‹ Hector Berlioz et la société de son tempsChapitre 27 sur 28 · I«IP^»*^<I · texte numérisé non relu

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NOTKS, REFERE^inCES ET DOCUMENTS 359

lobre 1886). La Côte Saint- André (28 septembre 1890) et Grenoble (15 août 1903). Le livre de M. Ad. Jullien conlient. en plusieurs endroits, des souvenirs et confidences de l'auteur de Siguj'd sui son illustre ami. Nous-méme en avons recueillis quelques-uns.

C. S.\i.nt-Saens. — Page 237, lignel2, à 238, ligne 2. Let. à Lis., n, 25; — Corresp, inécL, p. 294; — Let. int., 291, 305 : — Lettres de Berlioz à M»» Viardot (inédites). Cf. Le chapitre consacré à Berlioz clans les Souvenirs et portraits de M. Saint-SaOns. et le discours de ce dernier à Tinauguration du Musée Berlioz à la Cote Saint- André, le 23 août 1903.

GumAun. — Page 2*38, lignes 3-9. Corresp. inéd.y p. 222.

BizET. — Page 238, lignes 10-18. Articles mentionnés, et Les Mus. et la Mus., 343.

Page 238, lignes 19-29. MM. Massenet, Paladilhe, Bourgault- Ducoudray, Maréchal, ont bien voulu me faire part de quelquesuns de leurs souvenirs. Voir, pour plus amples détails, les biographies de M. Paladilhe (épisode du concours de Borne), un article de M. Bourgault-Ducoudray dans le Conseiller des dames (!•' février 1886), et les discours prononcés par MM. Massenet et Maréchal aux diverses cérémonies du centenaire de Berlioz, l'un à Monaco, l'autre à Grenoble.

Page 239, lignes 18-21. Lett. int., 39,

Bellini, — Page 239, lignes 22-30. Lett. int., 93, 171 . — Corresp. inéd., p. 93. Voir aussi, sur le même sujet. Voyage en Italie^ ehap. XXXV et xliii des Mémoires. — On a reproduit dans les Mus. et la Mus., 167, un article de « Notes nécrologiques » sur Bellini, que Berlioz ne se pressa pas d écrire, puisqu'il suivit de près d'une année la mort du compositeur {Débats, i^ juillet 1836). L'écrivain rend hommage au caractère de l'homme, mais ne croit pas pouvoir épargner au musicien les reproches qu'il mérite. L'analyse do la Straniera, qu'il dit être celle des œuvres de Bellini qu'il a toujours préférée, nous révèle la préoccupation d'échapper aux reproches de sévérité et d'injustice : Berlioz «'évertue à mettre en relief les quelques qualités qui subsistent dans cette œuvre, conçue en un esprit qui devait nécessairement la rendre périssable à bref délai, car elle est fort loin d'offrir les caractères de la beauté permanente. — On peut lire encore son remarquable article sur Roméo et Juliette de Bellini, dont la traduction fui donnée à l'Opéra en 1859 [Débats du 13 septembre, reproduit dans A tr. ch.) ; mais ici la musique du maître italien était la moindre préoccupation du critique, qui, en écrivant son compte rendu, avait, d'une part, l'arrière-pensée que l'Opéra aurait mieux fait

300 illICTOU ItKULlDZ

(le donner les Trof/ens, et en même temps évoquait les souvenirs d<* Homéoet Juliette de Shakespeare lel qu'il l'avait vu une seule fois représenter, trente-deux ans auparavant, par miss Smithson.

DoNiZETTi. — Page 240, lignes 1-24. Corresp, inéd., 155-156 (du 8 décembre 1847). — Les Mus. et la Mus.^ p. 145, art. sur la Fille (tu Réffiment, Débats du 16 février 1840. — Délmts du 14mai 1863.

V'erih. — Page i40. ligne 30, à page 241, ligne 4. Corresp. inéft., p. 2f0 fi juin 1855). —/.e//. Berl. Wittg., 114(13 décembre 1859;.

(iHoiMX. — Page 241, lignes 7-12. Voir Legouvé, Souvenii^s (récit de la présentation de Chopin par Berlioz, et des soirées intimes t|ui suivirent). — Mém., xliv : « Liszt et Chopin jouèrent dans un entracte. » (Concert au bénéfice de miss Smithson quelque temps avant son mariage avec Berlioz). — Lettres de Berlioz à Chopin, dans la Rei'ue musicale du 15 septembre 1903. — Li' Journal «l'Eugène Delacroix rapporte une boutade de Chopin, peu favorable, sur l'écriturt^ de Berlioz.

