Sur Paris, cf. encore, T
k. Cf. v. 52-54 et supra Proteus, 254; rapprocher T., 3102 et 3012 où se trouve, on pourrait dire #n.spe, la conception du retour éternel (sur Hebbel et Nietzsche, cf. supra, 181-182 et 438); on y trouve également l'expression « das Wieder- und Wiederkäuen » qui rappelle la célèbre définition que Schopenhauer donne de la nature; enfin cf. v. 55-60; supra, 438; T., 2881; Bw., IT, 329 et Harpf, Phil. Monatshefte, NII, 473.
5. Fries (41 et n. 3) voit dans cette pièce l'influence de Byron et fait de plus, à propos de ces strophes, en particulier de la 17°, un intéressant rapprochement avec /amlet. — 6. Ajouter à supra, 496 et n. 1, T., 2715 et Scheunert
D. j. H., Traum und Schlaf, 59 et suiv. d
Le poète rentre, sans fatigue, mais pris d'une extrême satiété et demande « encore un verre de vin et un journal ». Et dans ce Journal, au premier coup d’œil qu’il y jette, il lit : « Thorwaldsen mort!! » Après un long silence de religieux recueillement, Hebbel fait en 10 strophes l'oraison funèbre de cet homme et de cet artiste qu'il admirait. Il est mort, comme il a vécu, comme la nature l’a voulu et tombe comme tombe une étoile, en beauté. Il était luimême un don. Sa carrière de soixante-dix ans en fut un autre. Ce n'est pas une cuisante douleur, mais comme un frisson sacré qu'il faut éprouver « au départ d’un tel homme, qu'un millénaire à peine peut remplacer »,
Denn Künstler-Grôssen lôsen sich nicht ab, Wie Schildwacht Schildwacht an des Kaisers Grab, Ia immer längern Pausen kehren sie; Dennimmer schwerer wird die Harmonie, Bis endlich alle weicht, und der Planet — Wie jetzt der Mensch, sein Sohn, vielleicht vergeht ?.
C'est de cet endroit que part ce qu'on pourrait appeler, si l’expression ne constituait pas un anachronisme, « la Siegesallee » de Hebbel. Déjà à plusieurs reprises dans les vers précédents il a été question de Césars et d’empereurs et ce ne sont pas seulement Sésostris et Napoléon qui intéressent le poète, mais aussi, mais surtout les princes des princes, les empereurs de la littérature et de l’art ?:
Nun stehen alle Kaiserstühle leer,
Depuis Raphaël, pas un seul peintre qui ait atteint plus que la réputation; sans doute Vernet et Cornelius sont grands, mais estce un avènement ou un adieu? Beethoven est mort et c’est aujourd'hui le règne de Meyerbeer le virtuose‘. Si nous ne connaissions pas la hantise et l’ambition suprême de Hebbel par son esthétique, il ne nous serait pas difficile de les deviner lorsqu'il s’arrête ensuite devant son grand favori :
Gœthe ging heim, das Diadem zersprang,
Das achtzig Jahre seine Stirn umschlang.
Nun zeigt zwar mancher ein Juwel daraus, Doch wer verflicht sie abermals zum Strauss?
Wer ist es, der den Geist und die Natur,
Wie er, ergreift, auf ungetrennter Spur?
1. Thorwaldsen était mort subitement le 24 mars 1844 pendant une représentation théâtrale à laquelle il assistait avec Oehlénschläger.
2, Cf. T,, 3121. 3130 et Tibal, 600.
3. Cf. v. 39, 40, 55, 89, 97, 198 et supra, 496, n. 5. Paul Bastier (/’ésotérisme de Hebbel, 51 et suiv.) relève de nombreuses traces de cette mégalomanie, en rapprochant plusieurs passages où Hebbel s’assimile volontiers aux princes, rois, hommes de génie, témoins ses nombreux avatars : Moloch, Kepler, Dioelétien, Démétrius, Hérode, le Christ ou encore à un lion, à un géant, ou bien exalte quelque scélérat de marque, cf. T., 2227, 2228, 2961, 3103, 3106, 3584, 3954, 3959, 3973, 4060, 4258, 4263, 5761, 6206, 6300; cf. encore supra, 337 : Räuber und Henker, eine Hinrichtung; sur Bonaparte en particulier, cf. T., 2445, 2447 et surtout 3783; W., V., 45-54; cf. supra, 181-182, ce que nous ayons dit de son culte du surhumain.
4, Nous connaissions déjà l’aversion de Hebbel pour les simples virtuoses, et nous verrons qu'il ne s’en départira guère; cf, le jugement de Môrike
Nous avons de bonnes raisons, maintenant, de deviner l’arrièrepensée de l’auteur, d’autant plus qu’elle n’est guère secrète et que son ambition a fait du chemin depuis le sonnet de 1841 où il rendait encore au maître de Weimar un modeste autant que magnifique hommage. Hebbel n'est-il pas tout désigné comme successeur de Gœthe? Nul doute que l'héritier n'attendit avec confiance la réponse de l’avenir!. Quant au passé, il concède à Thorwaldsen d'occuper comme dernier descendant de la glorieuse lignée la place intermédiaire entre Gœthe et lui : =
Thorwaldsen folgt, der Letzte wohl im Zug,
Der aus dem Marmor griech’sches Feuer schlug,
Der das, was werden sollte und nicht ward,
Weil es im Werden selbst schon halb erstarrt,
Das ungeschafl’ne Urbild alles Seins, Erlôs’te aus dem sprôden Schooss des Steins 2.
Les trois dernières strophes enfin rappellent leur amitié personnelle et l’entrevue chez Oehlenschläger”, et ce long poème hétérogène et bizarre * se termine par un adieu ému à celui à qui il est dédié :
Du riefst mir freundlich ein Willkommen zu,
Ich rufe jetzt in deine ew’ge Ruh Aus tiefster Brust ein Fahrewohl dir nach.
Si l’on essaie de dégager l’impression d'ensemble de cette série de pièces écrites pendant le séjour à Paris, n’est-on pas en droit de conclure à un double progrès? C'est d’abord, au total, le triomphe de la note confiante. Hebbel n'est certes ni moins sensible, ni plus épargné que dans les précédentes périodes, mais même des douleurs qui menacent un instant de l'anéantir* ne parviennent cependant pas à abattre pour longtemps sa combativité et son espoir. Il sort de chaque épreuve plus viril et plus fort, le poids du passé triste n'arrêtera maintenant plus son élan vers l'avenir. Et cette amélioration de la santé de l'homme se traduit aussi dans son art : si, malheureusement, il s'enfonce encore avec délice dans l'introspection et mérite plus que jamais le titre de « Grübler »,
(Bamberg, II, 380) : « Nebenbeïi, der wohlverdiente Tref auf Meyerbeer ist sebr ergôützlich, nur weiss ich nicht, ob der Spass in Ansehung des Ganzen und der darin herrschenden Stimmung nicht etwas unverhältnismässig stark hervorsticht. »