‹ HebbelChapitre 351 sur 425 · Cf. supra, 724, l’épigramme : im Frühling · texte numérisé non relu

Cf. supra, 724, l’épigramme : im Frühling

l'élégie, à l'observation émue de l’astre des nuits. Puis c’est chez les deux poètes le travail de réflexion et de rêverie qui prolonge et intensifie l'émotion : à l'admirable méditation gœthéenne, si riche d'harmonies profondes, on ne saurait, il est vrai, égaler le second quatrain de la pièce de Hebbel, où sont amenées bien plus brusquement les résonances, mais ces résonances sont les mêmes et l'on croit entendre jusque dans les rimes le finale : Was, von Menschen nicht gewusst Oder nicht bedacht, Durch das Labyrinth der Brust Wandelt in der Nacht.

à lire à voix haute la fin du lied hebbélien :

Es ist ein Baum und weiter Nichts, Doch denkt man in der Nacht

Des letzten wunderbaren Lichts, So wird auch sein gedacht.

Auf gleiche Weise denk ich Dein, Nun mich die Jugend lässt, Du hältst mir ihren letzteñ Schein Für alle Zeiten fest.

« Grübler », Gœthe et Hebbel, le sont tous deux ici, et la contemplation d’un paysage a éveillé dans leur âme d’identiques accords sur la fuite rapide du temps, le parallélisme mystérieux entre l’âme et les choses, la douceur mélancolique d'une lumière et le prix inestimable d’une apaisante amitié. Ce n'est donc point dans des antithèses systématiques qu'il faut chercher à établir les différences entre les deux poètes; mieux vaut, nous semble-t-il, s’efforcer de discerner la continuité du maître au disciple et les occasions n'en seront que plus fréquentes de reconnaître non dans la nature mais dans le degré de maîtrise la véritable distance qui en dernière analyse les sépare.

Dans deux autres lieds des dernières années, le décor est encore un arbre, mais nous l’y voyons concrétisé, individualisé et c’est le ülleul, l'arbre allemand et lyrique par excellence. Jamais le chant de Hebbel ne se fit plus doux, plus voluptueusement musical que dans ce délicieux Vorüber que nous ne pouvons résister au plaisir de citer :

Ich legte mich unter den Lindenbaum, In dem die Nachtigall schlug,

Sie sang mich in den süssesten Traum, Der währte auch lange genug.

Denn, nun ich erwache, nun ist sie fort, Und welk bedeckt mich das Laub,

Doch leider noch nicht, wie am dunklern Ort, Verglühte Asche der Staub1.

I se peut que cette chanson ne soit qu'une variation sur le thème del immortel Lindenbaum de Wilhelm Müller; mais alors combien brillante! et en voici une autre :

1. VI, 417; Bodenbach, 10 octobre 1861: cf. Bw., VII, 71-72; 294: Orion, Monatsschrilt für Lileratur und Kunst, hg. von Adolf Strodtmann, Hamburg, 1863, I, 2, p. 84; Anmerk., 379-380; Engelhard, 35.

Ich schritt vorbei an manchem Baum Im Spiel der Morgenwinde,

Ich schwankte hin in wachem Traum Und sah nicht, wie der Blinde.

Doch plôtzlich fuhr ich auf im Traum Und rief : « O Gott, wie linde! »

Ich fand mich unterm Lindenbaum, M Er hauchte Duftim Winde.

Ich aber sprach : « du süsser Baum, Dich grüsst wohl auch der Blinde,

Der deinen Namen selbst im Traum Noch nie gehôrt, als Lindet.

Ne suffit-il pas de les lire pour sentir qu'il y a dans ces lieds autre chose que virtuosité, et qu'ils émanent des harmonies intérieures d’une âme toute baignée du flot montant de l’apaisement??

Si à ces chefs-d'œuvre nous ajoutons le groupe des poésies narratives de 1857 à 1863, nous allons achever de nous convaincre que l’ensemble des productions des dernières années est loin d’être quantité négligeable dans le lyrisme de Hebbel.

Le bilan du 31 décembre 1857 mentionne, nous nous le rappelons, « cinq ballades du meilleur aloi* ». La première, intitulée der Zauberhain* a pu être comparée au Harald d'Uhland, mais avec la remarque expresse que la pièce hebbélienne est plus dramatique, plus vivante, et d’une psychologie plus profonde. La symétrie formelle en est parfaite : dix quatrains logiquement groupés deux à deux de facon à former cinq actes et à manifester dans chacun d’eux l’antagonisme entre les injonctions du destin et l’impérieuse volonté de l'individu. Le héros nous est d’abord présenté, et, rapidement, dédaignant l’avertissement de la voix mystérieuse, il entre dans le bois enchanté :

Pflücke nicht die schwarzen Rosen, Die um jeden Stamm sich ranken,

Wenn sie auch noch heiss’re Düfte, Als die rothen, in sich tranken !

Doch, er hat sich gleich die erste, Die er schwanken sah, gebrochen,

1. VI. 434, Linde, Gmunden, 27 juin 1863; cf. T., 6175 : « Buchstäblich erlebt, als ich um halb zehn in’s Bad ging, gemacht während des Bades; niedergeschrieben, wie ich wieder zu Hause kam »; cf. Moloch, W., V, p. 254, v. 25 et suiv, et la note, p. 381; pour les variantes, dont un vers semble un écho du Wanderlied d'Uhland, £inkehr, cf. Anmerkungen, 383.

2. Cf. Kub, II, 517-519; Môller, 19 et supra, 276 : Séillstes Leben.

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