‹ HebbelChapitre 349 sur 425 · VI, 382, Vienne, 1* juin 1857; Anmerkungen · texte numérisé non relu

VI, 382, Vienne, 1* juin 1857; Anmerkungen

quelconques : les deux premières sentences figuraient déjà au recueil des Gedichte!; les deux groupes de deux vers qui suivent sont aussi plats que leurs rimes ?.

La dernière épigramme, composée dans le pare de Weimar, est digne du grand vieillard auquel elle est dédiée : à la tombée de la nuit, le poète croit revoir le vieux Gæthe errer de nouveau dans les allées où il se promenait jadis et il se demande quelle existence serait celle du héros s’il lui était permis de racheter au prix de ses lauriers les boucles de sa jeunesse?

Warum versagt dir die Natur den Preis?

Welch einen Jüngling gäbe solch ein Greis 3!

Ainsi, le recueil qu'ouvre la dédicace à Uhland se clôt par un hommage à Gœthe, Hebbel encadre des noms des deux grands maîtres qui l'ont inspiré, l’ensemble de sa production lyrique.

L'étude de la période de 1848 à 1857 serait incomplète si, après avoir caractérisé le fond et la forme de l'édition d'ensemble, nous omettions les pièces de la même époque qui n’y figurent point et que l’éditeur critique a groupées chronologiquement en un volume spécial.

Il était naturel que les années 1848 et 1849 donnassent naissance à des poésies politiques. Hebbel n’en composa qu’une seule de longue haleine : la pièce an Deutschland que lui arracha l'indignation de voir signer avec le Danemark l’armistice concernant les. duchés de Schleswig et de Holstein. « C’est la première fois, déclare-t-il, que j'ai écrit une poésie politique, c’est-à-dire une poésie qui n’en est pas une. » Elle ne manque cependant pas d'’allure, témoin ce début où l’on sent passer le plus sincère frisson patriotique :

Mein Deutschland, grosse Dinge sind gescheh'n : Der Zwerg am Belt, der dich so lange neckte,

Hat endlich doch dein blankes Schwert geseh’n Und schaudert jetzt darob, dass er dich weckte.

Le poète fustige tour à tour les jérémiades intéressées du Danemark, l'hypocrite arbitrage de l'Angleterre, les convoitises et les

1: Der Mensch soll treten in die Welt; swarum ficht mich so manches Uebel an?.…. Of. supra, 248.

2. VI, 383 : die Mutter an die Tochter; cf. T., 5436 (Vienne, entre le 11 juin

et le 4 juillet 1856 : auf ein Mädchen) et Patzak, 52; — ibid, : Hüben und Drüben. .

3. VI, 383 : An —; cf. Bw., VI, 33-36 (Weimar, 6 mai 1857 : auf einen

Greis); cf. supra, 547 l’épigramme der Greis. À

k. VII, 201-203, Vienne, 12 septembre 1848; Europa, hrg. v. Gustav Kühne, 1848, n° 132; Hamburger literarische @nd kritische Blätter, Jahrgang 1849, p. 3; cf. Bw., IV, 137 (21 novembre 1848) et 241, 254; N. Hebbeldok., 37; W., X, 122 et suiv., 298, 443; Petzet, politische Lyrik, 432; Werner, 272 et die Wage, Wiener Wochenschrift, 1899, n° 24, p. 408 et suiv.: ein politisches Gedicht Jebbels. Pour la genèse et les variantes, cf. encore : Anmerkungen, 437-438,

arrière-pensées de la France, et il trouve, pour fouetter l'amourpropre de ses compatriotes, des accents d'une énergie passionnée ”. Le problème de l'unité allemande lui inspire, en outre, quelques. épigrammes : les Allemands ne sont pas comparables aux gouttes d'eau susceptibles de former un fleuve, mais au sable amorphe; les peuples savent depuis longtemps ce qu'ils ont à haïr, ne serait-il pas temps qu'ils apprissent ce qu'il leur faudrait aimer?? La gueule béante de la bête de proie qui menace les-Germains devrait les inciter à s'unir, mais non, ils ne s’uniront qu’une fois engloutis dans les entrailles du monstre”.

Deux autres pièces sont des échos de l'époque révolutionnaire : la première évoque en quatrains alertes le bon peuple viennois troublé dans ses habitudes et ses amusements par le tocsin des événements d'octobre; et voici l'épigramme qui témoigne, avec autant de concision que de bonheur, du foncier libéralisme dw poète :

Ein Apfelbaum ward arreticrt, Der Blätter ausgestreut,

Auf denen klar zu lesen stand, Dass sich die Zeit erneut ?.

Si nous considérons, année par année, les autres productions lyriques du recueil complémentaire, il ne nous reste plus à signaler de 1848 que quatre aphorismes sans grande valeur et n’ajoutant rien de saillant au tableau que nous connaissons déjà de l’individualisme et du pantragisme de Hebbelf. L’année suivante fournit encore, une demi-douzaine de sentences analogues et tout d’abord celle-ci,

où l’on a voulu voir l’aveu ésotérique que Hebbel n'était pas heureux après son mariage :

Ich muss wohl glücklich sein,

Man hält mich ja dafür7!

Nous estimons que c’est là exagérer gratuitement la portée d’am aphorisme auquel l’auteur n’attachait sans doute pas plus d'importance qu'aux autres pensées plus ou moins originales et plus ou moins élaborées dont son journal fourmille et qui constituaient en quelque sorte la provision poétique amassée grain à grain°. Nous

1. Cf. surtout les 5°, 6° et 7° quatrains, par contre, la métaphore finale ne nous paraît pas du meilleur goût.

2. VII, 232 : an die Deutschen; an die Vülker; Europa, 23 août 1849, — 3. VIT, 214 : an die Deutschen, T., 4833 (Vienne, 10 février 1851). ;

4. VII, 203 : Wenn die Luftballone steigen; cf. T., 4523 (Vienne, 24 janvier 1849); Patzak, 46 et Anmerkungen, 438-439,

5. VII, 204; ef., T., 4560 (Vienne, février 1849) et Patzak, 46.

6. VIT, 201 : Der Gold/fisch hat in cinem Glase Raum; cf. T., 4381 (Vienne,

28 mars 1848) et Patzak, 46: — sind nur die Elemente erst geläuteit, cf. T., 4450 (Vienne, 9 septembre 1848) et Patzak, 46; — VII, 203 : das kleinste Thier isl der Tyrann des grôssten; cf. T., 4467 (Vienne, 14 novembre 1848); — Jck

fürch®, wenn Sonr und Mond zusammenstossen; cf. T., 4468 (Vienne, 14 novembre 1848).

