‹ HebbelChapitre 275 sur 425 · Cf. Scheunert, Pantrag., 2 et · texte numérisé non relu

Cf. Scheunert, Pantrag., 2 et

4. CF. encore Bw., III, 61, 84. Plus tard Hebbel dresse de petites listes de ses poésies préférées : Bw., V1, 1-3 : Ziebeszauber (vor allen); der Haideknabe (von Schumann komponiert wie vieles Andere); aus der Kindheit, Stanzen, Sommerbild, Meeresleuchten, ein Spatztergang in Paris; Bw., VII, 257 note,

il n'ycite plus ni Sommerbild, ni ein Spatziergang in Partis, ni aus der Kindheit;

leurs droits, mais dans son art, toute cette petite politique est bannie, comme la grande. L'existence n’y est plus que la source où s’alimente nécessairement l’œuvre, non une idole à promener parée de colifichets ou un entrepôt de camelote à détailler en dilettante mystificateur. Hebbel ne livre pas ses amours à la curiosité et ne les expose pas comme autant de guirlandes autour d’un socle de Don Juan; il les contemple sub specie æterni et les simples fleurs qu'il assemble pour elles tairont les noms mais conserveront le parfum; et aux douleurs aussi, aux douleurs plus encore qu'aux triomphes, l'art vrai met un chaste voile; « l'enfant défunt », attiré un instant du royaume des idées par le magique pouvoir des larmes, les trouve déplacées sur terre. :

L'individu qui s’élève ainsi jusqu'à l’Eternel-Humain ne disparaît qu'aux yeux des plus bas. De ce que ce lyrisme n’est point personne], il n'en exprime qu'une plus forte personnalité. L’incognito classique n’élude que les profanes, mais par ces « chiffres secrets de la confrérie » au moyen desquels il s’entretenait à Paris avec Henri Heine, Hebbel signe assez glorieusement. La critique moderne reconnaît avec lui ses progrès vers l’objectivité, l'harmonie et la Beauté !. Mais sa personnalité n’est que métamorphosée. Pour loin que soient la Bible et le pays dithmarse, Hebbel ne les a point complètement éliminés, car si l’on n’emporte pas sa patrie à la semelle de ses souliers, on l'emporte certainement dans ses veines. Si d’abord le poète réagit en Italie contre le « Grübler », c’est que, même en Italie, le « Grübler » n’est pas mort en lui. L'étude des métaphores nous en a donné un premier témoignage. La pièce das abgeschiedene Kind contient à elle seule assez de métaphysique pour que les autres n’en soient plus saturées; mais on pourrait citer encore d’autres exemples : eën Spatziergang in Paris*, de nombreux sonnets * et rappeler la plupart des idées qui représentent, derrière les symboles, une conviction éthique ou une tendance didactique, mais se rattachent toutes à l’axe unique dont les deux pôles, dans la pensée de Hebbel, sont : l’Individu et l'Univers. La nuit romantique et septentrionale a forcément reculé à l'arrivée du poète dans la capitale classique. Mais d’abord, presque toutes les pièces de Copenhague sont nées encore au sein des vapeurs et des brouilen revanche il y ajoute : das Opfer der Frühlings, die Rosen im Süden, das Venerabile, an einen Freund, Dämmerempfindung, die Sonette und die Epigramme.

1. Cf. Bw., II, 264 (supra, 515); IV, 84-86; Môller, 9-10; Tibal, 694 : « l'Italie a eu sur la poésie lyrique de Hehbel la même influence que sur son caractère : elle l’a rendue plus riante, moins préoccupée du problématique, moins fascinée par l’invisible, plus ouverte au charme et à la splendeur de la beauté sensible, plus désireuse de jouir sans arrière-pensée de la vie telle

w’elle se donne à nous; cf. supra, 537 le jugement de R. M. Werner et Kuh, Il, 146-148.

