‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ROMÉO ET JULZETTE Décembre 1875

Berlioz a inscrit en tête de sa partition cette dédicace : A Nicolo Paganini, Ces simples mots témoignent de sa vive gratitude envers le grand violoniste qui lui avait fait remettre vingt mille francs en souvenir de Timpression profonde ressentie à l'audition d^Harold en Italie. Cette largesse inespérée allait procurer à Berlioz quelques moments d'aisance relative pendant lesquels il pourrait se livrer entièrement à la composition, sans souci des nécessités de la vie. Il voulut donc, tout autre travail cessant, « écrire une maîtresse œuvre, sur un plan neuf et vaste, une œuvre grandiose, passionnée, pleine aussi de fantaisie, digne enfin d'être dédiée à Tillustre artiste auquel il devait tant ».

Après de longues indécisions et sur la réponse évasive de Paganini lui-même : « Je n'ai aucun conseil à vous donner là-dessus, vous savez mieux

que personne ce qui peut- vous convenir», il s'arrêta à ridée d'une grande symphonie avec chœurs, solos et récitatif choral sur le drame de Shakespeare ; il écrivit en prose tout le texte destiné à être chanté, puis il le fit versifier par Emile Deschamps et se mit à Pœuvre. Il travailla pendant sept mois, dit-il, à cette symphonie sans s'interrompre plus de deux ou trois jours sur trente, pour quoi que ce fût. C'est au courant de l'année 1839 qu'il écrivit sans désemparer cette vaste composition, « vivant pendant tout ce temps de la plus ardente vie, nageant avec vigueur sur cette grande mer de poésie, caressé par la folle brise de la fantaisie, sous les chauds rayons de ce soleil d'amour qu'alluma Shakespeare et se croyant la force d'arriver à l'île merveilleuse où s'élève le temple de l'art pur ».

C'est dans ses Mémoires que Berlioz raconte comment il composa cette œuvre capitale ; mais il faut chercher ailleurs, dans la courte préface qui précède la symphonie, l'explication de ce qu'il a voulu et cru faire. « Bien que les voix y soient souvent employées, ce n'est ni un opéra de concert, ni une cantate, ni une symphonie avec chœur. Si le chant y figure dès le début, c'est

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