7. VII, 204; T., 4488 (Vienne, 10 janvier 1849); cf. Patzak, 46; Bastier, 38 et supra, 593-595.

8. Voir par exemple, à la même date du 10 janvier 1849, VII, 204 : Und schlägt man dann den Kopf mir ab; — man reisst ein Haar dir aus; — man

nous contenterons de mentionner, de la même année, le compliment rimé récité par Titi pour l'anniversaire de Christine!, la parodie destinée à ridiculiser l’'emphatique et grotesque hommage d'un poète de pacotille au directeur de théâtre Graf von Dietrichstein?, et la pièce satirique dirigée, non pas, l’auteur s’en défend, contre la religion, mais contre les excès de certains de ses représentants ?. Dans l’avant-dernière de ces pièces, nous pouvons saisir sur le vif l’âpreté sarcastique avec laquelle Hebbel faisait Justice des prétentieuses élucubrations poétiques et des flagorneries ; nulle part mieux que dans la dernière, écrite dans le mètre du Haideknabe, sa verve ne s'exerce, et avec une plus intarissable abondance.

En 1850, il dédie trois quatrains au calculateur Zacharias Daase etcompose celte épigramme rimée :

O, die Antike steht nicht mehr auf, Es liegt nicht in der Dinge Lauf, Dass Etwas erst heute geboren sei, Und tausend Jahre alt dabei 5.

De 1851, il ne nous reste plus à mentionner qu’une demi-douzaine d’aphorismes sans importance, dont trois polémiques, à l'adresse de Laube et de J. L. Kleinf. Rien en 1852. L'année 1853 apporte encore cinq aphorismes 7 et trois poésies diverses dont une très longue, intitulée Noch ist Polen nicht verloren$. C’est une sorte de ballade historico-satirique en trois parties. La première, comprenant douze quatrains, nous fait assister à une velléité de soulèvement de la Pologne : l’ordre cesse de régner à Varsovie, les faux et les:

muss den Wanzen nicht beweisen wollen: ef. T., 4493, 4498, 4499, Patzak, 46. Pour les derniers aphorismes, cf. encore : W., II, 130 : Michel Angelo, v. TI et suiv. et Scheunert, D. ;. 41., 197; cf. encore, VI, 209, le quatrain à rimes plates : Mach dir das Leben ja nicht sauer; T., 4644 (Vienne, octobre 1849) et Patzak, 47.

1: VII, 205, zum Geburtstag für Mama. — 2. VII, 206-209, Vienne, 22 avril 1849 : cf. Anmerkungen, 439.

3. VII, 210-213 : der heilige Johannes (im Volkston), cf. Anmerk., 439; Bw., VIE, 255, 332-333, 401-402; N.Hebbeldok., 87.

4. NII, 213 et suiv. : /n das Stammbuch Zacharias Daases, des Rechenkünstlers: cf. Anmerk., 439-440, Kulke, 93 et W., XII, 32-33.

5. VII, 214; T., 4753 (Vienne, 15 novembre 1850), cf. W., IIT, 107; Michel Angelo, v. 269 et suiv. et Môrike : antike Poesie (Morgenblatt, 1829, n° 15), ct. encore Patzak, 48,

6. Contre Laube, VII, 214 : Giebl’s denn noeh Krôten, Spinnen in der Welt (T., 4782; Vienne, 1° janvier et VII, 215 : Karlsschüler (T., 4834; Vienne, 10 février) ; cf. Anmerk., 440 et supra, 610 et suiv.; — contre Klein : VII, 215 : J. L. K.; cf. Patzak. 554et suiv. et Anmerk., 440; T., 5912 et Bw., VII, 223. Les autres aphorismes sont : VII, 215, Künstler am Klavier (T., 4818; Vienne, janvier); man sagt, die Wahrheil trage einen Schleier (T., 4863; Vienne; mai); aus einer Oper streicht mir keinen Takt (T., 4919; Vienne, 28 août). à

7. NU, 215 : Bettina (T., 5062, Vienne, janvier); N. Hebbeldok., 8 : « Eine Genoveva schreiben | ist ein Frevel für die Welt | und zur Strafe muss ich

hôren, | wie sie Kuh herunterbellt (9 oct. 1853 : in meinem Zimmer): VII, 293 : und man fällt in thre Arme (T., 5196; Vienne 18 octobre); — die Kleinen künnten dich nicht quälen ? (T., 5206: Vienne, 8 novembre); — Wenn du vor

einem Menschen scheidest (T., 5215; Vienne, décembre). 8. VIA, 216-222: Vienne, 3 avril 1853; deutsches Museum, hg. von Robert Prutz,

4 août 1853; cf, T., 4602 (Vienne, 19 mai 1849); Bw., V, 118.

épées se lèvent de concert contre l'oppresseur; le grand Sobiesky surgit de sa tombe et le doigt de Kosciusko lui-même semble se poser sur le tzar et menacer d'écroulement son trône; il s'agit de restaurer sur les bases nouvelles de l’unité et de l'égalité l’ancien royaume de Pologne : à Uns’re alte Künigskrone, Die bestäubt in Krakau liegt, - Füngt von selber an zu funkeln, Nun der weisse Adler fliegt.

Mais, au deuxième acte, un revirement se produit : un bruit de trahison s’est propagé, lancé par un sot ou par un espion, et aussitôt accueilli par les Polonais crédules; ils cessent d’avoir foi en leurs chefs; leur méfiance va anéantir leur suprème chance de libération et permettre aux Baschkirs, aux Mongols et aux Cosaques d'écraser l'adversaire désuni et désemparé. Le décor change : les fanfares guerrières se font plus stridentes, l'aigle des étendards n’est plus le même : : | Heil’ger Iwan, sei gepriesen, Der dem Britten auf den Kopf Einst den Deckel fest genagelt, Als ïhn aufbehielt der Tropf!.

