‹ HebbelChapitre 223 sur 425 · EE ELA EE 2 RE AT PE EE · texte numérisé non relu

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déjà ressassés dans les poésies philosophiques, de la dispersion et de la concentration et de l'harmonie dans la totalité. La nature, après avoir éparpillé ses forces dans la diversité des formes de la création, désire retourner à l’unité et se contempler pour ainsi dire elle-même comme dans un miroir. Ce miroir, c'est l'artiste qui le lui présentera de telle sorte que, dans une partie de la création, elle aperçoive l'image du tout, dans un phénomène isolé, l’idée cosmique, en lutte dans les cas ordinaires, contre la matière, mais apparaissant sous la baguette magique de l’art dans une de ces synthèses de l'organisme vivant et de la loi absolue qui confèrent à l'univers une sorte de seconde existence plus resplendissante et plus pure. Voilà pour le contenu. Quant à la forme, il est impossible de ne pas souscrire à la définitive et expressive sentence de Fr. Th. Vischer!.

Le drame lui-même ne saurait rester pour nous lettre morte. Les vérités générales qui sont comme l'arrière-plan de l'action nous renseignent sur les préoccupations éthiques de Hebbel. Derrière le tableau de la petite ville de l'Allemagne du Nord, nous entrevoyons le conflit de l'individu qui veut se libérer et du milieu terriblement étroit qui l'emprisonne *; puis, derrière la lutte qui se déroule entre le vieux Meiïster Anton et les jeunes personnages, c’est le heurt de deux générations qui nous est présenté; enfin, derrière le cas de Clara, il y a le symbole de Maria Magdalene, la tragédie de l'abandonnée, victime, non point de circonstances fortuites, mais d'un rigoureux et nécessaire enchaînement de cause à effet.

L'Individu et le Milieu — les Vieux et les Jeunes — l'Amour et la Vie — voilà donc les trois antagonismes qui, avant tout, préoccupaient Hebbel et lui faisaient dire, dans une lettre où il se déclare né poète dramatique : « le Problématique est le souffle vital de la Poésie et sa source unique ? ». Son lyrisme en sera donc nécessairement imprégné dans la mesure même où l'élément dramatique y interviendra.

Mais, de plus, ce même drame est un véritable document biographique et psychologique qui nous fait remonter à la première jeunesse du poète et nous ramène à Wesselburen. En maitre Antoine, Hebbel se reconnaît lui-même et nous retrouvons, en outre, bien des traits de son père. La mère a plus ou moins consciemment servi d'original à l'épouse du vieux menuisier; l’humble maison natale et le baiïllage paroissial nous sont rappelés; les destinées de la famille Schwarz, dont Hebbel avait été à Munich le pensionnaire, en même temps que l'amant de Josepha, ont fourni l'intrigue; d'autres détails reflètent les souvenirs du ménage Ziese à Hambourg, les rapports avec Elise, sa grossesse. Enfin, ne retrouve-t-on pas au fond du drame des traces de l’évolution du poète lui-même, toute une confession ésotérique de l’homme et de l'artiste et de leur progressive libération ‘?

1. Altes und Neues. N. F. 1-26 : « So etwas verzwungen — verzwickt — verzwackt — vertrackt — verschnôrkelt verschroben — Zahnausbrechendes ist mir noch nie vorgekommen ». — 2. Cf. W., XI, 62. — 3. Bw., IIL, 24 et 26

(23 janvier 1844), cf. Fischer, 51 et suiv. — 4. Cf. supra, 157; Kuh, II, 58, 74-

Pour achever de passer en revue les documents synthétiques, examinons maintenant les deux articles que Hebbel composa à Vienne en 1847. | :

Le premier estintitulé äber den Styl des Dramas* et ne concerne l'étude du lyrisme que par ses grandes lignes. Nous y voyons quelle importance Hebbel attache tout d'abord à la langue, analysant ses contours généraux, ses lois, puis son coloris individuel, enfin, successivement, sa densité, son degré de condensation ?, ses qualités à la lecture et les rapports de cette harmonie avec lharmonie logique. Nous emportons de ces pages une forte présomption que Hebbel n'ira jamais jusqu'à l'euphonisme purement verbal et musical de certains impressionnistes modernes*, Il distingue rigoureusement, dans ce qu'il appelle « la vie de l’esprit dans la langue », le travail de la pensée pure : das Denken et l'élaboration proprement poétique : das Dichien. H s'efforce de préciser la technique réglant les relations de l'image et de l’idée : la poésie naît de l'intuition, elle a pour objet la vie et en est l'apogée. On appelle style le produit linguistique qui résulle de la pénétration et de la fécondation de l'esprit général (allgemeiner Geist) par un esprit positivement individuel — car négativement individuels, tous les esprits le sont el il commente (heureusement !) cette abracadabrante définition par les phrases suivantes : «il est l'expression aussi bien de la culture que de la nature d’un individu », — « toute intuition repose plus ou moins sur les données des sens, le style poétique est donc essentiellement concret (ein sinnlicher) » *, Le vocabulaire doit donc être vivant et le poète se garder également de l’abstraction et des métaphores arbitraires. « Cela, ajoute Hebbel, est vrai de toute poésie; avant l'élaboration formelle, la matière poétique n’est que chyle ou, si elle s'affine, du sang avant l'inspiration. C’est l’apologie de l’organicisme (l'expression ést empruntée à l’article même ‘) dans la forme comme dans la conception de l’œuvre d'art.

Dans le second article de la même année, Hebbel pose la question : Wie verhalten sich im Dichter Kraft und FErkenntnis zu einander‘? et il répond que : « chez le poète, comme partout, force et connaissance se conditionnent réciproquement; celui qui ne peut pas trouver le bon chemin se révèle, par cela seul déjà, comme ne-pou- 77; R. M. Werner, Monographie, 212-213 ; Mitscherlich, 35-49; sur l’ésotérisme, cf. à part l'ouvrage cité de Paul Bastier, un passage de l’article de l’a//zemeine deutsche Biographie de Bamberg, p. 180,

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