GuNK'A. — Page 241, lignes 19-22. Corresp. inéd., p. 137 (Berlioz demande à tilinka des notes en ces termes plus que courtois : « Je trouverai le temps de faire un article sur un sujet de cette nature ; je n'en ai pas souvent d'aussi intéressant... Je pourrai ainsi donner aux lecteurs des Débats une idée approximative de votre haute supériorité... » — Journal des Débats^ 16 août 1845, art. reproduit dans Les Mw*. et la Mus,, p. 205.

Page 241, lignes 23-29. La Corresp, inéd, donne plusieurs lettres adressées à des Russes : il s'en trouve d'autres dans le chapitre du livre d'OcxAVE Foique : Les Révolutionnaires de la musique, consacré à « Berlioz en Russie m, pp. 185 à 254.

Page 242, lignes 2-3. Ferdinand Hiller est le F. H***, le jeune pianiste compositeur allemand, qui joue un rôle important dans les rhai)itres des Mémoires consacrés à ce que Berlioz appelle sa « Distraction violente ». La série des lettres qui vont de la page 67 a la page 99 de la Corresp, inëd.^ et qui sont toutes adressées à Hiller, ajoutent à ces chapitres un important complément. Voir aussi lettre de Berlioz à son père, du 3 novembre 1829 (datée par erreur 18i8) dans l'appendice de la Corresp. inéd. y p. 365. Les relations d'iiiller et de Berlioz se poursuivirent jusqu'en 1867 {Corresp. inéd., pp. 335-337). Hiller a rapporté diverses particularités curieuses de la' vie de Berlioz dans ses Kiinstlei*leben .

Onslow. — Page 241, lignes 3-4. Lett. int., 36-37 (1829), 71, 157 (1835), 174 (û/.).

.v^ym^v'TK

NOTKS, RÉFKHENCKS ET 1)0 CIMENTS 361

Stephen Heller. — Page 242, ligne o. CorveBp. inéd., p. 425-26 (lettre à Liszt du 6 août 1839). — ^Mém., premières lignes du dernier chapitre. Confidences sur le même sujet dans une lettre de Berlioz à Heller du 6 septembre 1865 {Corresp, inéd., App., 373). — A tr. cil., p. 329. — Cf. ci-dessus, note de la page 201-202.

Mendelssohx. — Page 2i2, lignes 8 et suivantes. Sur l'ensemble des relations de Berlioz avec Mcndelssohn, voy. Mém., xxxiii, ot « Premier voyage en Allemagne », 4» lettre, Leipzig : Corresp. inéd,, 79, 88, 92, 95, 126, 133, 156, 163. 168. — Feuilles détachées de la correspondance de Berlioz, Guide musical du 26 novembre

Page 242. lignes 27-33. Dans une lettre du 10 juillet 1832 à Gounet, Berlioz demande un exemplaire de ses Mélodies Irlandaises, ajoutant : « J'ai donné à Mendclssohn le dernier exemplaire qui m'était resté. »

Page 2i3, lignes 7-28. Mém., chap. cit. — Lignes 17-19, Souvenirs de Richard Wagner, trad. C. Benoit, p. 254 (Histoire d'une symphonie).

Page 244, lignes 6-18. Lettres de Meiidelssohm, trad. Rolland, p. 122 (du 29 mars 1831).

Page 245, lignes 2-8. Corresp. inéd., p. 80.

Page 245, lignes 9-31. Joignez aux Mém. et à la Correspondance : E. David, Les Mendelssohn-Bartholdy, p. 177, 184, 185.

Page 246, lignes 7-20. Corresp, inéd., 92-93, 126 (lettre à Liszt dans la Gaz. mus., 1839), 163, 168.

Page 246, ligne 30 à page 247, ligne 7. Let. à Lis., n, 32.

SCHL'MANN. — Page 247, lignes 16-26. L'article de Schumann sur la Syjnphonie fantastique, écrit par la Neue Zeitschrift filrMusik de Leipzig, et conservé dans le recueil formé par Schumann en 1854, a été traduit (ainsi que d'autres articles moins importants) par M. Henri de Curzon et a pris place dans la première série de ses Ecrits sur la musique et les musiciens par Robert Schumann (Fischbacher, 1894). Antérieurement, un traducteur anonyme (signant des initiales M. Th.) avait réuni les mômes morceaux critiques en une brochure de 36 pages sous le titre : Hector Berlioz et Robert Schumann (Schott, 1879).