Les mânes d’Ivan le Terrible doivent tressaillir de joie et aussi celles de ce Pierre le Grand, qui, pour agrémenter ses festins, décapitait lui-même ses gardes du corps. On voit que le poète ne néglige aucun trait de couleur locale?. Sa verve de narrateur soutient et rythme le mouvement dramatique. La deuxième partie compte treize quatrains; la suivante n’en déroule pas moins de vingt. La concentration tragique n'en souffre pas, sept quatrains constituant une sorte de quatrième acte où est décrite de façon saisissante la panique qui s'empare des Polonais, le cinquième acte se ramassant vigoureusement en un épisode symbolique : un noble fugitif cherche un abri sous une cheminée où se cache déjà un valet; le nouveau venu somme en vain le roturier de se découvrir; il ne s’aperçoit pas, dans sa colère, qu'il s'adresse à un mort, à une victime du récent pacte de fraternité et, frappant violemment le cadavre, il découvre sa propre cachette. Le dénouement ne tarde pas :

Sieh, da naht, nach Beute spähend,

Ein Kosak, und mit der Wehr Stellt er die gestürte Gleichheit

Zwischen Beiden wieder her.

Du voyage que Hebbel fit à Hambourg en 1853, il ne se contenta pas d'envoyer un compte rendu en prose à l’Ostdeutsche Post; il fixa ses impressions sur la Venise de l’Alster en une pièce assez pitioresque, mais qu'il ne Jugea cependant pas digne de figurer au recueil d'ensemble”, Nous la préférons, pour notre part, à l’apo- 1. Cf. W., X, 128-129.

2. Of. encore au vers 116 le Weichselzopfet VIT, 215, l'épigramme, J. L.K,;et

rapprocher T., 4616 des vers 153-154 : « Perlen kann ich, statt der Erbsen | Kochen lassen, wenn ich will ». — 3. VII, 222 : Hamburg (Hambourg, 10 ou

11 juillet 1853), cf. W., X, 196 et 446: Bw., V, 118.

logue didactique composé la même année : un père corrige son fils qui a dérobé un raisin; ainsi, en même temps qu'au coupable, nous

est révélé ce « secret » :

Dass nebst der Traube, die zum Uebertreter Ihn machte, auch die Gerte in ihr steckt1.

En 1854, nous glanons un fragment insignifiant? et ce distique, que Hebbel dédie à Christine à Noël, en lui faisant présent de la traduction d'Homère de Voss :

Môge der alte Homer, der grôsste der Dichter, Dir sagen, Dass Du mir Helena bist, aber Penelope auch 3.

Achevons par l’'énumération succincte de sept épigrammes et d’une poésie de circonstance, la plupart de date incertaine, et trop insignifiantes pour mériter d’être analysées ou reproduites #.

Il ne nous reste plus à examiner que les poésies lyriques de 1857 à 18635.

Le deuxième semestre de 1857 n'avait guère vu naître que des épigrammes, envoyées à George Westermann pour ses Monatshefte, ainsi que celles qui, arrivées trop tard, n'avaient pu trouver place dans le recueil d’ensemblef. Mais le 13 décembre, Hebbel écrit à Kuh : « Il m'arrive, cet automne, presque la même chose quele précédent et, à vrai dire, que depuis tout un quart de siècle : l’absolue aridité prosaïque se transforme, tout à coup et sans aucune transition, en son contraire et la tempête ramène au rivage tous les coquillages multicolores que non seulement je croyais pour toujours engloutis dans la nuit de l'océan, mais que j'avais, en outre, déjà complètement oubliés. C’est ainsi que, depuis la dernière fois que

1. VII, 223, das Geheimniss der Rebe (Vienne, 27 octobre 1853) Gellertbuch, bhrg. von Ferdinand Naumann, Dresden, 1854, p. 136; cf. Bw., V, 131 : « Es ist ein Gedicht, das ich im Sinne des Verewigten (il s’agit de Gellert) zu halten gesucht habe »; cf. encore, Scheunert, D. 7. H., 164.

2. VII, 237 : ist dein Gesicht der helle Tag (T., 5251; Vienne, printemps).

3. VIL, 234, an Christine mit Vossens Homer (Weïhnachten 1854), cf. Anmerkungen, 447.

L. NII, 223 : Leidenschaft und Kritik (T., 5514; Vienne, décembre 1856), cf, Bw., III, 103; — VII, 224: Oberon spricht; cf. Anmerk., 442; — NII, 235 : dass oft dem schünsten Leib (Patzak, 65; Anmerk., 447-448); — sag” einem Kranken (T., 4328; Vienne, 11 décembre 1847; Bw., IV, 69; Patzak, 66); — durch jeden Dorn; pour ces épigrammes aus anderen Quellen; cf. un défaut de concordance entre VII, p. xI1 et Anmerkungen, 447 et suiv.; la table des matières les incorpore par erreur aux neue Epigramme; cf. encore les fragments sans date : VII, 448 : Anhang : Herr Pfarrer…. (ef. T., 5689; Vienne, été 1859); du sprichst nur sellen; — wenn du nicht reden willst.

5. Cf. le volume VI de l'édition critique, p. xiur, aus dem Nachlass (1857-1863); p- xiv et suiv.; Neue Epigramme, volume VII, p. xr, 2 pièces de 1858 et 1859; p. X11, une Nachlese : aus den neuer Epigrammen (nous en avons déjà extrait les aphorismes antérieurs à 1857).

6. Cf. chronologiquement : Bw., VI, 50-51 (16 juillet); Bw., VIIL, 53-54, 59-

61, N. Hebbeldok., 109-110; Bw., VII, 63 (2 décembre).

je vous ai écrit !, j'ai composé quatre ballades de premier ordre, parmi les miennes naturellement, et de plus le volume des épigrammes a augmenté jusqu'à fournir la matière d'un nouveau livre. » La flamme retombe vite, et l’année suivante on trouve dans sa correspondance bien plus de réclames concernant le recueil que de traces de nouvelles poésies #, En 1859, il estsurtout question, dans ses lettres, du jubilé de Schiller que, moitié par véritable piété, moitié, semble-t-il, par dépit de ne pas jouer un rôle plus important dans le comité d'organisation, Hebbel se contente de célébrer dans l'intimité et par un poème que nous examinerons plus loin‘: le journal de fin d’année avoue une période de trouble et d’énervement, mais accuse en même temps la venue d’une quantité de poésies . L'année 1860 est presque stérile au point de vue du lyrisme 6, la suivante est marquée surtout par le poème sur l'attentat dirigé contre le roi de Prusse; quatre autres pièces et quelques aphorismes forment tout le bilan*. 1862 et 1863, par contre, sont des dernières années les plus productives : sans compter les aphorismes, nous ne distinguons pas moins de quinze pièces dont certaines, nous le verrons, sont des chefs-d'œuvre 8.