2, Cf. en particulier, la 3° et la 4° strophe. ;

3. Cf. surtout : eine Mondnacht in Rom, Rechtfertigung, die Freiheit der Sünde.

4. Cf, même les pièces de facture plus concrète : die Rosen, die Rosen im Süden, Sommerbild, das Opfer des lrühlings et celles dont la morale est, si l’on peut dire, plus païenne: Vorwärls, an einen Freund, die beiden Zecher, etc.

lards ; c’est sur les flots de la Baltique que Hebbel songe aux Titans en courroux et c’est à la lueur du grand incendie de Hambourg qu'il . aperçoit Empédocle. C’est Thorwaldsen et non point Phidias et Praxitèle qui provoquent ses premières visions mythologiques. Letzter Gruss (autre « vision »!), Reminiscenz, aus der Kindheüt, tout cela plonge dans les brumes du passé. Dämmerempfindung donne le ton du groupe. Mais ni le soleil parisien, ni le ciel lumineux de l'Italie, ne feront disparaître tout à fait le demi-jour de ce lyrisme et jusque dans ein Spatziergang in Paris. jusque dans das Opfer des Frühlings passe encore, nous l'avons vu, ombre de la Mort.

Et de même que l'âme dithmarse ne peut complètement oublier Le Dämmern dans un paysage tout d'azur !, de même sa religiosité innée et foncière vient tempérer encore et voiler les feux de l'amour. Le même mélange de sensualité païenne et d’effusion tendre, souvent mystique, que nous avons constaté dans les poésies de 1842 se retrouve dans les Neue Gedichte. Le Gebet n'en est que le témoignage le plus caractéristique. Mais, qu'il s'agisse d'Élise ou des : vierges de Wesselburen, ou des jeunes filles de Hambourg, de Paris, de Rome, de Sicile ou de Vienne, c’est toujours le même clair-obscur, la même alternance de vifs élans passionnés et de contemplation douce et mélancolique. La pensée que les fleurs se fanent accompagne, plus ou moins explicite, l’adoration de leur beauté : non seulement la plupart des pièces de Copenhague et das abgeschiedene Kind, mais une ballade comme ‘s ist Mitternacht, un sonnet comme die Verschmähte dénotent la tendance mystique. IL est remarquable encore, à ce point de vue, que presque toutes ces poésies soient au vocatif?. Et rappelons-nous les métaphores qui comparent le visage d'une jeune fille rougissante à une flamme pourpre, qui expriment les fiançailles du soleil et de la terre et montrent des sacrifices de fleurs exaucés par la chute d’une feuille. Ce n’est point seulement pour les parer que les pétales rouges du grenadier descendent doucement sur les deux Jolies têtes des sœurs siciliennes agenouillées au passage du Venerabile; mais aussi il suffit du capiteux parfum d’une julienne pour qu'à l'étreinte innocente de mains d'enfants succède irrésistiblement un baiser d'amour. Là est donc bien le trait commun le plus net des deux recueils : la sensualité demeure mystique et la religiosité reste sensuelle. Le leitmotiv de l'harmonie entre l’âme et le corps tient bien plutôt des traités esthétiques de Schiller que du « mens sana in corpore sano » des anciens. Si la mer resplendit éternellement d’avoir reflété Vénus, l'enfant défunt paraît consoler sa mère en donnant à rimer à son père les Briefe über die ästhetische Erzsiehung des Menschen et des pièces comme eine Pflicht, in üder Zeit, das Mädchen im Kampf mit sich selbst illustrent le même évangile de la valeur éthique de l’art.

Enfin, nous avons constaté, au fur et à mesure de l'analyse de ce

1. Cf. N. Hebbeldok., 10 : « Ueberail auf der Welt ist die Natur zuweilen

schün. Es gibt Stunden in Dithmarschen, wie Tage in Italien. » 2. Of. Gebet, das abgeschiedene Kind, die Rosen, die Rosen im Süden, auf

