19 et W., VILL, 400. Adolf Stern dans l’//lustrierte Zeilung du 11 octobre 1862 loue particulièrement parmi les pièces du recueil de 1842 : Nachtlied, Scheidelieder, die junge Mutter, das Kind am Brunnen, das Bettelmädchen, Bubensonntag, Nachtigefuhl, an einen Freund, Hüchstes Gebot, der Sonnenjüngling, Blume und Duft, dem Andenken vor E. Rousseau, zwei Wanderer, Dämmerempfindung, an den Tod, dem Schmerz sein Recht, Sonctte, Epigramme. Ces deux dernières rubriques concernent également les recueils ultérieurs; cf. Bw., VII, 257, note. Dans la même lettre où Gœdeke lui demandait l’autorisation d'insérer ces poésies, il le priait de lui envoyer la courte notice biographique à laquelle nous avons

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son penchant pour l'étrange ct le bizarre, signale très judicieusement l'harmonieuse et rare combinaison de sensibilité, d’imaginaüuon et de pensée qui constitue l'âme même de son lyrisme. Engländer, dans les Wiener Jahrbächer?, accompagne ses légères «objections » de considérations générales qui en rendent l’acceptaüon facile à l’auteur; Menzel, au feuilleton littéraire du Morgenblatt, ne se montre « pas tout à fait défavorable », mais Hebbel proteste de se voir étiqueté « Hégélien » et classé parmi les Jeunes-Allemands ?. Le chef de laJeune-Allemagne avait cependant, nous l’avons vu, prodigué les encouragements les plus flatteurs à celui-là même qui contestait si formellement sa compétence et il avait, en même temps, formulé des craintes que le public ne fit preuve de moins de compréhension et de goût#,

Les prévisions de Gutzkow se réalisèrent. Un anonyme put écrire dans l'£uropa d’'Auguste Lewald que, dans les Gedichte, il était aisé de retrouver les traces d’une imitation par trop directe de Heine, d'Uhland et même de Karl Beck. Le dernier reproche est grave, Hebbel ayant cité Karl Beck comme représentant du lyrisme moderne qu’il combattait, et auquel son bel esprit, pas toujours de bon aloï, inspirait des rimes et, par ieur intermédiaire, des idées. Mais de ce qu'une similitude de motifs peut être relevée entre des ballades comme Räuber und Henker, Vater unser et das Rüslein de Karl Beck, il ne s'ensuit pas que les Gedichte de 1842 se ressentent fortement de l'empreinte d’un adversaire littéraire. Il serait tout aussi exact de prétendre que Hebbel a pillé Schiller, Freiligrath, Halm ou Lenau pour avoir découvert les quelques ressemblances de détail que nous avons notées. Quant à l’imitation d'Uhland et de Heine, nous n'avons point manqué d’en relever les traces dans un assez grand nombre de pièces, mais peut-on dire que limitation ait été servile? presque toutes, au contraire, contiennent, à côté des emprunts plus ou moins discrets, une part non négligeable d'originalité que, pour chacune, notre analyse s’est appliquée à dégager et, à considérer dans leur ensemble les poésies de 1835 à 1842, on

fait allusion déjà (W., VIII, 400; supra, 15, n. 5). « Etre cité dans de pareils recueils, déclare Hebbel, est très utile, on agrandit ainsi le cercle de son public. » Bw., II, 24%

1. Sie fühlen phantasievoll, auch wenn Sie denken, sie denken, auch wenn Sie phantasieren und fühlen, wie es der Lyriker muss, wenn seine Schüpfungen über das, was Sie als « Käferpoesie » zu bezeichnen pflegen, hinausliegen sollen..…. » Uechtritz à Hebbel, le 10 janvier 1855), cf. Bamberg, II, 213 et supra, 299, 332-333 et notes.

2, N°122, p. 166 ct suiv.; cf. Bw., VI, 2:

3. Cf. Lileraturblatt zum Worgenblatt du 17 février 1843; Bw., IT, 264, 275; V, 45, VII, 2; nous connaissons déjà les protestations d'autonomie par rapport à Hegel et à Schelling, cf. supra, 92-96, 174-176, 251 et notes. Une notice beaucoup plus favorable mais due à une plume beaucoup moins fllustre, parut au Morgenblalt du 9 mars 1843; .un certain Ed. voit dans les Gedichte une preuve qu’on peut avoir beaucoup d'esprit sans aller en politique jusqu'aux opinions extrêmes ou sans être un poète politique, et il les nomme « eine sehr bedeutende Erscheinung, cf. Bw., 11, 265 et note. ASE

4. Cf. supra, 183, 184, 216et n. 6. — 5. Europa, 1843, I, p, 213 et Einleitun?, VIT p xt 6 CE TN t76 7:

ne peut pas plus conclure en additionnant les influences extérieures qu'on n'arriverait à les expliquer intégralement « par le dehors ».

