Cf. supra, 139 et n. 9, 241-242 et Bamberg, II
6. VI, 247; Munich, 19 mars 1852. Pour la genèse, cf. Anmerkungen, 289- 29); T., 1169, 1165, 3350, 5047: .Bw, IV, 359 et suiv., 398, 407: V, 2; et supra, 603 et 668. :
réveil, le jour de sa fête, par les messages et les fleurs de ses amis, mais loin des siens. Jamais peut-être la tendresse passionnée de Hebbel pour sa femme et son enfant ne s’exprima avec plus d'effusion que dans ces vers :
Ach, was sind das für Boten!
Wo bleiben Weib urd Kind,
Die sonst, zum Liebesknoten Verschränkt, die ersten sind ?
Dass ich noch Athem hole, Verdank ich euch allein, Denn ihr seid meine Pole Und werdet’s ewig sein !
Wie solit ich wohl noch ringen, Wär’s nicht des Vaters Pflicht ?
Und kônnt es mir gelingen, Stärkte dies Weib mich nicht?
Drum schnell, ich muss euch schauen !
Christine, an mein Herz, Du innigste der Frauen, Eh’ es erstarrt vor Schmerz.
Und dass ich zwiefach nippe, Reich’ auch dein Kind zum Kuss, Dass meiner bärt’gen Lippe Nur naht, wenn’s eben muss!,
Privé des êtres chéris, le poète se sent exilé pour un temps du paradis, condamné à une sorte d’expiation et il accepte l’épreuve : Und ward zurück verschlagen In eine finst're Stadt, Wo ich, der Welt verborgen, Bestand den ersten Streit, Drum werde dieser Morgen Der Pilgerschaft geweiht.
La «sombre ville », c’est Munich, le pèlerinage auquel Hebbel nous invite va nous ramener à ces années 1838 et 1839 qui furent celles de son initiation aux plus profondes souffrances et aux plus sublimes joies”. Il faut connaître sa vie d’alors pour savoir qu'il n'y a aucune déclamation dans son évocation du « champ de bataille », :
Wo ich hier, stumm, doch bang,
Mit jedem der Dämonen Auf Tod und Leben rang à.
Les strophes suivantes peuvent rappeler à maintes reprises das Schloss Boncourt, mais la sincérité et l'originalité de l'émotion éclatent avec une telle évidence que toute ombre de réminiscence littéraire est dissipée, réduite à l’insignifiance de tel ou tel détaïl analogue ou à des coïncidences négligeables de mouvement rythmique. De même, il est vrai, le philologue pourrait relever des
1. Cf. aux 4 derniers vers : T., 4944 et Bw., IV, 369; d'une façon générale, cf. toutes les lettres de Hebbel à Christine pendant ce séjour à Munich; Bw., IV, 362-425 et supra, 691 et n. 4.
2, Cf. supra, 153-159; 174-179,
3. Hebbel supprima ici une strophe qui aurait allongé inutilement le poème (cf. Anmerkungen, 290).
LES POÉSIES LYRIQUES DE 1848 A 1863. j 693
traces faustiennes dans certains termes de la confession !. Qu'importe au lecteur, entraîné par le poète? Il le suit agité, bouleversé, d’abord à l’humble asile de jadis, à la sombre cellule qui abrita son génie mürissant, tandis que l’assaillaient les fantômes et les spectres, puis au Jardin Anglais, où le grand souffle de la nature chassait ses idées noires? :
O Park sei mir gesegnet !
Bleib ewig frisch und grün, Und wenn’s nur einmal regnet, So sollst du zweimal blüh'’n !
Cet hymne de reconnaissance rappelle l’adieu qu’en prose, mais presque dans les mêmes termes, Hebbel adresse à Paris lors de son premier départ”. Dans le pare munichois il revoit maintenant les allées où furent composées presque toutes ses poésies d'alors et les endroits familiers où naquirent ses premières pièces, celui où il conçut Judith et celui où il aperçut Genoveva, le sapin sous lequel il vit passer un personnage de Maria Magdalene, l'étang où il trouva son Diamant‘. L'accent se fait alors si personnel, le rythme est si plein, la langue poétique si belle, que ces strophes peuvent soutenir avec das Schloss Boncourt la comparaison, si on la poursuit. Puis reparaissent des motifs de Heidelberg et de Hambourg, mais sous le revêtement le plus somptueux : Dann wollt es mich bedünken, Ich sei unendlich reich !
Mein Busen war dem Blinken Des Sternenhimmels gleich : Schon viel sind aufgegangen In wandelloser Pracht, Mehr glaubt man noch umfangen Vom stillen Schooss der Nacht 5.
La magnificence de la forme ne nous entraîne-t-elle pas, ici encore, jusqu'à accepter la méditation du couplet suivant, où Hebbel exprime un des leitmotivs théoriques, avec lesquels nous sommes maintenant familiarisés, sur le caractère de nécessité de l'inspiration, tour à tour inconstante et obsédante, à la fois tourment indicible et consolation suprême ©? Mürike loua tout particulièrement le « vigoureux souffle antique » de l'avant-dernière
strophe :
Denn als sie Blut getrunken, Wie des Odysseus Schaar Im Hades, deren Funken Längst still verglommen war :
1. Cf. strophes 8, 9 et 10 etle début de Faust; en particulier la Zueignung, le Prolog im Hlimmel, le premier monologue, le motif des cloches de Pâques et le deuxième couplet de la scène Studierzimmer.
2. Cf. la strophe 10 et ce cri de Faust : « flieh! auf! hinaus ins weite Land! » et supra, 605 etn. 5, 637 et n. 5. — 3. Cf. supra, 403 et n. 7. "
4, CE. supra, 178 et n. 4, 222, 608 et n. 3; Bw., IV, 398, 407; Kuh, If, 345- 347: Bartels, 44-45, 101; Werner, 311; Tibal, 149 et 537.