Au total, l’œuvre lyrique s'enrichit de 35 poésies et de 70 épigrammes, que Hebbel ne réunit ni dans un nouveau recueil, ni dans l'édition d'ensemble de ses œuvres à laquelle il songea à maintes reprises, mais que la maladie et la mort l’empêchèrent de former. Emil Kuh publia ce legs poétique dans son édition des œuvres du maître. L'auteur lui-même avait classé à deux reprises ces pièces, une première fois chronologiquement, une autre fois au point de vue esthétique, mais dans un cahier incomplet où les épigrammes seules sont groupées en un ensemble homogène”. ;

1. Le 17 novembre; cf. Bw., VI, 89-90 et N. Hebbeldok., 112-113.

2. Bw., VI, 95-96; voir le complément de cette lettre, N. /ebbeldok., 114-115 ; cf. encore le bilan du 31 décembre : T., 5620 et note.

3. Nous reviendrons sur la question des réclames. Pour la genèse, cf. Bw., VI, 108, 109, 111 et suiv., 154-155, 163, 186 et suiv.

L. Cf., VI, 407 et Bw., VI, 231, 284-285, 289, 293, 299-300; cf. encore T., 5683, 5760, 5763, 5765, 5773: Kuh, II, 447-448; Werner, 344; cf. encore la lettre de Hebbel à Major von Serre à Dresde (Vienne, 17 mars 1859); publiée par Bornstein, Jugend, 1913, n° 12, p. 336 et suiv.

5. Cf. T., 5777, ligne 85 et suiy. et 130; cf. Bw., VI, 251 sur des velléités de poésies politiques; nous citerons les aphorismes du journal à propos de chaque pièce et procéderons de la même manière pour ceux des années suivantes,.

6. Outre un ou deux aphorismes, seulement les trois pièces : Schau ich in die tiefste Ferne, auf das Tier et der letzle Baum (NX, 408 et 411).

7. Cf. VI, 412, 417-418; T., 5348, 5927, 5939, 6177; Bw., VII, 64," 67, 71,172, 79, 98-99, 112, 116, 122. Sur une improvisation, cf. encore, Bw., VII, 107.

8. Cf. VI, 418, 423, 424, 496, 497, 499, 439, 434, 437, 4389, kk1Â; et encore, T., 6052, 6134, 6175, 6176, Bw., VII, 144 et suiv., 150, 168 et suiv,, 232, 250, 252, 264, 339, 343, 346 etsuiv., 392 et suiv., sur une épigramme contre Julian Schmidi cf. Bw., VI, 278 et note et N. Hebbeldok., 162 et 210, W., VII, 317 et XII, 382. Werner, W., VII : Zinleitung, xxxvi : « Hebbel selbst fühlte, dass sein lyrisches Produktionsbedürfnis stetig abnehme; merkwürdig genug rief gerade seine Krankheïit zahlreichere Gedichte hervor, die zum wieder auftauchenden Demetrius hinüberleiteten ». |

9. Cf. volume VI de l'édition critique, p. x111 : aus dem Nachlass (1857-1863)

Parmi les poésies diverses de cette époque, les unes sont d'inspiration personnelle, essentiellement lyriques par leur origine subjective et leur adaptation à la forme musicale; d'autres, au contraire, se rapprochent du genre épique par leur sujet et leur «écriture » objective et plastique. I va sans dire que la séparation entre les deux groupes n'est ni systématique, ni rigoureuse : il se trouve souvent que le point de départ personnel, au lieu d’être une image ou un sentiment, est une « circonstance », un « événement », mais intimement liés à la vie profonde de l’auteur par l'intérêt ou la passion qu'ils font naître, de sorte que le poème déroule parallèlement les deux fils; il arrive aussi qu'une pièce de contenu et de cadre formellement objectifs ait une évidente signification ésotérique qu'il s'agit avant tout de « lire entre les lignes » et dont le charme est d'autant plus grand qu'est plus parfaite la cryptographie. On peut même dire que la beauté de ces poésies réside, pour une part considérable, dans la subtilité et la discrétion de la correspondance entre les deux atmosphères, de sorte que, pour les présenter dans leur véritable gradation, nous analyserons, tour à tour, dans chacun des deux groupes, d’abord les productions les plus voisines du schème absolu, et présenterons, après les fleurs intéressantes seulement par leur contour, celles dont le calice, en même temps qu'il enchante le regard, exhale en une sorte de parfum magique l'âme même de l’attirante beauté qui nous captive.

Rares sont, dans le premier groupe, les pièces à tendance satirique, Hebbel se détournant de plus en plus des polémiques mesquines et des stériles négations. Il honore cependant Rustico Campius de deux quatrains qui sont deux flèches malicieusement empennées et destinées à porter les coups de grâce au dilettantisme doucereux et anorganique de Bauernfeld !. Un autre quatrain épigrammatique, an P. n'a pour nous, qui en ignorons”le destinataire, d'autre intérêt que sa forme concise et vigoureuse”.

Nombreuses sont, par contre, les occasions que découvre Hebbel de satisfaire ce besoin « d'admirer et de vénérer » qu'il disait être son instinct le plus profond et le plus impérieux. C’est tantôt une œuvre d'art quile plonge dans une douce extase et le force à méditer, tantôt uu événement politique qui soulève son indignation ou provoque son enthousiasme, le plus souvent un souvenir du passé ou quelque chère figure du présent qui anime sa fantaisie et éveille en lui l'émotion.

Un tableau de Palma Vecchio lui inspire le poème : drei Schiwes-

p. xiv êt suiv. : neue Epigramme; volume VII, p. xr : 2 pièces de 1858 et 1859; p. xu, une Nachlese : aus den neuen Epigrammen (nous en avons déjà extrait les aphorismes antérieurs à 1857). Cf. £inleitung, p. xxxv1.

1. VI, 401 (Vienne, 1857), cf. Patzak, 55, Anmerk., 375 et W., XI, 338-344, 486; XII, 112-113, 372-373.

2, VI, 401; cf. Anmerkungen, 375.

tern! où des sixains de forme identique à ceux du Spatziergang in Paris chantent les gracieuses figures de ces trois sœurs représentant la danse des heures :

Sie haben an den Locken sich gefasst,

Die ihren Hals umhüpfen ohne Rast,

Das Haar so golden, wie der reinste Flachs,

Die Hände, die es halten, weiss, wie Wachs,

Und aus den feinen Zügen leuchtet mild

Des dreigestalt’gen Tages Wechselbild.

