‹ HebbelChapitre 261 sur 425 · VII, 195; Naples, 9 juillet 1845. — 7. Bw., III · texte numérisé non relu

VII, 195; Naples, 9 juillet 1845. — 7. Bw., III

besoin de beauté dans l’art et dans la vie se fait de plus en plus Impérieux » pour lui!, les poésies que nous venons d'étudier nous l’auraient déjà suffisamment démontré.

Comme nous l’avons indiqué en étudiant la composition? la première partie du recueil se termine par la chanson Vorwärts?, poésie de circonstance, assez insignifiante, et que l’auteur composa pour mettre en valeur la jolie pointe :

Wenn ich zwei Flügel hätt’

Kappt’ ich sie schnell #.

C'est, de cette première partie du recueil, l'unique pièce écrite à Vienne.

Le livre des sonnets a été écrit tout entier en Italie et à Vienne. Nous en avons expliqué déjà l'agencement * et pouvons maintenant examiner les sonnets l’un après l’autre dans l’ordre de l'édition de 1848.

Le premier est intitulé An eine Rômerin$. Cette Romaine est la belle « signorina Gagiati » qui, nous l’avons vu’, avait inspiré à Hebbel une vive passion. Lui qui, enfant, a joué dans le Nord lointain, il se trouve, après la traversée «de trois mers », auprès de cette belle fille du Midi et rêve que tous deux « s’en vont, la main dans la main » et qu'il lui parle de tempêtes et de sinistres et la pare de perles et de corail tandis qu’elle cueille pour lui la meilleure des oranges d’or. L'expression « Goldorangen » rappelle Mignon et, de plus, le poète, ce qui lui arrive rarement, Joue ici un « rôle », mais c’est dans le mouvement et la chaleur du sonnet

1. Bw., III, 249 (Naples, 21 juillet 1845). — 2. supra, 472. — 3. 96; VI, 146; Vienne, 1°" septembre 1847.

k. Cf. T., 4948 (29 août 1847) :

Wenn ich zwei Flügel hätt’,

Schnitt ich sie ab.

(Auf einer Landparthie an einem schônen Platz.)

Môrike cite Vorwärts au nombre des pièces qui lui paraissent « moins dignes du recueil », et il ajoute : « Stücke wie Vorwäris... verdanken aber ihren Platz vielleicht zufälligen Umständen, einer Erinnerung und dergl., und ich weiss aus eigener Erfahrung, wie parteiisch das macht ». (Bamberg, II, 380); cf. le Volkslied bien connu :

Wenn ich ein Vôüglein wär Und auch zwei Flügel hätt’, Flôg ich zu dir...

5. Supra, 472. — 6. 101; VI, 308; Rome, 30 mars 1845; Morgenblatt du 9 décembre 1846.

7. Of. supra, 407; Bw., III, 194 et suiv.; Kuh, II, 122-123. — 8. Cf. Müller, 10 « Hebbels Lyrik ist wie alle echte Lyrik erlebt (cf. supra, 205, 229)... Es fehlen sogar bei Hebbel sogenannte Roillenlieder, die wir doch bei so vielen echten Lyrikern finden. Zu nennen wären hüchstens der junge Schiffer und Schiffers Abschied (supra, 296, 329). Doch mit diesen steht es wohl nicht viel anders, als mit den Wandrer-Gedichten Gœthes. Noch in dem Sonett an eine Rümerin vergleicht Hebbel sich mit einem Fischer. »

que se révèle toute la sincérité de la nostalgie réellement « vécue ‘ ».

Hebbel avait connu la belle signorina à l’époque du Carnaval où, sans faire aucune dépense, il s'amuse beaucoup, transformé, comme à Paris, par la « vie unanime » : «Je me réjouis toujours de voir, sinon la joie d’un individu (elle serait plutôt faite pour me contrarier), du moins la joie de la foule; lorsque les rides ont disparu de tous les visages, elles s’effacent aussi sur le mien »; sa joie, pourtant, n'était Jamais sans mélange, Hebbel n’en avait pas l'habitude et le contentement présent provoquait toujours quelque retour mélancolique vers le passé”, Mais une chose progressait chez lui de plus en plus nettement : sa passion du Beau. La correspondance nous fait assister à un épisode caractéristique du corso : tandis qu'un de ses amis bombarde de fleurs le chapeau de la laide Adèle Schopenhauer, Hebbel a un « rire de cannibale », et il ajoute, dans son récit à Elise, qui n'était pas non plus une beauté, et à qui il l'avait suffisamment déclaré lui-même : « Est-il permis d’être si cruel? Périsse ce qui n'est point beau! dit Victor Hugo; et c’est aussi l’avis de Shakespeare : Beauté est Vertu*! » De quels yeux le poète regarda par contre, pendant le même corso, les jolies filles et les belles femmes, c'est ce que nous apprend le sonnet im rümischen Carneval*. Encore une fois y reparaît la pluie de fleurs printanière Ÿ. Jadis, le poète la recevait, couché sous l’arbre de mai; c'en est une semblable quil voit à présent, mais faite de belles formes, de lumière et de flamme, une pluie d'étoiles :

Vom Stillen-Reizenden zum Blendend-Schünen,

Es fehlt kein Glied der holden Formenkette 6. et la chaîne lui paraît si infinie qu'avant qu'il ait trouvé la reine à couronner, la couronne serait fanée entre ses mains.

Cette reine, pourtant, il semble bien qu'il la découvre dans le domaine de l’art et c'est à la Junon Ludovisi qu'il consacre le sonnet suivant‘, qui nous décrit la lutte de la douceur et du sérieux sur le front, la joue, la bouche, et le passage du pressentiment virginal à la conscience et à l'épanouissement de la perfection $. Ainsi nous sont révélés à la fois « la fleur de toute beauté et le gracieux mys-

1. Of. la letire du 3 mai 1844 à Oehlenschläger (Oestr. Rundschau, Wien, XV, 1) : « Ich schaffe aus dem Innersten heraus und belebe meine kleinsten wie meine grôssten Produklionen, mit meinem eigenen Herzblut », etc.

2. Cf. T., 3277. « Ich hätte weinen kônnen, denn ich empfand es einmal wieder recht lebhaft, dass ich gar nichts Besonderes für mich will, sondern dass all mein Missmuth daher rührt, mich mein ganzes Leben hindurch von jedem Kreis, worin man bescheiden das Leben geniesst, wie einen Hund ausgesperrt zu schen, denn das war immer der Fall mit mir von Jugend auf. »

3. Bw., III, 194; cf. Bw., L, 52 et supra, 156 et 325, n. 10. — 4. 102; VI, 308, Vienne, 24 septembre 1846; Morgenblatt du 9 décembre 1846,

5. Cf. supra, 136, 320, 323, 330, 381, 505, 512, ein Mittag, Liebesgehetmniss, unter’m Baum, Schiffers Abschied, das Opfer des Frühlings, das Venerabile in der Nacht.

6. On remarquera que les métaphores ne se suivent pas; cf. supra, 198 et

D , n. 3 et 247.

7, AO ANT 225; Naples, 18 septembre 1845. La note de l'édition critique (Anmerkungen, 312) indique par erreur : Rome, cf. T., 4519, ligne 46.

Page 1