‹ HebbelChapitre 348 sur 425 · Cf. Patzak, 100-101 et supra · texte numérisé non relu

Cf. Patzak, 100-101 et supra

6. VI, 363 : Unfehlbar; Sous le portrait du poète par C. Geyer, Vienne, 5 mai 1853; cf. Sludien zur vgl. Literaturgeschichte, 1, 468 et Anmerkungen, 355; Schads Musenalmanach, 1853, p. 68; cf. encore Bvw., IV, 338 et Patzak, 90; Fries (44, n. 4) note, au premier vers, la tournure gœthéenne (W., I, 308, ligne 2 : « stell’er sich, wie er auch will »).

Cette épigramme seule suffirait à établir quelle distance, à cette époque encore, sépare Hebbel de l’amoraliste Nietzsche. Elle ne suffirait pas, par contre, à l’éloigner de Gæœthe plus que de Schiller, Gœthe n'ayant pas plus que Schiller entrepris une systématique « transvaluation de toutes les valeurs ». Entre l'impératif catégorique de Kant et de Schiller et le devoir défini par Gœthe « la tâche de chaque jour », la différence essentielle est celle-là même qui se retrouve dans l'esthétique des deux poètes : c’est une différence de méthode; l’un pose d'abord un principe abstrait, un pos: tulat absolu et en déduit les applications pratiques ; l’autre, préoccupé avant tout de réalisation organique, part du concret, de la vie, déclare qu'il s’en remettra à elle du soin d'élaborer la progression. Il arrive à Gœthe de formuler le même programme et l'inspiration d’une poésie comme das Gütiliche (« edel sei der Mensch, hülfreich und gut! ») ne diffère pas sensiblement de celle de l’épigramme hebbélienne. La vérité est qu’on peut mettre Gœthe, comme Hebbel, en contradiction avec lui-même : il y a un Gœthe moniste, hostile au christianisme, disciple des Grecs, de Winckelmann et de

Spinoza, et un Gœthe dualiste, nullement « au delà du bien et du

mal », et trahissant bien plutôt, dans sa pensée comme dans son langage, l'influence biblique que la pure hérédité classique, Le poème das Güttliche n’en est qu’un des plus saisissants exemples et 1782 n'est pas le seul moment de l’évolution du poète où il nous soit donné de surprendre, en quelque sorte sur le vif, le conflit qui se livrait dans son âme même entre les tendances dualistes et les aspirations monistes, l’atavisme chrétien et les affinités favorables au paganisme, le Germain et l’helléniste, le romantique et le classique. C’est seulement à considérer la totalité de sa carrière, de sa personnalité et de son œuvre qu'on est amené à conclure que son éthique se reproche, dans l’ensemble, davantage du xx1dc xiyahès des anciens que de l’éclectisme spiritualiste d’un Victor Cousin.

« Le Vrai, le Beau et le Bien », cette même trinité que nous rencontrons dans l’épigramme, témoigne donc, une fois de plus, qu'il y a dans les idées morales de notre poète des hésitations et des flottements du même genre que dans la pensée de Gœthe. Il nous reste, chez le disciple comme chez le maître, la garantie que, même alors qu'il semble s’écarter du monisme organiciste, qui est, au total, sa direction fondamentale, une sorte d’instinct l’y ramène. Son individualisme le sauvera des abstractions.

Mache so ganz dich zum Träger des Guten, des Wahren und Schônen.

Nous savons que dans cette maxime l’essentiel, aux yeux de Hebbel, c'est le « Träger » et que par lui seulement les trois vocables d'idéalisme exprimeront des réalités. C’est bien toujours, à peu de chose près, la définition gœthéenne du devoir, tâche de chaque Jour. - :

L'individualisme est si bien le point de vue véritable de Hebbel, à cette période encore, que, dès l’épigramme suivante, il le déclare plus expressément que jamais : il faut affirmer son moi tel qu’il est

etne pas chercher à le faire accepter en dissimulant. De tels compromis équivalent à un suicide, car qui se renie soi-même n'est plus qu’une ombre !, Et gardons-nous d'une misanthropie systématique : au lieu de mépriser l'humanité tout entière à cause des fripons qui s’y trouvent mêlés, celui qui ne sera pas lui-même un fripon se rappellera l’ «homo sum » du sage ?. Entre les épigrammes de 1848 der schlimmste Eqoist et hôchstes Kriterium der Bildung s'intercale l’ethischer Imperatio :

Deine Tugenden halte für allgemeine des Menschen, Deine Fehler jedoch für dein besonderes Theil à.