Un sixain est consacré à chacune des trois sœurs : l’aînée a déjà porté la couronne de beauté et éprouve le premier frisson, messager de l'inexorable puissance du temps?; la cadette sourit au bonheur présent, incertaine encore de la victoire dont elle devrait cueillir hâtivement les fleurs éphémères ; la plus jeune incarne une de ces « douces figures de vierge » dont le poète éprouvait avec prédilection le charme naïf, fait d’innocence encore enfantine et déjà accrue des séductions de l’adolescence. Et la conclusion évoque un de ces « cercles fermés » où Hebbel, nous le savons, se plaisait à voir des symboles de mystérieuse perfection et d'émouvante

beauté :

Noch einmal seid als Horen mir gegrüsst, Ihr Schwestern, wenn Ihr auch den Kreis nicht schliesst, Die Zeit, wo das geschehen wird, ist nah’, Denn steht die Jüngste erst als Morgen da, So gleicht die Aelt’ste auch der heil’gen Nacht : Und deutet auf der Sterne ew’ge Pracht 3.

Un poème de circonstance, beaucoup plus court et destiné à un album du descendant de Gütz von Berlichingen, associe dans l'hommage l’héroïque chevalier à la main de fer et le nom de Gœthe qui lui garantit l'immortalité . Nous avons fait allusion déjà à la pièce que Hebbel composa à Vienne, le 11 novembre 1859, à l’occasion du jubilé de Schiller, et développant en un apologue alertement versifié cet aphorisme du journal : « Le monde demeure toujours l'hôte qui se met à illuminer lorsque l’empereur est reparti »; — et cet autre du 8 novembre : « Hier soir, grande retraite aux flambeaux en l'honneur de Schiller..… Voilà une véritable fête nationale. Mais quand suivront les cérémonies d’expiation, pour avoir accordé à un Iffland et à un Kotzebue, non seulement leur journée, mais leurs décades ÿ? »

1. VI, 405-406, juillet 1859; Dichterbuch aus Oesterreich, p. 231 et suiv.; cf. Anmerkungen, 376 et suiv. et T., 5961; Bw., VI, 308; VII, 250, 258; cf. encore Müller, 22 et supra, 695.

2. Cf. le troisième sixain et supra, 508-509 : das Opfer des Frühlings.

3. Cf. supra, 245 : Morgen und Abend; 270 : Nachilied, sur le mariage d'amour, #17 et n. 10 et 521 : an Christine Engehausen; cf. enfin 554 : geschlossener Kreis.

L. VI, 412, Vienne, 23 février 1861; cf. T.; 5848, Patzak, 70, Bamberg, I, 520-551; Geschichte des Rillers Gütz von Berlichingen mit der eisernen Hand und seiner Familie. Nach Urkunden zusammengestellt und hrge. von Friedr. Wolfg. Gütz von Berlichingen-Rossach. Leipzig, F. A. Brockhaus, 1861, p.515, cf. encore, supra, 711 : l’'épigramme Unsterbliche und Unbegrabene.

5. VI, 407-408 : zum Schiller-Jubiläum; die Presse, 10 novembre 1864; cf. T.,

À ces poésies dédiées à des héros du monde de l’art et de l’histoire, s'ajoutent celles qu'inspira la vie contemporaine. C’est d'abord le long poème an seine Majestät, Kônig Wilhelm I. von Preussen !; destiné à flétrir la tentative de régicide d'Oscar Becker, le 14 juillet 1861, à Baden-Baden et rappelantexpressément la pièce analogue de 1853 : an des Kaisers von Oesterreich Majestät?, Deux strophes d'introduction — il n’y en a pas moins de dix-huit, de huit vers chacune — déplorent que, depuis l'attentat contre le chef de la maison de Habsbourg, le géant allemand ait été encore affaibli par les déchirements persistants du dualisme. Et maintenant que le souverain de la Prusse vient d’être sauvé par la Providence, le poète le supplie de faire à son tour pour les Allemands ce que Dieu à fait pour le monarque. Le même danger de mort violente plane sur le peuple entier :

Nicht bloss, dass sich der Erbfeind rüstet, Der Karls des Grossen Reich gesprengt, Und dass den nord’schen Aar gelüstet, Der schon durch’s Wachsen uns bedrängt :

Auch die Bedientenvôlker rütteln Am Bau, den jeder todt geglaubt, Die Czechen und Polacken schütteln Ibr strupp’ges Karyatidenhaupt,.

Le dernier quatrain surtout déchaïna, à en croire Hebbel, une véritable tempête, excitant l'enthousiasme des partisans de la grande Allemagne et, par contre, la fureur des nationalités fustigées et d'interminables protestations dont le poète paraît plus fier que navré *. Les cinq strophes suivantes exaltent l'avenir idéal réservé aux Allemands, à ce « peuple de guerriers et de penseurs » et le splendide programme qu'il dépend du roi de Prusse de’réaliser pour la revanche éclatante du Germain :

Er war bis jetzt der Narr der Erde, Und ward verspottet fern und nah’; Sprich Du, o Herr, cin zweites Werde, So steht er als ïhr Kônig da.

On ne peut se défendre de trouver un peu longue la dissertation historique qui fait pendant à cette prophétie enflammée. Comme dans le poème à l'empereur d'Autriche, Hebbel rend hommage à la majesté de Napoléon agonisant et sa sincérité lui fait trouver ici encore des accents véritablement éloquents. Puis il exhorte Guillaume [°' à arracher la nation victorieuse à son inertie, à la détourner des expériences déjà faites et à lui frayer les voies nouvelles et glorieuses.-La voix s’enfle, par instants déclamatoire *. Mais l'exemple 5683, 5760, et les autres citations faites plus haut, p. 732 et n. 4; cf. encore, supra, 726, l’'épigramme der verborgene Kaiser. Te 4. VI, 412-416; Gmunden, 30 juillet 1861. /l{lustrierle Zeilung, Leipzig, 19 octobre 1861: cf. Kulke, 77-84: Kuh, II, 507-508, Bartels, 104-105; Werner, Monographie, 354-356; Lyrik und Lyriker, 471. 2, Cf, la première strophe et supra, 699 et suiv. ? L 3. Cf. Anmerk., 378-379 et surtout T., 5927, 5932, 5947, Bw.; VII, 60, 64, 67, 77, 079,,98-99,, 112.116, 122. 127, 133, 144, 150, 196, 221, 319;, N. Hebbeldok., 163 et suiv. et W., X, 258-266, 450, 4. Cf, la quatorzième strophe et la dix-septième.

de Karl August de Weimar est proposé en termés harmonieux et mesurés, adéquats au contenu de l'éloge et le finale ne manque pas son effet de fermeté confiante et d'énergie sobre : - Nun ringt denn, Oesterreich und Preussen, Das ganze Deutschland jauchzt Euch zu, Weis’t Ihr den Welschen und den Reussen, Die Andern sterben so, zur Ruh!