recueil comme du précédent, l'importance de l'élément dramatique. Il s’y mêle au lyrisme tout comme le romantisme s'allie au réalisme dans la presque insaisissable synthèse organique. Où commence l'un et où finit l’autre dans Liebeszauber et das Opfer des Frühlings, dans les Ballades et dans les Waldbilder? Au lecteur, au déclamateur de le déterminer selon son tempérament. Ajoutons qu'il faut particulièrement tenir compte de ce halo vaporeux qui forme comme l'ambiance de presque toutes ces poésies, en estompe les contours et les lignes et fait que l'impression dernière en est cet écho, ce prolongement de la pièce, achevée seulement dans l'âme du lecteur, cette résonance intime, obscure et troublante, provoquée en nous bien plutôt qu'une image nette et distincte. Hebbel voulait, nous le savons, cette résonance et l’admirait à la lecture des chefsd'œuvre de Gœthe, de Heine, d'Uhland !. Et si nous considérons un poème comme Ziebeszauber, une ballade comme der Haideknabe ou seulement la pièce Dämmerempfindung, où la pensée et le style tout ensemble sont d’une vérité et d’une concision si saisissantes, où l'idée et l’image tour à tour paraissent, s’effacent, reviennent, s’obscurcissent et fuient, qui niera que le poète ait atteint son but et réussi, non seulement à nous faire admirer de beaux vers, mais à nous laisser comme plongés en pleine poésie et en plein rêve?

C’est précisément cette synthèse si vivante d'éléments qui ne paraissent hétérogènes qu'en esthétique formelle, ce mélange complexe d'objectivité et de profondeur, de sensualité ardente et de délicatesse d'âme, de mélancolie méditative et d'amour vigoureux de la vie, d'inspiration germanique et hellénique, lyrique et dramatique, romantique et réaliste qui constituent l'originalité irréductible de la personnalité de Hebbel « à l’époque de sa perfection ? » et l'intérêt véritable de ce recueil lyrique. La forme concilie toutes les antinomies et accepte joyeusement toutes les dissonances pour les résoudre en harmonie; plus plastique et plus musicale à la fois, elle s’est perfectionnée sans cesse de 1842 à 1848, l'idée n'en a point été bannie, mais s'y est exprimée avec mesure et selon la norme classique. C’est en ce sens que nous avons proposé la formule générale : l’idéal des Neue Gedichte est moins que pour le recueil précédent la Force et davantage la Beauté*.

L'étude des épigrammes va nous permettre de vérifier dans le détail cette appréciation et d'y ajouter quelques nuances nouvelles.

XITE

Hebbel était né pour l'épigramme. Etant données, d'une part, la haute et sérieuse idée qu'il se faisait de l’art, son ambition d’origi-

ein errôthendes junges Mädchen, eine Pflicht, Stanzen, Vorwärts, Lied et une bonne moitié des sonnets.

1. Cf. T., 1057. Bw., I, 282 et supra, 209 et suiv., 444 et 465. — 2, Cf. O. Harnack : Gœthe in der Epoche seiner Vollendung, Leipzig, 1901. pe)

3. Cf. supra, 531; cf. Kuh, Il, 746 et R. M. Werner, W., VII, £inleitune,

nalité, sa curiosité insatiable !, d'autre part, les difficultés inhérentes à son tempérament et les épreuves que lui imposa la destinée ?, cette forme d'art lui permettait à la fois de satisfaire la plupart de ses aptitudes et de moins s’exposer que dans le lyrisme proprement dit à mettre ses lacunes en évidence. :

Nous sommes déjà suffisamment renseignés sur la genèse de la pensée de Hebbel, essentiellement aphoristique et fortifiée dans sa direction première par une éducation d’autodidacte. La réflexion s'impose à lui, tyrannique mais presque toujours accompagnée de sentiment et de fantaisie, et sa méthode d'investigation est à tel point inductive et intuitive qu'elle lui semble, à ses heures de découragement, émaner d'un manque de loi organique et compromettre par là même cette synthèse qui, en art, est l’aboutissant suprême de toute analyse, cette harmonie supérieure qui n’évite pas les dissonances mais les résout. Parfois, ce sentiment d’une sorte de fatalité inéluctable qui le condamne à penser fragmentairement, par échappées brèves, à s'’accommoder d'aperçus fugitifs, à se retrouver finalement toujours en face du décousu et de l’anarchique, ce sentiment s’exaspère Jusqu'à le faire désespérer d’ennoblir jamais sa vie’. D'autres fois, au contraire, Hebbel semble se rendre compte des avantages précieux et compensateurs d’un tel mode de pensée et c’est lorsqu'il parle de ses affinités pour le genre aphoristique*. Ge n’est donc pas par hasard que Hebbel manifeste en Italie une prédilection plus marquée encore pour l’épigramme que pour le sonnet. À Wesselburen déjà, les Æocken et les Æinfälle nous ont montré ses premiers essais à l'école de Lessing et de Schiller: de 1835 à 1842, nous rencontrons le groupe parent des Spräche und Gleichnisse; à presque chaque période, des aphorismes sentencieux ou satiriques et, pendant le second séjour à Hambourg, un distique . Mais il est incontestable que le séjour en Italie et la lecture des Venetianische Epigramme de Gœæthe assurèrent à ce genre une recrudescence soudaine de la faveur de Hebbel. Après

