XII, 81; cf. supra, 659 et n
voulait seulement prouver par là que l’antithèse n'apparaît sous sa. forme absolue qu'en théorie, tandis qu’en réalité et organiquement. il s’agit avant tout de proportion.et de synthèse, tant est inhérente au caractère des Allemands et à leur langue même la combinaison des éléments opposés!.
Du reste, la vénération que Hebbel avait pour le génie gœthéen
considéré dans sa totalité ne l’empêchait nullement de distinguer dans son analyse les œuvres de la jeunesse et de la maturité du maître des productions de ses années de décadence. Ce qu'il admirait sans réserves, c'étaient les fleurs de la poésie naïve, jaillies des profondeurs du subconscient et non les froides constructions allégoriques de la sage vieillesse?. Pendant toute cette dernière: période, Hebbel ne perd pas l'habitude que nous lui connaissons d’avoir constamment Ja pensée de Gœthe présente à l'esprit, en même temps que son idéal de poésie, mais tandis qu'à l'époque précédente il avait poussé jusqu à la présomption cette noble rivalité, il se défend expressément à la fin de sa carrière d’avoir songé à arracher du front du prince des poètes le glorieux laurier : « Je ne suis Jamais tombé assez bas, s’écrie-t-il, pour m'élever aussi haut ».
Les deux grands maîtres de son lyrisme demeurent jusqu'au bout Gæœthe et Uhland. Autant Hebbel faisait peu de cas d'Uhland, orateur et même poète politique et déclarait l’homme incroyable-
ment insociable et borné, autant il vénérait en lui le meilleur guide :
de sa jeunesse et, dans son étroit domaine, un modèle unique et parfait, auteur de lieds et de ballades impérissablest. Aussi est-ce à lui qu'il dédiera son recueil de 1857 en ces termes solennels : «au
1. W., XII, 175-176; cf. supra, 653; cf. encore W., XII, 134, lignes 9 et 10; 135, ligne 16 et suiv.; 136, ligne 1 et suiv..., etc.
2. Cf. supra, 648 et n. 1; et encore-Bw., IV, 75-78; V, 166; VI, 111, 129-130. 134, 153, 202, 265, 292, 321; VIT, 7, 26-27, 281-282, 984 et notes, 287, 349, 402: T., 5211, 5329, 5332, 5819, 5848, 5891, 5896, 5918, 6128 (cf. 682), 6168, 6172 (cf. 2968), letzte Brieftasche, T., IV, p. xvux, n° 39, 43 et W., XI, 335-338, 466 = Faust (1850); 379-387, 480 : Schiller und Gœthe im Xentenkampf (1851); XII, 220, 379 : Gœthes Leben; sur l’entourage de Gœthe et sa famille : cf. Bw., V. 7, 145, 166: Bamberg, I, 448 et N. Hebbeldok., 196.
3. Bw., VII, 397 (25 seplembre 1863); cf. supra, 459-460 (Bw., IV, 43-44, 72, 122-124) et supra, 498 : ein Spatziergang in Paris (NI, 246, v. 145-148); W., XI, 408; Bw., VI, 125: VII, 43, 73 et note; Kulke, 10, 86-87: Kuh, Il, 484, 515 et Barlels, 117. è
h. Cf. W., XII, 72, 134 et supra, 67, 80, 82, 109 à 126, en particulier 118, n. 6, 195, 449, 649, n.° 4, 650 et 651 et T., 5983; cf., outre les tables de la correspondance et du journal, Kulke, 61: Fraukl, 32-33; Kuh, II, 3, 16, 44, 190. 193, 317, 412, 415; ef. l’allusion de Frankl (32) à la lettre de Gœthe à Zelter du 4 octobre 1831; supra, 200, n. 4; cf. encore les appréciations de Gœthe sur la poésie d’Uhland et son aclivité politique (Gespräche mil Eckermann du 21 octobre 1823 et de mars 1832). Quant à Môrike, nous avons déjà mentionné les relations amicales et la correspondance que Hebbel entretint avec lui (cf. supra, 606 et n. 7, 607, 609, n. 9, 637, n. 2). Nous y reviendrons à propos du jugement que Môürike porta sur le recueil de 1857, Hebbel semble du reste avoir apprécié Môrike à sa juste valeur comme poète lyrique : cf. Bw., VIII, 56-57, la lettre du 21 septembre 1857, où il lui envoie un exemplaire de l'édition d'ensemble de ses poésies et ajoute cet hommage : « Wenn Sie mir mit Ihren Gedichten, die ich von jeher sehr hochgeschätzt und nach
premicr poète des temps présents, Ludwig Uhland, hommage d'inaltérable vénérationt ». A la mort du maître souabe, Hebbel écrit à Klaus Groth : « le vieux Uhland est mort; à présent, personne ne peut plus vous disputer la couronne du lied. L'avez-vous connu? À vrai dire, depuis 1815 il n'existait plus?. » Mais la preuve que, dans le souvenir de son disciple dithmarse, le poète du Glück von Edenhall était immortel, c'est qu'en 1863 Hebbel recommence
à s'occuper de lui activement, achète sa dernière édition, projette sur son lit de mort de lui consacrer un article dans la revue Orion, loue un de ses amis d’avoir accompli à sa place ce pieux devoir et, unissant dans ses dernières pensées ses deux premiers maîtres, proclame Uhland « l'héritier de Gœthe* ».