Suit encore Pietät, que nous connaissons, puis, rappelant Menschenbedenken, cette Devise für Kunst und Leben : lorsqu'on a compris la raison d'être des insectes parasites, on cesse de maudire la nature de les avoir créés et l’on continue à faire la guerre aux individus tout en admettant l'espèce “.

Les trois dernières épigrammes de ce groupe précisent ce que Hebbel entend par devoir et par loi; il ne saurait se contenter de la morale du code :

Freund, der himmlische Richter wird nimmer schon darum dich krôünen, Weil dich der ird’sche nicht hing! Also erweit’re den Kreisÿ.

C'est la distinction d’Antigone entre la loi « écrite », expression de la volonté collective et la loi « non écrite », protestation de la conscience individuelle. Le poète entrevoit du reste une forme idéale de contrat social où la loi formulerait, non point un minimum d'obligations imposé à tous, mais un maximum réalisé seulement par l'individu d'élite à ses meilleurs instants, proposé à l’émulation des autres hommes et soutenant le plus grand lui-même aux heures de défaillance. L’égalitarisme ainsi conçu est la plus féconde des tendances et s'oppose diamétralement aux néfastes propagandes de nivellement 5. Il semble, du reste, que le Bien et le Vrai soient,

1. VI, 363 : Selbstvernichtung in der Selbsterhaltung; Schads Musenalmanach, 1853, p. 71; cf. T., 4328 (Bw., IV, 97: Vienne, 11 décembre 1847) et 4819 (Vienne, 21 janvier 1851); cf. encore Patzak, 89; Tibal, 583 et supra, 346 et suiv. : an eine edle Liebende et 554 : Nalur und Mensch.

2. VI, 363 : auf einen Menschenfeind; Lloyd, 1851, p. 189: an einen Menschenfeind, Schads Musenalmanach, 1853, p. 67 ; cf. T., 3062 (Paris, 11 mars 1844) et 4806 (Vienne, janvier 1851); Patzak, 28, 91.

8.V1, 364 : Phonix, 1858, n°18: cf: T., 32281 (Paris, 29 août, 1844), 5843 (Vienne, 16 octobre 1860) et Michel Angelo, v. 647 et suiv.; cf. encore Patzak, 30, 90.

L. NI, 364: Vienne, 14 août 1848 (Bw., IV, 128: Wanderer, 7 mars 1851: Sehads Musenalmanach, 1853, p. 56; cf. encore T., 4298; Bw., VII, 75; Patzak,. 43; Scheunert : Pantrag., 32; D. 7. H., 176, 197. Ce n’est pas la première fois que Hebbel donne aux parasites droit de cité dans une épigramme : cf, supra, 585 et n. 9 : Menschenbedenken; Gœthe l'avait fait aussi (cf. sa 67° épigramme de Venise).

5. VI, 364 : Gesetz und Pflicht (cf. W., III, 487); Schads Musenalmanach, 1853, p. 67; T., 1124 (Munich, 1° mai 1838) et 3105 (Paris, 28 avril 1844). Pour les suivantes, cf. Anmerkungen, 358.

6. VI, 365 : das Gesetz, Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 64; cf. T., 168 (Heidelberg, # juillet 1836) et 4720 (Vienne, 6 septembre 1850),

720 HEPBEL (1848-1863).

aux yeux de Hebbel, une seule et même chose, et qu'il donne au. mot vérité un sens assez large pour embrasser à la fois son individualisme et son pantragisme:

Was du theurer bezahlst, die Lüge oder die Wahrheït? Jene kostet dein Ich, diesé doch hôchstens dein Glück 1. -

Ce moi qui, dans les cinq groupes précédents d'épigrammes, ne nous a été décrit que dans ses rapports avec le monde objectif des images ou les vérités générales qu'il tient à exprimer, sept épigrammes seulement y ajoutent, pendant la période qui nous occupe, quelques iraits personnels. Hebbel lui-même nous avertit par le titre? qu'il va s'engager dans le domaine « haïssable-» et que nous n’y trouverons plus seulement un « homme », mais un « auteur ».