Page 247, lignes 27-33. Lett. i«/.,168 (16 décembre 1835).

Pages 248, lignes 1-14. Corresp. inéd., p. 116. — Gaz. mus., 19 février 1837, 19 ot 21 décembre 1839.

Page 248, lignes 16-26. Le Journal de Clara Schnynann, compte rendu de M. O. Bekcgiuen dans le Ménestrel du 5 avril 4903. La lettre relative à Berlioz est de 1839.

i*a^o248, ligne 27 à page 249, ligne 2. Corresp. inéd., p. 134. — Mém. — Voyage on Allemagne, 4« lettre (à ëtephen UcUer) not«*.

Berlioz, Wagnkr, Liszt. — Page 230, ligne 24, à page 251, li^Hf 6. Vém., <*ti. xxxf.

I*agc 251, lignes 17-29. Con^esp. inéd., p. 126. — E. Legouvé, Soixante ans de Souvenirs,

Page 251, ligne 31. Voir ci>dessus, note de la page 78, ligne 13.

Page 252, lignes 13-23. Ut. int.. 135, 154, 168.

Page 253, ligne 32. Il n'est pas exact que Berlioz et Wagner se soient rencontrés chez M. Emile Ollivier dès 1840. En effet, une Ii'tliv (le Berlioz à la princesse Wittgenstein, écrite pendant un si'jour de Wagner à Paris en 1858, dit en propres termes : « Wagner est venu me voir... nous avons passé ensemble quelques heures : i7 devait me faire faire la connaissance du gendre de Liszt, M. Ollivier... » Let. Berl. Wittg., 68 (20 février 1858).

Page 253, ligne 32, à page 25 i, ligne 14. Richard Wagner, Souvenirsy trad. par Camille Benoit, 36-37.

Page 256, ligne 7, à page 259, ligne H. Richard Wagner, Musiciens, poètes et ptiilosophes, trad. par Ca&iille Benoit, 190 etsuiv.

Page 257, lignes 20-32. Mémoit^s, xxxi. -- Fétis, Biogr. univ., article a Bach », p. 198 de la 2« édition. — Ernest David, /. iS. liach.y p. 167, note.

Page 259, lignes 18-27. Voy. Joll., 151.— G^z. mi/.ç., 1841. n" 34, 35.

Page 260. ligne 26, à page 261, ligne 17. L'authenticité de cet écrit paraît hors de doute. 11 a fait partie de la collection d'un amateur d'autographes dont la compétence est reconnue, et qui, par surcroit, fut un ami personnel de Wagner et de sa famille. M. Alfi-ed Bovet : lui-même en a communiqué le texte à M. F. MottI, le c(31(>bre Gapellmcister, également dévoué à la gloii-e des deux grands musiciens: celui-ci l'a publié dans des revues allemandes: enfin M. Georges de Massougnes, qui fut pour Berlioz un fidèle de la première heure, l'a fait connaître au public français en en donnant le texte et la traduction dans la Revue d'art

dramatique (janvier 1902). Avec de teUas références il ne semble pas qu'on en puisse discuter la valeur.

Page 261. ligne 32, à 262, ligne 29. Mém. « Premier voyage en Allemagne », 5» lettre.

Page 264, ligne 2. La lettre à Liszt, du 6 août 1839, insérée dans la Corresp. inéd., 123, n*est pas à proprement une lettre : c'est un article, sous forme de lettre, qui parut dans la Gaz. mus. Il en est de même de la troisième lettre du « Premier voyage en Allemagne » imprimé d'abord dans les Débats, puis dans les deux livres déjà cités.

Page 264, lignes 27, 28. Voici le texte de la lettre que Liszt écrivit à Berlioz le 21 mars 1852, pour lui annoncer le succès de Benvenuto Cellini à Weimar.

« Honneur aux maîtres ciseleurs ! Gloire aux belles choses et place pour elles ! Benvenuto Cellini représenté hier restera debout et de toute sa hauteur. C'est sans puff^ qu'on peut informer de son succès Londres et Paris. Je remercie bien sincèrement Berlioz du noble plaisir que m'a procuré l'étude attentive de son Cellini, qui est l'une des plus puissantes œuvres que je sache. C'est à la fois de la ciselure splendide el de la statuaire vivante et originale. L'exécution, nonobstant quelques défectuosités de détail et le nombre trop restreint des choristes dont je dispose, n'aurait pas mécontenté l'auteur. L'orchestre en masse s'est parfaitement conduit en cette circonstance, et la plupart de seâ membres ont témoigné hautement et leur respect et leur admiration pour cette magnifique partition. » Gaz. mus. du 4 avril 1852.

