‹ HebbelChapitre 208 sur 425 · D ORT CG E SA E · texte numérisé non relu

D ORT CG E SA E

VARErE PS

ds) pt honte

Ye

serbe or

TEA es.

Tor e

PRET LR RTC

es

Le ae qe CENAMNES

chez un autre musicien, Auguste Gathy ! et chez Henri Heine? qui lui font un accueil cordial; mais bientôt il se détourne du premier et ses rapports avec le second se refroidissent jusqu’à la méfiance. Il déclare alors que son compagnon véritable à Paris est Félix Bamberg à qui Hagen l'avait présenté et qui, tout de suite attaché à lui en admirateur sincère, s'était fait son cicerone dans la capitale*. Juif de Posnanie, Bamberg s'était rendu de Berlin à Paris pour y continuer ses études de métaphysique; il s’intéressait aux œuvres d'art en Hégélien. Sa compréhension rapide, sa dialectique serrée, son érudition philosophique, sa personnalité enfin, plurent à Hebbel. L'idée qu'il se faisait des Juifs en fut profondément modifiée : son antisémitisme du Diamant fit place dans /udith et Genoveva au point de vue d'objectivité et d’impartialité. Ce ne fut malheureusement pas le seul résultat de cette rencontre. Hebbel trouva en Bamberg le confident idéal pour ses méditations et ses élucubrations; avec lui, il pouvait discuter à fond tous les problèmes esthétiques, philosophiques, sociaux. La réceptivité, la passivité, la complaisance intéressée de Bamberg furent inlassables. Il considérait Hebbel lui-même comme le plus intéressant de tous les problèmes ; aussi analysait-il toutes ses opinions, il les sollicitait, provoquait ces explications théoriques auxquelles notre poète n’était que trop porté; il fortifia de tout son pouvoir ses tendances spéculatives et le goût de la terminologie alors à la mode dans le langage philosophique. Le Vorwort zur Maria Magdalene n'est que la trace la plus expressive de cette influence *. Bamberg à son tour le mit en relation avec Arnold Ruge’, rédacteur des Æallesche Jahrbücher avec lequel Hebbel engagea de fréquentes et sérieuses

controverses. Nous n'aurons à nous occuper que de celle qu'ils

eurent sur un point de métrique et verrons que Hebbel prit fort mal des corrections et des indications parfaitement utiles.

La plupart du temps, il se trouvait, à Paris, seul, comme partout, et toujours en tête à tête avec ses souvenirs et les difficultés de l'heure présente. De toutes les figures qu'il avait rencontrées jusqu'ici, que subsistait-il encore de sûr et de fidèle? Sa compagne laissée à Hambourg, son fils Max. Et voilà que, peu de jours après son installation à Paris, il apprend par une lettre d’Elise la

“mort de l'enfant. Epreuve terrible où sa raison faillit sombrer! Le journal et la correspondance de cet hiver de 1843 ne sont pleins que de sa douleur et de son désespoir. La crise fut violente, mais

1; Bw., IL 285. — 2. Bw., Il, 286; Kub,II, 45-46; Kulke, 31-32, 68. — 3. T., 2939, 2975-2976; Bw., II, 297, 299, 301, 310; III, 1, 2, 115.

4. NW., x 39-65: cf. Bw., 1, 335: T., 2939, 2975; Kub, II, 48, 81. Outre la première édition de la correspondance et du journal, nous devons à Bamberg deux importantes études sur Hebbel (voir notre bibliographie systématique). Cf, en particulier, p. 175 de l’article de l’Allgemeine deutsche Biographie, le portrait qu'il fait de Hebbel, insistant surtout sur sa susceptibilité extraordinaire qui n'était, à ses yeux, qu'une exagération maladive résultant d’une surabondance de vie et d’un tempérament éminemment poétique; cf. encore Bamberg, 1, 249 et Bw., II, 333-334; T., 2955, 2958.

