‹ HebbelChapitre 52 sur 425 · Cf. D. j. H · texte numérisé non relu

Cf. D. j. H

90 e HEBBEL (1813-1835).

monieux et parfait. Hebbel ne paraît pas s'être soucié beaucoup de réduire à l'unité des conceptions analogues : c'est ainsi que certaines pièces comme an einen Verkannten laissent supposer une période de bienheureux repos entre le « premier » et le « second jour ! », tandis que d'autres, comme l’Ælegie?, nous montrent le passage immédiat de l'existence terrestre à la félicité céleste. Nous rencontrerons plus tard d’autres divergences ?. N’insistons pas sur les métaphores et contentons-nous de noter le retour à l'inspiration biblique. Quant au mètre, nous l'avons déjà rencontré, c'est celui du quatrième fragment et de la pièce die Freundschaft où, si le nombre des temps forts n'est pas fixe, du moins le rythme ne change pas de nature #.

Au total, une production de ce genre ne se disüngue guère des pires élucubrations du début. Ne nous hâtons cependant pas trop de conclure à un recul. La même année 1832 va nous apporter d’agréables surprises et élargir encore le cercle de l'inspiration lyrique de Hebbel.

Précoce et complexe comme il l'était, la satire vint chez lui de bonne heure corriger l'élégie, et l'humour nuancer les effusions sentimentales. [l baptise son terre-neuve du nom de l’auteur du sentimental journey et signe ensuite ses poésies et ses aphorismes du pseudonyme : « Yorik — Sterne — Monarch ». Et ce n’est pas seulement Sterne qu'il goûtait et admirait, mais K. W. Contessa ‘ avec son Zodesengel, Zschokke‘ avec son Abällino, Vulpius avee son « Rinaldo Rinaldini » rivalisaient avec les Räuber dans l’âme du poète à la veille d'écrire sa Räuberbraut*. Et, bien avant cette nouvelle, Hebbel avait- écrit, en 1530, une fantaisie en prose Holion, Nachtgemälde* qui doit retenir tout particulièrement notre attention. C’est le récit d'un rêve extravagant qui se termine par un dénouement prosaïque. Le ton en est exalté et déclamatoire; le sujet, un des nombreux échos des Night Thoughts de Young : le vide et l’inanité de toutes choses, Qu'est la vie humaine? Une danse

1. VIL, 40-42; cf. supra 70,.Rosa, VII, 32, v. 104: cf. supra, 58. — 2. VII, 23 (v. 5-24), cf. supra 42; Laura, VIT, 20 et 21; cf. supra, 47. — 3. Cf. Scheunert, D. 7. H., 202 et 203. — 4. Cf. supra, 50 et 62; cf. Schiller, die Worte. des Glaubens, die Worte des Wahns.

5. Cf. W., IX, 8 et suiv., cf. supra, 72 an die Packknechte, NII, 62. À propos de ce pseudonyme, les indications de Kuh, I, 85, 86 sont précisées et complétées par Neumann, 17, qui indique que Hebbel signail ses productions tout. d’abord G. F. Hebbel (Christian, Friedrich Hebbel) et réservait le pseudonyme aux pièces de polémique, à cause de leur contenu « mordant »., Jamais dans le Bote il ne signa K. F. Hebhel, et cette forme n'apparaît que plus tard dans les Modeblütter. L'auteur maintint la faute d'orthographe par caprice, peut-être aussi, dit Neumann, pour imiter en cela son original favori, le poète E. T. 4. Hoffmann (À — Amadeus provenant d’une faute d'impression dans l’un des premiers manuscrits, le fantasque auteur se serait, au dire de son biographe, approprié dès ce jour le nom d’Amadeus, Hebbel aurait lu cette biographie de H. J. T. Hitzig publiée en 1823). Cf. encore Bornstein, I, 351.

6. CE. W., VILLE, 390 I. 62. — 7. Sur Abällino, der grosse Bandit (1794); cf. T., 6178. — 8. Nouvelle écrite en 1832, publiée en 1833. W., VII, 16: ce Bornstein, 364. — 9. W., VIIL, 3-6; publié le 11 novembre 1830 dans le Pote cf, Neumann, 25 et Bornstein, I, 343, ;

de quelques secondes. Le genre humain? Sorti du néant, luttant avec lui, pour s’y anéantir encore. N'oublions pas que Hebbel avait lu Don Quichotte au chevet de son père mourant!. Mais il n'est pas démontré? qu'il n'ait pas puisé cette philosophie pessimiste dans les œuvres de Jean Paul telles que die unsichtbare Loge, ou Hesperus ou dans le William Lowell de Tieck. Ce qui, en tout cas, est certain, c’est que /Æolion est tout à fait dans la manière de Hoffmann * et que Hebbel à Wesselburen faisait ses délices des

Elixiere des Teufels*. Il a eu, nous l'avons vu, dès ses premières

années, des crises de mélancolie et jusqu’à des pensées de suicide. Mais, étant donné son caractère opiniâtre et énergique, il convient de voir dans sa nouvelle surtout un exercice d'imitation plus ou moins consciente: Hoffmann, voilà dès cette époque une de ses sources essentielles. Son journal 5 rappellera douze ans plus tard, combien il l’aimait dans sa jeunesse et combien il lui resta fidèle, tandis que de nombreux pères nourriciers avaient été définitivement abandonnés par lui. Il est certain qu'au nombre de ceux-là figure en première ligne Schiller °. 4 f Mais, à défaut du journal, les œuvres elles-mêmes témoigneraient de la prédilection de Hebbel pour Hoffmann et non seulement le Nachtgemälde, la première nouvelle : der MalerT et le conte : die einsamen Kinder”, mais les poésies lyriques. Hoffmann a été un de ses parrains littéraires : il fit contrepoids au sentimentalisme éthéré de Klopstock et à la rhétorique moralisante de Schiller par le caractère plastique et, en un sens, réaliste, de ses analyses dont l’excentricité ne le cédait du reste en rien à celle des élégiaques. Il était fait pour plaire à Hebbel à la fois par les anomalies de son imagination extravagante et sombre et par les qualités concrètes de son style. L’Zgnaz Denner n’agit guère qu'à l'instar des Räuber et, plus particulièrement, ainsi que les autres ouvrages indiqués plus haut, sur la Räuberbraut. Maïs les Ælixiere des Teufels furent un de ses livres de chevet et lui firent éprouver cette « volupté du frisson » à laquelle il était prédisposé et c’est chez Hoffmann, en particulier dans ses Serapionsbrüder, qu'il faut chercher l’origine de nombre de ses idées esthétiques pendant les dernières années de son séjour à Wésselburen : le microcosme n’est qu'une parcelle du macrocosme; l’homme et la nature ne font qu'un, mais l’homme est au sommet de la nature, l'artiste au sommet de l'humanité; lui seul pénètre le secret de la création et exerce ainsi la plus haute et la plus noble

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