La première pièce déjà nous entraîne en pleine polémique. Un méprisable détracteur de Michel Angelo s’attire une verte semonce. Peu nous importe que ce soit une attaque d’un certain J. L. Klein dans la Weserseitung qui l'ait provoquée. Mais nous nous intéressons aux détails et même à la forme du plaidoyer que tente Hebbel pour se défendre contre le reproche de ne pas couver ses œuvres dans la somnolence du cabinet de travail, entre quatre murs, mais de rechercher le grand souffle libre de la nature, comme des enfants le sein de leur mère ÿ. On sent, au ton et au mouvement, combien ce sujet de l'inspiration au grand air tient à cœur au poète :

Freund, das find’ ich doch grass #! Die Schuld zwar kann ich nicht läagnen: Ja, ich schweïife herum, ganz wie der alte Homer, È Mein ist das erste der Veilchen und mein die letzte der Astern,

Regen sogar und Sturm halten mich selten zu Haus!

Aber wo hôürtest du denn, dass Mauern und Wände den Dichtern

Je als Musen gedient, oder der Druckergesell ?

Niemals sassen sie noch gebückt vor hungrigen Bogen, Aufgekrempelt den Arm, wie es dem Weber gebührt!

Nein, sie lauschten den Wellen, sie horchten dem Brausen des Windes, Und ein Lilienblatt reichte als Täfelchen aus ÿ.

Hebbel se défend ensuite, dans un très adroit distique, du reproche de vanité que d’aucuns ne manquaient pas de lui adresser : sans doute il a pu être tenté mainte fois d'éprouver quelque présomption; ces velléités ont été comme autant de coups de vent effeuil-

1. VI, 365 : Lüge und Wahrheit; Wanderer, 16 mars 1851, Schads Musenalmanach, 1853, p. 52; Patzak, 15-16, 90; cf. T., 2126 (Hambourg, 13 septembre 1840) et encore T., 1075, 1304; Bw., I, 369 (supra, 181); cf. enfin supra, 719 : Selbstvernichtung in der Selbsterhaltung.

2, Persünliches.

3. VI, 365 : Auch einmal dem Wicht eine Antwort; Bw., IV, 221 (Vienne, 23 mai 1850); cf. encore Bw., IV, 136, 141; V, 250, 317; VI, 259-260: T., 5090: Kuh, II, 472; Patzak, 46, 83-84: Winterfeld (279) rapproche un passage de Gœthe cf. supra, 605, 637 et notes.

k. Môller (8) rapproche l’expression de Gœthe : « der Erde grasses Los ». (W., 3, 179, 4).

5. Pour les variantes du titre et de l’épigramme, cf. Anmerkungen, 359.

lant un laurier : l'unique feuille qui a résisté à tant de bourrasques

est assez solide pour ne pas se détacher au souffle malveillant de la critique : |

Nein, mir gebührt nur das Blatt, was sie ihm lassen, mit Recht1.

À ceux de ses adversaires qui lui objectent la trop grande sévérité morale de ses drames, Hebbel avoue volontiers qu’en effet elle est assez grande pour mettre en évidence combien les hommes sont déjà loin du jugement dernier, et, ironiquement, il bat sa coulpe?. Il regrette également de ne pouvoir donner uniquement ce qu'il y a de meïlleur en lui : on peut cueillir une pomme à l'arbre, mais non séparer la tête du tronc d’un homme: il faut donc prendre ce dernier tel qu'il est et dans sa totalité’. C’est ensuite cette prophétie, formulée après la rencontre à Hambourg, pendant l'été de 1850, de l'ami de jeunesse Wilhelm Hocker et que devait réaliser cruellement en 1860 la défection de Kuh et de Debrois :

Deine Freunde sind jung, es wird dir mit ihnen ergehen, Wie mit den Früchten dem Baum : reifen sie, fallen sie ab *!

Mais celui que le ciel a comblé gratuitement paie sa dette en donnant à son tour au nom du Seigneur, et sans se soucier de savoir s’il rencontrera de la reconnaissance, ou s’il sera payé de ses bienfaits par la plus noire ingratitudeÿ. Suivent cinq épigrammes que nous connaissons déjà : letter Wunsch, meine neuen Gedichte, zu hoher Preis, an die Gütter et conditio sine qua non. À cette dernière, remontant, nous nous le rappelons, à l’année 1843, le poète, dont les vœux sont exaucés, ajoute, à Vienne, le distique zwülf Jahre später cité plus haut et par lequel il clôt la série de ces confessions‘.