5. Bw., IL, 49; Kub, II, 81-84; sur Ruge, cf. Tibal, 674-675. — 6. T., 2805, 2828-2830, 2877-2879, 2935; Bw., II, 302-309, 323 et suiv.; Kuh, II, 49-52; Bam-

relativement courte; réminiscences littéraires et considérations philosophiques donnent à l’envi le ton aux consolations qu'il prodigue à l’inconsolable Elise’. Il se reprend dans la mesure où il la voit ne pas se reprendre. Tout d’abord, sa pitié pour elle avait été si grande que, spontanément et comme fébrilement, il lui avait proposé le mariage, la pressant de venir à Paris ou lui offrant de retourner à Hambourg?. Le premier résultat est qu'il retrouve luimême plus de calme après avoir démontré qu'il vaut mieux être mort que de vivre misérable et que du moins son fils échappera aux épreuves qu'il lui a fallu lui-même traverser*. Mais d'autre part, c'est toute la question des rapports à venir avec Elise qui se trouve nettement posée. Si immédiatement elle l’eût pris au mot, elle devenait sa femme : mais la distance et leur pauvreté firent qu'elle lui laissa le temps de réfléchir; Bamberg et Oehlenschläger

achevèrent de le ramener au calcul vital‘. Alors il se contente

d'adresser à la mère éplorée des vers et des conseils de lectures; non point qu'il fût indifférent à son sort : sa sollicitude pour elle est profonde, il lui envoie de l'argent, s'inquiète des misères de sa vie quotidienne; mais il eût fallu l'amour pour faire tomber tous les obstacles, et les sentiments de Hebbel, tels qu'il les analyse lui-même dàns une longue lettre, ne sont qu'une raisonnable, sincère et fidèle amitiéf. Une fois ces relations mises au point, on sent que le poète reprend pied dans son individualisme d’isolé et recommence à se persuader qu Elise n’est là que pour recevoir ses plaintes, examiner ses comptes détaillés et l'aider à retoucher les manuscrits qu'il lui envoie 7. Mais à ce moment, elle se départit de sa résignation, de cette abnégation qui paraissait inlassable et elle semble devenir de plus en plus pressante et exigeante. Hebbel ne laisse pas de remarquer cette évolution; c’est d’abord, dans ses lettres de cette époque, comme un étonnement douloureux, puis sa volonté se refroïdit et s'affermit d'autant plus que les réclamations d'Elise se multiplient et s'accentuent. Sur le point de devenir mère une deuxième fois, elle est comme certaine de sa conquête et ne soupçonne pas que, précisément entre la mort du petit Max et la naissance d'Ernest, se fait dans le cœur de Hebbel l'irréparable déchirure f. « Derrière moi, rien et devant moi, rien! » s’écrie-t-il alors, et il invoque l'exemple de Lessing, Herder, Gœthe, Thorwaldsen et Hamann pour vanter à Elise les avantages du « mariage de conscience * ».

berg, Tagebücher, Vorwort, XNIIL. — 1. T., 2927; Kub, II, 49-52; Fries, 29, n. 1, rapproche de certains passages de die natürliche Tochter, telle expression de Hebbel dans son explosion de douleur, cf. R. M. Werner, Gœthe- Jahrbuch, XXN, 182.

2. Bw., 11, 290, 295, 305-323: T., 2790, 2806, 2807, 2927, 2963-2964.

3. Bw., Il, 318-319. — 4. Bw., IT, 320, II, 3, 35-36; Kub, II, 52-56, 99-101;

cf. encore Bamberg, Vorwort, p. 2 et pour Ochlenschläger, notre bibliographie systématique.

5. T.. 2989, 3193, Bw., Il, 337-341; II, 2, 8, 33, 39, 95, 131. — 6. T., 2976, 3123; Bw., IL, 33-34, 77-78, 88-90, 95. — 7. Bw., III, 129, 161, etc. — 8. T., 2970, 3134; Bw., III, 96-98.