Et si des caractéristiques contemporaines nous passons aux appréciations les plus récentes, force nous est bien d’avouer qu'aucune ne nous satisfait pleinement, ni dans'la louange, ni dans le blâme. L'éditeur critique, dont la bienveillante autorité s'efforce d'être objective, ne se compromet guère dans le jugement favorable, mais nécessairement sommaire, qu'il consacre aux Gedichte dans son introduction". Il faut y voir surtout une sorte d'amende honorable à la sévérité un peu excessive de son appréciation antérieure de Hebbel dans son enquête d'ensemble sur le lyrisme etles poètes lyriques*. 11 ne nous paraît ni suffisant ni équitable de refuser à Hebbel la palme de « poète naïf », de le classer impitoyablement parmiles « sentimentaux » et de le marquer du stigmate de « subyectif® ». Et la question est moins de savoir si Wilhelm Scherer ferait de même que de vérifier si, alors qu’elle émanerait d'un juge aussi autorisé, la sentence serait méritée. Telle que la présente R. M. Werner, nous la déclarerons, à tout le moins, trop générale. Il serait peu juste de linduire de la comparaison de Blume und Duft, qui est une pièce quelconque de Hebbel, avec Frühlingsglaube, qui est le chef-d'œuvre d'Uhland. Pour la même raison, nous ne nous hâterons point trop d'instituer un jugement dernier aux dépens de notre poète, en le rangeant à gauche avec le méchant Schiller (qu'il a réprouvé luimême furieusement, il est vrai!) tandis qu’à droite se tiendraient les bons : Gœthe, Uhland, Walther von der Vogelweide et les bardes populaires. L'appréciation de M. Tibal nous a paru, sur ce point, un peu sévère! : « Les modèles de Hebbel dans la poésie lyrique sont Gœthe et Uhland, maïs il a en somme suivi sa propre voie et on ne peut pas dire que ce soit pour son plus grand bien ». Mais pouvait-il choisir de meilleurs modèles et marcher sur leurs traces avec plus de profit qu'en ne perdant jamais sa propre voie? N'est-ce pas de pure tradition gœthéenne que chercher à s'assimiler des grands devanciers ce dont on peut tirer un profil réel? Si Hebbel est resté lui-même et ne nous paraît aucunement anéanti derrière ces géants, ne convient-il pas de l’en loüer? Nous pensons qu'il ne saurait y avoir de plus grand bien pour lui, comme pour tout autre poète, que de suivre sa propre voie à la condition d’être « quel-

1. So hatte Hebbel in den Gedichten eine neue Seite seines Wesens enthüllt, hier seiner viel sicherer als auf anderen Gebieten. Alle Züge seiner Lyrik, vom leichten Lied bis zum ernsten Gedankengedicht waren in der Sammlung von 1812 schon beisammen; man konnte sein Streben nach Schôünheit und Klarheit, wie sein Ringen mit den Lebensrätseln beobachten. Nur Epigramme fehlten, für die ein paar gereimte Sprüche Ersatz boten. Die Mannigfaltigkeit war gross, Ernstes und Heiteres wechselte, ja ein Gedicht wie Hexenritt erregte durch sein Motiv Heines Neid, Es war eine Leistung mit der Hebbel zufrieden sein konnte. VII, p. xx111 (1904).

2. Lyrik und Lyriker (1890), cf. Personenregister, p. 623, la table des passages concernant Hebbel.

3. Tout lyrisme est subjectif aux yeux de Hebbel lui-même; cf. Scheunert Pantlrag., 223 et supra, 205.

&. Lyrik und Lyriker, 283. — 5. Ibid, — 6, Op, cit., p. 258.

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qu'un ». Et c'est précisément sa personnalité lyrique qui nous paraît par trop diminuée dans le jugement suivant : « Il a pu recommander après Gœthe la naïveté et après Uhland le Gemüth, toutes les théories ne servent de rien contre notre propre nature... et la nature de Hebbel ne comportait qu'à un faible degré naïveté et Gemüth!! » Nous n'irons pas aussi loin : sans vouloir présenter Hebbel comme type de poète « naïf », nous lui accorderons plus de sensibilité. C’est la thèse que nous avons formulée déjà à propos des poésies de Wesselburen en défendant le poète contre la sévérité analogue d'un autre critique. Ce dernier était, à notre sens, au cœur du sujet lorsqu'il esquissait l'analyse de la forme d'imagination de Hebbel : « Chez lui, dit-il d'abord, les représentations ({Vorstellungen) jaillissent toujours des sentiments et se développent en une * chaîne ininterrompue et rigoureuse, il faut même dire avec nécessité” ». C’est là faire le plus bel éloge qu'aux yeux de Hebbel il puisse y avoir à propos de poésies lyriques et établir du même coup la concordance absolue chez lui de la théorie et de la pratique*. Mais quelques pages plus loin, par une contradiction singulière, le même auteur affirme que chez Hebbel « la pensée représente incontestablement l'élément premier ». C’est l'opinion que reprend le critique français, en termes, à notre avis, trop absolus. Nous croirions apprécier durement l’ensemble des pièces que nous venons d'examiner, en déclarant que « chez Hebbel l'intelligence l'emporte toujours sur le cœur », que « la poésie de circonstance est restée pour Hebbel un idéal » et que « l’amour de Gœthe pour la réalité sensible lui était étranger® ». Il y a, dès les premières poésies, nous l’avons vu, plus d’une échappée de lumière et dès le séjour à Heidelberg, Hebbel y insiste et le critique lui-même le reconnaît, s'affirme une compréhension plus intime et plus émue de la nature7. Les formules nous paraissent plus acceptables dès qu’elles se font moins catégoriques. « Il ne s'arrête qu’un instant pour considérer et esquisser le monde visible; son esprit va au delà ». Ceci est la vérité même, mais on notera que ce procédé ne diffère pas essentiellement de celui des poètes naïfs, y compris Gœthe et Uhland. Il est vrai, seulement, que Hebbel, moins apte à jouir des apparences, s'attarde moins à la surface brillante de la réalité et se hâte de creuser jusqu'aux ressorts cachés des âmes et des choses*. Mais