Horcht, wie’s in vollern, immer vollern Accorden durch das Reich erklingt :

Ob Habsburg oder Hohenzollern, Der Kaiser ist, wer das vollbringt .

L'année suivante, Hebbel a l'honneur — honneur; ilest vrai, décliné d'abord par Halm, Seidl et Grün -— de composer le prologue à l'occasion de la Constitution du 26 février, et il s'étonne lui-même qu'après avoir tant maltraité les Slaves d'Autriche, il soit choisi pour saluer un Parlement bourré de Tchèques et de Polonais”. Le poème compte 132 vers et la monotonie des rimes plates toutes masculines, s’ajoutant à l'uniformité du rythme ïambique à cinq temps forts, convenait sans doute à la cérémonie qu’il s'agissait de célébrer, mais ne laisse pas de renforcer l'impression de longueur à la simple lecture, que ne soutiennent plus la déclamation, l'intérêt d'actualité et le cadre solennel. Non sans virtuosité cependant, la première partie développe les lieux communs du conservatisme libéral de Hebbel tels que nous les avons déjà définis. Le poète adhère sans réserves au principe même de cette constitution, non point arrachée par un mouvement d'aveugle et fanatique révolte populaire, mais librement octroyée par la sagesse d’un monarque clairvoyant. Son loyalisme n’a pas besoin d'adresse, mais seulement de sincérité, pour traduire l’inévitable hommage aux héros de la dynastie :

Der fünfte Karl, des Kaiserhauses Preis, Sprach einst mit Stolz : « {n meiner Herrschaft Kreis

Erlischt die Sonne nicht! » Sein Enkel spricht : Die Sonne wohl, doch nimmermehr das Licht!

Hebbel prêche ensuite la modération et la prudence à une époque de transition dangereuse; il conseille en même temps la concorde, l'unité nationale qui mettra fin aux discussions néfastes et fera de la nation allemande l'héritière de l'Hellade : Die Vülkerkrone geht von Haupt zu Haupt, Und auch dem letzten ist der Kampf erlaubt, Denn trotz Homer erblich auch Griechenland, Und trotz des Nebels glänzt der Deutsche Strand. C'est là la deuxième partie. Suit la trouvaille du « trésor magique » qui, nous dit Hebbel, était la perle et la raison d'être du poème et qui cependant refroidit le public et fit dire aux journalistes que l’auteur avait perdu son élan habituel. De fait, il eût fallu aux parlementaires 1. Cf. supra, 597-603.

2. VI, 418-422 : Prolog zum 26. Februar 1862 (zu Wien im Operntheater gesprochen), cf. Kuh, IT, 508; Werner, 356-357, Anmerk., 380-381 et surtout T.,

6057, 6088-6089 ; Bw., VIT, 144, 150, 168-170; N. Hebbeldok., 153 et 210; W., X, 278-283, 320-321, 451 453.

LES POÉSIES LYRIQUES DE 1848 A 1863. La

autrichiens une patience de philologues pour suivre avec complaisance les développements en question: Nous croyons nous-même devoir les passer sous silence et renvoyer au texte intégral le lecteur curieux d’arbitrer cette question. La quatrième et dernière partie enfin propose à l'Autriche moderne l'exemple de l’Athènes de Périclès et prophétise l’âge d’or qui réunira toutes les têtes de

héros, alors que, jusqu'ici, un siècle n’en comptait guère qu'une,

deux par miracle et parfois aucune; l’âge d’or où chaque triomphateur trouvera un poète capable de lui conférer l’éternité!. Détail remarquable : Hebbel réserve ici, contrairement à son habitude, la place d'honneur à la philosophie et termine ainsi sa vision :

Ein Alexander führt den Inderzug,

Ein Raphael erhascht das Bild im Flug,

Ein Phidias prüft für's Denkmal schon den Stein,

Ein Mozart stimmt mit Sternenklängen ein,

Ein Shakespeare lächelt über Alle hin,

ÜUnd offenbart des Erden-Räthsels Sinn,

Indess ein Kant noch tiefer niedersteigt

Und auf die Wurzel aller Welten zeigt ?.

Dans d’autres poésies, le point de départ personnel est plus direct, plus immédiat. Il en est ainsi de la pièce « humoristique » écrite à Gmunden le 1°’ août 1861 pour féliciter un ami, deux fois rescapé en deux jours consécutifs %. Il en est ainsi des trois élégies de ces dernières années. La première est dédiée der Prinzess Marie Wittgenstein et elle évoque, comme le sous-titre l'indique, le « souvenir d'une soirée » où Hebbel s'emplit les yeux et l’âme de l’image de la princesse tournant avec ferveur les pages à son cher maître Liszt, communion touchante de la fraîche beauté de la jeunesse et du sublime rayonnement d’un art immortel". Cette élégie se termine par une pointe épigrammatique : muse vivante pour le grand musicien, la princesse est pour le poète, depuis qu’il l’a vue, une Némésis aux traits charmants, doublement redoutable :

Die Schlangenhäuptige ertrüg” ich leicht,

Ich bin der Mann nicht, der sobald erbleicht, Du aber zwingst mir ein Errôthen ab,

Und dieses wird mich brennen bis in’s Grab.

On a spécifié qu'il ne saurait plus s'agir de la princesse dans la pièce intitulée auf ein sehr schônes junges Mädchen et composée à Vienne le 15 octobre 1862, alors que Marie Wittgenstein était déjà depuis trois ans princesse Hohenlohe ; mais, outre que la fantaisie du poète peut fort bien s'être reportée au passé (n'a-t-on pas rap-

1. Cf. les vers 121-124 et supra, 734 et n. 4. — 2. Cf. supra, 633-635.

3. VI, 417 : an Freund La Roche, nachdem er an zwert aufeinander folgenden Tagen der Gefuhr, im See zu ertrinken und im Bade erschlagen zu sverden entgangen war; Ed. Mautner. Carl La Roche. Vienne, 1873. L. Rosner, p. 55; cf. Anmerk., 379.