9. Kub, IT, 101; Bw., III, 3-4, 17-20, 23, 35-37, 77-78. C’est donc avec une res-

Il vit en bohème, ravaudant lui-même ses bas, hôte assidu des bibliothèques pendant les journées froides. Il frémit à la pensée que tout dépend du moindre hasard. « Aussi, écrit-il, n'y-a-t-il pas grand'chose à quoi je tienne assez solidement pour que le destin, en m'arrachant mon bien, soit forcé de m’entraîner moi aussi dans l’'abîme'. » Tout n'est que tactique et habitude?. Il subit pour l'instant sa chaîne de Copenhague, il espère son émancipation ou plutôt en désespère*. Et, en attendant ce qu’il ne croit pas devoir venir, il dresse des catalogues de prix de denrées à Paris, substitue aux projets matrimoniaux d'impitoyables additions, estimant qu'il est préférable « de vivre en même temps, que de mourir ensemble‘ ». Il restera donc dans sa « sombre solitude », car c'est la malédiction de la pauvreté qu'il faille renoncer à tout et se résigner jusqu'au tombeau, et il considère sa vie comme manquéeÿ. Nous l’avons vu rompre ses relations d'arrivée et fréquenter seulement Heine et Bamberg. Très rarement, un étranger de passage, un original, rend visite à l’auteur de Judith, et l'on a remarqué avec - raison que, au moins dans les premiers mois de son séjour, on ne voit pas qu'il ait causé avec d’autres Français que son blanchisseur, sa concierge et le garçon du restaurant. On comprend qu’à observer de cette façon les Parisiens, il ne fasse que prendre conscience de ses attaches nationales : « ce monde ne me convient pas, déclare-t-il, et on peut dire qu’il ne convient pas à un Allemand 7? ».

Peu à peu, cependant, la séduisante capitale le conquiert et il en décrit les mille curiosités tout au long de sa correspondance et de son Journal. Nous retrouverons d'autres documents de cette admiration dans les poésies lyriques. Dès le 10 décembre 1843, il s’écrie : « Paris n’est pas une ville, c’est un monde? ». La douceur du climat le ravit!° et il célèbre en une lettre dithyrambique le printemps parisien !!. Sauf un léger refroidissement, sa santé est excellente pendant toute la durée de son séjour et au fatalisme de Copenhague succèdent au moins des éclairs d’optimisme et des étincelles de bonne humeur. Les environs aussi l’enchantent, les quais et les rives de la Seine, le Bois, Neuilly, Saint-Germain, Saint-Cloud, Versailles surtout où les souvenirs historiques s’immobilisent dans la beauté de leur cadre naturel !?. Plus encore qu'aux rois, il songe à la Révolution et à Napoléon ‘*. Maïs avant

triction mentale qu’à partir de mai il adresse ses lettres à « Madame Hebbel ». 1. T., 2835-2836, 2860, 2935, 2939: Bw., II, 350-351: III, 29. — 9. T., 3014, 3015. — 3. T., 3017, 3020, 3069, 3070. — 4. Bw., II, 289, 294, 321-329, 326, 329, 330-332, 345. — 5. Bw.. Il, 394, 326-327. — 6. T., 2975, Bw,, Il, 324-335; Tibal, 533. — 7. T., 2833, 2861, 2931, 2939, 2977, 3021, 3171; Bw., II, 288, 346, 359, III, 41, 103. — 8. Cf. surtout, T., 2870, 2890; Bw., Il, 279-301, III, 35- 40, 120-143; Tibal, 535, 676-677. — 9, T. 2933. : 10. T., 2801, 2834, 2838, 2866, 2899, 2932, 2936, 2988-2991, 3018, 3164-3165, 3185: Bw., IIL, 8-10, — 11. Bw., LIL, 66. — 12. T., 2976; Bw., III, 127. — 13. Bw., IT, 292-293 ; HI, 140-141, 144-145, 233.