Au sujet de cette même représentation, voir la lettre de Meyerbeer à Liszt, mentionnée ci-dessus, page 225.

Enfin, voici une autre citation, tirée d'une lettre écrite postérieurement par Liszt, à Fischer, de Dresde, qui finira de nous édifier sur son véritable prosélytisme à l'égard de Benvenuto Cellini (4 janvier 1854) :

« Je suis convaincu qu'en étudiant de plus près la partition, vous partagerez mon opinion que le Cellini, en exceptant les opéras de Wagner qu'il faut se garder de prendre pour terme de comparaison, est l'œuvre la plus remarquable, la plus originale au point de vue musical et dramatique, qui ait paru depuis une vingtaine d'années. »

Page 274, lignes 22-27. Corresp. inéd. Lettre de Berlioz à, Wagner, 224.

Page 275, lignes 18-29. Lettre de Berlioz à Théodore Ritter, publiée dans le Temps du 20 décembre 1894.

36i HECTOR BERLIOZ

Pag*» 279. lignes 18-31. Sur la comparaison de Berlioz ot Wagner comme chefs d'orchestre, voyez l'appréciation suivante de M. César Cui :

« Comme il (Berlioz) comprend Beethoven ! Quelle sévérité, quelle austérité dans l'exécution ! et quel effet, sans aucune concession au clinquant ni au mauvais goût ! Je préfère de beaucoup Berlioz à Wagner comme chef d'orchestre quand il s'agit de Boothovcn. Malgré toutes ses excellentes qualités, Wagner fait voir souvent de l'affectation, et il introduit dans la mesure des ralentis d'une sentimentalité douteuse. » 0. Fodque, les Révolutionnaires de la musique, page 252.

D'auti-e part. B. Damcke, le fidèle ami de Berlioz, caractérisait ainsi qu'il suit la manière de Wagner, après lui avoir vu diriger la symphonie en ut mineur : « Tantôt étaient des éclats de sonorité déplacés, tantôt des minauderies ridicules, des stringendo, dos rallentendo auxquels Beethoven n'avait jamais songé ; en un mot, c'était une véritahle caricature. » L'écrivain continue en blùmant vertement les changements introduits par Wagner dans l'instrumentation de Beethoven. Gaz. mus. du 9 janvier 1876 (article posthume, se rapportant à dos souvenirs d'environ 1856)..

Page 280, lignes 17-22. Lettre à Hans de Bulow, du 12 février 1856. Gaz. mus., 23 août 1874.

Page 280, lignes 27-32. Corresp. inëd ., page 258. Lettre a Louis Berlioz, du 24 janvier 1858.

Autres extraits d'écrits de Berlioz sur ses relations avec Wagner entre 18îi;iet 1860 :

« Nous avons eu à Weimar des scènes incroyables au sujet du Lohenqrin de Wagner. Ce serait trop long à vous raconter. 11 en est rrsulté dos histoires qui font encore long feu en ce moment dans la presse allemande. » Corresp. inéd., 236, lettre du 23 mai 1856, d Aug. Morel. — Liszt écrit simplement à Wagner, sur lo luême sujet : « Berlioz était là » (25 mars).

Au moment où il commence la composition des Troyens, Berlioz écrit :

« 11 faut (jue je trouve la forme musicale, cette forme sans laquelle la musique n'existe pas, ou n'est plus que- l'esclavt^ humiliée de la parole. C'est là le crime de Wagner ; il veut la détrôner, la réduire à des accents expressifs, en exagérant lo système de Gluck (qui fort heureusement 7i'ajD<w î'ei/55i lui-même à suivre sa théorie impie). Je suis pour la musique appelée par vous-même libre. Oui, libre et fière, et souveraine, et conquérante... » Lef. Berl. Wittg., 30. 12 août 1856. C'est dans les réunions qui eurent lieu à Woimar pendant cette période, entre

Berlioz, Liszt et la princesse, que celle-ci, relevant le courage abattu du maître, le décida à entreprendre la composition de son dernier grand ouvrage.