Si, parvenu au terme de notre analyse de l'esthétique lyrique de Hebbel, nous nous demandons quelle est sa valeur d'ensemble, nous trouvons divisée l'opinion des spécialistes les plus compétents. Les uns accueillent avec enthousiasme Hebbel théoricien et vont jusqu'à une apologie sans réserves; les autres lui opposent un scepticisme peut-être trop défiant et s'en liendraient volontiers à cette sentence de Paul Heyse :
Wer sein Gedicht erklärt, Verrät geheime Schwächen.
Ist es der Rede vert, > Wird's für sich selber sprechen +.
L’arbitre impartial est l'éditeur critique et 1l l’est moins par ses
Kräften verbreitet habe, ein Gegengeschenk machen wollen und künnen, wird es mich ausnehmend freuen; ich halte viel auf ein Xenion ».
1. Gedichte von Friedrich Hebbel, Gesamtauszabe, slark vermehrt und verbessert. Stuttgart und Augsburg. J. G. Cotta’scher Verlag, 1857, p. 1v; cf. Bw., VI, 59-60, la lettre de dédicace du 21 septembre 1857 et Bamberg, [, 143, la réponse d'Ubland du 5 avril 1858; cf. également la lettre d’envoi à Môrike du 2Ï septembre 1857 et l’accusé-réception de Môrike du 12 novembre (Bamberg, II, 378).
9. Us Vi], 276 (28 novembre 1862), cf. T., 5983; Frankl, 32 et supra, 119, n. 6; cf. encore, Bw., V, 355-356,
3. Cf. Kulke, 61, 102; Frankl, 34; Bw., VII,-324-325, 330; cf. encore, Bw., VII, 400-401; T., 6117 et supra, 620 et n. 6, 622, 636, n. 1, 637.
4. Cf. Adolf Bartels, Deutsche Monatsschrift, Berlin, 1903, IT, 2 : « Der Aesthetiker Hebbel, dessen Durchdringen für das deutsche Volk beinahe ebensoviel bédeutet wie das des Dramatikers. Wer überhaupt ästhetisch veranlagt ist, der kann sich meines Erachtens bei Gœthe und Hebbel das meiste holen; sie haben die tiefste und weiteste Anschauung von der Kunst und geben nicht bloss wie Lessing und Schiller in der Regel das Allgemeine, sondern auch das Besondere, das Spezifische. Als Vorkäümpfer der ernsten Kunst, des intimen Zusammenhangs zwischen dem Ethischen und Aesthetischen steht Hebbel sogar an der Spitze »; cf. Bamberg, Il, C05, supra, 382 ct n. 2, l'opinion de Tibal; T., 3997, 4272; Bw., VII, 168, ligne 8 et suiv. et Prologue du Diamant (W., I, 308) :
Dics steht so klar vor meinem Geist, Dass, wenn ich’s minder hell erblickte, Das Werk vielleicht mir besser glückte.
666 | HEBPEL (1848-1863).
savants commentaires que par l’objectivité de sa méthode : car les textes seuls, en définitive, assurent le « suum cuique » et permettent d'établir équitablement le départ entre le théoricien et l’artiste. A notre avis, le but essentiel est bien, répétons-le, de « dégager l’image du poète des broussailles de ses théories ! », mais sous ces broussailles, on a plaisir à retrouver la solidité du vieux sol classique, piédestal à l'épreuve des statues de toutes dimensions. En somme, Hebbel ne fait que reprendre et continuer la tradition gæœthéenne et il y puise sa force en même temps qu'il y trouve ses
limites. Son originalité n’en est point anéantie, car si toute son
esthétique peut tenir dans le mot « organicisme”* », encore importait-il de définir avec précision quel sens il donnait à ce vocable. On ne saurait ensuite mieux apprécier sa doctrine qu'en lui appliquant la méthode qu'elle préconise et en se demandant si elle satisfait elle-même aux lois qu’elle a formulées *. Il nous semble que oui. Malgré son caractère éminemment aphoristique, elle con- “stitue dans son ensemble une unité vivante et solide, qu’on sent étayée par une volonté énergique, une sensibilité ardente et une intelligence éprouvée : voilà les muscles, le sang et l'ossature de l'organisme. Les enseignements du classicisme tirent leur valeur essentielle de ce qu'ils s'imposent moins comme formules que comme tendances, moins comme dogmes intangibles que comme foi qui se cherche et qui évolue, comme la vie, par l’action et vers l’action. En ce sens, il ne serait nullement paradoxal d'affirmer que ” les théories de Hebbel aboutissent, comme celles de Gœthe, à la négation de la théorie‘. Mais, pour entendre parfaitement le conseil de Méphistophélès à l’écolier, ne convient-il pas de sous-entendre l'ironie gœthéenne?
La contre-partie positive des doctrines de Hebbel, c’est sa foi classique, qu'on sent bien n'être ni un joug, ni un masque, mais une discipline librement cherchée par la plus sûre des intuitions et fortitiée par une lente et dure expérience. Et quoi de plus positif que les leçons qui se dégagent de sa vie et de son œuvre? Son esthétique en prêche-t-elle d’autres, en fin de compte? Veut-il innover mieux que le respect de l’antique sagesse, l’humaine, celle des Grecs, de la Bible et de Gœthe? Son individualisme ne concilie t-il pas la volonté de rester soi-même et le sentiment profond du Beau tel que le concevaient les anciens *? Demande-t-il à être jugé sur. ses paroles et non sur ses œuvres °? N’est-il pas, avant tout, comme le poète de Prometheus et de Faust, un chercheur obstiné et un fier