‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 34 sur 35 · LA PRISE DE TROIE IQS · texte numérisé non relu

LA PRISE DE TROIE IQS

créatrice du rôle de Didon, qui tient la partie de Cassandre avec une voix bien affaiblie, hélas 1 et dont la déclamation la mieux sentie ne saurait masquer les défaillances. M. Lauwers, le baryton en titre des concerts du Châtelet, interprète fort convenablement le rôle de Corèbe, dont M, Piccaluga change le caractère en ténorisant tant qu'il peut au Cirque d'hiver.

J'ai entendu les deux premières parties de la Prise de Troie au Cirque • d'hiver, et l'œuvre entière au Châtelet, et en voyant deux chefs d'orchestres aussi dissemblables que MM. Colonne et Pasdeloup rivaliser à qui pénétrerait le plus la pensée de Berlioz et dirigerait le mieux son œuvre, involontairement me revenait en mémoire l'avis sarcastique inscrit par Berlioz en tête de sa partition : « L'auteur croit devoir prévenir les chanteurs et les chefs d'orchestre qu'il n'a rien admis d'inexact dans sa manière d'écrire. Les premiers sont, en conséquence, priés de ne rien changer à leurs rôles, de ne pas introduire des hiatus dans les vers, de n'ajouter ni broderies ni appogiatures, dans les récitatifs ni ailleurs, et de ne pas supprimer celles qui s'y trouvent. Les seconds sont avertis de frapper certains accords

d^accompagnement dans les récitatifs toujours sur les temps de la mesure où Fauteur les a placés, et non avant ni après. En un mot, cet ouvrage doit être exécuté tel qu'il est. »

MM. Colonne et Pasdeloup Font lue assurément, cette note enfiellée, et Ton fait lire à tous leurs interprètes. Et voilà comment Berlioz, dix ans après sa mort, a pu obtenir ce qu'il avait vainement demandé toute sa vie : un opéra de lui exécuté sans observations, avec une obéissance aveugle aux volontés d'un maître absolu.

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