4. VI, 403 : auf dem Wege zwischen Weimar und Jena, 28 juin 1858 (Anmerk., 376); cf. Kuh, II, 432, Müller, 10 et 25; Bw., VI, 150, 158, 163, 202 et suiv. et supra, 607 et n. 5.

5. VI, 426; cf. T., 4145 (Vienne, 13 avril 1847) et supra, 590 : auf ein sehr schônes Mäadchen. ?

/, HEBHEL, 47

pelé le nom de la signorina Gagiati?); la complicité de l'état civil a fort bien pu seconder ici les intentions ésotériques de l’auteur !. À notre avis, l'important pour Hebbel était de donner une forme définitive à un moment de son émotion ?; et il y a si bien réussi qu'on a pu rapprocher de l’élégie de Gœthe à Ulrike von Levetzow les émouvants accords hebbéliens :

Wobhl lächelt mir Dein rother Mund, Wohl reizt mich Deine Huldgestalt,

Doch such’ ich nicht mit Dir den Bund, Denn Du bist jung und ich bin alt. ,

Mais c’est toute la pièce qu'il faudrait citer! La troisième élégie, composée quelques mois auparavant, semble bien se rapporter à Elise Lensing :

Was ist das für ein Frauenbild In dürftigem Gewand ?

Sie stützt ein Antlitz, krank und mild, Auf eine weisse Hand #.

Le second quatrain reprend un motif que nous connaissons déjà 5; -puis vient cette confession où l’on a voulu voir, à tort selon nous, une sorte d'aveu de remords : - | Ach jetzt versteh’ ich ihren Schmerz, Und er betrübt mich sehr :

Einst liebt’ ich Dich, Du armes Herz, Nun kannt ich Dich nicht mehr.

Que Hebbelse soit reproché à certaines heures d’avoir été dur pour Elise et de l'avoir méconnue, rien de plus vraisemblable, mais affirmer qu'il ait regretté le fait même de la rupture avec Elise et se soit senti malheureux auprès de Christine, c’est ce qui.ne nous paraît rien moins qu'évident 5. Du reste, à l'émotion d’origine toute morale qui pouvait projeter l'ombre de mélancolie sur l'âme du poète tout aussi bien que les répercussions tragiques d’un spectacle de beauté, le quatrain final ajoute ce correctif complexe : é Doch wer erkennt ein Blumenbeet, Das ihn im Lenz entzückt, Wenn zwischen Herbst und Winter spät Der Sturm die Stengel knickt 7!

À cette époque, nous le savons, la pensée de Hebbel se complait à de fréquents retours vers le passé. C’est ainsi qu’il compose pour sa fille à la Noël de 1858 le compliment que Titi récitera à sa mère, mais qui certainement devait rappeler au père les Noëls d'antan et L. Cf. Müller, 25; Werner, Anmerk., 382 et Bastier, 20-24: ce dernier critique suggère, outre les noms de la princesse Wittgenstein et de la Gagiati, l’hypothèse que Hebbel aurait voulu rendre hommage à la beauté de sa femme ou de sa fille; cf, sa conclusion, supra, 594 et n. 5. 2. Opposer par exemple le dernier quatrain et la date du mariage de la princesse Marie (cf. Bw., VI, 286 et suiv.) ne signifierait donc pas grand’chose, 3. Cf. Engelhard, 37.

k. VI, A8 : Was is! das für ein Frauenbild.…. Vienne, 11 février 1862: cf. Anmerk., 380; Engelhard, 35 et Bastier, 55.

5. Cf. supra, 476 : an ein junges Mädchen (NII, 187). — 6, Cf. Bastier, 55 et supra, 593-596, — 7. Cf. supra, 240 : auf'ein altes Mädchen.

éveiller en lui le sentiment profond que l'amour maternel est ce qu'il y a de plus sublime dans la vie!. Deux autres morceaux du même genre, trop insignifiants pour mériter les honneurs de l’analyse, se trouvent au recueil complémentaire de l'édition critique ?. Nous n'insisterons pas non plus, bien qu'elle n'y ait pas été rejetée, sur la pièce : meiner Tochter Christine in's Gebetbuch, zu ihrer Confirmation où reparaissent les métaphores botaniques et le symbolisme des couleurs pour lesquels nous avons signalé la prédilection du jeune Hebbel*. Mais arrêtons-nous à un beau poème évoquant de la façon la plus heureuse le souvenir d'un fidèle compagnon d'enfance : Schau ich in die tiefste Ferne Meiner Kinderzeit hinab,

Steigt mit Vater und mit Mutter Auch ein Hund aus seinem Grab #.

On a rapproché les pièces de même inspiration, Bubensonntag et aus der Kindheit que nous connaissons déjà et montré qu'Uhland a fourni le modèle du rythme de ces romaaces trochaïques ÿ. Cellecin’est, en tout cas, pas moins réussie que les précédentes et la sincérité de l'émotion, la lucidité de la vision, la limpidité de la forme suffisent à assurer assez large la part de l'originalité. C’est vraiment une résurrection qu'ici l'art opère : le chien aimé revit et gambade et s’ébroue, et, fixant sur son maître ses yeux bruns fidèles, semble l'inviter à marcher, afin de n'avoir qu’à le suivre. Et nous revoyons également la pauvre maison natale sans domestiques, la mère confiant au chien le soin de veiller sur le petit, les autres chiens des environs, le chat du voisin, le vieux puits. Jamais vers exprimèrent-ils de plus fraîches images :

Doch wenn ich dem altem Brunnen Spielend nahte hinterm Haus, Bellte er mit heller Stimme Meine Mutter gleich heraus.

Er erhielt von jedem Bissen :

Seinen Theil, den ich bekam, Und er war mir so ergeben, Dass er selbst die Kirschen nahm.

S'il y a dans ce dernier quatrain un accroc à la syntaxe, souhaiterions-nous que le poète eût, pour l’éviter, sacrifié la jolie trou-

1. VIT, 226 : Bei dem schônen Weihnachtsfeste, cf. Anmerk., k42, supra, 560 : des Lebens Hôüchstes et Scheunernt, DST 131 et suiv. : die Mutterliebe; cf. encore, supra, 608-609,

2. Cf. supra, 729 : Zum Geburtstag für Mama; puis VIT, 226 : manches Jahr bin ich gehommen (février 1859; cf. Anmerk., kk2) et NII, 448, l’épigramme : der lieber Mama von Titi (1862; cf. Anmerk., 448).