Enfin le postscriptum des Mémoires, daté du 25 mai 1858, contient cette déclaration concise :

« Je n'ai jamais songé, ainsi qu'on l'a si follement prétendu en France, à faire de la musique sans mélodie. Cette école existe maintenant en Allemagne, et je l'ai en horreur. »

Pour Wagner, il ne désarmait pas davantage. Nous en donnerons pour preuve l'extrait suivant de son article sur les Pohnes symphoniques de Liszt, inséré dans le 5« volume de ses Gesammelle Schnflen, traduit en français pour la première fois, croyons-nous, et qui complétera l'ensemble de ces citations.

« Je pardonne à ceux qui ont douté jusqu'à présent de la réussite d'une nouvelle forme d'art dans la musique instrumentale, car je dois avouer que j'ai entièrement partagé ce doute, et que je me suis absolument rallié à ceux qui voyaient dans nos musiques à programme une conception tout à fait désagréable : de sorte que je me trouvais dans la situation bizarre d'être compté parmi les musiciens à programme, et d'être mis dans le même sac. Dans les meilleures œuvres, et même dans des compositions vraiment géniales, il m'était toujours arrivé, pendant que je les entendais, de perdre si totalement le fil musical que je ne pouvais, malgré tous mes efforts, le tenir ou le renouer. Ceci m'est arrivé encore il y a peu de temps avec la Scène d'amour, si admirablement empoignante dans ses motifs principaux, de la symphonie Roméo et Juliette de notre ami Berlioz. Le très grand ravissement dans lequel m'avait jeté le développement du motif principal disparut et s'évanouit dans la suite du morceau entier au point de causer un malaise incontestable. Je devinai tout de suite que le lil musical étant perdu (le fil, c'est-à-dire la transformation conséquente et immédiatement reconnaissable des motifs déterminés), je devais me raccrocher aux motifs scéniques, qui ne m'étaient pas présents et que le programme ne décrivait pas. Ces motifs étaient incontestablement donnés par la célèbre scène du balcon de Shakespeare ; mais la grande faute du compositeur fut de les avoir laissés conformes aux dispositions du dramaturge. Voulant employer cette scène comme sujet d'un poème syraphônique, il aurait dû sentir que le dramaturge, pour exprimer à peu près la même idée, se sert nécessairement de tout autres moyens que le musicien. Le poète est bien plus proche de la vie commune, et ne peut être compris que s'il exprime sa pensée devant nous dans une action qui, par la succession de moments divers, ressemble tellement à un déroulement d'actes vécus q\ie chacun des spcc-

tateurs croit la vivre en même temps. Le musicien, au conli-aire, s cièvc absolument au-dessus du cours de la vie commune ; il ca écarte les particularités et les contingences, et il sublime tout ce <|u'il y trouve d'api'és le sentiment concret qui y est contenu, et qui ne se laisse déterminer essentiellement que par la musique. Un vrai poète musical aurait représenté cette scène sous une forme entièrement idéale et concrète : un Shakespeare, s'il avait voulu la confier à un Berlioz pour qu'il la traduisît en musique, l'aurait composée d'une façon différente juste autant que Berlioz aurait dû transformer sa musique pour la rendre compréhensible on soi. Maintenant, nous avons parlé d'une des plus heureuses inspirations du génial compositeur, et mon jugement sur do moins heui-cuses ne devrait pas me prévenir entièrement conti-e cette tendance, s'il no trouvait pas des choses aussi parfaites que les tableaux intimes de la Scène aux champs^ de la Marche des pèleiinsy ete., qui nous montrent à notre grand étonnement ce tjue l'on peut inventer en ce genre. »

Considi-raiit ensuite les poèmes symphoniques de Liszt, Wagner leur témoigne une préférence qui s'exprime en ces termes :

« Par la façon dont Liszt considère un objet poétique, il est manifeste (ju'il doit y avoir en lui une nature essentiellement différente do Berlioz, et, en vérité, de même sorte que celle que j'ai attribuée au poète (à propos de la scène de Roméo) s'il voulait abandonner l'objet au musicien. — 11 m'a surpris avant tout par la détermination grande et parlante avec laquelle l'objet se fait connaître à moi : ce n'était pas, naturellement, celui que le poèln nous peint par des paroles, mais un autre qu'aucune description no peut atteindre... Cette sûreté géniale de la conception s'exprime chez Liszt avec un si puissant relief, etc. »

11 apparaît clairement, après ces citations, que Wagner tenait los conceptions musicales do Liszt comme bien supérieures à collets de Berlioz.