Trente-huit épigrammes « diverses » enrichissent la division suivante. Le poète l’ouvre en exprimant une très Juste pensée dans le plus faux des distiques :

1. VI, 366 : mein Lorbeer, Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanack, 1853;-p. 60: ci TL, 4318 (Vienne, 27 octobre 1847); -Bw., V, 142 (T., 5521; Vienne, 26 janvier 1854); cf. encore Patzak, 43, 48 et supra, 550 : der Lvrbeer in Ilalien, 556 : der Lorbeer um ein Menschenhaupt, 558 : Heroenschicksal.

2. VI, 366 : Selbstkritik meiner Dramen; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanack, 1853, p. 65; cf. Bw., IV, 105 (Vienne, 17 mai 1848) et encore Bw., IV, 141; T., 3613, toutes ces remarques à propos de Maria Magdalene; Patzak, 41, 46.

3. VI, 366 : Ablehnung, Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 60 et supra, 628, 634-637, 666.

&. NI, 366 : Prophezeiung; Lloyd, 1851, p. 189; Schads Musenalmanach, 1853, p. 67, cf. T., 4764, Patzak, 48 et supra, 613-614 et suiv.

5. VI, 366 : Dem Propheten zur Antwort; cf. le vers 4 et supra, 324 : « der Bettler sweint um seinen Sohn ».

6. VI, 368; cf. supra, 671 et n. 6; T., 5537 (31 décembre 1856) et encore T., 696, 4481, 4774, ligne 95, 5036; Bw., VII, 318; R. M. Werner, Lyrik und Lyriker, 215-216, 290; Monographie, 338-339; Bartels, 101-102; Patzak, 11; Scheunert, D. 7. I1., 68.

NEBBEL, 46

Unpartheïisch ist ein Freund wohl noch nie gewesen, Aber ungerecht wird er nicht selten aus Furcht !.

Suit une véritable dissertation ayant pour but de définir les droits et les limites du raisonnement dans l'élaboration du drame; alors que la musique elle-même repose sur des rapports numériques, on ne saurait interdire à la raison pure de jouer son rôle en dramaturgie, à la condition qu’elle se borne à poser les questions et ne prétende pas y répondre : le bon sens pourra ainsi stimuler l'imagination à ses moments de défaillance, il ne saurait en aucun cas suppléer au génie poétique ?. Le bouquet se fait, certes, bigarré à souhait, mais les fleurs rassemblées sont parfois trop insignifiantes pour qu'il y ait lieu d'insister. Après l'épigramme du recueil de 1848 sur Napoléon, nous passerons par exemple sur la mise en distiques d’une anecdote glanée dans Paracelse *. La suivante, par contre, mérite notre attention en tant qu'illustrant la tendance de Hebbel à dégager du moindre détail historique l’enseignement moral. Le poète relate ensuite un mot de Tieck sur Iffland qui, directeur du théâtre de Berlin, était enchanté.de tout son personnel, y compris le souffleur, alors que le seul acteur qui n'avait pas l’heur de lui plaire était, en réalité, le meilleur de tous. Sous-entendons l'attitude de Laube envers Christine’. Suit cette épigramme, témoignant de l’individualisme aristocratique de Hebbel, qui, pas plus en politique qu’en art, ne faisait cas du dogme majoritaire : Ninmmer in tausend Kôüpfen, der Genius wohnt nur in Einem, Und die unendliche Welt wurzelt zuletzt doch im Punet.

Nicht durch Stimmenmehrheit sind Himmel und Erde entstanden, ‘Nie auch ein grosses Gedicht oder ein ewiges Bild 6.