3. VI, 423; Vienne, Pâques 1862 : Dichterbuch aus Oesterreich, p. 238; cf. T., 5958 (Vienne, 1°° juin 1862), cf. supra, 95, 98, 102, etc.

h. NI, 408-410: la date est incertaine, l'éditeur critique (4nmerk., 377 et suiv.) conclut du rapprochement des vers 43-44 et de T., 5715 que la pièce ne fut en tout cas pas composée avant l'automne de 1859; cf. encore, W., VIIT, 394; Kub, I, 35, 130-131; Engelhard, 35; Scheunert, D. j. 1., 182; Tibal, p. 18-19; sapra, 17-18 et Gyges und sein Ring, v. 1785 et suiv. +

5. Cf. W. Wustmann (Grenzboten du 19 août 1909, p. 363); supra, 278 et suiv. (en particulier le vers 13 de Bubensonntag) et 476.

vaille? Il continue à nous décrire les deux amis, s’entendant comme.

Castor et Pollux, et à nous intéresser au destin tragique qui se prépare. N'y a-t-il pas le nœud d’un drame dans cette sentence :

Denn er hatte einen Fehler, Diesen, dass er wuchs wie ich.

et ne rappelle-t-elle pas la formule pantragiste « nur vom Athmen kommt sein Weh?! » Avec quel art la motivation n'est-elle point

développée dans les deux quatrains qui suivent! Les péripéties se succèdent alors, pathétiques et cependant vraisemblables, les détails

abondent, réalistes et pourtant toujours mesurés jusqu'au dénouement, qui laisse planer le plus émouvant mystère en suggérant deux hypothèses possibles, mais contradictoires. Le motif initial reparaît alors en finale et ferme le cercle où le poële a voulu nous enfermer avec lui pour nous émouvoir.

Après le chien ami de Wesselburen, c’est l’écureuil favori de Vienne que Hebbel nous présente dans la pièce : das Geheimniss der Schünheit?. Dans aucune des précédentes poésies traitant le même problème, il ne pousse plus loin le mysticisme et pourtant la pureté de l'impression poétique n’est cette fois point détruite, tant est grande ici la sincérité de l'inspiration, si parfaite la virtuo-

sité de la forme : en même temps que sont notés avec précision les faits et gestes de la gracieuse petite bête, on sent chez le poète une

conviction véritablement religieuse qui fait passer le symbole :

Du magst Dein Auge senken oder heben, Den Reigen führen oder ruh'n, So spiegelt sich das allgemeine Leben, Dir seibst Geheimniss, ab in Deinem Thun.

Du pflückst in einer kindlich-leichten Regung Dir Blüte oder Frucht vom Baum

Und weckst durch eine liebliche Bewegung In uns den.frühsten Paradieses-Traum.

Heil uns, dass Du in unbewusstem Walte® Wenn du auch selbst nur spielen willst, Durch Deiner Schônheit leuchtendes Entfalten

In ans das ewige Bedürfniss stillst 3.

Lorsque mourut ce même écureuil qui lui avait révélé « Le secret

de la beauté », Hebbel lui dédie ce quatrain en manière d'oraison funèbre :

Halt nicht zu fest, was Du gewannst, Und schlag’s Dir aus dem Sinn, Denn eh’ Du’s recht beweinen kannst,

Bist Du schon selbst dahin +.

1. Cf. T., 5717 et supra, 334 : Leben (NII, 178). — 2. VI, 404-405; Vienne, 2 juin 1859; cf. T., 5938; Bw., VI, 258 et supra, 620-621.

3. Il faudrait, pour admettre sans réserves les autres strophes, ajouter, il est vraï, à ce parti pris de tolérance une véritable indulgence au point de vue esthétique; sur la même pièce; cf. Bieder, 20-23; Müller, 26; Scheunert, D. ;.

H., 176-181; Werner, 356 et supra, 518, 520, 694 : die Schônheit, Schônheiïtsprobe,

die Schünheit der Welt, k. VI, 418; Vienne, 11 novembre 1861; cf. T., 5939.

LES POÉSIES LYRIQUES DE 1848 A 1863. . Ta

Cet amour profond du poète pour les animaux s'exprime de façon plus générale dans la pièce : auf das Thier où est présentée en termes éloquents la défense du « pauvre Caliban » et prononcé un réquisitoire énergique contre son maître ingrat qui s'ingénie à torturer celui auquel il doit tant!.

Un certain nombre de poésies sont de forme plus objective encore que ces dernières, et constituent une sorte de transition entre elles et les ballades de cette époque que nous examinerons en dernier lieu. Der Kirschenstrauss, composé à Vienne le 14 juin 1858, est un tableau de genre nous décrivant par le menu les aventures d’une fillette de quatre ans, portant des œufs et un rameau couvert de cerises et tiraillée entre la tentation présente de gourmandise et la crainte de briser in spe le gâteau dont elle transporte les éléments. Au moment le plus critique, la mère arrive à temps pour se faire la « dea ex machina » de cette petite tragi- comédie d’un réalisme amusant et sobre?. La rencontre au Prater d’une troupe de musiciens tziganes nous vaut une Jolie pièce qui peut rappeler die drei Zigeuner de Lenau et, de plus près encore, Husarenwerbung, mais qu’il faudrait reproduire intégralement pour en rendre l'originalité saisissante et le rythme endiablé#. Un lied des derniers mois montre les progrès du symbolisme de Hebbel en sobriété, en même temps que se développe sa virtuosité musicale : :

Wenn die Rosen ewig blühten, Die man nicht vom Stock gebrochen, Würden sich die Mädchen hüten, Wenn die Bursche nächtlich pochen.

É Aber;, da der Sturm vernichtet, Was die Finger übrig liessen, Fühlen sie sich nicht verpflichtet, Ihre Kammern zu verschliessen #.

On a pris comme exemple un autre lied : der letste Baum pour différencier la manière de Hebbel de celle de sôn maître Gœthe. Nous ne trouvons cependant pas qu'il y ait une bien notable différence de procédés, à comparer, par exemple, la célèbre élégie : an den Mond :

So wie die Sonne untergeht Giebts einen letzten Baum, Der, wie in Morgenflammen, steht < Am fernsten Himmelssaum 6.

Voilà l’élément impressioniste, motif initial correspondant, dans

1. VI, 411; Vienne, 25 avril 1860; cf. T., 5795, 5817 et Kulke, 26-29.

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