14, T., 2833, 2891, 2965, 2990, 3034, 3035, 3240 ; Bw., IT, 284, 288, 338, etc., voir à ces rubriques les tables de la correspondance et du journal; cf. encore sur Napoléon, W., V, 45-53 et supra, 34, 179 et n. 15.

tout, c'est l’art qui l’intéresse. Il parcourt les riches collections des

musées du Louvre et du Luxembourg', admire particulièrement la Judith d'Horace Vernet. La musique lui apparaît heureusement sous d’autres traits que ceux de son compatriote Hagen; non seulement il mentionne dans son journal les noms de Meyerbeer, Mozart et Beethoven?, mais ila, de temps à autre, l'occasion d'entendre des concerts qui lui rappellent ses impressions de jeunesse aux soirées de l'Avent. Cependant les grands concerts lui restent fermés et il n’a pas davantage les moyens d'aller au théâtre; il entend toutefois à la Gaîté Mlle George dans Lucrèce Borgia et au Français, Rachel, qui lui paraît admirable‘. ; ‘ Hebbel finit par aimer Paris de tout son cœur et ne se lasse pas de redire l’heureuse influence dont il se ressent. Il ne comprend pas qu'il puisse y avoir des gens qui ne se plaisent pas dans cette ville et estime que c’est un bonheur d’y séjourner, même en pauvre hère et de se perdre dans la foule”. « C'est que c’est un tout autre courant qui vous emporte ici et à un bon vaisseau il faut un tirant d’eau convenable f. » C'est là un leitmotiv qui n’est pas sans intérêt pour la compréhension de la personnalité du poète et de son lyrisme : « les individus humains, donc aussi les poètes, sont différents, il a existé des poètes qui auraient voulu se blottir dans un nid d’alouette, je ne suis pas de ceux-là. J’ai des organes pour l'univers et ai besoin de l'univers; je serai, j'en suis certain, devenu un tout autre homme, si j'avais eu une jeunesse plus favorisée; et comme, une fois pour toutes, la contexture fondamentale d'une genèse ne saurait être modifiée, c’est à moi de m'assurer du moins un trésor d’impressions les plus variées et les plus bigarrées possibles, afin que tout ne s'évanouisse point en fumée. C’est pourquoi, après tant de malheur, le premier vrai bonheur pour moi et mon talent est de pouvoir voyager, car, alors même que je ne m'élèverais jamais à ce qu'on appelle une conception sereine de la vie — ce n’est la plupart du temps que le fruit d'une observation superficielle — du moins est-on arrivé à un tout autre résultat selon qu'on promène avec soi uniquement les douleurs d'humanité générale, les mêmes qui obscurcissent le regard de l’Apollon du Belvédère ou qu'on y mêle ses propres misères ; et de ces dernières on est affranchi lorsqu'on est entraîné hors de soi-même et dans le courant cosmique”. » Cette confession paraît au poète si essentielle que, deux mois après, il la précise encore dans une autre lettre : « Le spectacle de masses puissantes, mais surtout d'un torrent de vie dont les vagues ne se peuvent compter, à plus forte raison pas étiqueter et reconnaître, est pour moi un besoin et c'est pour ma poésie un bonheur que j'aie pu faire ce voyages ». 1. T., 2818-2820, 2903, 2933, 3220; Bw., IT, 204, 359-355, 358: III, 35, 58, 67-68. — 9. T., 2840, 2843, 3061; cf. Bw., LIL, 68.

3. T., 2867, 2967. Ses souvenirs de jeunesse lui reviennent du reste fréquemment pendant cette période de solitude, T., 2839, 2844, 9867, 3136: Bw., Il, 281, ete, — 4. T., 2939; Bw., IT, 358, III, 137-138. —5. T., 3164:

Bw., 11, 345, 346, 351, 359; Tibal, 534535. — 6. T. 2931. — 7. Bw. III, 83 et 64. — 8. Bw., III, 108. ES

C'est ce qu'il exprimera plus tard encore dans l’épigramme Conditio sine qua non.