Du meilleur au pire, il y a différence de nature et non seulement de degré, de là les conséquences différentes d’une seule et même action : après le meurtre de César, Brutus se suicide tandis que Caïus commence une vie d'orgies ?. Qu'on ne se hâte pas d’accuser le génie d'égoïsme! L’épithète de « dévoreur d'hommes » que Hebbel lui-même se donne, ne la commente-t-il pas mélancoliquement, modestement, dans cette épigramme

1. VI, 368 : das Urtheil der Freunde; Schads Musenalmanach, 1853, p. 69; cf. T., 2612-2613 (Hambourg, 24 octobre 1842), 4801 (Vienne, 1° janvier 1851); Patzak, 91 et Fries, 44-45. ‘

2. VI, 368 : den Verstand in Ehren; cf. T., 4320 (Vienne, 27 octobre 1847); Patzak, 43; Tibal, 619 et surtout L. Weber (Kunstwart, zweites Märzheft 1913, D.-372). :

3. VI, 369 : Alchimist und Papst; cf. T., 5117 (Vienne, 5 mai 1853). — 4. VI, 369, Dareios; T., 5188 (Vienne, 4 octobre 1853): cf. für den Friedhof der evangelischen Gemeinde in Graz i. St., 1857, p. 78 (W., XII, 393 et Bw., V, 347).

5. VI, 369 : Gross und Klein; Schads Musenalmanach, 1853, p. 69; cf. T., 4931 (Berlin, juillet 1851); Anmerkungen, 362 et supra, 610-611.

6. VI, 369 : der Genius; Lloyd, 1851, p. 189; Schads Musenalmanach, 1853, p. 66; Patzak, 96; cf. T., 4792, 5013 (Vienne, 1° janvier et 25 décembre 1851), supra, 658 et n. 3, et encore 709 : das Genie und die Talente et 720 : die Regel.

7. NI, 369 : Verschiedene Consequenzen; Wanderer, 16 mars 1851; Schads de 1853, p. 51; cf. T., 4718 (Vienne, 6 septembre 1850) et

atzak, 47,

Freilich ist es gefrässig, das Feuer, doch sollst du’s nicht schelten, Denn es ist übel gestellt : tüdtet’s nicht selber, so stirbt’s 1?

Suit frommer Spruch que nous avons vu dans le recueil précédent, mais que le poète recopia dans son journal, le 29 novembre 1858, à l’occasion de la mort d'Amalia Schoppe?. A ces deux distiques pessimistes s'ajoutent trois impressions de scepticisme et de désenchantement : rien de plus simple qu’un parjure; celui qui prête serment, pour duper celui qui le reçoit, n'a qu'à se promettre de tromper Dieu du même coup; en amitié, le pluriel est facile, mais il exclut le singulier‘; quant aux relations ordinaires, si l’on veut suivre le conseil des gens « pratiques », on réglera sa montre au clocher et non sur le soleil 5. Puis, quatre épigrammes du recueil de 1848. Au distique ein Napoleonischer Senator im Pantheon, le dernier numéro du groupe, fait pendant eine rômische Courtisane und die Poliseif. On a rapproché des vier Jahreszeiten de Gœthe l’'épigramme suivante, auf eine Belladonna; le poète apostrophe la fleur vénéneuse et lui déclare qu'il la laisse fleurir parce que les ronces montent la garde autour d'elle et tiendront à l'écart l'enfant que, pourraient attirer son ombelle et ses baies’. À quatre autres épigrammes des Neue Gedichte succèdent quatre distiques de date plus récente et sans grande originalité, où le poète caractérise les gestes à double sens d’un courtisan, la prétention du tailleur de César, craignant après l'assassinat de l'empereur pour sa propre sécurité, la valeur de sa courte vie comparée à celle de son portrait par Rabhl, la surprise de prendre pour un flambeau, au fond d’une grotte, le soleil de Dieu. Un peu plus loin, entre Ahnenstolz der Vôlker, d'une part, et, de l’autre, an einen Jüngling, Vergeblicher Wunsch et Originalität, toutes épigrammes du précédent recueil, un gracieux madrigal à l'adresse de Christine*. Deux distiques sur

8 8 : ve :

les acteurs allemands trahissent l'intérêt que Hebbel porte à la

1. VI, 370 : das l'euer; Wanderer, 16 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 53; cf. Judith, W., I, p. 46, ligne 6 et suiv.; T., 3404 (Rome, 21 février 1845) ; Patzak, 36 et supra, 614 et n. 8.

2, Cf. supra, 575 et n.-3. — 3. VI, 370 : ein Eid und seine Auslegung; cf: T., 812 (Munich, 14 juillet 1837); 2419 (Hambourg, 2 janvier 1842); 5474 (Gmunden, 4 juillet 1856); Merodes und Mariamne, W., If, p. 221, v. 479 et suiv., et p. 431 la note concernant les vers 465-168.

