CHAPITRE I
HEBBEL A VIENNE DE 1848 A 1863
Ce qu'il y a de particulier et d’individuel dans la première partie de la vie de Hebbel, depuis ses pénibles débuts de Wesselburen jusqu'à sa victorieuse installation à Vienne, c’est le caractère accidenté et cahoteux de sa route. Maïs, à ne considérer que l’ensemble de sa courbe vitale, on peut dire qu’elle ne présente rien que de normal et constater chez lui, comme chez tous les artistes, comme chez tous les hommes, une ascension progressive jusqu’à la pleine maturité. Gœthe, au terme de sa course, déclare à Eckermann que l’on voit le monde sous un aspect différent, selon qu'on l’aperçoit de la plaine, où du sommet d’une montagne, ou de la région des glaciers et des neiges éternelles, mais le vieux maître voulait si peu démontrer par là la supériorité de la vieillesse sur l’âge mûr qu'il insiste au contraire sur les efforts qu'il faut faire en avançant en âge pour ne point décliner trop vite et conserver sa vigueur'. La métaphore qui rendrait le plus logiquement sa pensée serait celle qui représenterait la vie humaine comme un massif montagneux dont le point culminant serait au centre. Nul doute que dans la carrière de Hebbel cette apogée ne coïncide avec les premières années de son séjour à Vienne et de son mariage. Attendons-nous donc maintenant à redescendre, mais n'allons pas jusqu’à dédaigner trop ce second versant ?.