Page 281 i lignes 2-8. Letti*c de Wagner, du 21 janvier 1860. publit'O dans le Temps du 13 août 1903. — Partition de Tristanet Ysolde, avec dédicace autographe à Berlioz et annotations de la main de ce dernier, conservée à la Bibliothèque Nationale. Réserve, vol. 780, don n« 23.567. Au sujet de cette partition, voy. l'article critique d'Alfred Ernst, Wagner corrigé pçLr Berlioz, dans; le Ménestrel du 28 septembre 1884. — Le premier des trois concerts de.Wagner à Paris eut lieu le2o janvier 1860k. Voir encoi-e, sur les impressions de Berlioz à ce sujet, une de ses lettres à Ad. Samuel (Ménest. de 1879, p. 258). ,

^5^1rr^

Page 281, ligne 46, à page 282, ligne 12. L'article de Berlioz sur les Concet'is de Richard Wagner, la Musique de VAvenir^ paru dans les Débats le 9 février 1860, est le seul article de critique contemporaine que l'auteur ait admis à figurer intégralement dans son livre A travers chants. Cette insertion témoigne de l'importance que Berlioz attachait au sujet.

Page 282, lignes 13-23. La lettre que Wagner écrivit aux Débats en réponse à l'article de Berlioz parut dans ce Journal le 22 février 4860. Le te.xte allemand figure dans le 7« volume de ses Gesammelte Schriflen. Nous en reproduisons ci-dessoup la plus grande partie, résumant seulement le développement relatif à V Œuvre d'art de l'avenir.

« Mon cher Berlioz,

« Lorsqu'il y a cinq ans, à Londres, la "destinée nous rapprocha, je me vantais d'avoir sur vous un avantage, celui de comprendre parfaitement et d'apprécier vos œuvres, tandis que vous ne pouviez vous rendre qu'un compte imparfait des miennes, ne connaissant pas la langue allemande à laquelle mes conceptions dramatiques sont liées par une si intime connexîté.

« Je me vois forcé de me dépouiller aujourd'hui de ce modeste, avantage. Depuis onze ans, je me vois dans Timpossibilité de * jouir de l'interprétation de mes propres œuvres, et je suis las d'être le seul Allemand qui n'ait point encore entendu une exécution de Lohengrin,

« Ce ne sont ni des vues ambitieuses, ni des espérances de lucre ([ui m'ont décidé à demander à la France Thospitalité pour mes ouvrages. J'ai été guidé par le seul espoir d'arriver à faire représenter ici mes drames lyriques avec paroles françaises, et si le public veut bien accorder un peu de sympathie à celui qui est obligé de prendre tant de peine pour parvenir à entendre enlin ses propres créations, j'aurai, je n'en doute pas, à mon tour, mon cher Berlioz, la satisfaction d'être compris de vous.

« L'article du Journal des Débals que vous avez bien voulu consacrer à mes concerts ne contient pas seulement pour moi des choses bien flatteuses, et dont je vous remercie ; il me fournit encore l'occasion que je saisis avec empressement.de vous donner quelques explications sommaires sur ce que vous appelez musique de l avenir^ et dont vous avez cru devoir entretenir sérieusement vos lecteurs.

« Vous aussi, vous croyez donc que ce titre abrite en réalité une école dont je serais le chef ; que je me suis un beau jour avisé d'établir certains principes, certaines thèses que vous divisez en deux catégories : la première pleinement adoptée par vous et ne

368 HECTOR UEKLIOZ

n>nrcniiant quodoa vérités depuis longtemps reconnues de tous: la seconde qui excite votre réprobation, et ne se composant que d'un tissu d'absurdités. M'atlritmer la sotte vanité de l'aire passer pour neufs de vieux axiomes, ou la folle prétention d'imposer comme principes incontestables ce qu'en toute langue on nomme stupidités, serait à la fois méconnaître mon caractère et faiiv injure au peu d'intelligc^nce que le ciel a pu me départir.

« Vos explications à ce sujet, permettez-moi de vous le dire, m'ont paru un peu indécises ; et comme votre bienveillance amicale m'est parfaitement connue, voua ne demanderez pas mieux, apurement, que je vous tire de votre doute, sinon de votre erreur. »

Wagner explique ici la confusion établie par un professeur de (Pologne, Biscliol, et accréditée dans le public, enti-c le ternie « musique de l'avenir » et son livre VOEuvre d'art de Vavenir. Dans cet ouvrage, Wagner a recherché d'abord les causes de «léeadence de l'art présent. A ce propos, il dit :