4, NI, 370 : l'atale Consequenz; T., 3363, 3382 (Rome, 21 février 1845); cf. T., 4045 (Vienne, 10 mars 1847); Phônix, 1853, n° 8 et Patzak, 36, 91.

5. VI, 370 : der Praktiker spricht; T., 2815 (Paris, 6-9 novembre 1843); cf. Patzak, 25.

6. VI, 371; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 59; Fries (45) blâme la chute du pentamètre,

7. VI, 371; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 57; cf. Moloch, W., V, 234, v. 677 et suiv,; cf. supra, 488 : Dicker Wald, 576 : ein Garten et Fries, 44.

8. VI, 372 : Ausrede; Schads Musenalmanach, 1853, p. 70; cf. T., 4962, 4964 : Vienne, 21 octobre et 1° novembre 1851 — VI, 372 : Cäsar und sein Schneider, NI, 373 : unter mein Bild vor Rall; Wanderer, 7 mars 1851: Schads Musenalmanach, 1853, p. 65; cf. T., 3728 (Vienne, 3 octobre 1846); Patzak, #1, Kulke, 103 et Anmerkungen, 367 — NI, 373 : die Hôühle:; Schads Musenalmanach, 1853 ; T., 4854 (Vienne, 2 mai 1851).

9. VI, 373 : Christine auf dem Ball; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musen-

corporation dont fait partie sa femme !. Les deux épigrammes suivantes montrent dans toute sa délicatesse l'amour du poète pour les fleurs, les violettes, ses favorites. si humbles et si fragiles ?, et le modeste réséda au doux parfum duquel on s’habitue si vite qu'en quelques minutes on ne le sent plus. « Pourquoi, ajoute le Grübler, en va-t-il ainsi pour nous de ce monde”? » Deux petits événements de sa vie quotidienne nous sont ensuite narrés ; le premier illustre ce lieu commun que rien ne nous fait plus vite compatir aux maux d'autrui que la moindre menace pour nous-mêmes ‘; l'autre nous montre Hebbel en promenade, portant dans ses bras sa petite Titi; tandis que le père salue le soleil qui va disparaître à l'horizon, l'enfant envoie vers l'or du couchant le plus passionné des baisers. Une épigramme des Neue Gedichte, Text und Commentar, interrompt alors la série des récentes. Elle reprend par l'évocation d'un arbre tout fleuri qui, vu de loin, semble un bouquet magique à la gloire du printemps f. Des impressions de ce genre nous sont précieuses surtout comme gages poétiques de l'amour toujours vif de Hebbel pour la nature. Suit une dissertation en cinq distiques, rappelant l'arme terrible dont disposent les poètes pour se venger; l'exemple de Lessing et de Gœthe démontre comment un adversaire peut être muré en quelque sorte vivant dans une œuvre immortelle : et quel sentiment de revanche dans cette déclaration :

Denn wir sperren nur ein, aber wir lassen nicht aus‘! D.

C'est ensuite en pleine métaphysique que nous transporte das Urgeheimniss : la genèse de la douleur est la même que celle de la vie; le procès d'individuation explique tout : de même que, séparé du corps, le doigt éprouve douloureusement son autonomie, n'est-il pas à craindre que l’homme ne soit qu’ « une douleur en Dieu‘? »

almanach, 1853, p. 6%, cf. T., 3553 (Vienne, 26 mai 1846); Bw., IV, 338; Patzak, 41 et Fries, 44. Ce dernier critique rapproche les vier Jahreszeiten de Gœthe (8° distique).

1. VI, 374 : der deutsche Mime; Lloyd, 1851, p. 189 : der Mime in Deutschland; Schads Musenalmanach, 1833, p. 66; cf. T., 4682 (Vienne, 13 février 1856) et Patzak, 47; VI, 374 : Schauspieler-Kritik; cf. T., 4689 (Vienne; 13 février 1850).

2. VI, 374 : die Veilchen; cf. supra, 272 : der Sonnenjüngling; 317 : an ein weinendes Kind: 707 : Schôn und lieblich; W., IV, 72 : Nibelungen, vale et suiv.; cf. encore T., 5428 (Vienne, 15 avril 1856); Kulke, 25-26: Patzak, 84; Fries (44) rapproche le 4° distique des vier Jahreszeiten de Gœthe.