Et certes, il n'était rien, comme il le redit dans une lettre à Elise, que « l’humble coquillage ? ». La fortune s’obstine à lui refuser ses faveurs. Cotta lui fait des offres si dérisoires qu’il rompt avec lui’. Les relations avec Campe restent meilleures ; mais Hebbel, se sentant maintenant à l'abri du moins de la détresse immédiate, voudrait poser ses conditions; une série de contretemps l'en empêchent *. Oehlenschläger, dont ses scrupules d'artiste lui défendent de se faire l’apologiste littéraire en Allemagne, se refroidit visiblement’. Echec à Berlin comme à Copenhague Auguste Crelinger lui apprend que Maria Magdalene ne pourra pas être représentée à cause de la grossesse de l'héroïne‘. Ses amis, les Rousseau, Gartner, Duller, Schütze et Janinsky sont dispersés et ne peuvent pas grand'chose pour lui’. Il conseille même à Elise la méfiance envers leurs connaissances de Hambourg et surtout à l'endroit de son frère Johann qui l’importunait par des emprunts$. À Paris, nous l'avons vu de prime abord isolé® par son ignorance du français et par sa pauvreté. Il ignora Chateaubriand et Mme Récamier, Sainte-Beuve et de Tocqueville, Villemain et Thierry, Balzac et George Sand, Lamartine et Musset et la séance au théâtre de la Gaïté ne lui révéla guère Victor Hugo. Les succès de Meyerbeer et de Berlioz, les triomphes de Liszt et de Mendelssohn, d’Auber et de Scribe, il ne les connut que par les ‘comptes rendus de Heine. Tout au plus entend-il une répétition de Berlioz au Conservatoire et entre # la dernière heure au bal masqué du grand Opéra. Pour le reste, il se contente des jouissances gratuites du Carnaval et du 14 juillet, des débats en cour d'assises ou à la Chambre des députés, se promène sur les boulevards ou dans les jardins publics, entrevoit Louis-Philippe emporté comme un tourbillon au milieu de son escorte, étudie à la bibliothèque royale, lit l’Jliade au café et s'ennuie chez lui !?.

L'éternel motif de sa jeunesse malheureuse et de sa vie manquée reparaît à chaque instant sous sa plume !!. Il calcule, économise et consigne avec âpreté ces économies et ces calculs, il note ainsi qu'à ce régime il ne va pas au théâtre et n’apprend pas le français ©. Il sent de plus en plus cruellement sa dépendance et

1. W., VI, 367. — 2. Bw., II, 279.— 3. T., 2834; Bw., Il, 327-328.

4. T., 3064; Bw., II, 301, 303, 315, 328, 343, 344; III, 20, 53, 75, 80-81, 111, 113, 124, 128, 146.

5. Bw., II, 368; cf. Bw., II, 298; III, 3, 82, 83, 93, 101, 116, 149; T,, 2963, 3213. |

6. T., 2896, 2939, 3003; Bamberg, I, 159-160; Bw., II, 347; IT, 14, 15, 24, 27, 75; la lettre du 22 mars 1844 de Hebbel à Mme Crelinger est perdue; cf. Bw., I, 59, ligne 14 et Bw., VIII, 118; mais voir la lettre du 2 juin 1844 à Campe (Zeitgeist du 17 mars 1913).

7. T., 2975: Bw., II, 270, 336, III, 4 et notes, 85, 109, 130, 153.

8. Bw., Il, 311, 323: LIL, 4, 5, 20, 48, 60, 79, 102-103, 122, 123, 132, 150, — 9. C£. Kub, II, 90-96, 102-106. — 10. T., 2870, 2898, 2967; Bw., II, 350: ILE, 12, 35, 39-40, 44-45, 85, 131, 139, 142-143. —- 11. Bw., III, 74,97, etc. — 12. Bw., IT, 42, 43, 57, 110; Tibal, 524, 531-532.

€ HEBBEL, x 26

sa misère!. Tantôt il écrit à Elise : « Résignons-nous, nous sommes de pauvres diables? »; tantôt il ne peut réprimer un cri de révolte et de désespoir5. Les consolations qu'il adresse à Elise prennent le caractère d'une controverse“. Il finit par opposer à sa douleur à elle sa propre douleur : si elle est inconsolable de la perte d’un enfant chéri, que fera-t-il, lui, qui sent mourir peu à peu son âme et qui craint que la misère ne lui enlève le dernier résultat

d’une vie lamentable, une saine et vraiment originale poésie ??