« Je trouvai, à ma grande surprise, qu'elles étaient presc(ue idenlii|ues avec les raisons qui vous portent, mon cher Berlioz, à ne négliger aucune occasion d'exercer votre verve ironique à rencontre des établissements publics de l'art, et je partageai sans peine votre conviction (juc les institutions de ce genre, les tliéntres en général et l'opéra en particulier, sont, dans leurs rap- [lorts avec le public, guidés par des tendances diamétralemeut opposées au but que se proposent l'art pur et le véritable artiste. »

Ayant résumé le sons général de son livre, qui consiste ii professer que l'œuvre d'art de l'avenir aura pour base l'alliance «le tous les arts, comme dans la tragédie grecque antique, Wagner poursuit :

« Jugez ce que j'ai dû éprouver, mon cher Berlioz, en voyant que, non pas des gens légers et superficiels, non pas des marchands de concetli, des faiseurs do mots, des bravi littéraires, mais un homme sérieux, un artiste éminent, un critique intelligent, instruit et honnête tel que vous, plus que cela, un ami. avait pu se méprendre sur la portée de mes idées, à tel point (|u'il n'a pas craint d'envelopper mon œuvre de celte ridicuN* papillote : Mimique de l'avenir, Mon livre ne contient aucuns deabsurdités qu'on me prête, et je n'y ai traité en aucune façon de la question grammaticale de la musique. Ma pensée va un peu plus loin ; et d'ailleurs, n'étant pas théoricien do ma nature, je devais abandonner à d'autres le soin d'agiter ce sujet, aiasi^quo la question puérile d(i savoir s'il est permis. qu non de faire du néologisme en matière d'harmonie ou de mélodie, u

Après un nouveau paragraphe sur l'Œuvre d'art de l'avenir, et la constatation que le véritable sens de cet ouvrage n'a pas été compris, Wagner conclut :

« Laissez cette France si hospitalière donner un asile à mes drames lyriques ; j'attends de mon côté avec la plus vive impatience la représentation de vos Troyens, impatience que légitiment triplement l'affection que j'ai pour vous, la signification que ne peut manquer d'avoir votre œuvre dans la situation actuelle de l'art musical, et plus encore l'importance particulière qui s'y attache au point de vue des idées et des principes qui m'ont toujours dirigé.

(( Richard Wagner ».

Page 284, ligne 3, à 285; ligne 2. Let. Wagn, Lis. , ii, pp. 280 et suiv. La lettre de Wagner à Liszt sur Berlioz renferme encore cette déclaration : « J'en suis arrivé à cette conclusion qu'aujourd'hui nous formons une triade exclusive de tout autre élément, parce que nous sommes tous trois pareils ; cette triade se compose de toi, de lui et de moi. » 11 est seulement fâcheux que Wagner ne se soit pas avisé de cette vérité quelques années plus tôt. — Cf. la réponse de Liszt, même livre, p. 284.

Page 286, ligne 3, à 287, ligne 1. Coi*r. inéd., p. 275, 277, 278, 279, 280.

Page 287, ligne 27, à 288, ligne 3. Let. à Lis., 339, 34t ; ii, 253. — Let. Berl. Wittg., 13, 15, 112.

Page 288, lignes 8-14, Corresp, inéd., p. 282.

Page 288, lignes 17-30. Let. int., 276. — Let. Berl. Wittg.y 148, 152, 154.

Page 289, lignes 28 et suiv. Sur le séjour de Liszt à Paris en 4866, voir principalement Let. Lis. Wittg., 3» partie, 95 (5 mars), à 422 (12 mai).

Page 290, lignes 21-25. Camille Saint-Saens, Portraits et Souvenirs, p. 33.

Page 292, lignes 26-30. A tr. ch., p. 303.

Page 293, lignes 1-4. Voir ci-dessus, p. 202.

Page 293, lignes 18-25. Let. int., p. 296. — Let. Berl, Wittg., 177, note. — Voir p. 299 la rectification de cette assertion erronée : que Berlioz s'était fait remplacer par d'Ortigue pour rendre compte de l'œuvre de Liszt.

Page 293, ligne 26, à 294, ligne 28. Sur cette entrevue de Li«zt avec Berlioz et ses amis, chez Léon Kreutzer, voyez sa lettre à la princesse Wittgenstein, du 21 avril 1866 (3« partie, p. 113), et une lettre trt^s intéressante de Léon Kreutzer dans les Let, à Lié., ii,

Page 295, lignes 8-20. Let. Lis. Wittg., 3» partie, 349. ^1.

Page 296, lignes 2-32. Let. Berl. Wittg., 141, 176-77.