xxix : « der Wohlklang seiner Verse musste sich trotz einer gewissen erfrischenden Herbheit einprägen, man musste ahnen, wie viel Selbstzucht und innere Arbeit sich darin zeige ».

1. Cf. Bw., [, 94; T., 344, 688, 896, 2987. — 9, Cf. T., 2958, 2960.

3. C£. T., 2006, la fin de la confession déjà citée en partie, supra, 165, n. 1 : « doch das Geselz fehlt! Wenn ich mich in meiner Vergangenheit oder in meiner nächsten Gegenwart umsehe, überall derselbe Leichtsinn, dem mein Sinn widerstrebt und der meine Tage ausfüllt; ein Spähen nach Geheimpfaden der Weisheit, um, wenn sie ausgefunden sind, Mittagsschlaf auf dem Weg zum Heiligthum zu halten; gedankenloses Haschen nach so manchem Kaden, der in’s Gewebe meiner Existenz zu passen scheint, und dann wieder gewissenloses Fahrenlassen desselben oder ein verzweifelndes Festhalten, das zum Umstricken und Ersticken führt! Schwer, unendlich schwer ist es allerdings, das Leben zum Kunstwerk zu adeln, wenn man so heisses Blut hat, wie ich »: encore, supra, 164-168, 210, 380 et n. 4, 479 et Bw., [, 369-370 ; LIT, 336; IV, 43-44, 1

h. Cf. L. Benoist-Hanappier. En marge de Nietzsche. Paris-Figuières, 1912, p. 40 : « plus que jamais l’aphorisme, la pensée fragmentaire, nous apparait comme la forme par excellence de l'exploration philosophique »,

5. Cf. supra, 71-78; 227, 248 et suiv., 268, 281, 283, 289-291, 319-321, 341-343.

avoir pris plaisir à triompher des difficultés du sonnet !, il s’astreint à la forme encore plus étroite et précise de l'épigramme, conçue à la façon « antique ? ».

C'est à ses épigrammes surtout que convient la définition que Hebbel donné de ses « travaux poétiques » :

Abgestoss’ne Blütenschaalen,

Drin die Frucht, die ernste, schwoll !

Et dans la chute d’un de ces « téguments » il voit la preuve que le fruit lui-même s’est développé. Le vent peut donc se jouer du reste?! Trois quarts des épigrammes ne sont que des passages du journal mis en vers el remontant parfois, comme nôus l’avons vu à propos de la pièce das Mädchen im Kampf mit sich selbst*, à plusieurs années. La réciproque n’est évidemment pas vraie, car on ne saurait prétendre que les passages du journal ne soient pour la plupart que des épigrammes en prose, mais il est très souvent possible de relever des traces d’aphorismes poétiques incomplètement élaborés *. Ce qui, aux yeux de Hebbel, constitue l'inspiration à la fois poétique et philosophique qui convient au genre, c’est son caractère de spontanéité : elle doit jaillir immédiatement et imposer aussitôt sa forme définitive. Par là seulement, l’idée se manifestera originale et de bon aloi et participera assez du sentiment, de l'inconscient, du Gemäth pour qu'on ne lui tienne pas rigueur de son origine. C'est la conception de Gœæthe, de Schiller et d'Uhlandf.

De toute première importance est donc pour l'étude des épigrammes la question des dates. Malheureusement la table du recueil de 1848 ne donne pas la moindre indication et, si un passage du. journal mentionne que « presque toutes les épigrammes naquirent à Rome et à Naples », d’autres permettent de préciser davantage, tant pour celles qui virent le jour en Italie que pour celles que Hebbel composa plus tard’. Nous nous efforcerons donc de grouper autour de chacune d’elles le plus de renseignements possibles en tenant compte, pour la genèse comme pour le contenu, de toutes les données du journal et de la correspondance.

Page 1