N'est-ce point la pauvreté qui le prive de tous les fruits qu'il eût : pu retirer de son séjour à Paris? « O, la malédiction d’être pauvre!

la pauvreté prive l’homme de tout. Les biens suprêmes, les plus beaux, ne sont pas pour lui et il ne peut en jouir. Qui a vu une fois

ce spectre, et je l'ai vu dès ma plus tendre jeunesse, ne voit plus

autre chose. » Et comme il est las de faire appel à la charité des puissants! A Elise, qui lui propose d'adresser une nouvelle demande au roi de Danemark, il répond parce cri de fierté indignée : « On brigue une bourse par des œuvres, non par des démarches ».

Quelles sont donc ses armes? Que peut-il faire? Il envoie une dissertation à la faculté d'Erlangen et est promu au grade de docteur, mais il n'a pas d'argent pour retirer le diplôme”. Pour obtenir une chaire de professeur, il reconnaît lui-même qu'il n’a pas une préparation suffisante . La méthode aussi lui fait défaut : il apprend le français dans les Confessions de Rousseau etles Mystères de Paris d Eugène Sue, puis attaque l'italien par la lecture du Decamerone et des comédies de Goldoni”. Il avoue encore des lacunes analogues à propos de l'exposition industrielle !°. Se lancera-t-il dans le journalisme? Un moment il songe à accepter le poste de rédacteur du Telegraph, mais bientôt il se rend compte que ce serait forcer, prostituer, peut-être détruire son talent et il écarte cette tentation !!. Restent donc, somme toute, sa personnalité et son œuvre poétique, La première ne se modifie guère à Paris sauf qu'il se produit en lui une sorte de détente : il confesse qu'il se sent moins tourmenté par les énigmes de toutes sortes, qu'il n'éprouve plus le besoin d'écrire à tout propos ?. Le journal et la correspondance nous le montrent toujours sensuel, passionné, à la fois impulsif et réfléchi, s'intéressant vivement aux femmes et aux problèmes sexuels #. Il demeure toujours facilement accessible aux impressions désagréables, susceptible, irritable à l'excès 1*, Mais sa ténacité de Dithmarse ne l’abandonne jamais et il conserve d’autre part le droit de proclamer que la « vérité est sa passion # », Hebbel

1. Bw., IL, 3,.15, 16, 31, 46, 47, 59, 75,76, 196. — 9, Bw.. III, 17-18. — 3 Bw., III, 54-55: Kuh, IT, 98-99. — 4. Cf. Bw., III, 19, 93, 35-37, 54, 77-78. — 5. Bwv., II, 55. — 6. Bw., III, 56, 119, 116-117; Kuh, 11, 102: Tibal, 539. — 7. Bw., II, 64, 65, 129; Tibal, 670, — 8. Bw., Il, 233, III, 46, 112. — 9. T.. 3165-3172; Bw., III, 105, 119. — 10. Bw., III, 99, 100, 107. — 11. Bw., III, 85 102-103, 114, 118, Tibal, 668-669, — 12. Bw., III, 106, 133. — 13. T., 2796, 2968. 2980, 3010, 3030, 3054, 3104, 3113, 3115, 3143, 3165, 3214, 3232: Dw., III, 39-40, 120; Kulke, 32-40. — 14. T., 2958, 2960, 3208 et 3208 a: Bw.. IL, 323: III, 83, 86, 87, 124-126, 130, 155 etsuiv. — 15. Bw., III, 123: T., 2978, 2909. Re

ne s'est pas contenté d'écrire à Paris des impressions de voyage et des plans de drames et de nouvelles; il travaille à son Moloch et achève Maria Magdelene et sa préface. Enfin il compose plusieurs poésies lyriques !. Nous aurons à examiner toutes ces œuvres aux chapitres suivants. Au point de vue matériel immédiat, tous ces efforts restaient infructueux; il fallait donc se contenter de la bourse. Il fallait aussi en justifier l'emploi. Hebbel se décide alors à son voyage en, Italie : « Il faut que je parte! non que l’attirance du pays où fleurissent les citronniers soit devenue si forte, mais parce que l’argent touche à sa fin? ». Les calculs et les soucis lui gâtent encore ses derniers jours, il va même jusqu’à former le projet d'aller à pied jusqu'à Marseille; enfin, il adopte un plan plus sensé et part le 26 septembre avec la diligence à.