Page 298, ligne 10, à 299, ligne 13. Let. Berl. Wittg., p. 141,

Willg.,

Page 299, ligne 21, à 301, ligne 6. Voy. Let. Lis. 3» part., 345, et 4« part., 212, 337, 253, 384-85.

Page 301, lignes 25-30. Citons, comme témoignage de l'admiration posthume de Wagner pour le génie de Berlioz, l'anecdote suivante, que M. de Massougncs a recueillie de la bouche de M. Mottl [Revue d'art dramatique, janvier 1902), et dont celui-ci, dans une lettre récente, m'a conûrmjS l'exactitude. « Gomme Wagner avait donné à M. Mottl à étudier la partition d'orchestre de Roméo et Juliette, et que celui-ci se permettait une critique, entra Wagner dans une fureur épouvantable, criant au jeune artiste qu'il n'avait pas le droit de parler ainsi, que lorsqu'un « génie de cette taille » disait une chose, on n'avait qu'à l'accepter, sans demander ni pourquoi ni comment... » — Voir aussi les paroles rapportées par M. Schuré, à propos de la comparaison de Berlioz avec Meyerbeer, pp. 227-228 ci-dessus.

Page 309, lignes 20-25. Ernest Reyer, Notes de musique, p. 80 et suiv.

Page 319, lignes 19-27. — Au sujet de la situation subalterne dans laquelle, aune époque de luttes passionnées, on a prétendu placer Berlioz, M. Camille Saint-Saëns, jugeant la cause à la fois de très près et de très haut, a publié une lettre qui est un document historique digne d'ôtre conservé (Ménestrel du 5 octobre 1884). La voici :

« Il se joue depuis plusieurs années, autour du nom do Berlioz, une singulière comédie; et comme j'ai été honoré, d'une façon toute particulière, de la bienveillance du grand homme, comme j'ai été à même d'apprécier, mieux que personne peut-être, dans des conversations presque journalières, la hauteur de ses vues et la sincérité de sa critique, je considère comme un devoir de prendre enfin la parole et de dénoncer au public la manœuvre dont la mémoire de Berlioz est victime.

« Les Wagnériens purs, craignant à juste titre d'être accusés

(le faire la guerre à la musique française, ont imagine depuis longtemps de prendre Berlioz sous leur protection. Berlioz vivant ne Taurait pas supporté ; mais Berlioz mort ne pouvait Tempêcher, et nous assistons à ce spectacle : Berlioz protégé par ses pires ennemis, qui ne le soutiennent qu'à la condition de le sacrifier continuellement au dieu dont ils sont les prêtres. On ne parle jamais de Berlioz, maintenant, sans parler immédiatement de Wagner et sans les comparer l'un à l'autre, en observant ce principe : Berlioz peut avoir raison, mais Wagner ne doit jamais avoir tort.

« Me sera-l-il permis, à propos de Tristan et Yseult, de rappeler quelques souvenirs personnels ?

« Berlioz détestait cette partition. Il avait bien d'autres haines singulières, notamment celle qu'il nourrissait pour le Prophète. Gomme j'avais avec lui mon franc-parler, je ne me gênais nullement pour lui rompre en visière, et pour lui exprimer l'admiration que m'inspirait la conception générale et une grande partie de l'œuvre du grand Richard. J'ai pu me convaincre alors à quel point les dissonances et modulations enharmoniques lui étaient profondément antipathiques. U y a certes bien des duretés dans ses œuvres, mais elles procèdent d'un tout autre système, et il faut vraiment faire abstraction des faits pou" vouloir de force mettre dans le même bonnet les deux têtes les plus dissemblables qu'on ait jamais vues.

« Berlioz, le premier, a trouvé certains effet d'orchestre extrêmement originaux et féconds dont Wagner a fait son profit; là est toute la parenté de ces deux grands génies, qui pour le reste diffèrent du tout au tout.

« Ah! je comprends et j'admire l'impartialité, et j'ai mis tous mes efforts à la pratiquer ; rien n'est plus beau, pour un critique, que de s'élever au-dessus de toutes les considérations étrangères à l'art pour le contempler en esprit et en vérité. Mais la partialité à rebours, le dénigrement systématique de l'art national, quel nom donnera-t-on à cela?... »

La paix est fiiite aujourd'hui. Les querelles se sont apaisées : Berlioz et Wagner, les « musiciens de l'avenir » sont devenus les maîtres incontestés du temps présent. Ils n'ont plus à se disputer le terrain l'un à l'autre. Il nous plaît de terminer cette étude par cette heureuse constatation.

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