3. VI, 374 : Im Grossen wie im Kleinen; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p.62; cf. T., 4458 (Vienne, 27 septembre 1848) et Patzak, 46, 85. Fries (44) rapproche la 3° épigramme des vier Jahreszeiten.

h. NI, 375 : Ich und der Blinde; Wanderer, 16 mars 1851: Sckads Musenalmanach, 1853, p. 52.

5. VI, 375 : die Sonne und mein Kind, Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 61; cf. Scheunert, D. 7. I1., 149-150, note.

6. VI, 375 : 7m Frühling; Wanderer, 7 mars 1851; Sckads Musenalmanach, 1853, p. 63; cf. T., 4596-4597 (Vienne, 19 mai 1849) et supra, 576 : ein Garten; Patzak, 46, 84 et Fries, 44 : cf. le même titre dans Mürike (Morgenblatt, 1898, n° 171). — 7. VI, 375-376 : Warnung: Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 65; cf.T., 5392 (Vienne, 27 août 1855); Bw., V, 286 ct Heine, la fin du poème : Deutschland, ein Wintermärchen.

8. VI, 376; Phünix, 1853, n° 8; cf. T., 4019° (Vienne, 10 mars 1847) et An mer-

Puis, c'est Shakespeares Testament où l'on a voulu voir un document de l’ésotérisme de Hebbel :

. Titus Andronikus war sein Anfang und Timon sein Ende, Und ein dunkleres Wort spricht die Geschichte nicht aus.

In der Mitte zwar prangt die schünste der Welten, doch ringelt Sich die Schlange der Nacht um sie herum, als ihr Band 1.

Qui ne reconnaîtrait, dans le dernier distique, un écho des études de mythologie germanique commencées dès Wesselburen? et qui aboutiront aux MNibelungen? Dans les deux épigrammes suivantes le poète emprunte à la zoologie les éléments de ses démonstrations symboliques : le jardinier épargnerait volontiers l’inoffensif papillon, tandis qu'il est forcé de tuer la chenille d'où sortirait le papillon mais qui, en attendant, détruirait l'arbre nourricier; il est clair que nous devons entendre par là que le Beau doit être parfois sacrifié à l’'Utile*, puis ce sont les roulades émouvantes d’un rossignol, interrompues parce que le chanteur s’est trop pressé d’arracher une feuille de laurier et la retient convulsivement dans son bec. On peut, cette fois, douter de la réalité de l’image, mais il s’agit avant tout, par cet étrange apologue, de nous suggérer l’idée de l'artiste qui, trop préoccupé de sa gloire, en oublie son œuvre‘. Trois gracieux distiques se succèdent ensuite, l’un notant que la maladie elle-même peut avoir de bienfaisants effets, l’autre comparant le regard au feu grégeois qui continue à brûler jusque dans l’eau, le troisième, nous présentant un mendiant récompensé d’avoir remercié le poète sans connaître le montant de j’aumône. Deux épigrammes complètent ce groupe sentimental : eine Sängerin évoque les chants les plus doux, ceux de la mère berçant l'enfant au berceau‘; un petit oiseau trouvé mort au bord du chemin et prestement et pieusement enterré par le poète, auquel il ne doit pas rappeler l'épouvante suprême après avoir évoqué toujours pour lui la plus charmante vision’. C’est ensuite : Adam und der

kungen, 370; cf. encore T., 3938, 3988; Patzak, 42, 95 et Scheunert, D. j. 11. 187 et n. 2; Fries (48, n. 1) rapproche le vocatif « mein Freund » des épigrammes Jedermann ins Album et der Practiker spricht (supra, 706 et 723) et il développe à ce propos un parallèle ayec Schiller; le même critique (op. cit., 57, n. 2) établit aussi un rapprochement avec Hegel.

