LL
on ne saurait prétendre que Hebbel ait fourni en cette occasion un modèle achevé et définitif de critique littéraire et il faut reconnaître qu'il n'a guère réussi à dégager de la personnalité de Feuchtersleben autre chose que son caractère, essentiel il est vrai, de profonde « humanité ». Mais moins nous importe la valeur objective de cette dissertation que les renseignements indirects qu’elle nous fournit sur l'esthétique de Hebbel lui-même. A ce point de vue, on peut y voir un véritable compendium des jugements qu’il développe au jour le jour et disperse dans $es aphorismes de cette époque. Après avoir retracé l’évolution de Feuchtersleben?, décrit avec sympathie le jeune homme partagé entre ses études médicales et ses goûts philosophiquesÿ, loué l'indépendance courageuse dont il fit preuve à l’occasion de son mariage‘, le libéralisme clairvoyant et modéré du ministre de l'instruction publique en plein chaos révolutionnaire ‘, la vaillance et la sérénité de l’homme, enfin, devant la suprême épreuve, Hebbel analyse la pensée de son auteur. Il ne conteste pas le bon aloi de la culture d'un homme capable de rendre justice à Kleist malgré la sentence gœthéenne‘ et ne tient pas rancune à Feuchtersleben de ne pas s'être montré toujours aussi équitable pour lui-même, en le préférant sans doute à maint autre talent contemporain, mais pour le comparer ensuite au riche de l'Evangile dont les trésors mêmes causent la perte pour ne pas savoir en user. De la meilleure grâce du monde, Hebbel déclare qu'il trouve naturelles ces réserves à l'adresse d’un poète encore en voie de devenir et avant la mise au point des résultats définitifs ?, Suit l'appréciation positive de l’œuvre de Feuchtersleben : Hebbel ne fait pas grand cas de son lyrisme et s'efforce d’en établir la variété plus apparente et extérieure que réelle et organique*. Et
correspondance et du journal : Bamberg, IN, 42-43; Kuh, IT, 308-309, 350, 359-361 et Werner, 313-316.