Il part, le cœur plein de gratitude, de la ville hospitalière et réconcilié avec le destin qu’il y eut : « Mon séjour à Paris a été heureux, sauf les mauvaises nouvelles d'Allemagne ». N'y a-t-il pas, en somme, considérablement élargi son expérience? Nous avons vu qu'il n’était point aveugle pour les défauts des Français, mais il ne resta pas non plus indifférent à leurs qualités : «il n’y a pas à le nier, écrit-il dès le 17 septembre 1843, la France a beaucoup d'avance », et il ajoute : «je suis arrivé froid, mais ma sympathie grandit de jour en jour et maintenant je crie de tout cœur : Vive le peuple français 5! » Cette sympathie, loin d’affaiblir son patriotisme, semble le mürir et le fortifier de tout l’élan de l’émulation, et nous trouvons dans son journal des passages véritablement prophétiques sur les destinées et l'avenir de l'Allemagne. Il a, de plus, à Paris entretenu avec Heine et Arnold Ruge des relations dont nous aurons à préciser la portée et trouvé en Bamberg un ami et un disciple dévoué. Enfin, si son œuvre littéraire ne lui avait point rapporté de profit immédiat, n’avait-il pas des raisons d’un autre ordre de s’en montrer fier et satisfait ?

Aussi adresse-t-il un adieu ému à cette ville qu'il quitte par un après-midi si beau qu'on dirait que le soleil se complaît à la lui montrer sous son plus beau jour : « Paris restera toujours le centre de tous mes vœux. Adieu, belle et splendide ville qui fus pour moi , si hospitalière! Recois ma plus chaude bénédiction! Fleuris plus longtemps que toutes les villes du monde ensemble? ».

Etil s’en va vers la Ville Eternelle. « Vingt-deux ans, s’écriet-il, passés dans un hameau du pays dithmarse et maintenant sur le point d'aller à Rome! C'est comme un rêve“! » Il remarque à Chä-

1. Bw., I, 295, 322: IIL, 61-73, 108: T., 2866; W., V, 111-125; VIII, 262, 371; X, 13-18. Maria Magdalene, ein bürgerliches Trauerspiel in dret Acte (1844), W., IL, 1; Vorwort (1844), W., XI, 39; cf. Kuh, II, 79.

2. Bw., IL, 146; cf. V. Hehn, Gedanken über Gæœthe : Südwest und Nordost, 93 et 37.:-— 3. Bw., III, 112, 115, 146-149, 153; T., 3241. — 4. Bw., I, 150; T., 2975; cf. Bw., IL, 351-358.

5. Bw., III, 359; cf. Tibal, 678-691; plus tard, en 1862, Hebbel distingue entre la capitale et ses habitants.

6. T., 2870, ligne 100 et suiv.; cbid, 2946. — Cf. Reisceindrücke, W., X, 18 et suiv. — 7, T., 3241. Cf. Heine, Deutschland, ein Wintermärchen (janvier 1844); Abschied von Paris. — 8, T., 3241-3242.

lons, à Lyon, à Avignon, les indices d’une végétation nouvelle; et le Sud est pour lui une révélation : il s’embarque à Marseille pour l'Italie et, le premier octobre, comme il se promène sur le pont du bateau, il éprouve un tel sentiment de bien-être qu'ille note comme le « moment suprême de sa vie ». Il passe devant la Corse et l'île d'Elbe et prend à Civita Vecchia la diligence pour Rome où il arrive le soir du 3 octobre 18441.

Page 1