‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 14 sur 35 · L ENFANCE DU CHRIST · texte numérisé non relu

L ENFANCE DU CHRIST

vrai, sont enchevêtrées et d'une conception laborieuse aux voix comme à Porchestre. J'ajouterai que l'emploi presque constant et simultané de tous les instruments à venten bois, si joli qu'il paraisse d'abord, fatigue à la longue par les sonorités constamment aiguës quil amène, et par les dessins trop complexes auxquels se plaît le compositeur. Les trois parties de cette trilogie se terminent toutes par un pianissimo des plus suaves, et chaque fois grâce à l'artifice des voix de femmes chantant dans la coulisse, pour figurer les anges du ciel ; mais ce mystérieux perdendosi ravit surtout l'oreille à la fin de la première partie : à chaque fois qu'il reparaît, ce délicieux efiet s'émousse et diminue.

Ces remarques n'atténuent en rien, dans ma pensée, la valeur de cette œuvre, qui est une des plus poétiques et des plus inspirées que je connaisse. Il faut savoir gré à M. Colonne de nous l'avoir rendue en entier après un trop long silence, et, tout en louant à juste titre les chœurs et l'orchestre, tenir compte des difficultés qu'il y a toujours à trouver de bons solistes pour^xécuter convenablement une musique à la fois aussi périlleuse et aussi élevée. M"*® Galli-Marié n'avait

que deux duos à chanter : elle a dit Pun avec sensibilité, bien qu'en laissant trop tomber la voix à la fin des phrases, et elle a rendu l'autre avec son intelligence dramatique habituelle.

M. Prunet n'a pas la voix assez pure pour prêter l'accent vrai aux délicieuses mélodies du ténor récitant, et il fausse aisément dès qu'il veut chanter en demi-teinte. M. Taskin, mieux placé dans Joseph que dans Hérode, dont l'air est écrit trop bas pour lui, paraît être bon musicien et chante correctement, mais sans élan ni chaleur.

Quoi qu'il en soit et malgré ces imperfections inévitables, voilà, grâce à l'initiative de M. Colonne, une des œuvres principales de Berlioz exécutée intégralement avec un succès indiscutable et consacrée auprès du public. A quand Roméo et Juliette et la Damnation de Faust ?

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