1. Tibal, 258. — 2. Cf. supra, 54, n, 4; rapprocher le jugement d'Uechtritz, supra, 377, n. 1. à

3. Cf. T., 2081 : « Ein lyrisches Gedicht ist da, so wie das Gefühl sich durch den Gedanken im Bewusstisein scharf abgränzt ». Cf. supra, 173, 205, 206, 213 et-n. 9.

4. Cf. supra, 65, n. 8; Môller (12) soutient le contraire : « Und zwar ist das Gefühl bei Hebbel das Primäre; er nennt es den Stoff. Die Reflexion kommt erst hinzu, sie erzeugt die Form »; cf. supra, 272 et notes, et 272-277, en particulier la note 4 de cette dernière page. 2 |

5. Tibal, 258. — 6, Jbid., 259; cf. supra, 321-329, 355. — 7. Cf. supra, 170, 471 et n. 1: 210 et suiv., et Tibal, 127 et suiv.; cf. T., 1702 (19 octobre 1839).

8. 'T., 50 : « Menschliche Verhältnisse haben nur so lange Peinliches für mich, als ich sie nicht durchschaut, als ich nicht erkannt habe, dass sie auf der Natur basiert sind » (14 juillet 1835), ef. W., XI, 41 : « Nur wo ein Problem

lorsque le critique ajoute que « Hebbel ne s'attache pas dans Îles phénomènes à leur beauté mais à leur signification intellectuelle * », la mesure nous paraît de nouveau dépassée. On est un peu surpris de tant de rigueur après avoir lu que pour Hebbel comme pour Hoffmann « la beauté et l'amour qu'elle inspire sont l'âme de la nature? ». La sentence nous semble d'autant moins équitable que, sous la forme où elle se présente, elle ne paraît pas se rapporter uniquement aux poésies de 1836 à 1839, à l’occasion desquelles elle est portée mais condamner tout le lyrisme de Hebbel opposé à sa théorie®. Sans cette généralisation irop hâtive, elle eût pu être étayée par l'aveu de Hebbel : « La pensée est chez moi la plupart du temps tyrannique et cela n'est pas favorable à l'épanouissement de la beauté‘ ». Mais cette déclaration est datée du 12 décembre 1838 et, dès l'appréciation du recueil de 1842; le même critique reconnaît que « dans la poésie lyrique s'était révélé à Hebbel le secret de la forme qu'il ne faisait encore que soupconner dans le drame » et que le recueil annonce « une seconde période où le conflit tragique qui pour lui constitue l'univers ne restait plus sans solution, mais où l'harmonie et la beauté qui sont au fond des choses commencçaient à apparaître derrière les dissonances ÿ ».

Ce que nous accorderons volontiers, c’est que la poésie de Hebbel, surtout à l'étape où nous la considérons, est bien moins antique, bien moins hellénique que celle de Gœthe et qu'on ne saurait comparer Hebbel à Gœthe en ce qui concerne « l’adoration des formes splendides ». Et nous ne contesterons pas davatange « qu’il n’atteint pas à la grâce vraiment originale de Wailther von der Vogelweide, de la poésie populaire et d'Uhlandf », Un assez large fossé n’en subsiste pas moins, quelle que soit la place qu'il convienne d’assigner à Hebbel, entre lui et Schiller et c'est ce fossé que nous nous refusons à franchir. Souvent, il est vrai, le plus souvent, Hebbel creuse

l'image ou l'événement’ et parfois image et événement disparais-.

sent derrière le résultat de ses spéculations $. Pour la période qui nous occupe, un passage du journal du 19 octobre 1839 nous paraît mettre tout à fait en lumière les deux moments de sa pensée : tandis que la contemplation du début prouve bien que l'amour de Gœthe pour la réalité sensible n’était pas étranger à Hebbel, nous le voyons cependant creuser de plus en plus et s’enfoncer dans sa

vorliegt, hat eure Kunst etwas zu schaffen » (1844). Notons toutefois que cette dernière formule se trouve dans la préface de Maria Magdalene et concerne surtout le drame de Hebbel,

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