1. VI, 370; Phünixæ, 1853, n° 8; cf. Bastier, 43 et supra, 593-595, 639 et n. 6. — 2, Cf. supra, 28 et n. 5.

3. VI, 376 : Raupe und Schmetterling; Europa, 1849, IT, 383 Politische Epigramme sous le titre de Gärtnerweisheit; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 57.

k. NI, 376-377 : Die Nachtigall; Aurora-Album, Vienne, 1856, p. 4 sans titre. Hebbel vise ici son rival Geibel (cf. Anmerkungen, 370 et supra, 713 et n. 2); cf. aussi Patzak, 83; Fries (44; note encore l'influence gœthéenne (cf. supra, 723, n. 9). ; À

5. VI, 377 : die Krankheit; Wanderer, 16 mars 1851, Schads Musenalmanack, 1853, p. 52; cf. T., 3650 (Vienne, été 1846), 4354 (Vienne, 18 janvier 1848) et Patzak, 46, 89; — VII, 377 : das griechische l'euer; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 62.

6. VI, 377; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1823, p. 61; cf. supra, 272 : Nachtgefühl; 276 : Stillstes Leben; 308 : Leben und Traum. Cf. Môrike : an meine Mutter, Gedichte, von 1838, p. 126.

7. NI, 377 : als ich einen todten Vogel fand; Europa, 1849, II, 388 : Unpoli-

Fruchikern, montrant que la nature arrive à ses fins par les voies les plus détournées : le premier homme, dans un mouvement de colère, enfonce un noyau dans le sol et apprend ainsi à planter un arbre. L’apologue est plus concentré encore dans le distique suivant où nous est présenté un naufragé offrant à son sauveteur de payer le prix de la planche qu'il lui a tendue *. Et la série des épigrammes diverses se termine par cette prophétie :

Ihre Kônige kennen die Vülker der Erde : sie rollen

Stolz in Carossen daher, Trommeln und Fahnen voran;

Aber sie haben zugleich auch einen verborgenen Kaiser, Welcher am Brunnen vielleicht selber das Wasser sich schüpft, Und, sei dieser ein Künstler, ein Denker oder ein Weiser,

Eh’ das Jahrhundert vergeht, trägt er die Krone allein à.

Parmi les épigrammes « rimées », six ne figurent ni parmi les Gedichte, ni parmi les neue Gedichte. C’est d’abord, suivant immédiatement Parabel, du recueil de 1848, une pièce intitulée die tragische Kunst; c'est un des pires échantillons de poésie didactique qu'ait écrits Hebbel; il s’y évertue en vingt-quatre vers à nous démontrer que la tragédie doit arriver à nous plaire tout en nous présentant des spectacles de douleur et de mort‘. Suit un autre morceau d'art poétique que nous connaissons déjà”. Plus supportable est la pièce satirique : ein Reiseabentheuer in Deutschland où nous est narrée, avec assez de verve, l’histoire d’un chapeau que le vent promène dans une douzaine d'Etats allemands et que, malgré tout autant de passeports, son propriétaire ne peut recouvrer :

Ich kaufte mir einen andern Hut,, Der Meister aber erwählte

Den Wiener Congress zum Schutzpatron, Als ich mein Schicksal erzählte 6.

Non moins réussi, le très simple et gracieux madrigal en trois quatrains auf eine Sängerin'. Par contre, les Sprüche nous paraissent

disthe Epigramme; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 61; cf. Lyrik und Lyriker, 381-382, Patzak, 83; Môrike, auf den Tod eines Vogels (1845); Morgenblatt, 1846, n° 288 et supra, 694-695 et n. 4.

1. VI, 378; Wanderer, 16 mars 1851; Sckads Musenalmanach, 1853, p. 53; cf. T., 729 (Munich, printemps de 1837), 1727 (Hambourg, 19 octobre 1839); cf. supra, 341 : Adams Opfer, Eyrik und Lyriker, 421 et suiv. et Tibal, 450.

2. VI, 378 : Ausgleichung; Thalia für 1849, p. 344 : ein edles Gemüth; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 58; T., 1921 (Hambourg entre le 17 février et le 2 mars 1840).

3. VI, 378 : der werborgene Kaiser, cf. T., 2870, p. 308 et suiv. (Paris, 20 novembre 1843) et 4842 (Vienne, 1* mars 1851); cf. Fries, 34 et supra, 696 et n. 4.

L, VI, 379-380; Vienne, 12 février 1850; Wanderer, 23 juin 1850, n° 294; cf. Bw., IV, 203 et Anmerkungen, 372.

5. VI, 380 : die poetische Licenz, cf. supra, 579. — 6. VI, 381-382; Wanderer, 2 août 1850 et Bw., VI, 3, pour les variantes: cf. Anmerkungen, 372-373.

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