‹ Hector Berlioz (1803-1869) Son œuvreChapitre 4 sur 9 · HECTOR BERLIOZ M · texte numérisé non relu

HECTOR BERLIOZ M

« Ont le secret de vos terreurs « Entendez-vous sa voix qui tonne :

Pour que là-haut ma vengeance pardonne, « Oubliez vos propres fureurs! »

Cette apostrophe véhémente et grandiose trouble les ennemis; pourtant, leur haine est trop vivace pour céder si vite :

« Mais notre sang rougit leur glaive ! «". — Le nôtre aussi contre eux s'élève ! »

Et, de reproche en reproche, leur colère s'allume de nouveau, les insultes et les défis recommencent; déjà l'on entend dans l'orchestre la phrase mordante de l'ouverture, qui sonne comme un bruit d'épées.

« Silence, malheureux! Pouvez-vous sans remords « Devant un tel amour étaler tant de haine ! »

interrompt le père Laurence d'une voix éclatante; son zèle s'enflamme, et il adresse à Dieu une prière ardente et sublime pour l'apaisement de tous ces cœurs irrités. Sa foi, son enthousiasme d'apôtre sont exaucés, car les majestueux accents de son indignation, l'autorité de ses commandements ont su

dompter l'âme fière des Capulets et des Montagus. Ils reprennent tous, alors, dans un ensemble d'une grandeur sans égale, le serment « d'amitié fraternelle » qu'il leur a proposé.

Cette sèche analyse d'une des pages les plus grandioses de la musique moderne, de ce final conçu dans des proportions colossales et pourtant si riche de nuances, si varié d'accents, forme avec. le mouvement passionné de l'œuvre la plus mesquine antithèse. Aussi, j'ai presque regret de mon entreprise; j'eusse mieux fait, peut-être, de ne pas indiquer les beautés de cette immense scène, n'ayant ni assez de temps ni assez de force pour les rendre. Ce dont je n'ai rien dit et qu'en effet je ne pourrais jamais exprimer sans entrer dans des détails infinis, c;est le rôle qu'y joue l'orchestre, ses tendresses, ses colères, ses élans, sa puissance et sa majesté. Je m'arrête, en ayant trop dit, peutêtre, et triste d'en avoir dit si peu. — Une époque qui laisse passer inaperçues de telles œuvres...' quelle honte!

ni

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